Chapitre 3 : rapprochement.

Regina avait enfin réussi à trouver un interrupteur, allumant le lustre de cristal qui surplombait la chambre. Elle ne comprenait absolument rien à ce qui venait de se passer. Et la phrase d'explication du voleur n'avait fait qu'augmenter son désarroi : le bouton sur lequel elle avait appuyé servait à prévenir la mairie qu'elle était en danger, il ne pouvait en aucun cas fermer toutes les issus de la maison ! Elle ne contrôlait pas la situation et cela effrayait au plus au point la maniaque du contrôle qu'elle était. Elle ne s'était jamais sentie aussi vulnérable.

« Qu'est-ce qui s'est passé ? » demanda-t-elle au voleur d'une voix chevrotante.

« J'ai essayé de vous l'expliquer… Votre système de sécurité a eu un court circuit il y a quelques jours, il est défectueux. Il bug complètement ! C'est pour ça qu'on se retrouve enfermé. »

« Alors ce n'était pas une blague. Je me retrouve enfermée dans ma maison, en présence d'un voleur. »

Elle prit une profonde inspiration, fermant les yeux, son arme toujours pointée sur le jeune homme. Son cœur battait bien trop vite, quand à ses mains, elles étaient prises de légers tremblements. Elle devait se ressaisir le plus vite possible. Il ne devait pas percevoir sa peur, elle ne devait pas lui donner l'impression qu'il avait une chance de prendre le dessus. Pour cela elle devait étrangler ses sentiments, passer outre sa frayeur, et redevenir la femme glaciale et intraitable qui faisait trembler la ville. Lorsqu'elle rouvrit les yeux, toute trace de peur avait disparu, ne laissant place qu'à un regard froid et déterminé. Elle déclara posément, d'un ton menaçant :

« Je vous préviens, au moindre mouvement suspect, je vous tire dessus. »

Son avertissement ne sembla pas impressionner le cambrioleur qui fixait le canon de son revolver, un léger sourire sur les lèvres. Regina jeta un coup d'œil discret sur son arme. Le sentiment de peur qu'elle avait tenté de réprimer de toutes ses forces revint instantanément.

« Merde ! Pourvu qu'il ne l'ai pas remarqué, sinon je suis foutue ! »

Robin voyait bien qu'elle essayait de garder contenance mais qu'au fond elle était effrayée.

« Pour une politicienne de son envergure, elle n'est pas très bonne comédienne… ça en est presque décevant ! » pensa-t-il.

D'un côté, ça l'amusait de voir la terrible Regina Mills terrorisée par sa simple présence. Mais d'un autre côté, il avait pitié d'elle : ses petites mains tremblaient, faisant tressauter son arme, une lueur de détresse brillait dans ses yeux bruns. Elle brandissait son revolver sur lui dans un geste de défense désespéré. Une défense inutile. Robin avait rapidement remarqué que l'arme n'était pas chargée : Regina n'avait même pas eu l'idée d'enlever la sécurité. Soudain, il vit la jeune femme attraper son sac à main et en sortir un téléphone portable dernier cri. Elle allait appeler la police. Robin n'eu même pas le temps de réfléchir, son instinct avait pris le dessus. Il bondit sur Regina, et la projeta violemment en arrière. Il entendit un bruit sourd dans son dos mais ne se retourna pas. Il écrasa d'un coup de talon le fragile smartphone et empoigna l'oreillette qui pendait le long de sa jambe, Petit Jean avait certainement entendu toute la scène.

« Petit Jean ? Tu es toujours là ? »

« Bien sûr » répondit-il instantanément « Tu vas bien ? Elle disait qu'elle allait te tirer dessus et j'ai entendu des bruits de lutte. » Son frère semblait extrêmement stressé par la tournure qu'avaient pris les événements, ce qu'il comprenait aisément : à cette heure là, ils devraient être entrain de charger la camionnette, et au lieu de ça ils se retrouvaient bloqués, l'un à l'intérieur et l'autre à l'extérieur. Et en présence de la propriétaire de la maison, par-dessus le marché. C'était la première fois de toute leur carrière qu'un cambriolage tournait au fiasco. Il s'appliqua à rassurer son petit frère :

« Ne t'inquiète pas, je vais bien. Elle avait une arme, mais pas chargée. Elle allait appeler les flics avec son portable, heureusement je viens de le réduire en bouillie. Essaye de voir si dans les papiers que tu as sur la maison il y en a un qui parle d'une ou plusieurs lignes téléphoniques fixes. »

« J'en ai pour quelques secondes…. Ça y est ! Elle a une connexion internet mais pas de ligne téléphonique qui va avec. Comme tu as cassé son portable, elle n'a pas d'autres moyens d'appeler du secours ! » s'exclama-t-il, visiblement soulagé.

