Chapitre 6 : discussions et réflexion.

Regina était sur un petit nuage. Ça faisait maintenant une heure qu'elle s'était levée et elle ne cessait de repenser à la merveilleuse journée qu'elle venait de vivre. Le repas qu'elle avait partagé avec Robin et Henry la partie de jeux vidéo où les deux garçons s'étaient affrontés à grand renfort de cris et de rire les sourires dont Roland la gratifiait… et plus que tout ce premier baiser échangé avec Robin. Dès que cet instant lui revenait en mémoire, elle en revivait chaque sensation et sentait des ondes de bonheur irradier son corps. Elle était heureuse. Tout simplement. Robin avait passé la nuit à l'hôpital auprès de son fils, comme à son habitude. Regina avait hâte que Roland soit complètement rétabli, ainsi ils pourraient passer de bons moments tous ensemble, comme une famille. La jeune femme était persuadée qu'Henry apprécierait la présence du petit garçon étant donné qu'il cassait régulièrement les pieds de ses deux mamans pour savoir quand est-ce qu'il pourrait avoir un petit frère ou une petite sœur.

« Et puis, quand Roland sortira de l'hôpital, Robin pourra venir passer des soirées chez moi… des nuits aussi » songea-t-elle en rougissant. Le simple fait d'y penser provoquait en elle un délicieux mélange d'impatience et de nervosité. Son imagination commençait à s'enflammer quand la sonnette de la porte d'entrée retentit dans toute la maison. Regina quitta sa cuisine en se disant qu'Emma venait surement récupérer les livres de cours qu'Henry avait encore oublié lorsqu'elle entendit une voix de femme l'appeler. Il lui sembla reconnaitre la voix de Belle, mais elle ne comprenait pas ce qu'elle pourrait bien faire devant sa porte à huit heures du matin, d'autant plus que les deux femmes étaient loin d'être amies. Intriguée, elle ouvrit la porte :

« Regina ! J'ai eu peur que vous soyez absente ! » Belle se précipita à l'intérieur, jeta un coup d'œil furtif à la rue puis referma la porte.

« Qu'est-ce qu'il vous prend Belle ? Je ne vous permets pas… »

« Taisez-vous et écoutez moi ! » la bibliothécaire la coupa net. Son attitude inhabituellement cavalière et agitée surprit Regina qui, du coup, arrêta de parler. « Votre mère est venue hier soir à la boutique d'antiquités avec deux gardes du corps qui nous ont menacés. Elle voulait savoir si vous aviez bien une relation avec Robin… »

« Quoi ? Elle sait qui est Robin ? »

« Non je ne crois pas et Rumple lui a dit qu'il ne le connaissait pas. Mais elle sait que vous êtes avec quelqu'un qu'elle a qualifié de trouble. Elle a aussi dit que vous n'aviez plus d'intérêt pour la campagne électorale et qu'elle allait vous rappeler que l'amour est une faiblesse. »

En entendant les derniers mots prononcés par Belle, Regina sentit ses jambes se dérober sous elle. La jeune femme eu l'impression de sombrer dans un abime sans fin. La compagne de Gold se précipita sur elle, l'aida à se redresser et l'entraina dans la cuisine où Regina s'affala sur une chaise. Pendant que Belle farfouillait dans les nombreux placards pour trouver une tasse dans laquelle elle pourrait lui verser le café qui restait dans la machine, la politicienne reprenait peu à peu ses esprits.

