Draco semble revivre après qu'il ait accepté d'épouser Neville, comme si cette proposition avait pu apaiser certaines de ses terreurs. Ses cauchemars se font moins fréquents. Il se blottit contre son fiancé non par peur, mais par envie.
Et, comparativement, il deviendrait presque bavard. Ce ne sont que quelques phrases supplémentaires dans la journée, mais cela semble être bien plus qu'ils ne pouvaient imaginer.
Quand Guillia, leur voisine moldue, lui demande la raison de ce changement aussi soudain, il lui montre sa main, avec un sourire qu'elle n'avait jamais vu. Elle lui dit combien elle est contente qu'ils aient enfin compris que l'amour guérit tout.
Cependant, le vrai changement est que Draco cesse de dicter ses lettres à Neville. Il les écrit lui-même. Il commence un brouillon que Neville relit pour trouver les fautes ou quand il n'est plus compréhensible, et il recopie la version finale.
Son écriture s'est à peine améliorée en un an, mais cela ne l'empêche pas d'être fier de son premier pli.
« Mère, Neville m'a demandé en mariage et j'ai accepté. Il me rend tellement heureux. J'aimerais tant que vous puissiez le voir. Il est tout pour moi. Dites-moi que vous nous bénissez. »
Lucius est à l'isolement lui aussi. Sans lettre de quiconque.
Neville pendant ce temps s'emploie à faire s'accomplir leur rêve. Après des démarches multiples et variées et arguant de l'état de Draco, il réussit à obtenir le déplacement d'un mage marieur depuis la délégation sorcière britannique à Rome. Ils pourraient se contenter d'un mariage moldu, ou d'un mage italien, mais l'ancien Gryffondor tient à prendre toutes les précautions nécessaires : s'il venait à disparaître en premier, un accident peut si vite arriver, il veut être sûr que Draco héritera, sera à l'abri du besoin. Reste le témoin. Il en faut au moins un et ce ne peut être Giulia, à cause de son statut de moldue.
Un jour où son fiancé a été particulièrement en forme, Neville entreprend de lui expliquer cette question cruciale. Hermione a terrifié Draco, les Weasley sont probablement une mauvaise idée, Neville ne sait pas où trouver de Slytherins, mais il peut essayer si Draco le désire…
Sinon, il a une idée. Luna a épousé un zoologiste magique, elle est la seule de leur passé avec qui Neville n'a jamais cessé de correspondre avec régularité. C'est une femme calme et aimable, encore plus depuis son déménagement dans une réserve naturelle australienne, et jamais Draco n'aura à la craindre. Est-ce qu'il accepterait… ?
Draco hésite pour Lovegood. Malgré les années, il se souvient bien d'elle. Ce n'est pas uniquement parce qu'il a vécu quinze années à penser qu'elle avait épousé Neville et qu'il était heureux avec elle.
Peut-être un peu, en réalité, mais il y a quelque chose qui ne s'oublie pas dans cette jeune femme. Femme tout court, maintenant. Elle est peut-être la seule qui ne dira rien sur son état, sur ce qui doit être un mauvais choix aux yeux des amis de Neville
Et… Il l'a tant imaginé heureuse avec Neville que peut-être, sa présence l'aidera à rendre Neville heureux.
- Oui.
*/*/*
La réponse de Narcissa arrive dix jours plus tard avec un paquet. Elle donne sa bénédiction à Draco. Elle a joint une alliance –sa propre alliance qu'elle a fait dessertir- pour qu'il puisse offrir quelque chose à Neville. Il y a une robe de cérémonie, celle de Lucius qu'elle a sauvée dans son exil, même si le tissu a connu des jours meilleurs.
Et les pierres de son alliance. Pour que Neville ait de quoi offrir à Narcissa une photo de son fils le jour de son mariage.
Les dernières reliques de sa vie d'avant pour le bonheur fragile de son enfant.
« Madame,
Votre courrier est bien arrivé. Nous avons vendu l'une des pierres pour engager un photographe professionnel, Draco est très heureux de pouvoir contribuer ainsi à notre mariage. Le reste a été placé dans un coffre, vous trouverez ci-joint les références. La fortune Longbottom n'est plus grand chose, mais je vous assure que jamais Draco ne manquera de rien, et ces pierres pourront vous servir à vous deux, si je venais à disparaître, et que, malgré mes efforts, le Ministère ne le laissait pas hériter.
Considérez-moi, je vous en prie, comme votre très respectueux fils.
Neville Longbottom. »
Du jour où Draco a reçu la bénédiction maternelle, il a passé du temps enfermé dans la salle de bain. Il était si gêné de le faire devant Neville, même si l'autre se doute probablement de ce qu'il fait. Draco n'est pas très discret.
Il répète, encore et encore, quatre mots. Oui, je le veux. Il veut réussir à bien les prononcer, sans manger de syllabes ou mal articuler. Il veut que son désir d'épouser Neville ne fasse aucun doute.
Il veut que le jour de leur mariage soit aussi normal que possible et que personne ne puisse contester leurs épousailles.
Luna est arrivée, solaire et souriante, la veille, et a dîné avec eux avant de transplaner vers son hôtel. Elle est l'hôte idéale dans leur cas : totalement impossible à surprendre, toujours aimable, calme, d'une nature trop bonne pour juger. Cela ne semble qu'à moitié rassurer Draco mais elle comprend et a la bonté de ne pas commenter, ni s'attarder.
