L'ascenseur s'arrêta brusquement et les portes s'entrouvrirent avec la sonnerie habituelle et presque rassurante. Mac fit quelques pas dans le couloir, sa mallette d'analyse à la main, et sentit soudain son portable vibrer dans sa poche de veste. Il fronça les sourcils. Lui et son équipe (en effectif réduit) venaient d'analyser une scène de crime à l'autre bout de Manhattan, et il lui semblait improbable que Flack ait déjà appréhendé le meurtrier... Cela dit, l'idée de rentrer un peu plus tôt et de prolonger sa nuit encore un peu était d'un réconfort non négligeable, et il s'empressa d'attraper son téléphone. Le numéro entrant l'intrigua. ''Ellie Danville'' disait l'identifiant, accompagné d'une photo de Jo et sa fille enroulées dans un plaid sur le canapé de leur salon, un pot de glace à la vanille sur les genoux. Si Mac et Ellie avaient très vite appris à s'apprécier, voire même : à s'adorer, Ellie ne l'appelait qu'en cas d'urgence, si elle n'arrivait pas à joindre sa mère.
Il s'empressa de décrocher :
« Ellie ? Tout va bien ? »
Au bout du fil, Mac pouvait entendre de la musique country, et la voix d'Ellie, guillerette, s'éleva.
« Bonjour Mac ! Oui, tout va très bien ne t'inquiète pas. Maman est dans le coin ?
Il jeta un œil rapide à sa montre. Il était presque midi. Jo avait du se rendormir, et Ellie n'avait pas du pouvoir la joindre.
- Non, elle dort, je suis au labo. Tu voulais lui parler ?
- Non, justement, c'était à toi que je voulais parler. J'ai quelque chose à te demander.
La curiosité de Mac s'éveilla. Que pouvait-il bien se passer dans la tête de la jeune fille pour qu'elle ait besoin d'en parler au petit-ami de sa mère ? Il aurait payé cher pour le savoir.
- Ce que tu veux. Répondit-il.
Au bout du fil, Ellie prit une grande inspiration.
- J'organise une petite fête à la maison pour l'anniversaire de maman...
A la mention d'anniversaire, Mac fut frappé de stupéfaction. Jo et lui n'avaient jamais réellement parlé d'anniversaire, si bien qu'il n'avait même pas retenu sa date de naissance, et qu'il pensait qu'elle ne souhaitait pas le fêter.
- Oh... Quand ça ?
Ellie soupira.
- Ah c'est tout maman ça !
Mac ne put retenir un sourire de se glisser sur ses lèvres. Ellie parlait comme Jo, avec cet accent du sud capable de faire fondre un iceberg. Elle continua :
- Elle ne donne sa date de naissance à personne, mais vous fait une scène quand vous oubliez de lui souhaiter un joyeux anniversaire !
- Je peux totalement imaginer ça ! S'exclama Mac en riant de bon cœur.
- Non Mac, tu n'as même pas idée. Tyler a dû lui cuisiner son coulant au chocolat TOUS les dimanches pendant près de 3 mois l'an dernier. Elle a levé la sentence quand elle s'est aperçue qu'elle ne rentrait plus dans ses jeans. »
Il eut un sourire en coin. Il était sûr qu'elle disait vrai. Il n'étaient pas encore ensemble à ce moment-là, mais il avait effectivement remarqué que Jo avait changé sa garde robe pour venir travailler, et elle lui avait semblé moins fragile, ses joues moins creuses. Ce n'était pas flagrant, mais il s'était fait la réflexion, observateur comme il était.
« Je te dois une fière chandelle, je ne sais pas où j'aurais trouvé le temps de cuisiner tant de coulants au chocolat. »
Ellie eut un rire discret. Elle avait passé l'âge de penser que sa mère exigerait une punition aussi 'sage' de la part de son compagnon, mais elle appréciait que Mac épargne son imagination et le peu d'innocence qui lui restait.
« Bon, j'avais envie de le faire samedi prochain, en soirée. Vous êtes tous les deux libres au moins ? Demanda Ellie.
- Je peux m'arranger oui. Je vais faire les plannings avant de rentrer. Ne t'inquiètes pas, ta mère et moi serons là pour ta petite fête.
- Génial, merci Mac.
- De rien.
Soudain, une question frappa son esprit.
- Oh, et...Ellie ?
- Mh mh ?