« Génial. Écoute-moi bien Petit Jean : tu ne peux pas rester devant la maison. Quelqu'un risque de remarquer l'absence de l'adjointe au maire, surtout le jour de son discours et de ses interviews à la mairie. Ta présence dans une camionnette garée devant la maison paraîtra tout de suite suspecte. Tu dois t'en aller. »

« Mais je ne peux pas te laisser tomber ! C'est hors de question ! » cria son frère, révolté.

« Tu ne me laisses pas tomber, tu vas juste te mettre à l'abri le temps que je sorte. Si tu veux tu peux aller voir Roland à l'hôpital, il doit se sentir seul… Et de toute façon on reste en contact. Il faut que je te laisse, à tout à l'heure. »

L'entretien entre les deux frères avait duré moins d'une minute. Robin se retourna vers Regina, étonné de ne pas l'avoir entendu se relever. La jeune femme était étendue sur le sol, inanimée. Il se précipita vers elle, pris de panique. Ça ne devait pas se passer comme ça ! Il n'avait jamais voulu lui faire de mal ! Il s'agenouilla auprès d'elle : son pouls était normal et elle respirait correctement. Rassuré, il en conclut qu'elle s'était évanouie lors de sa chute.

Il prit Regina dans ses bras et la souleva délicatement. Il se focalisa sur son visage : il avait beau être un voleur, il n'en restait pas moins un gentleman. Un gentleman qui refusait de profiter, ne serait-ce que visuellement, d'une femme à demie-nue inconsciente. Robin détailla son visage : ses paupières closes finement maquillées étaient surmontées de deux grands sourcils parfaitement arqués ses lèvres rouges étaient entrouvertes, il remarqua une petite cicatrice juste au dessus de celles-ci qui n'enlevait rien à son charme sa peau subtilement dorée semblait dénuée d'imperfections. Depuis la mort de sa femme, il y avait quatre ans, Robin s'était totalement désintéressé des femmes, ne les regardant même plus. Mais ce jour là, il ne pouvait que constater que la beauté de Regina Mills le subjuguait. Il aurait pu l'observer ainsi pendant des heures. Mais elle était toujours inconsciente, ce qui commençait à l'inquiéter. Le voleur tenait absolument à l'aider à revenir à elle : il se sentait coupable de l'avoir mis dans cet état, et priait pour qu'elle n'ai rien de grave. Il la déposa sur le grand lit orné d'un drap en satin noir.

« Ça doit être horriblement froid ce tissu, elle risque de tomber malade si elle reste allongée là-dessus en sous-vêtements. »

Il attrapa un plaid en mohair déposé au bord du lit et en drapa la jeune femme. Il se rendit dans la petite salle de bain dans laquelle il s'était retrouvé piégé quelques minutes auparavant. Il prit le linge qui se trouvait sur la vasque du lavabo et le passa sous l'eau froide, en se disant que ça aiderai Regina à se réveiller. Au moment où il s'apprêtait à l'essorer, une douleur fulgurante lui traversa le crâne. Il entendit confusément l'adjointe au maire s'enfuir à toute vitesse de la chambre, avant de dévaler les escaliers.

« La garce ! Elle a osé me frapper par derrière ! » murmura-t-il encore sous le choc.

Robin se redressa péniblement et partit sur les traces de la fuyarde d'un pas chancelant. La descente des escaliers fût un véritable supplice pour lui : il failli tomber à plusieurs reprises car sa vue brouillée et l'absence de luminosité l'empêchaient de distinguer correctement les marches. Des coups sourds accompagnés de cris stridents provenaient de la cuisine. Lorsqu'il franchit le pas de la porte, il se figea sur place, interloqué par le spectacle qui se déroulait sous ses yeux. Regina, qui n'avait pas pris le temps de passer une robe, se jetait de toutes ses forces contre la porte par laquelle Robin était entré, une chaise de cuisine design faisant office de bélier.