« Comment ai-je pu croire que je pouvais débuter cette relation avec Robin sans que rien ne vienne nous perturber ? J'aurais dû me douter qu'elle viendrait me pourrir la vie une fois de plus ! » la jeune femme parlait plus pour elle-même que pour Belle qui lui jetait des coups d'œil inquiets « Je ne la laisserai pas ruiner ma vie une fois de plus. Elle va me le payer cher ! »

Lorsque Belle lui avait annoncé la nouvelle, elle avait sentit un profond désespoir s'abattre sur elle, mais maintenant la colère prenait la pas sur tout le reste. Elle avala d'une traite la tasse de café que la jeune femme lui tendait. Des idées de vengeances traversaient son esprit, elle s'était jamais sentie aussi créative, pas même lorsqu'Emma était entrée dans sa vie. La bibliothécaire la tira de ses pensées :

« Regina ça va ? Vous vous sentez bien ? »

« Merveilleusement bien très chère ! » clama-t-elle en se relevant « La première chose à faire c'est de mettre Robin et son frère à l'abris. Connaissant ma mère et ses relations, elle va très vite découvrir la vérité sur eux et les envoyer croupir en prison. Comme Daniel. »

« C'est déjà fait ! Rumple est parti chercher Robin et Petit Jean à l'hôpital pour les emmener dans un endroit où Cora ne les trouvera pas. Mais maintenant…»

« Attendez ! » Regina lui coupa brusquement la parole « Quand je suis allé le voir, Gold m'a affirmé ne pas connaitre Robin et là vous me dites qu'il est entrain de les aider à se cacher ! Il s'est foutu de moi ou quoi ? »

Belle entortillait nerveusement un fil de laine de son écharpe beige autour de son doigt, une expression coupable sur le visage. Le silence contrit de la jeune femme additionné à son air de chien battu eu pour effet d'énerver Regina au plus haut point.

« J'attends vos explications Belle. » intima-t-elle froidement.

« Rumple connait Robin et Petit Jean depuis très longtemps… En fait c'est lui qui écoulait les objets qu'ils volaient du temps où ils étaient de grands cambrioleurs. » Voyant que son interlocutrice commençait à ne plus parvenir à masquer sa rage, elle débita le reste de son explication à toute vitesse « Quand vous êtes venue demander à Rumple si il connaissait Robin il vous a menti pour le protéger. Il pensait que vous vouliez vous venger pour le cambriolage. »

Regina mit quelques secondes à réaliser ce qu'impliquait la réponse de Belle. Elle ne pouvait pas y croire ! Rumple n'aurait pas pu lui faire ça, pas à elle ! Puis elle réfléchit et se rendit compte qu'en fait c'était tout à fait son genre.

« C'est lui qui a organisé le cambriolage de ma maison ! Mais qu'elle ordure ! Je vais le tuer ! Ça fera d'une pierre deux coups avec ma mère ! » hurla-t-elle « Et vous vous étiez au courant ? Vous jouez les petites saintes nitouches mais vous ne valez pas mieux que lui ! »

Face à une telle violence, Belle était partagée entre la peur et la colère : elle commençait à en avoir sérieusement mare que Regina soit aussi mauvaise envers elle, mais d'un autre côté elle ne voulait pas s'attirer les foudres de la terrible politicienne. Elle ne se savait pas si elle devait battre en retraite ou hausser le ton à son tour. Finalement elle opta pour la seconde solution.

« Premièrement je ne joue pas les saintes nitouches ! Je suis juste quelqu'un qui essaye d'être gentil envers autrui, mais ça vous ne pouvez pas le comprendre vu que vous êtes détestable avec tout le monde ! Deuxièmement vous réglerez vos comptes avec Rumple plus tard ! L'urgence pour le moment c'est d'empêcher Cora de nuire à Robin et Jean ! Vous continuerez votre petite guerre débile avec Rumple plus tard ! »

Regina fut d'abord outrée de voir la douce bibliothécaire se rebeller contre elle, néanmoins elle dut admettre qu'elle avait raison : Robin était sa priorité absolue.

« Vous avez raison. Je m'occuperai de lui plus tard. Emmenez-moi à l'endroit où ils se cachent. »

Belle la toisait du regard, les bras croisés, le menton relevé. Regina poussa un profond soupire d'agacement : décidément cette jeune nunuche avait plus de caractère qu'elle ne l'avait imaginé. Elle demanda d'un ton faussement amical :

« Pouvons-nous y aller, s'il vous plait ? »

« Je me demande ce que j'ai bien pu vous faire pour que vous soyez aussi désagréable et méprisante avec moi. » Voyant que l'adjointe au maire ouvrait la bouche pour lui répondre, elle s'empressa d'ajouter « Ne répondez pas ! C'était purement rhétorique. Je n'ai pas envie qu'on continue à se disputer. »

Les deux jeunes femmes sortirent de la maison, vérifièrent qu'il n'y avait pas de présence suspecte dans la rue et montèrent dans la vieille voiture de Belle.