- J'aimerais lui faire plaisir... »
Mac pouvait entendre le sourire d'Ellie à travers le téléphone.
« C'est mignon. Souffla-t-elle. Peut-importe ce que tu lui offres, elle sera aux anges. »
Il le savait déjà. Il se souvenait encore de cette fois où il lui avait où il lui avait tendu le guide doigts en forme de koala qu'il avait trouvé dans sa boîte de céréales. Elle l'avait prit entre ses doigts, observé sous toutes les coutures avec un sourire amusé, et avait posé un baiser sur sa joue avec le même air que celui d'un jeune enfant ouvrant ses cadeaux sous le sapin de Noël. 'Oh tu sais que je t'aime Mac, pas vrai ?'
Depuis ce jour-là, Jo illuminait la journée de tous les commerçants à qui elle signait des chèques avec son stylo auquel elle avait fixé son koala.
Mais un anniversaire était une grande occasion. Il ne pouvait pas lui offrir le dernier bibelot trouvé au fond d'un paquet de Cheerios... C'était pour ainsi dire 'cheap'.
C'était le premier anniversaire qu'ils passeraient ensemble, et il était décidé à marquer le coup.
« Elle doit bien avoir un cadeau rêvé qu'elle évoque toujours de façon plus ou moins masquée à l'approche de son anniversaire ? Demanda-t-il.
- Je ne suis pas détective, mais j'ai remarqué que chaque année, elle évoquait quelque chose de différent.
- Et cette année ?
- Rien.
- Comment ça 'rien' ?
- Il lui manquait toujours quelques chose jusqu'à maintenant : de nouvelles chaussures, un collier assorti à son manteau, des rangements pour son bureau... »
A la mention du mot 'rangement' appliqué à la personne de Jo, Mac ne put s'empêcher d'émettre un rire de gorge. Il tourna la tête vers le bureau qu'elle partageait avec Lindsay pour constater qu'en effet, des boîtes de rangement ne seraient pas de trop, à condition qu'elle sache les utiliser et qu'elle consente à le faire... Ce qui n'était pas une mince affaire.
« Ça a changé depuis que vous êtes ensemble. Finit Ellie. »
Oh. Mac passa d'un pied sur l'autre, inconfortable. Il ne savait pas quoi répondre à cet aveu qui était d'un romantisme déstabilisant auquel il n'était pas encore habitué. Il se racla la gorge.
« Je pourrais m'emballer dans un joli papier cadeau... Suggéra-t-il pour détendre l'atmosphère, ou du moins, son atmosphère.
- Mmmh, pourquoi pas... Écoutes Mac, je dois y aller, on m'attends.
- Okay.
- Bonne chance pour ta chasse au cadeau. »
Avec ça, Ellie raccrocha. Mac souffla. Que pouvait-il bien trouver pour l'événement ? Il savait bien que Jo ne ferait pas cas d'une absence de cadeau, et serait plus que ravie s'il lui offrait un bijou, mais il voulait quelque chose de spécial. Il voulait voir ses sourcils se froncer quand elle tenterait de deviner ce qu'il y avait dans le paquet en le tournant et en le soupesant, la voir déchiqueter le papier cadeau avec empressement, et enfin, être irrésistiblement attiré par son sourire et ses yeux pétillants quand elle découvrirait son cadeau. Oui, il voulait la gâter, la couver comme on le fait avec les enfants le jour de Noël. Et d'un côté, du haut de sa petite cinquantaine d'années, Jo était encore une gamine têtue et adepte du sucre, vivante, souriante, sautillante même, et capable de faire fondre les résolutions de n'importe qui par une simple moue...
Mac secoua la tête. Décidément, il fallait vraiment qu'il trouve un moyen de concentrer son attention sur le moment présent s'il ne voulait pas qu'on le voit dans un état second, planté dans son bureau. Et de toute évidence, c'était déjà trop tard. Danny était appuyé au chambranle de la porte, et l'observait avec un sourire moqueur.
« On vous a perdu un moment Mac. Où avez-vous déniché ce sourire niais ?
Il s'empressa de reprendre alors que son chef le fusillait du regard.
- Il vous sied à ravir en tout cas.
Devant l'absence de réaction de Mac, il se racla la gorge, se redressa, et entra dans le bureau en lui tendant un dossier.
- Le Codis vient de trouver une correspondance ADN pour le cheveux qu'on a trouvé sur la victime. J'ai pensé que vous voudriez avoir de dossier complet. »