« Vous essayez de défoncer la porte ? Mais vous vous rendez compte que vous devez faire à peine cinquante kilos ? » lui demanda-t-il d'une voix forte en réprimant un petit rire.

La jeune femme se retourna promptement, apparemment surprise de le voir si vite debout après le coup violent qu'elle lui avait asséné.

« Vous vous êtes vite remis… C'est une vieille porte, elle ne me résistera pas longtemps ! »

« Une vieille porte en bois massif qui possède un énorme verrou en acier. Vous allez juste réussir à vous faire mal, croyez moi. » lui expliqua-t-il d'un ton conciliant.

« Vous croire ? Vous êtes un minable petit voleur qui a essayé de s'emparer de mes biens ! C'est tellement plus simple de s'approprier le bien d'autrui plutôt que d'exercer un travail honnête, n'est-ce pas ? Et par-dessus le marché vous avez failli me tuer en me jetant au sol ! Et vous espérez, après tout ça, que je vais vous croire ? Vous ne doutez de rien ! » lâcha-t-elle un sourire mauvais sur les lèvres en reposant sa chaise au sol.

Les paroles de Regina frappèrent Robin en plein cœur, pour la première fois depuis le début de leur rencontre il sentit la colère s'insinuer en lui.

« Vous ne me connaissez pas, vous ne pouvez pas me juger de la sorte. » souffla-t-il d'un ton menaçant.

« Bien sur que je vous connais, vous êtes comme tous les autres criminels qui peuplent la prison de la ville ! Vous n'avez aucun honneur, aucune moralité ! Heureusement que la justice est là pour empêcher les nuisibles dans votre genre de pourrir la vie des braves gens ! » clama Regina.

Le menton relevé, elle fixait le voleur droit dans les yeux, un air de profond mépris affiché sur le visage. Le voleur et la politicienne se faisaient face. Ils se défiaient du regard, tels deux gladiateurs prêts à s'affronter dans l'arène. Les muscles bandés, les yeux remplis de haine, les points fermement serrés, Robin était hors de lui. Le jeune homme n'avait qu'une envie : gifler l'adjointe au maire de toutes ses forces. Mais au fond de lui, il s'en sentait absolument incapable, il était hors de question pour lui de lever la main sur une femme. Même si cette femme était la pire garce qu'il ai jamais rencontré. Il se contenta donc de hurler.

« Vous me traitez de minable, de nuisible, mais vous n'avez aucune idée de ce que je vis ! Mon fils de huit ans va mourir parce que je suis trop pauvre pour payer l'opération du cœur qui pourrait le sauver ! Mais vous, vous ne pouvez pas comprendre tout ça, vous avez toujours vécu dans le luxe, dans l'opulence ! Vous n'avez aucune idée de ce que c'est que de voir son enfant agoniser à l'hôpital, et apparemment vous n'en avez rien à foutre ! C'est pour ça qu'en j'en suis réduit à voler la garce qui a refusé de signer la loi qui aurait pu sauver mon fils et m'éviter tout ce bordel ! Et vous osez venir me parler de moralité… vous osez dire que JE suis le nuisible et que VOUS faites partie des braves gens ! Regina Mills, vous me dégoûtez. »

Une fois qu'il eu fini de vider son sac, Robin tourna le dos à la femme qu'il jugeait responsable de son malheur et quitta la grande cuisine. Il ne voulait en aucun cas rester dans la même pièce qu'elle.

Regina était sous le choc. Elle resta là, les bras ballants, incapable de bouger, de prononcer le moindre mot pour le retenir. Pourtant elle ne voulait pas qu'il parte. Elle avait la sensation qu'elle venait se prendre une claque magistrale et qu'elle était la seule à blâmer.

Jusqu'à présent elle pensait avoir à faire à un vulgaire cambrioleur, un parasite qui voulait s'approprier une partie de sa fortune et qu'il lui fallait éradiquer. Elle venait de découvrir qu'elle se trouvait en réalité face à un père désespéré qui était prêt à risquer sa vie pour sauver l'être qu'il chérissait le plus au monde. Son fils. Une vague d'empathie submergea Regina. Pour la première fois de sa vie, elle cessa de raisonner en politicienne et laissa ses émotions la guider. Elle regarda la photo de l'anniversaire d'Henry. Elle aurai fait la même chose à sa place. Si jamais quelque chose d'aussi affreux arrivait à son fils, elle serait prête à écraser tous ceux qui se mettraient en travers de son chemin pour le sauver. Cette discussion, si elle pouvait l'appeler ainsi, changeait sa vision du monde, de la justice.

