L'ailleurs.
Durant des années il s'était languit, il avait rêvé d'une autre vie, d'être une autre personne, né dans une autre famille. Ça n'était que des rêves idiots, d'enfant, d'adolescent. Sa vie était là où il était, parmi les Sohma, en tant que Chat.
Il ne pouvait y avoir de vie différente pour lui car il était né ainsi, dans le seul but de vivre la vie que ses ancêtres avaient vécu, décidée et tracée par les Sohma et Dieu.
Mais un jour il avait fait plus que rêver d'un ailleurs, il l'avait vu. Il était jeune, son temps de liberté était compté en jours, et s'écoulait en secondes au fond de lui.
Il était resté, contemplatif, sur le toit d'une maison inconnue, dans la ville où il avait toujours vécu. Il avait observé, des heures durant, gaspillant son maigre temps, les hommes, les femmes, les enfants passer dans les rues qui l'entouraient. Aucun ne l'avait remarqué, tous vaquaient à leurs occupations, sans guère se soucier d'autre chose.
Mais parfois, un homme, une femme, un enfant, levait les yeux au ciel ou vers l'horizon, fixait et se perdait dans l'image d'un journal qui montrait un endroit, ailleurs. Ils se laissaient rêver à cet ailleurs, mais revenaient toujours à leurs occupations, en souriant. Lui ne le faisait pas. Lorsqu'il se perdait dans un rêve d'ailleurs, il le quittait avec tristesse, amer, jamais avec un sourire.
Il rêvait d'un ailleurs où vivre, libre et loin des siens, lorsque les autres rêvaient d'un paysage, d'une idée, en ne faisant que l'observer tendrement, de loin. Il voulait plus.
A l'aube du lendemain, il avait tourné son regard vers l'horizon, et ne l'avait plus lâché, un sac sur le dos, plein de ses maigres propriétés, d'un simple pain et d'une bouteille d'eau, il avait pris le chemin qui le mènerait au loin, avait acquis à chaque pas un peu plus le sentiment qu'il pouvait faire ce choix, qu'il pouvait tout quitter et partir ailleurs.
A chaque pas, il avait un peu plus acquis de libre arbitre, et s'était sentit se détacher de la vie, de la famille, du destin pour lequel il était né.
Des années plus tard, il ne vivait plus que par lui même et pour lui même, sa vie était enfin la sienne, dans un ailleurs dont il avait rêvé et qu'il découvrait chaque jour un peu plus, dans lequel il s'enfonçait chaque jour un peu plus, bien loin, maintenant, de l'amertume qui l'avait habité, dans ce qui lui semblait être une autre vie.
Fin de ce one shot~~~
Je suis si heureuse, en cet instant. Cela faisait si longtemps que mes doigts n'avaient pas été si vivants, sous l'impulsion d'une idée, que j'en ai le souffle court. Je souhaite que ce one shot vous aura touché et inspiré autant qu'il m'a inspiré.
Bonne nuit, journée, avenir à tous ceux qui liront ceci.