Et voilà.
Le matin de leurs noces.
Fiancés depuis presque deux décennies, et à onze heures, le photographe sera là, à onze heure trente le mage marieur, et à midi, ils seront liés jusqu'à ce que la mort les sépare.
Draco est le premier à descendre en tenue. Il a passé la matinée à répéter « oui, je le veux ». Il veut que ce soit parfait. Cela fait vingt ans qu'il n'a pas désiré quelque chose aussi fort.
Que Luna lui dise qu'il est très élégant est un baume, même s'il se serait moqué de son avis avant.
Quand Neville arrive à son tour, son cœur bat fort et l'anneau dans sa poche pèse lourd. Les minutes qui suivent passent comme dans un rêve.
- Je vous déclare époux aux yeux de la loi.
Ils sont mariés et il n'a pas bafouillé.
On pourrait allumer des incendies à la lumière du sourire de Neville et les larmes qui lui mouillent les cils sont, cette fois-ci, des larmes de joie. Leur premier baiser en tant qu'époux, tendre, doux, a le goût salé de cette joie et Neville serre Draco contre lui avec une force qu'il s'autorise bien rarement. Les époux posent encore pour une série de photos, avec Luna, sans Luna, dans le jardin, dans la maison, tout un album pour Narcissa, et un pour eux aussi.
Cela ne résout pas tout, non, mais cette journée parfaite… cette journée semble un don du ciel.
Luna a amené des étranges condiments australiens et ce qu'elle prétend être un instrument de musique aborigène, mais franchement ça laisse Neville perplexe, comme cadeau de mariage. Ses jumeaux, plus jeunes que tous ceux de leur groupe, ont fait des dessins représentant Oncle Neville et ce nouvel oncle inconnu.
Elle traite ce mariage comme tous les mariages, prouvant qu'elle était effectivement le témoin idéal.
Quand elle transplane jusqu'à son hôtel, leur rappelant la promesse d'une promenade dans la campagne le lendemain après midi, avant son Portoloin, elle fait la bise à Draco, le plus naturellement du monde, première personne à part Neville à le toucher depuis quinze ans.
Ce geste. Il reste figé un moment après son départ ne sachant pas comment le prendre. Elle… Lovegood est gentille et ne s'embête pas de bien des choses.
Personne hormis Neville ne l'a touché depuis… Une éternité. Il avait été arrêté juste après la Bataille Finale. Après, hormis son avocat et les Aurors, personne ne l'avait approché. Il n'avait pas parlé à ses parents ou à Neville. En fait… Avant son arrestation, cela faisait plusieurs jours qu'il n'avait pas vu Neville.
C'est son premier contact de quelqu'un qui n'est pas Neville depuis le 27 Avril 1998.
*/*/*
- Je voudrais qu'on le fasse, murmure-t-il au soir.
Il s'est regardé dans le miroir. Trop maigre, encore. Vieilli prématurément. Ses cheveux… La seule chose qui lui reste, ce sont ses yeux. Neville lui disait qu'il les aimait, quand ils étaient à Poudlard.
- Je… Je ne veux pas qu'ils puissent dire que je ne t'aimais pas vraiment, que ce n'était pas un vrai mariage, ajoute-t-il.
Il ne voulait pas qu'on dise à Neville –quand Draco décéderait le premier- que c'était un mariage blanc. Il devait la vérité à Neville. Qu'il n'espère pas trop de lui. Malheureusement.
Le premier réflexe de Neville est de dire non, clair, net. Il y a tellement de façon dont ça pourrait tourner mal, traumatiser Draco. Et dans leur solitude, vers qui Draco se tournerait-il pour ce qu'il n'oserait dire à Neville ?
Le second est de demander :
- Faire quoi, exactement ? Il y a des tas de possibilités, dont des pour lesquelles tu ne seras sans doute jamais prêt, c'est trop intime.
En troisième, il se dit que la formulation : « Je ne veux pas qu'ils puissent dire » ne parle pas vraiment de désir irrépressible.
- Viens t'asseoir près de moi ?
Neville a reposé son livre et tapoté le matelas à ses cotés. Il faut qu'il arrête de décider pour Draco, qu'il essaye de communiquer plus. Alors, il choisit une quatrième réponse.
- Tu sais que je ne ferai jamais quelque chose dont tu ne voudrais pas ?
Il prend sa main en un geste de réconfort.
- Est-ce que… ça n'a rien d'une obligation. Ne t'occupe pas du reste du monde. Dis-moi ce que tu veux.
Il l'embrasse légèrement, tentant de prouver que oui, il le désire.
- Je mourrais joyeusement plutôt que de te blesser.
Draco vient se blottir contre Neville, son corps contre le sien. S'il a une peur presque instinctive de ceux qu'il ne connaît pas et qu'il déteste être vu par ceux qui l'ont connu avant, il n'en est rien par rapport à Neville. Du jour où il finit dans ses bras, il n'en est plus jamais véritablement reparti.
Et si à l'époque, c'était la peur qui l'y avait glissé, aujourd'hui, c'est le plaisir et la joie d'être contre son compagnon et époux qui l'attire dans ses bras.
C'est aussi pour cela qu'il a pris cette décision. Neville importe tant.
- Je sais que tu ne me feras jamais de mal. Je… Je veux qu'on le fasse. Qu'on ne te retire pas le droit d'avoir été mon époux, même quand je ne serai plus là. Si on attend que je sois prêt pour le consommer… Ça ne sera peut-être jamais. Et je veux qu'on le consomme. Qu'entre nous, ce soit scellé.