Elle ouvrit la porte de sa petite cave à vin électrique, située près du frigo. Aux bouteilles de vin de grands crus, elle préféra une petite flasque remplie d'un vieux scotch. Elle versa le liquide ambré dans deux verres qu'elle déposa sur un plateau.

« Il est surement remonté dans la chambre. Pourvu qu'il accepte mes excuses. »

En arrivant devant la porte de sa chambre, Regina se sentait très angoissée. Elle ouvrit doucement la porte. L'homme, dont elle ignorait toujours le nom, était assis sur son lit. Il tenait sa tête entre ses mains, pleurant en silence. Elle se racla légèrement la gorge, afin de signaler sa présence.

« Je vous ai apporté un scotch. Je…. Je tiens à m'excuser pour toutes les horreurs que je vous ai dites. » l'homme ne répondit pas, il n'avait pas même tourné la tête lorsqu'elle avait parlé. Elle ne se découragea pas pour autant et ajouta :

« Vous savez moi aussi j'ai un fils…. Vous avez parfaitement raison, je n'ai aucune idée de ce que vous vivez. Et pour être tout à fait honnête, j'espère ne jamais vivre ça. Je suis navrée d'avoir été aussi méchante avec vous, j'avais peur que vous me fassiez du mal, alors j'ai dit tout ce qui me passait par la tête. Pour vous blesser. »

Le voleur tourna enfin la tête, plongeant ses yeux azurs dans les siens.

« Je n'aurais jamais pu vous faire de mal. »

Regina savais que ces paroles étaient sincères. Elle lui tendit un verre et avala le sien d'une traite. L'alcool lui brûla la gorge, elle sentit sa mâchoire se contracter.

« Quel est votre nom ? »

Voyant que le jeune homme hésitait à lui répondre, elle lui promis d'un ton bienveillant :

« Je ne vous dénoncerai pas, je ne voudrais surtout pas que votre fils se retrouve en plus avec son père en prison. »

« Robin, je m'appelle Robin. »

« Vous savez Robin, je n'ai pas eu une vie aussi idyllique que vous semblez le croire. Bien au contraire. »

Il la regarda étonné, apparemment cette idée ne lui avait jamais effleuré l'esprit. Il lui demanda, un petit sourire taquin au coin des lèvres, en essuyant ses larmes d'un revers de la main :

« Oh mon Dieux ! Laissez moi deviner, vous êtes tombée de votre cheval préféré étant petite et ça vous à traumatisé à vie ? »

La jeune femme éclata d'un rire cristallin, heureuse de le voir faire à nouveau des blagues. Décidément, elle avait l'impression que Robin aimait la taquiner.

« Même pas ! » puis redevenant sérieuse « c'est vrai que déjà petite, je vivais dans le luxe, mais mon enfance n'a pas été drôle. La seule chose qui comptait pour ma mère, c'était de grimper dans l'échelle sociale. Elle avait épousé un riche homme d'affaire, pour sa fortune et non par amour, mais ça ne lui suffisait pas : elle voulait que sa fille devienne une grande politicienne, une femme respectée et crainte de tous qui régnerai sur une ville, voire un état. Pour me préparer à ce destin grandiose, elle m'a donné une éducation extrêmement stricte, faite de privations et de réprimandes. Je n'avais aucun ami car les meilleurs professeurs de la ville venaient me faire cours chez mes parents. Mon seule échappatoire était l'équitation. Puis quand j'ai été plus grande, à l'âge de dix-huit ans, Daniel mon premier amour. On se voyait en cachette dans les écuries, on avait même prévu de fuir tellement nous étions heureux ensemble ! Mais ma mère nous a surpris. Quelques jours plus tard, Daniel était arrêté pour trafic de drogue. »

Regina s'arrêta de parler. Sa gorge était nouée, deux grosses larmes coulaient le long de ses joues. Elle n'avait jamais parlé de son enfance ni de Daniel à qui que se soit. D'ailleurs elle comptait ne jamais en parler, laisser son passé enfoui en elle. Et voila qu'elle se confiait à un parfait inconnu qui avait tenté de la cambrioler ! Elle ne savait pas bien ce qui lui arrivait, mais bizarrement, elle trouvait ça simple de lui parler, elle avait l'impression qu'il pourrait la comprendre. Elle leva la tête vers Robin et vit qu'il la regardait avec intensité, l'air compatissant. Il lui demanda gentiment :