….

Gold roulait depuis une vingtaine de minutes en compagnie des deux frères. Il était allé à les trouver à l'hôpital à huit heures du matin et les avait entrainés jusque dans le jardin pour leur expliquer la situation. Comme il s'y était attendu, Robin avait obstinément refusé de partir avec lui car Roland ne pouvait toujours pas quitter l'hôpital. Il avait été contraint de lui faire remarquer qu'il valait mieux pour un enfant se passer de son père quelques jours plutôt que de s'en passer quelques années le temps qu'il sorte de prison. Le voleur avait bien sûr capitulé face à l'argument. Petit Jean, lui, s'était immédiatement rangé de son côté déclarant qu'avec tous les moyens technologiques actuels ils parviendraient rapidement à contrecarrer Cora tout en restant en contact avec Roland. Pour lui ça ne serait l'affaire que de quelques jours tout au plus. Gold s'était bien gardé de le contredire même si, connaissant Cora, il doutait fort qu'il soit possible de se débarrasser d'elle en si peu de temps. Puis Jean avait ajouté qu'Ariel resterait près de l'enfant et que Belle continuerait de lui apporter des livres et de lui lire des histoires, ce qui avait achevé de convaincre son frère.

« Hé mais tu nous emmènes dans notre ancienne planque ! » s'écria Petit Jean pris d'une soudaine révélation.

« En effet. »

« Tu crois pas que depuis le temps qu'elle est abandonnée elle doit être inhabitable ? Elle doit grouiller de bestioles le jour et de junkies la nuit ! » demanda-t-il avec dégout.

« Mais qui t'a dit que la maison était abandonnée ? Apparemment tu n'es pas au courant qu'il y a quatre ans j'ai racheté la maison et toute la forêt environnante. Elle est donc en parfait état et entièrement équipée. »

« Tu as tout acheté ? La vache tu dois être encore plus friqué que je le pensais ! Et tu en fait quoi de tout ce terrain ? Encore des magouilles hein ? »

Gold eu un petit rire étouffé. Il lâcha le volant de sa main droite et mit une petite claque au jeune homme.

« Dis moi Jean tu as conscience que si c'était quelqu'un d'autre qui me disait ça, il aurait bien du souci à se faire ? » déclara-t-il d'un ton désinvolte. Le jeune homme ne se laissa pas impressionner et rétorqua :

« Bin oui mais c'est moi ! Du coup tu te contentes de ricaner bêtement en me collant une baffe. »

Rumple l'observa à la dérobée : Petit Jean tentait de masquer la fierté que lui procurait sa répartie, tel un adolescent qui serait content d'avoir enfin réussi à répondre à son père. C'était d'ailleurs pour cette raison que Gold appréciait autant le jeune voleur : il lui faisait penser au fils qu'il avait perdu il y a de nombreuses années. Non seulement son fils aurait eu le même âge que Jean, mais en plus il partageait avec lui cette générosité et cette bonne humeur qui réchauffaient le cœur du vieil homme. Mais bien entendu il préfèrerait mourir plutôt que de d'avouer cette tendresse paternelle envers le jeune homme.

« Ok c'est cool on va retrouver notre vieille planque. » Robin sortait enfin de son mutisme, depuis qu'ils avaient quitté l'hôpital il n'avait pas décroché un mot, se contentant de regarder le paysage défiler par la vitre « Et à part ça t'as un plan pour se débarrasser de cette femme ? »

Gold regarda le reflet du voleur dans le rétroviseur et répondit évasivement :

« On verra quand Regina et Belle seront là, on réfléchira tous ensemble à un plan. Mais ne t'en fait pas Regina et moi connaissons très bien Cora et ses points faibles. »

Robin tourna la tête sans un mot et recommença à contempler le paysage. Rumple ne parvenait pas à savoir si sa réponse l'avait momentanément rassuré ou si le jeune homme venait de comprendre que la partie était loin d'être gagnée.