Il s'arrête avant de reprendre.
- Est-ce que je suis trop… différent d'avant pour que tu veuilles consommer ?
On peut aimer quelqu'un, mais ne pas le désirer, se souvient-il. Son sourire vacille, même s'il essaye d'être courageux.
- Draco, non ! Comment peux-tu croire ça? J'ai juste peur de te faire du mal, émotionnellement, physiquement. Ça n'a rien à voir avec toi, tu es parfait. Parfait. »
Il caresse doucement les cheveux pâles, avant de se laisser aller vers l'arrière, se retrouvant sur le dos, son amant sur lui. Il fait toujours particulièrement attention de ne pas l'acculer, même ici lors de leur nuit de noces, tous les deux dans des pyjamas dignes de mille neuf cent trois. Ne pas l'acculer, ne pas le surprendre, ne pas le brusquer, être patient, toujours…
Je veux qu'on le fasse, a dit Draco. Merlin, il ne peut même pas le prononcer ! Neville se demande si lui-même sera capable de rassurer, de donner du plaisir, presque deux décennies depuis qu'il a touché quelqu'un, et c'était différent, simplement les hormones à cette époque si lointaine, et Draco est si fragile. Qui plus est, pour être cru, il ignore même si son amant est capable d'une érection, il n'a vu aucun signe, depuis qu'ils sont là… Cependant ils ont toute la nuit, et s'il pouvait seulement donner un peu de bonheur à son époux, simplement, sans fioriture, un peu de bonheur.
- Si tu m'embrassais ?
Et Draco embrasse Neville comme il le lui demande. Doucement, avec délicatesse. C'est loin de leurs baisers passionnés à Poudlard, mais… Il y a quelque chose en plus. Peut-être que malgré les épreuves, malgré les années qui les ont séparés, ce quelque chose n'est autre que la permanence de leurs sentiments. Rien à Poudlard ne pouvait leur laisser espérer qu'ils réussiraient à traverser vingt ans aussi durs et toujours tenir l'un à l'autre comme au premier jour. Aujourd'hui, ils sont mariés. Malgré les difficultés, malgré les obstacles encore immenses. Malgré l'état de Draco qui s'améliore en dent de scie.
Draco est toujours vierge, mais il se souvient de ses années étudiantes. Elles sont lointaines, mais pas assez pour… Pour avoir oublié ce que disaient les autres.
Au début de sa détention, il avait maudit sa pruderie. Il aurait tant voulu emporter un souvenir de Neville, de leur amour avec lui. Après, il avait pensé que c'était mieux pour Neville, qu'en ne consommant pas leur relation, ce serait plus simple pour lui de passer à autre chose.
Draco embrasse doucement la mâchoire de Neville, puis sa gorge, espérant suffisamment bien s'y prendre pour réveiller le désir de son époux. Neville soupire doucement, moins un réflexe de plaisir que la volonté de faire comprendre à Draco qu'il aime ça, ses lèvres sur lui, une manière de l'encourager.
Il lève une main pour caresser légèrement le dos de son mari à travers sa veste de pyjama et murmure :
- Je t'aime tellement.
Il a remarqué en presque deux ans que cela ne manque jamais de rassurer l'autre homme de se l'entendre dire.
Quand Draco hésite un peu au niveau du col, il rappelle :
- Comme tu veux. Mais oui, tu peux me l'enlever si tu le désires.
Draco semble encore hésiter, alors Neville se redresse, s'agenouille, l'embrasse avec plus de force, de passion, avant de poser les mains de son mari sur les boutons. Et, le laissant choisir, il vient embrasser sa gorge à son tour. Il se souvient à quel point son petit-ami, à l'époque, était sensible, là. Neville a toujours été un gentleman ces derniers mois, mais maintenant il dévore des lèvres la gorge pâle, des baisers rassurants qui parlent de désir, pour démontrer que oui, Draco peut toujours ressentir du plaisir. Pour leur démontrer à tous les deux. Soudain, il sent Draco frémir. Enfin.
Oh oui, il a frémi, ce corps qui semblait devenu insensible au plaisir, et le baiser suivant lui tire un soupir. Celui-ci le fait rougir, comme un adolescent. Les sensations lui reviennent, comme si elles avaient toujours été là, endormies en lui, comme les graines en terre passent l'hiver, mais bien présentes.
Il redécouvre une palette de sensation. Il n'y a pas juste le chaud et le froid, non. Il y a aussi le velouté de la peau de Neville contre la sienne alors qu'il embrasse sa gorge, ses lèvres rêches qui lui tirent un soupir à chaque fois et la caresse presque aérienne des cheveux de Neville contre sa peau.
- Oh, Neville, murmure-t-il bouleversé.
Il n'y a rien de négatif dans sa voix. Plus ces sensations nouvelles, merveilleuses que découvre un adolescent. Que Draco a découvert alors avec Neville.
- Merlin, murmure-t-il. Je ne m'en souvenais pas.
Ses doigts tremblent alors qu'il essaye de défaire un premier bouton. Un souvenir lui remonte alors qu'il découvre le début de l'épaule de Neville.
Il se souvient combien son petit-ami aimait les baisers dans ce creux. Lentement, il s'y essaye, essayant de donner par ses lèvres, ce qu'il n'arrive pas à formuler joliment comme avant.
