Chapitre 2 : rien ne va plus !
La vieille porte de bois n'avait résistée que quelques secondes aux talents du voleur.
« J'entre dans la cuisine » souffla Robin dans son kit mains libres.
Il s'apprêtait à quitter la pièce lorsqu'une photo collée sur le frigo retint son attention. L'anniversaire d'un petit garçon. Immédiatement, Robin pensa à son Roland dont le huitième anniversaire s'était déroulé il y avait quelques semaines. Contrairement au garçon de la photo, il n'avait pas eu lieu dans une grande villa, entouré de nombreux amis déguisés et de professionnels de l'animation. Non, son anniversaire avait eu lieu dans sa petite chambre aseptisée de l'hôpital, entouré de quelques amis qui n'avaient pas le droit de faire de bruit, et en présence de plusieurs infirmières qui rappelaient constamment à l'enfant qu'il devait rester calme pour le bien de son cœur. « C'est injuste » pensa Robin. Il allait détourner les yeux de la photo quand un détail attira son attention. Derrière les enfants, se tenait la décidément très jolie adjointe au maire, et à ses côtés…
« Une femme ? »
« Hein ? Qu'est ce que tu racontes Robin ? Tu as vraiment l'air à l'ouest aujourd'hui ! » La voix de son frère dans son oreillette lui fit comprendre qu'il avait pensé à voix haute. Il regarda la photo de plus près. La jeune femme, une blonde dont la tenue très décontractée contrastait avec celle de Regina Mills, semblait très heureuse et souriait à son amie. « C'est peut être juste sa meilleure amie, ou une cousine » se dit-il, comme pour se rassurer.
« Robin ! Qu'est-ce que tu fous ? Je te préviens si tu continues comme ça je te rejoins ! » râla Petit Jean, excédé par le manque de professionnalisme de son frère.
« C'est bon, je vais monter. »
Alors qu'il montait l'imposant escalier de marbre blanc, Robin se demanda pourquoi il avait ressenti un léger pincement au cœur à la vue des deux jeunes femmes sur la photo. « Bof, c'est surement le stress. De toute façon la seule chose qui m'intéresse chez elle, c'est son fric ! » Et de l'argent, elle en avait ! Tout au long de sa carrière de voleur, il avait cambriolé de nombreuses demeures qui appartenaient toutes à des personnes riches, et celle-là faisait partie des plus belles et des plus raffinées.
« J'arrive dans la chambre. »
Lorsqu'il pénétra dans la pièce, des sensations qui étaient restées enfouies pendant des années remontèrent brusquement en lui. Ce sentiment d'excitation mêlé d'une pointe de peur qui envahissait tout son être ! Cette certitude que la justice sera enfin faite pour les plus pauvres, et que pour une fois les riches ne gagneront pas ! Et surtout l'adrénaline qui coulait à flot dans ses veines, inondant chaque parcelle de son corps ! Robin se sentit revivre. L'homme anéanti et déprimé qu'il avait été ces dernières années suite au décès de sa femme et à la maladie de son fils s'était subitement volatilisé. Il se sentait à nouveau fort et puissant, prêt à combattre de toutes ses forces pour sauver son fils. Quel qu'en soit le prix !
« Robin le prince des voleurs est de retour ! » hurla-t-il, euphorique en levant son point vers le ciel.
….
Petit Jean arracha ses oreillettes et les jeta sur le tableau de bord. « Mon taré de frère vient de me bousiller les oreilles ! » Au bout d'une minute, malgré le sifflement aigu qui persistait dans son oreille droite, il remit les oreillettes :
« T'as fini de brailler espèce de gros malade ? » aboya-t-il dans le micro.
« Oh ! Tu vas pas me faire la tête petite frère ? » demanda Robin en riant « Tu me dis régulièrement que ça te rend triste de me voir déprimé et abattu, et quand je me ressaisis et que je redeviens le Robin d'avant, ça te convient pas non plus ! Il faudrait savoir ce que tu veux ! »
« C'est que j'avais oublié à quel point le Robin d'avant était casse pieds ! » s'exclama Petit Jean en riant à son tour « Passons aux choses sérieuses, il va bientôt être dix heure, tu as trouvé le coffre ? »
« Oui, j'ai branché la tablette sur la sécurité électronique. Il ne devrait pas être très dur à pirater, mais il faut que je fasse attention : le système de sécurité bug complètement ! Au moindre problème, je me retrouverai complètement enfermé dans la maison. »
« Je te laisse bosser tranquillement alors, concentre toi bien. »
Petit Jean ouvrit son sac à dos, en sortit un donut et un jus de fruit et se calla confortablement au fond de son siège. La mission se passait à merveille ! Son frère reprenait même gout aux cambriolages. Il savait bien qu'à lui aussi ça lui avait manqué. D'ici une heure grand maximum, ils repartiraient chargés d'objets de valeurs, qu'ils iraient immédiatement revendre à une vieille connaissance, un antiquaire qui ne posait jamais de questions sur la provenance de leurs biens. Ensuite, direction l'hôpital : Roland pourra enfin bénéficier de cette précieuse opération du cœur. Leur petite famille sera à nouveau heureuse. « Et avec un peu de chance, il restera un peu d'argent, comme ça quand Roland sera rétablit, on pourra aller passer une journée au parc d'attraction tous les trois, entre hommes. » Petit Jean souriait déjà en imaginait la surprise de son filleul lorsqu'ils se gareraient devant les portes du parc. Rien ne lui faisait plus plaisir au monde que de voir le petit garçon et son grand frère heureux.