L'orée de la forêt était maintenant en vue. Quelques minutes plus tard la voiture franchit le pont aux trolls et pénétra dans l'obscurité de la forêt. Ils roulèrent sur quelques kilomètres sur un chemin de terre boueux, puis Gold gara sa voiture entre deux chênes.

« Nous ne pouvons pas aller plus loin en voiture, on doit faire le reste à pieds. »

Les trois hommes sortir en silence et s'enfoncèrent au cœur de la forêt. Celle-ci était si dense que la lumière parvenait difficilement à se frayer un passage entre les branches des arbres. Au bout d'un quart d'heure de marche difficile sur un sentier glissant et encombré de branchages ils arrivèrent enfin à leur objectif. La maison se trouvait dans une petite clairière bien plus ensoleillée que le reste de la forêt. Elle était entièrement faite de bois, ce qui lui donnait des allures de chalet.

« On dirait la maison de Blanche Neige ! » s'extasia Petit Jean « On s'attendrait presque à la voir sortir du bois en chantant accompagnée d'oiseaux multicolores ! »

Comme pour donner raison à Jean, des éclats de voix retentir à l'autre bout de la clairière. Ils contournèrent la maisonnette et virent avec surprise une jeune femme surgir entre deux arbres. Malheureusement ce n'était pas la douce Blanche Neige qui venait à leur encontre en chantonnant, mais bien Regina qui arrivait à la planque en vociférant et gesticulant comme une possédée.

« Bordel de merde ! Je déteste cette saleté de forêt ! Mes escarpins sont complètement foutus ! Et ma veste toute neuve a un accroc ! Et ces cochonneries d'oiseaux qui n'arrêtent pas de chanter ! Ils ne peuvent pas la fermer ? »

Belle, qui avait eu la présence d'esprit de chausser des baskets, marchait tranquillement derrière elle en essayant tant bien que mal de cacher son hilarité. Gold se tourna vers Robin et lui dit avec ironie :

« Ta charmante princesse est arrivée Robin. Décidément c'est un modèle de grâce et d'élégance ! »

Le voleur enveloppa Regina d'un regard où la tendresse se mêlait à la gaité. Même couverte de boue entrain de brailler et d'insulter des oiseaux, elle conservait ce charme mystérieux qui l'envoutait.

« Tu peux te moquer, je m'en fiche ! C'est comme ça qu'elle me plait ! »

Robin courut vers la jeune femme, et avant qu'elle ne puisse esquisser le moindre geste, la souleva de terre et la porta dans ses bras tel le prince de Blanche Neige. Regina se débattit haranguant qu'elle n'avait pas besoin de l'aide d'un homme pour traverser une clairière. Ce n'est que lorsqu'il déposa un petit baiser sur ses lèvres et lui chuchota qu'il savait très bien qu'elle n'avait pas besoin d'aide mais que ça lui faisait plaisir de la traiter comme une reine qu'elle cessa de râler et se laissa transporter jusqu'au perron du chalet. Les trois autres les rejoignirent, Gold ouvrit la porte et le petit groupe entra.

La maison était petite mais très confortable : elle était composée d'une cuisine, d'un salon et d'une salle d'eau pour le rez de chaussée et de deux chambres assez spacieuses à l'étage. Le tout entièrement fait de bois, ce qui lui conférait un aspect rustique et chaleureux.