- Est-ce que… C'est bien ? Demande-t-il anxieux de sa première fois.
- Oui, amour, chéri. C'est parfait, chuchote Neville, encourageant.
Sa voix tremble un peu. Presque vingt ans après et Neville pensait que jamais il n'y aurait plus que quelques baisers entre eux… Son corps semble se venger de cette chasteté imposée en se trouvant hyper sensible au moindre effleurement, comme s'il était affamé de contact.
- Rappelle-toi que tu peux dire stop, n'importe quand, d'accord ? Tu peux dire stop, tu peux dire moins vite, tu peux tout dire.
Sa main a trouvé la nuque de Draco, caressant la naissance des cheveux quand l'autre lui tire encore un soupir.
Il laisse Draco choisir le rythme des vêtements qui tombent. Ils ont toute la nuit, toute leur vie, et il préférerait être castré que le voir dans une position où il se sente forcé. Pour l'instant, son mari semble être consacré aux boutons de la veste de pyjama de Neville, alors celui-ci s'occupe en caressant son dos à travers le tissu, en embrassant sa bouche quand Draco relève le nez, comme s'il voulait voir l'expression de Neville et en offrant force soupirs et murmures, pour laisser voir à Draco que tout va bien.
- J'aime beaucoup ça. Tes lèvres sur ma peau…
Le sourire de Draco est resplendissant. Son époux aime ses lèvres sur sa peau. A trente-cinq ans, cela devrait être une évidence, alors que Draco chérit cette information, comme un trésor. Cela fait bondir son cœur et lui donne des papillons au ventre.
Draco a dix-sept ans à nouveau et il découvre le corps de son époux. Ses souvenirs d'avant son emprisonnement sont flous, pour certains. Il ne se souvient pas de toutes leurs interactions. Par contre, il se souvient de son cœur qui battait, de la peur pour Neville et de l'amour qu'il lui inspirait auquel il s'est raccroché.
Neville a beau avoir été au cœur de sa vie pendant toutes ces années d'emprisonnement, il n'a jamais imaginé cette nuit. Ou n'importe quelle autre nuit. Il essayait de se souvenir de leurs baisers passés et il imaginait le bonheur de Neville ailleurs. Jamais ce qui aurait pu être s'il était libre. Au point, qu'après quinze ans, il avait oublié qu'il avait un corps lui aussi. Et qu'il pouvait aussi avoir des désirs.
Le regard de Draco est anxieux quand il essaye, anxieux de ce que pensera Neville. Il lape au milieu des baisers la peau de son époux. Neville soupire, il chuchote, murmure des mots tendres d'amour, de toujours, encourage et fait surtout très attention de ne toucher Draco qu'au dessus de la taille, et par-dessus le pyjama pour l'instant.
Son mari s'enhardit, défait encore un bouton, puis un autre, semblant gagner en confiance à chaque soupir satisfait de Neville. Ce qui étaient des effleurements deviennent de vraies caresses, Draco ne voyant ni dans les paroles, ni dans les réactions de Neville, de sujets d'inquiétude, et enfin, d'un grand geste, il débarrasse totalement l'autre de sa veste de pyjama, qui finit au sol sans autre forme de procès.
Neville est enfin torse nu dans les bras de son mari. Qui semble ne plus savoir par où attaquer. Alors Neville tourne sa tête vers lui d'une main et ils partagent le baiser le plus passionné et affamé, qu'ils aient eu en dix sept ans, tout en guidant la main de son mari vers un mamelon. - Touche-moi où tu veux. Je dirai si ça ne va pas, promis, juré
Puis il pose une main sur le col de la veste de pyjama de Draco.
- Est-ce que je peux ? Ou tu préfères attendre encore un peu ?
Il y a quelque chose de fascinant pour l'ancien Slytherin à regarder son époux, ainsi. La seule idée qui lui vienne à l'esprit est qu'il s'ouvre, s'épanouit comme une des fleurs dans leur jardin.
Il semble vraiment aimer ce que Draco est en train de faire. Malgré son inexpérience. C'est magique. Un peu comme s'il était normal, à cette seconde. Comme deux époux qui convolaient en justes noces et qui s'offraient l'un à l'autre le soir de leur union.
Un peu comme aurait dû être leur première nuit, s'il n'avait pas été emprisonné et qu'ils s'étaient mariés il y a dix-sept ans.
Draco hoche la tête à la question, avant de répondre.
- Je veux essayer. Sans.
Il ne promet rien, mais il veut essayer et c'est déjà un pas en avant dans le vide pour lui. La première fois que Neville le verra ainsi.
Draco laisse le bout de ses doigts effleurer le torse de Neville, avant d'avouer :
- Tu es si beau…
Il dépose un baiser sur le mamelon, avant que son mari ne glisse la veste de son pyjama, dévoilant Draco. Sa peau pale, son corps toujours trop maigre malgré les soins de Neville, les marques fines de la guerre.
Neville touche Draco avec révérence. Lui, pendant les années perdues, parfois il a imaginé… mais c'étaient des rêves empoisonnés, morbides, avec son fiancé au loin. Là, en cet instant, il caresse Draco comme s'il était un dieu descendu d'un autel, comme l'homme amoureux qu'il est, et quand Draco détourne le regard, comme gêné, il chuchote.
Draco, tu n'as pas avoir honte. Tu es attirant, délicieux.
Lentement, il repousse son mari sur la montagne d'oreillers et entreprend de découvrir des lèvres, du bout des doigts, de la langue, cherchant à brûler dans le plaisir la gêne de l'être aimé.