Alors qu'il rêvassait à l'énorme barbapapa parfum cerise qu'il pourrait engloutir avec l'aide de Roland, il aperçut une grosse berline noire qui roulait dans sa direction. « Surement un voisin » se dit-il. La voiture se rapprochait de plus en plus. Pris d'un énorme doute, il attrapa ses vieilles jumelles et les braqua sur la berline.
« Merde ! Merde ! Merde ! » cria-t-il, prit de panique « Ça ne devait pas se passer comme ça ! »
« Robin casse-toi ! Courre aussi vite que tu peux ! La sorcière arrive ! » s'époumona-t-il dans son micro, terrorisé de voir que son frère ne répondait pas.
….
Regina était furieuse. Son discourt avait été un triomphe, tous ses collaborateurs s'étaient même levés pour l'acclamer. Et voilà qu'au moment où elle descendait de l'estrade, une gourde de journaliste lui avait renversé dessus son thé brulant. Regina avait hurlé de douleur, avant de traiter la jeune femme d'idiote, par réflexe, alors que toutes les caméras étaient braquées sur elle. Elle avait rapidement quitté la salle et s'était réfugiée dans son bureau en compagnie du maire. Ce dernier lui avait conseillé de rentrer le plus vite possible chez elle afin de changer de tenue, puis de revenir à la mairie pour donner les interviews prévues. Pendant ce temps, il allait convier les invités à prendre un café, et tenter de convaincre les journalistes de ne pas diffuser de vidéos de l'accident. Mais Regina ne se faisait pas d'illusion : une vidéo de la future maire entrain de se faire ébouillanter et d'insulter une journaliste allait faire le bonheur des médias de la ville.
« A coup sûr, les associations vont utiliser ce moment de colère, qui est quand même compréhensible et légitime, contre moi. Les médias vont passer en boucle ces images pendant le reste de ma campagne et je serais la risée de la ville ! » Régina essuya une larme qui roulait sur sa joue, elle avait tellement travaillé dur pour que cette journée soit parfaite, et voilà qu'une dinde de journaliste gâchait tout ! Son moment de faiblesse était passé, elle sentait de nouveau la colère monter en elle. Elle trouverait un moyen de lui faire payer ça.
Elle arriva enfin chez elle, ouvrit la porte d'entrée à toute volée, gravit ses escaliers quatre à quatre et entra dans sa chambre. Elle enleva sa robe rouge et la posa à plat sur son lit : le thé avait laissé une grosse tâche brunâtre, juste en dessous de la poitrine.
« Pourvu que le pressing puisse y faire quelque chose » dit-elle à haute voix en soupirant « et dire que je l'avais achetée exprès pour l'occasion ! Quelle idiote cette journaliste ! »
Elle se dirigea vers son armoire, mais s'arrêta en chemin. Elle regarda tout autour d'elle, les sourcils froncés : quelque chose clochait.
….
Robin était accroupi dans la petite salle de bain attenante à la chambre. Son cœur tambourinait si fort dans sa poitrine qu'il se demandait comment faisait Regina Mills pour ne pas l'entendre. Il y avait à peine quelques minutes, il était sur le point d'ouvrir le coffre quand il avait entendu quelqu'un entrer par la porte d'entrée. Il avait failli crier à Petit Jean de retourner dans la camionnette puis s'était ravisé au dernier moment, pris d'un mauvais pressentiment. Si son frère avait voulu le rejoindre, il n'aurait pas pris le risque de passer par la porte de devant, toujours verrouillée. Il avait précipitamment remis ses oreillettes et avait entendu son complice lui hurler de sortir. Malheureusement, la personne qui était entrée dans la maison gravissait les escaliers à toute allure. Robin avait donc chuchoté à son frère de ne pas s'inquiéter, avait ramassé ses affaires et remis en place le cadre qui masquait le coffre fort, avant de se ruer dans la salle de bain.
En regardant par le trou de la serrure, il vit l'adjoint au maire faire irruption dans la chambre. Elle semblait folle de rage. Tout d'un coup, elle enleva sa robe rouge, dévoilant des sous-vêtements rouges vifs et des bas noirs. Robin se sentit rougir comme une pivoine. Bien qu'il ne pût s'empêcher d'admirer les courbes de la jeune femme, il se sentait très gêné de sa position de voyeur-malgré-lui.