Robin ressentit une émotion étrange en revenant dans leur ancienne planque qu'il ne parvenait pas à définir. La dernière fois qu'il y avait mit les pieds, il était accompagné de sa femme. Elle lui avait annoncé qu'elle était enceinte et lui avait posé un ultimatum : il devait choisir entre les cambriolages et la famille qu'ils allaient fonder. Quand ce souvenir du passé lui revint en mémoire, il eu la sensation que ces évènements s'étaient déroulés dans une autre vie, en présence d'un autre Robin. Aujourd'hui il revenait dans ce lieu en compagnie de Regina, une femme qu'il connaissait à peine mais pour qui il était prêt à faire n'importe quoi. La maison était la même, à quelques détails près, pourtant tout lui semblait différent : plus accueillant, plus lumineux. Plus beau. Il comprit enfin d'où venait cette étrange sensation qui le tenaillait. S'il revenait dans cette maison c'était pour donner toutes ses chances à son histoire avec Regina et construire leur bonheur, son bonheur. Et non pour abandonner une partie de lui comme ça avait été le cas il y a un peu plus de huit ans.

« Robin ? A quoi penses-tu ? »

Comme il ne répondait pas, se contentant de laisser son regard errer sur elle, Regina passa ses bras autour de sa taille et lui murmura :

« Tu as l'air perdu… C'est normal avec toute cette histoire de fous… C'est peut être aussi à cause de cet endroit qui doit te rappeler pas mal de souvenirs… En tout cas je suis là Robin. »

Au moment où elle effleura ses lèvres, il sentit ce passé trop lourd mourir en lui. Désormais seul l'avenir comptait pour lui, et Regina était l'avenir. Il lui rendit un baiser langoureux qui, à son grand damne, fut interrompu par Petit Jean :

« Vous pourriez aller dans une des chambres plutôt que de faire ça devant tout le monde ! »

Regina lui répondit du tac au tac :

« Pffff ! Ça se permet de faire la leçon aux autres alors que ça drague des infirmières dans le jardin de l'hôpital ! » En voyant l'air mortifié du jeune homme elle se reprit, un peu gênée « Désolée, pas des infirmières… juste Ariel, qui est vraiment charmante… Tout ça pour dire que je suis très contente pour vous… »

Gold sortit de la cuisine les bras chargés d'un plateau sur lequel étaient disposés une théière, cinq tasses en porcelaines et une assiette remplie de biscuits. Il lança un regard empli de fierté à Petit Jean et déclara :

« Moi aussi je suis très content pour toi Jean, cette fille a beaucoup de chance. Mais maintenant ça serait bien qu'on s'occupe de ce pourquoi nous nous sommes réunis : comment contrer Cora. »

Le petit groupe entra dans le salon. Belle se tenait debout, des feutres velleda à la main, près d'un tableau blanc qu'elle avait accroché à côté de la grande télévision à écran plat. Les autre s'assirent devant elle dans le grand canapé couleur crème, prirent chacun une tasse de thé fumante dont l'odeur embaumait la pièce et écoutèrent la bibliothécaire.

« J'annonce la grande réunion ayant pour thème : comment empêcher cette abominable garce de Cora de gâcher nos vies respectives, ouverte ! »

En entendant ces mots, Robin sentit un frisson d'excitation le traverser. La mère de Regina était peut être une femme puissante, mais elle n'avait aucune idée de ce qui l'attendait. Le Prince des voleurs allait lui faire regretter d'avoir osé s'attaquer à ces quatre personnes qui, avec Roland, formaient sa famille.

« Alors qu'avez-vous découvert ? »

Cora était assise dans un large fauteuil de style victorien. Elle était venue seule. Son mari avait refusé de l'accompagner, estimant qu'à son âge Regina n'avait pas besoin que ses parents lui dictent ce qu'elle devait faire de sa vie. Quand elle avait voulu lui faire entendre raison en lui expliquant que leur fille allait perdre la campagne électorale, il avait déclaré que le plus important était le bonheur de Regina. « Mon mari est un faible sans ambition. Heureusement qu'il est riche, sinon il n'aurait vraiment rien pour lui. » Elle savait qu'il avait toujours été en total désaccord avec sa façon d'éduquer leur fille, mais comme tous les hommes faibles et amoureux, il n'avait jamais osé s'opposer à elle de peur de les perdre toutes les deux. Et c'est notamment pour cette raison qu'elle ne pourrait jamais le respecter. Ni même l'aimer.