Draco a les joues rouges, les pupilles dilatées, et Neville le dévorerait tout entier, fier comme Artaban du si simple geste d'offrir du plaisir à son époux. Néanmoins, pas trop vite, Neville, pas trop vite, et plutôt que d'attaquer le pantalon, il remonte simplement embrasser la bouche que les baisers commencent elle aussi à colorer de rouge.
Neville le trouve attirant. Malgré son état. Malgré ceux avec qui il a été avant eux deux. C'est une victoire pour Draco. Une victoire contre ses peurs, contre tout le mal qu'il pense de lui-même. Une victoire contre son emprisonnement quelque part.
Le premier gémissement de plaisir est une victoire, plus précieuse, plus fantastique, que l'épée répondant à l'appel du Gryffindor, que le sifflement de l'air quand il l'a brandie et que la tête de la bête est tombée. Neville se sent le roi du monde.
Draco ne peut s'empêcher de dévorer du regard son époux. Il lui paraît parfait et désirable au plus haut point. Pourquoi est-ce qu'il l'a préféré à une femme intelligente ou un bel homme ? Il ne le saura certainement jamais. Mais pourtant, c'est le cas.
Neville l'a choisi, lui. Lui, le Mangemort qui n'a plus la beauté ou l'esprit d'avant.
Son premier gémissement le prend par surprise. Il se demande d'où lui est venu ce son. Jamais… Jamais son corps n'a fait cela.
Draco ne peut s'empêcher de rire, heureux, dans leur baiser.
- Tu… Je ressens des choses, Neville. Jamais…
Ses mains parcourent les joues de Neville, son torse, son dos, alors que le regard de Draco brille de mille feux.
- Je ressens, Neville, répète-t-il émerveillé que son époux ait su réveiller son corps.
Ça ne résoudra pas tous les problèmes, mais Draco prend cela comme une bénédiction. Pour la première fois, il n'a pas froid. Pas même un peu.
Draco rayonne de joie surprise, et le voir ainsi gonfle le coeur de Neville, qui semble prêt à éclater. Le Gryffondor pourrait mourir heureux en cet instant d'avoir chassé l'ombre d'Azkaban si totalement, ne serait ce que pour une heure, mais il s'agit de vivre, pas de mourir. Alors, il couvre de baisers le sourire, le visage de Draco, murmurant des folies et des promesses. Quand il caresse une hanche trop proéminente, il demande :
- Tu préfères garder encore ton pantalon ? Ou que j'enlève le mien d'abord ?
Un instant après, une réponse balbutiée, et les voilà nus, pour la première fois.
Le corps de Draco est avant tout fonctionnel. Jamais avant cette nuit, il n'avait eu une autre utilité. Draco a insisté pour que Neville aille jusqu'au bout, parce qu'il veut leur mariage consommé, pas tellement parce que lui ressentait un irrépressible désir, du moins pas avant que Neville réussisse à animer sa chair ainsi. Il y avait de la détermination dans ses yeux, cependant, sa volonté de rendre leur mariage impossible à briser. Il n'y a pas grand-chose sur lesquelles Draco se bat avec autant de ferveur. Rien, en réalité.
Quelque part, cela doit être bon signe.
Et quand tout s'apaise, deux corps nus et humides de sueur dans le repos d'un amour partagé, comme une crique ensoleillée, Draco est blotti contre Neville, le souffle lourd.
- Ça fait… Beaucoup, murmure-t-il la voix hachée. Beaucoup sensations.
C'est la première fois de sa vie qu'il ressent autant de choses.
- Mais bon, Neville. Bon, insiste-t-il. Juste. Beaucoup. Beaucoup mais bon.
Ce n'est pas simple d'expliquer qu'il n'est pas sûr d'arriver à le refaire souvent, que l'autre homme n'est pas en cause, que c'est lui et son esprit qui surchauffe.
Il le fixe, tâchant de faire passer tout cela dans son regard, avant d'ajouter.
- Très bon. Veux encore. Plus tard. Quand moins de sensation en même temps. Plus froid avec les mains de Neville. Plus froid quand tu touches Draco.
- Shhh, quand tu voudras. Ça, d'autres choses, des choses plus simples peut être, amour… Plus tard, une autre fois, quand tu le voudras, ne t'inquiète pas.
Draco tremble un peu, et Neville immédiatement se fait réconfortant, le garde contre lui et murmure doucement, un chuchotement apaisant qui est plus un son qu'une suite de mots. L'ancien Slytherin peu à peu s'apaise, s'endort, mais son tout nouvel époux ne relâche pas sa veille.
La maisonnette s'enfonce dans la nuit et il reste là, silencieux, Draco appuyé contre lui, au creux du lit, attendant allez savoir quoi, ou pensant à aller savoir quoi.
*/*/*
La vie reprend doucement, adaptée à ce que Draco peut supporter. Son mari tente encore de l'aider sur le chemin, pas de la guérison, mais d'un mieux.
Le mariage a des effets bénéfiques sur l'ancien prisonnier qui retrouve un peu d'indépendance dans leur vie. Il suit moins Neville comme son ombre, le rejoint au jardin, mais pour réclamer un baiser, pas pour s'assurer qu'il n'a pas été enlevé ! Les jours difficiles, il reste plus facilement à l'abri de la maison, plutôt que de se rendre malade à l'accompagner au village. Il écrit à Narcissa. A ne plus s'inquiéter sans cesse, il reprend même un kilo !