« Mais si c'était un trafiquant de drogue, ça veut dire que votre mère à tout fait pour vous protéger. Même si elle était très stricte et qu'elle vous a élevée dans la solitude, sur ce coup là c'était plutôt une bonne chose non ? »

« Vous ne comprenez pas. Daniel n'a jamais vendu de drogue. Ma mère a usé de ses relations hautes placées pour le faire arrêter et l'empêcher de me revoir ! Elle a fini par me l'avouer… Mais aujourd'hui encore je ne sais pas ce qu'il est devenu. »

« Vous êtes sûre ? Enfin, je ne remets pas votre parole en doute ! C'est juste que je trouve ça tellement horrible ! Comment une mère peut elle faire ça à son enfant ? »

Sans répondre à sa question, Regina continua :

« Quand vous m'avez dit que votre petit garçon était gravement malade, ça m'a fait un choc. Mon fils est tout ce que j'ai, je ne supporterais pas de le perdre. Ma maison, ma carrière, mon argent, tout ça c'est du vent ! Des fois le matin, je me dis que je resterais bien à la maison plutôt que d'aller travailler. Et puis je me rends compte que je n'aurais rien à faire de ma journée : pas de mari avec qui faire une grasse matinée, pas de copines avec qui aller prendre un café… Rien. Et ces matins là, la seule chose qui me fait tenir, c'est de savoir que mon fils est là, qu'on va prendre un bon petit déjeuné ensemble, et qu'avant de partir pour l'école il me dira qu'il m'aime. »

Robin la regardait toujours avec attention, il avait l'air touché par ce qu'elle venait de lui dire. Peut être parce qu'il se rendait compte qu'au fond ils n'étaient pas si différents l'un de l'autre…

« Depuis la mort de ma femme, je ressens souvent la même chose. Je n'ai plus de parents, plus d'amis, il ne me reste que mon fils et mon frère. Je… je ne supporte pas de le voir malade… comment je vais faire sans lui ? » sa voix se brisa dans un sanglot. Regina lui prit doucement la main pour le réconforter, elle n'aimait pas le voir souffrir ainsi.

« Je suis sûre qu'on peut trouver un moyen de le guérir…. Ne désespérez pas. »

« Vous avez raison, je trouverai bien un moyen. » chuchotât-il en la regardant droit dans les yeux.

Pour la première fois depuis de longues années, Regina avait enfin l'impression que quelqu'un la comprenait. Mieux, que quelqu'un ressentait les mêmes choses qu'elle. La même solitude. Elle s'apprêtait à lui faire part de ses émotions quand une douleur à la nuque lui arracha un cri.

« Qu'est-ce qui vous arrive ? Vous allez bien ? » s'enquit Robin.

« Je me suis fait mal à la nuque et à la tête tout à l'heure, quand vous m'avez jetée par terre. »

« Ne bougez pas, je reviens. » lui ordonna le jeune homme d'un ton autoritaire.

Quelques secondes plus tard, il revint tenant dans ses mains un linge humide. Il avait enlevé son bleu de travail dévoilant un t-shirt blanc et un jean délavé. Une tenue simple qui faisait ressortir sa peau mate et laissait entrevoir un corps musclé.

« Ça devrait vous soulagez. »

Avant qu'elle ne puisse esquisser un geste, il avait soulevé délicatement ses cheveux et posé le linge sur sa nuque. Des gouttes d'eau glaciales roulèrent le long de son dos, la faisant se tortiller. Ce qui eu pour effet de faire rire Robin.

« Tenez-vous tranquille Regina ! Et puis si vous étiez habillée de façon plus décente, au lieu de jouer les James Bond girl, votre dos ne serait pas plein d'eau ! » s'exclama-t-il en riant de plus belle.

« Oh ! Je ne vous permets pas ! » dit-elle en prenant un air faussement outré avant de rire à son tour. Elle sentit le rouge lui monter aux joues en se réalisant que pour la seconde fois il venait de la qualifier de James Bond girl. Un compliment qui ne la laissait pas insensible.