L'homme vêtu de noir qui lui faisait face semblait ne pas apprécier la richesse ostentatoire de la somptueuse suite qu'elle avait louée dans l'hôtel le plus luxueux de la ville. « Encore un de ces pauvres qui n'a pas l'habitude des belles choses. » songea-t-elle en étudiant du regard son informateur. Un costume certes élégant, mais taillé dans une étoffe sans noblesse aucune, des lunettes dont le motif imitait grossièrement la beauté des écailles de tortue, et des yeux clairs, limpides, qui à eux seuls contredisaient cette apparence banale voire effacée. Un rictus nerveux contracta ses lèvres fines, finalement il prit la parole :

« Cet homme que votre fille fréquente s'appelle Robin De Locksley. Il a un frère du nom de Jean et un fils de huit ans qui s'appelle Roland. Sa femme, Marianne, est décédée il y a quatre ans. »

« C'est tout ce que vous avez sur lui ? J'aurais été capable d'en faire autant ! »

Les mains du jeune homme tremblèrent, il sentait que la somme d'argent tant espérée allait lui passer sous le nez. Cette femme lui avait promis beaucoup d'argent en échange d'informations compromettantes sur ce Robin. Malheureusement pour lui, il n'était parvenu qu'à dénicher des rumeurs sans fondements auxquelles il avait décidé de ne pas prêter foi. Mais l'idée de ne pas toucher la récompense promise le convainquit de lui en faire part. Elle ferrait ce qu'elle voudrait de cette information, après tout ça n'était pas son problème.

« Et bien… Oui et non. Un policier à la dérive a enquêté sur cet homme et son frère. Il était persuadé qu'ils étaient mêlés à une série de cambriolages dont les auteurs n'ont jamais été arrêtés. Mais il n'a jamais réussi à obtenir la moindre preuve ou le moindre témoignage qui pourrait corroborer sa théorie. J'allais oublier ! Dans les rapports que j'ai réussi à obtenir, de façon non officielle je dois vous le préciser, il parle d'un antiquaire qui a fait fortune après avoir rencontré ces deux hommes, il pensait qu'il était lié aux cambriolages. »

Cora, qui écoutait d'une oreille distraite ces racontars qu'elle pensait sans intérêts, se figea instantanément.

« Vous avez le nom de cet antiquaires ? »

« Oui… Monsieur Gold. »

Elle se leva et se mit à arpenter le salon de long en large, sans prêter la moindre attention à son interlocuteur. Les pièces du puzzle s'assemblaient dans sa tête au fur et à mesure qu'elle réfléchissait aux différents éléments qu'elle possédait. Et comme d'habitude Rumple se trouvait au centre de l'énigme. Comme d'habitude il était le maître du jeu. Mais désormais elle savait qu'il lui avait menti : il connaissait ce Robin. Elle était même prête à parier qu'il était pour quelque chose dans sa rencontre avec Regina. « Si ça se trouve, il les a fait se rencontrer juste pour m'emmerder ! Il va me payer ce manque de loyauté ! »

« Madame ? » la voix du jeune homme la tira de ses pensées.

« Ce que vous m'avez dit me contrarie beaucoup… Si vous le voulez je peux vous donner le double de la somme que je vous ai promis… à condition que vous me rendiez un petit service… »

Elle remarqua avec satisfaction que le jeune homme peinait à masquer sa joie. « C'est ça qui est bien avec les pauvres, ils feraient n'importe quoi pour un peu d'argent. » pensa-t-elle avec un mépris qu'elle se garda bien de dissimuler lorsqu'elle lui expliqua ce qu'elle attendait de lui.

…..

Le tableau blanc restait désespérément vide. Ils étaient dans une impasse et Gold savait pertinemment pourquoi. Cora était une femme d'une rare intelligence et extrêmement bien entourée. Elle ne laissait jamais rien au hasard et supprimait avec art toute trace des ses méfaits grâce à une armée d'hommes de mains qui lui avaient promis allégeance et qui lui étaient entièrement dévoués. Il observa ses compagnons, bien que chacun vivait ce problème de façon différente, il était évident que tous partageaient un sentiment de profond abattement.