La vie avance. Tout doucement…
Il se remet même à lire de lui-même. Les débuts sont difficiles. En bientôt vingt ans, Draco est presque devenu illettré, mais cela ne l'empêche pas d'essayer. D'abord, les textes courts que l'autre lui lisait à leurs débuts ici. Cela l'a fait sortir bien souvent dans le jardin pour demander à son époux de lui lire un mot.
Neville met la même patience à lui répondre que pour tout le reste, répétant, épelant les lettres, les sons et les syllabes, tirant d'immenses sourires à Draco.
Tous ces efforts font des merveilles, car un soir, Draco prend lui-même le livre et lui fait la lecture. Les mots sont hésitants. Il butte sur certains, devant s'y reprendre à plusieurs fois pour bien les prononcer, mais il arrive au bout de l'ouvrage pour enfants.
L'âpreté au travail de l'adolescent qu'il était, avide de faire ses preuves, ressurgit. Il veut rendre son mari fier de l'avoir épousé et apprendre à faire soupirer Neville de plaisir devient avec la lecture et l'écriture, son activité préféré.
Une fois au lit, il découvre le corps humain et ce qu'aime Neville. Même s'il ne touche que son torse.
Les fâcheux trouveraient leur mariage risible, leur vie bien étroite, se gausseraient des caresses chastes d'adolescents qui sont les seules existantes depuis leur nuit de noces…
Peu importe à Neville. Quand son corps lui rappelle qu'il n'a plus douze ans, ma foi, c'est pour ça qu'on a inventé les douches, non ? Cela aide à éviter d'intempestives manifestations dudit corps qui affoleraient Draco, ou lui donneraient des idées pour lesquelles il n'est pas prêt.
Et chaque sourire, chaque geste de tendresse, chaque progrès de Draco le comble. Malgré les épreuves de la séparation, malgré les soucis, Neville est toujours amoureux…
Draco lit, Draco s'apaise, Draco parfois écrit, à sa mère, à Neville… Il y a beaucoup de paix dans ces soirées : Draco, enroulé dans son plaid, blotti sous le bras qui s'enroule autour de ses épaules, s'escrimant sur des textes de plus en plus longs. Il a de l'obstination à revendre, mais sait aussi demander de l'aide plutôt que de laisser la frustration monter. Neville corrige, d'un baiser, puis enfouit de nouveau son visage dans les cheveux devenus totalement blancs, écoutant simplement son amant qui chaque jour progresse, grandit… Les soirs où ça ne va pas, parfois, c'est Neville qui lit.
Depuis leur nuit de noce, Draco a moins froid. Cela donne l'impression que redécouvrir l'existence de son corps a pu améliorer un peu sa température interne. Il porte toujours trop de pulls et passe ses soirées dans un plaid, mais il n'y a plus besoin de trois ou quatre couvertures sur le lit.
Il se surprend même certaines nuits à s'endormir torse nu contre Neville et à se réveiller heureux au matin. Ils s'embrassent toujours, mais Draco se surprend à embrasser une épaule au réveil, à avoir le cœur qui bat plus fort quand Neville l'enlace. Et à aimer tout cela. Ce sont des semaines étranges pour Neville. Draco et lui n'ont jamais été aussi proches, masser les épaules étroites pour en chasser les tensions devient d'ailleurs vite une des activités préférées de notre jardinier, mais il balance sans cesse entre se comporter normalement et ne pas lui faire peur.
Un soir, les joues de Draco rosissent alors qu'ils se couchent. Cela fait plusieurs jours qu'il y pense, qu'il souhaite réellement le faire, sans oser le demander. Il sait que Neville ne lui en voudrait pas, il l'a appris avec le temps, mais… Cela n'empêche pas qu'il est gêné de le demander.
Quand il finit par oser ce soir-là –il se l'est promis, Neville mérite qu'il demande- sa voix n'est pas aussi assurée que ces derniers temps et il y a une fragilité dans ses yeux.
- Est-ce que tu accepterais que je… Te touche en bas ?
Il rougit.
Quant au Gryffondor... A faire de son mieux pour profiter de ce qu'ils partagent et ne pas presser Draco, le soir de la fameuse question, il est à deux doigts de répondre non ! Mais les yeux de son mari sont si clairs et sa peau contre la sienne si tiède…
- Oui.
Draco tremble et Neville aussi. Draco balbutie des lettres d'amour avec ses mains sur la peau de son mari et Neville le dévore des yeux, osant à peine toucher en retour. Draco est en pièces, et, franchement, Neville aussi, mais traverser des épreuves n'est pas obligatoirement les laisser gouverner sa vie.
Les deux fiancés éternels, les deux époux exilés, le Mangemort et le membre de l'A.D. apprennent à bientôt quarante ans que le monde peut sembler si beau, aussi fragile que soit le bonheur, et ils roucoulent avec presque le même entrain que deux adolescents avec la vie devant eux.
Avoir une sexualité semble faire le plus grand bien à Draco. Il prend de l'assurance et devient plus serein. Les nuits à se réveiller en sursaut à cause d'un cauchemar, parfois hurlant de terreur, diminuent comme peau de chagrin.