Robin passa ses doigts dans ses cheveux sombres, massant délicatement son cuir chevelu endolori. Regina se laissa faire, profitant de ce moment pour mieux observer son voleur. Elle regarda d'abord son avant bras sur lequel était tatoué un lion, puis son bras puissant qui menait à une épaule musclée, à moitié recouverte par la manche de son t-shirt. Elle contempla son visage, un regard azur et franc cerclé de légères cernes une barde claire qui avait besoin d'être taillée mais qui lui donnait une allure très masculine des lèvres fines illuminées par un grand sourire. Robin cessa son massage, et effleura ses joues du bout des doigts. La chaleur que lui procura cette caresse lui semblait irréelle. Ça faisait des années qu'elle ne s'était pas sentie aussi proche d'un homme. Inconsciemment elle se rapprocha un peu plus de lui. Une odeur musquée et légèrement boisée l'enveloppa. Son odeur. Elle se sentait déstabilisée face à cet homme qui avait su faire se fissurer les barrières qu'elle s'était construite pour se protéger des autres, se protéger de tout attachement. Robin la regardait avec intensité, lui aussi semblait troublé par toutes ces confidences qui les avaient inexorablement rapprochés. Un rapprochement imprévisible entre le prince des voleurs et la terrible politicienne. Regina eu une soudaine envie de se blottir dans les bras de cet homme qu'elle trouvait tendre et horripilant à la fois, et de se laisser transporter par ses sensations pour la première fois de sa vie. Leurs visages étaient maintenant très proches, elle ne désirait rien d'autre que de lâcher prise…

« Non ! Laissez-moi ! »

….

Robin se sentait malheureux et déconcerté. Malheureux car le cambriolage était un désastre et qu'il était revenu à la case départ : il ne savait toujours pas comment il allait s'y prendre pour sauver son petit Roland. Déconcerté car il ne comprenait pas le comportement de Regina. Elle s'était ouverte à lui, il s'était senti proche d'elle. Il s'était reconnu dans sa souffrance, dans sa solitude. A la place de la vieille sorcière cruelle et vicieuse qu'il pensait rencontrer, il avait découvert une femme sublime et meurtrie pas la vie. Il avait eu envie de poser ses lèvres contres les siennes, et il restait persuadé que ça avait été réciproque. Mais elle s'était dégagée et avait remis sur son beau visage ce masque dur et froid qui la protégeait si bien. Elle s'était rhabillée, avait enfilé une sublime robe noire taillée sur mesure.

« Je suppose qu'un voleur de votre qualité est capable de réparer le système de sécurité. J'ai perdu assez de temps ici, je dois retourner à la mairie. Rassurez-vous, je tiendrai ma promesse : je ne signalerai pas cet incident à la police. » lui avait-elle asséné d'un ton distant.

Il avait donc repris ses outils et avait travaillé sur le système de sécurité, en se branchant sur le coffre fort. Mais cette fois, il n'avait pas le cœur à l'ouvrage. Quinze minutes plus tard, les volets se relevèrent, inondant la chambre d'une vive lumière qui lui brûla les yeux. Des bruits métalliques retentirent à nouveau dans la maison, signe que les portes étaient bien déverrouillées.

« Voila, j'ai fini. » annonça-t-il sans même la regarder.

« Bien. On va sortir alors. »

Ils descendirent les escaliers en silence, un profond malaise s'était installé entre eux, les empêchant de se parler. Une fois dehors, ils se murmurèrent un simple au revoir, comme si rien ne s'était passé, comme s'ils étaient deux inconnus.

Alors qu'elle se dirigeait vers sa berline, Robin l'interpella :

« Regina, attendez ! »

Il voulait lui parler. Il ne savait pas exactement ce qu'il voulait lui dire, il y avait tellement de choses qui se bousculaient dans sa tête ! Mais ils ne pouvaient pas se quitter de cette façon, il ne l'admettait pas ! Cependant, la jeune femme ne se retourna pas, ne lui répondit pas, ne laissant rien transparaître. Elle monta dans sa voiture et démarra en trombe, sans même lui lancer un regard.

Comme s'il n'existait pas. Comme si il n'avait jamais existé pour elle.

Fin du chapitre 3. Un chapitre plus long que d'habitude centré sur Robin et Regina, j'espère que vous avez aimé ! Un grand merci à tous ceux qui me laissent des reviews et qui suivent mon histoire, ça me fait extrêmement plaisir ! Continuez à m'en laisser si vous le voulez, c'est très constructif d'avoir des retours :) Je posterai le chapitre suivant pour le week end prochain. En attendant bon week end et bonne semaine à tous !