Tout au long de sa vie, il avait commis de nombreux méfaits, et provoqué du tord à tellement de personnes qu'il était incapable de se souvenir de toutes ses victimes. Pourtant il avait rarement ressentit une culpabilité aussi intense. Peut être parce que cette fois, c'était ses proches qui étaient concernés par sa malhonnêteté. Sa femme qu'il aimait plus que tout au monde, son ami Robin, Jean qu'il considérait comme un fils et Regina qu'il avait connu petite fille et avec laquelle il avait passé des heures à jouer dans l'immense jardin de ses parents. Il avait le pouvoir de stopper Cora, de la museler une bonne fois pour toutes. Mais pour cela il devrait leur révéler un secret qu'il s'évertuait à cacher depuis plus de vingt ans. Un secret qui ferait de lui un misérable à leurs yeux car cela signifierait révéler les périodes les plus sombres de sa vie. Il ne voulait pas devoir un jour lire le mépris et la colère dans leurs yeux.

Gold était face à un cruel dilemme. Soit il gardait son secret pour lui et devrait supporter de voir les vies de ses proches détruites méticuleusement par Cora, mais au moins il garderait leur affection et leur estime. Soit il leur révélait tout, au risque de les perdre à tout jamais, mais avec pour consolation la certitude qu'ils vivront heureux sans lui.

Sur le chemin du retour, alors qu'il se rendait à son commerce, il continuait à se torturer l'esprit, ne sachant quelle décision prendre. Belle et Regina étaient reparties de leur côté afin d'aller tenir compagnie à Roland à l'hôpital. Quand aux deux frères, ils étaient restés dans la maisonnette où ils allaient devoir passer de longues journées dans la solitude de la forêt. En arrivant au centre ville, il ne prêta pas attention aux sirènes qui retentissaient dans les rues. Ce n'est qu'en se garant dans une rue parallèle à celle où se trouvait sa boutique qu'il remarqua qu'il se passait quelque chose d'inhabituel. Une odeur acre de brûlé empestait la rue, une fumée grise et piquante lui brouilla la vue. Il se précipita, un terrible pressentiment lui nouant l'estomac. Il arriva enfin dans la rue. Sa boutique qu'il aimait tant n'était plus qu'un immense brasier. La façade noircie par les flammes menaçait de s'effondrer, une armada de pompier tentait de contenir le feu pour l'empêcher de s'étendre aux autres immeubles. Il tenta de se frayer un chemin jusqu'à se demeure mais un pompier le repoussa brutalement, lui ordonnant de s'éloigner afin de ne pas être intoxiqué par la fumée. Il retourna complètement hagard jusqu'à sa voiture. Il se sentait anéanti, à tel point qu'il ne trouvait même pas la force de pleurer. Il s'apprêtait à ouvrir la portière dans sa voiture quand il aperçu une enveloppe coincée entre le par brise et l'essuie glace. Il l'ouvrit et en sortit une feuille blanche sur laquelle était écrites deux phrases à l'encre noire, d'une écriture fine qu'il connaissait par cœur.

« Si tu n'es pas avec moi, tu es contre moi. Quel dommage, moi qui t'aimais tant. »

Son cœur rata un battement. Cora avait frappé plus vite et plus violemment que prévu. Il n'avait plus le choix, il devait parler. De toute façon, quoi qu'il fasse il allait tout perdre.

Le chapitre est fini :) Une fois de plus un grand merci à tous ceux qui laissent des reviews ! J'espère que vous avez aimé ce chapitre. En tout cas n'hésitez pas à me laisser vos impressions et vos commentaires. Sinon, je ne suis pas sûre de réussir à poster le prochain chapitre le week end prochain pour cause de surcharge de travail. Si je ne m'en sors pas, je le posterai le mercredi d'après. Bonne semaine à tous :)