Il y a une certaine fierté et une véritable joie pour Draco à faire jouir Neville. Jamais il ne se force à le faire, comprenant comme ce serait terrible pour les deux. C'est certainement l'acte le plus précieux pour lui. Que même s'il ne se sent pas –peut-être jamais- d'aller plus loin que des caresses, que leurs mains l'un sur l'autre, cela comble Neville.
*/*/*
Malgré les plaisirs de la chair nouvellement découverts, Draco ne chérit rien de plus que leurs câlins. S'il ne pouvait pas avoir les deux, il garderait uniquement les câlins.
Néanmoins, cela ne l'empêche pas de passer du temps à la table de la cuisine ou dehors si le temps s'y prête à écrire. Le brouillon est interdit à Neville. Ce n'est pas une lettre à Narcissa, mais c'est le premier secret de Draco depuis sa sortie.
Les papiers froissés s'accumulent, comme les tâches d'encre sur les doigts, mais c'est important de réussir. Draco rédige en secret une lettre d'amour à Neville.
Il va mieux qu'il n'a jamais été depuis sa sortie et cela transforme son mari. Tout ce temps à être toujours calme, patient, et compréhensif l'avait épuisé sans qu'il s'en rende compte, mais maintenant, Neville relâche sa garde, Neville plaisante, Neville rit. Il sait que son époux est toujours fragile et tâche d'en prendre soin, mais chacun de ses gestes n'est plus réfléchi pour sembler parfaitement inoffensif et parfois, le soir, quand Draco va bien, Neville demande simplement s'il peut poser ses mains sur lui, au lieu de s'enfermer dans la salle de bains jusqu'à ce que l'autre homme dorme !
Que Neville souhaite poser ses mains sur lui, découvrir son corps, donne des étoiles dans les yeux de Draco. Son corps ne réagit pas toujours jusqu'à la jouissance, cela dépend des jours, mais il ressent déjà un tel plaisir…
Plus que cela, il redécouvre le rire de son époux. Il avait oublié combien ce son était merveilleux. Ce n'est pas rare que Draco essaye de le provoquer. Pas toujours avec succès, mais Neville a toujours une bienveillance immense envers lui. S'il ne rit pas, il obtient toujours un sourire.
Et si le soir, il est fatigué, ce n'est pas l'épuisement d'avant.
Pour fêter leur premier mois de mariage, il y a même un événement. Neville s'est renseigné et a établi un itinéraire de promenade sur des chemins peu fréquentés : ils passent la journée à se balader, main dans la main, pique-niquant au bord d'un ruisseau. C'est la première fois que Draco sort aussi longtemps de leur refuge et Merlin leur accorde un ciel bleu et de ne croiser que de rares promeneurs. Ils n'ont pas marché très loin, Draco manque d'endurance, mais ils reviennent avec un sourire idiot…et un très léger coup de soleil sur le nez du blond !
Un matin, la lettre d'amour est terminée et déposée sur l'oreiller.
« Je t'aime, Neville.
Je n'imagine pas ma vie sans toi. Pas pour les mauvaises raisons, mais parce que tu me rends heureux et je t'aime.
Je me sens si fier quand je te donne du plaisir. Tu es magnifique, tu sais ? J'aime apprendre comment te faire soupirer. Et après, quand je suis dans tes bras, que je sens ton cœur battre…
Avec toi, avec ton amour, j'ai l'impression d'être comme les autres, de te rendre heureux.
Je t'aime et je suis heureux et fier d'être ton époux. »
Il y a une boite dans le chevet de Neville, où il range des souvenirs.
Des précieux, pas comme l'Ordre de Merlin, fourré dans une paire de chaussettes dans son tiroir.
Les alliances de ses parents. Un Gallion d'or trafiqué qui appelait l'AD à la bataille. Les fragments de la baguette paternelle. Un bracelet de tissu que Lavande avait tressé pour lui, deux jours avant sa mort. Un médaillon contenant des cheveux d'Augusta.
Une lettre, la première lettre d'amour qu'il ait jamais reçue. On voit qu'elle a été souvent dépliée, lue et relue, et qu'une larme émue, parfois, a coulé.
Parfois, Draco pleure, sans qu'il y ait une raison discernable. Mais les bras de Neville sont là pour réconforter et protéger.
Parfois, Neville se réveille en sursaut, persuadé que son mari a été emmené au loin. Mais la première chose qu'il voit en ouvrant les yeux, c'est Draco.
Parfois, les mains de Draco le trahissent, les objets tombent, la plume lui échappe. Ces jours-là, Neville est ses mains.
Parfois, la neuropathie magique chronique laisse Neville haletant et crispé mais Draco sait maintenant comment apaiser les symptômes et réduire la durée de la crise.
Souvent, ils sont juste deux époux très amoureux.
*/*/*
Les mois passent et tout va pour le mieux, jusqu'à une lettre de Narcissa. Elle a joint un mot pour Neville, pour qu'il aide son fils.
Lucius est mort et sa veuve a été prévenue. Pas Draco. C'est à elle de lui annoncer la terrible nouvelle. Sa mère a pris des dispositions. Lucius ira dans la dernière chose qui leur reste : le caveau familial.
Hélas, malgré la demande de Narcissa, Draco n'a pas l'autorisation d'être dans le même lieu qu'elle, alors, elle a pris une décision terrible. Elle laissera son fils assister à l'enterrement de son père. Pas elle.
Draco ne comprend pas la lettre. Il lui faut lire, relire, lancer un regard perdu à son époux pour saisir ce qui lui est écrit. Il a l'air perdu quand il murmure à Neville.