« Pourvu que le pressing puisse y faire quelque chose… Et dire que je l'avais achetée exprès pour l'occasion ! Quelle idiote cette journaliste ! »
Cette phrase prononcée par Regina le rassura : elle n'était revenue que pour changer de robe. Elle allait probablement en enfiler une autre et retourner aussi vite que possible à sa réunion.
« Aller ! Dépêche-toi ! Tu prends une robe au hasard, de toute façon il est clair que tout te va, et tu pars ! Comme ça je peux finir de te voler en paix ! » pensa-t-il, à bout de nerfs.
Au moment où elle allait ouvrir sa penderie, Robin la vit s'arrêter puis se diriger vers une petite commode dans laquelle elle farfouilla durant quelques secondes qui lui parurent une éternité.
« Mais qu'est ce qu'elle fiche ? » se demanda-t-il excédé.
Il eut presque immédiatement la réponse à sa question. Regina se retourna. Son beau visage était déformé par la colère, et dans sa main tendue, elle tenait un revolver.
« Sortez de ma salle de bain ! » la voix était ferme et glaciale.
Robin était figé sur place. De toute sa carrière de voleur, il ne s'était jamais fait prendre en flagrant délit ! Son cœur battait de plus en plus fort, ses mains étaient moites, il commençait à suer sous son bleu de travail. Il ne devait pas céder à la panique, c'était la pire des choses à faire. Il se força à compter le plus lentement qu'il pût jusqu'à dix, expirant doucement tout l'air de ses poumons à chaque chiffre.
« Je sais que vous êtes là, alors ne me faites pas perdre mon temps ! Sortez immédiatement ! » la voix était toujours glaciale, mais visiblement la jeune femme s'impatientait. Il prit une grande inspiration, ouvrit la porte et sortit de la salle de bain, les deux mains en l'air en signe de soumission.
« Qui êtes-vous ? » aboya Regina.
Robin ne pût s'empêcher d'esquisser un léger sourire en la voyant : avec ses sous-vêtements en dentelle fine, ses escarpins haute couture, son maquillage sophistiqué et son revolver, elle avait tout d'une James Bond Girl !
« Vous osez vous moquer de moi ? » souffla-t-elle d'une voix rauque.
« Non ! Désolé, c'est juste que vous ressemblez à une James Bond Girl comme ça. »
« Quoi ? » hurla Regina en brandissant son arme.
« Calmez-vous ! C'était juste un compliment… Complètement hors contexte, je l'admets. Comme vous devez vous en douter, je suis un voleur. »
« Un voleur minable, de surcroit. »
La remarque frappa Robin en plein cœur. Lui le Prince des voleurs se faisait traiter de voleur minable ? Il allait lui rétorquer qu'on le surnommait le Prince dans sa profession quand il s'aperçut que la jeune femme allait presser le bouton d'un petit boitier posé sur sa table de nuit.
« Qu'est ce que vous faites ? » demanda-t-il pris d'un doute.
« Voyez vous très cher, ce bouton est relié au système de sécurité de ma maison. Je vais appuyer dessus, ça va prévenir le shériff que je suis en danger, et dans quelques minutes il sera là avec ses hommes pour vous arrêter. » lui expliqua-t-elle doucement, comme si elle s'adressait à un enfant, un sourire moqueur sur les lèvres.
« Ne faites surtout pas ça ! »
« Vous me prenez pour une idiote ? »
Quelques secondes après avoir pressé le bouton, des bruits métalliques résonnèrent dans toute la maison. La jeune femme regarda autour d'elle, déstabilisée. Quant à Robin, il se contenta de pousser un long soupire, ayant étudié le système de sécurité défectueux pendant de longues minutes, il savait pertinemment ce qui allait se passer. Tout à coup, les volets électriques de la maison retombèrent lourdement sur les bords des fenêtres, plongeant la maison dans l'obscurité la plus totale. Il entendit Regina chercher à tâtons un interrupteur, se cognant au passage sur tous les meubles.
« Mais qu'est ce qui se passe ? C'est quoi ce bordel ? » hurla-t-elle, visiblement dépassée par la situation.
« Voyez vous très chère » commença Robin, en imitant le ton de la jeune femme « vous venez de nous enfermer tous les deux, à double tour, dans votre demeure. »
Le chapitre 2 est terminé. J'espère que vous avez aimé ! Merci à ceux qui m'ont laissé des reviews, ça m'a fait très plaisir car c'est la première fois que je fais lire une de mes histoires à des personnes. Si vous le voulez, continuer de me mettre des commentaires. Positif, négatif, je prends tout avec plaisir ! Sinon, je vais essayer de poster la suite avant jeudi !