- Qu'est-ce que l'on va faire ? Il ne peut pas être mort.
La séparation a toujours été difficile pour lui. Il était trop jeune quand elle est arrivée et elle est restée une blessure ouverte. Alors, l'idée que jamais plus il ne reverra son père le brise.
Malgré tout, Draco gardait l'espoir secret de pouvoir un jour le revoir, comme il le fait pour Narcissa.
Que dire dans ce genre de cas ? Neville n'a pas la réponse. Il réconforte Draco de son mieux, essuie les premières larmes, les suivantes, promet que Lucius aimait Draco, qu'il serait tellement heureux de le savoir dehors, libre… Il chante les progrès qu'a fait Draco, il dit que Narcissa est fière de lui et que son père l'aurait été, tellement, que là où il est, Neville en est persuadé, les morts nous suivent, continuent de nous aimer, et bien Lucius sait, voit, sait que Draco a vaincu le spectre d'Azkaban, et maintenant il est en paix, libéré de ce monde…
Neville organise, réserve les Portoloins, écrit à Hermione « Par pitié, fais chanter Harry, que les Aurors empêchent la presse d'être là, je me fiche de comment …. », écrit à Luna : « Je ne peux quitter Draco, mais s'il te plaît, je te rembourserai les frais, tiens compagnie à Narcissa ce jour-là ? Elle fut ta geôlière, mais nul ne devrait être seul en ces circonstances, jamais. » écrit même à Harry : « Draco ne peut pas perdre son second parent sans la revoir jamais, aide moi à faire lever l'interdiction, je serai éternellement ton obligé… »
Harry refuse d'intervenir dans une décision de justice. Il explique à Hermione que leur ami a perdu l'esprit. Celle-ci finit par parler de leur solitude, de l'état de Draco. Elle lui explique que c'est pire qu'être orphelin, qu'ils sont toujours là, mais avec l'interdiction de les voir. Un deuil sans corps.
Alors, Harry demande et obtient. Déjà pour l'enterrement, on verra pour la suite. Cependant ils sont sous la garde de deux Aurors et ce sera la responsabilité de ceux-ci. Harry les nomme d'autorité, lui et Ron. Ce dernier n'est pas d'accord mais accepte pour Neville. En souvenir de la guerre.
Ils ne reconnaissent pas la silhouette frêle et vieillie dans les bras de leur ancien camarade de chambrée. L'annonce de la mort de Lucius l'a fait régresser et il est redevenu presque mutique. Sans Neville, il n'y aurait pas eu d'oraison funèbre compréhensible préparée et Neville devra aussi la lire.
Cependant, malgré son état, Draco reconnaît immédiatement Narcissa, toujours aussi belle malgré ses cheveux entièrement blancs désormais. Il s'écroule littéralement dans ses bras en larmes, sanglotant des Mère déchirants.
Ce n'est pas un homme de quarante ans qui enterre son père. Tout juste un adolescent brisé de dix-sept ans, qui essaye de ne pas s'effondrer face à la douleur, sans succès.
Des adolescents terrifiés que Lucius Malfoy a manqué tuer un soir de 1996 , il ne manque que Ginny et cet homme qui rêvait de gloire et de pouvoir, et aurait versé le sang pour ça, n'a pour l'accompagner dans sa dernière demeure qu'un fils et une femme qui ont payé pour ses crimes presque autant que lui et une partie de ses anciennes victimes.
Autrefois, Neville aurait dansé sur cette tombe.
Aujourd'hui, il lit l'oraison funèbre écrite avec Draco, tandis qu'Hermione et Luna entourent les Malfoy survivants de leurs soins presque maternels et qu'Harry et Ron attendent juste derrière, gardes silencieux.
Aucun de l'AD n'éprouve la satisfaction qu'ils auraient eu autrefois à voir ce vieux salaud casser sa pipe.
Vous parlez d'un foutu gâchis.
Les Malfoy auraient tant pu faire, des sorciers brillants avec en plus les moyens financiers de changer le monde pour le mieux, mais Lucius a fait les mauvais choix, deux fois, et la société sorcière a été incapable de pardonner une seconde fois, incapable de faire travailler Draco à la reconstruction pour ses forfaits à lui, et uniquement les siens, au lieu de le faire payer pour les crimes de Lucius.
En cet instant, Neville déteste Lucius Malfoy comme jamais, pour le prix que Draco a porté, mais prend la main de son mari et salue les autres, sans rien laisser voir.
Les bras de Luna ont été presque aussi doux que ceux de Neville autour de Draco. Il porte une épaisse écharpe appartenant son époux, qui porte son odeur. S'il retrouve les bras de son mari avec plaisir, avec joie, la séparation avec Narcissa est cruelle.
La main fine et blanche de sa mère est restée dans la sienne tout au long de la cérémonie. Elle lui a souri pour qu'il sache qu'ils avaient bien fait, que Draco était le fils dont ils avaient toujours rêvé et Neville le bon conjoint pour lui.
Il avait tant espéré cette reconnaissance avant.
Au moment de partir, Draco se jette dans ses bras, tente de murmurer quelque chose et échoue. Encore et encore. Il a le cruel discernement de savoir que la prochaine fois qu'ils se verront ce sera pour l'enterrement de l'un d'eux deux. Et… il se doute que ce sera le sien.
Il a besoin de lui dire une dernière fois ce qu'il ressent, pas juste de lui écrire. Neville traduit, habitué aux gestes de son époux. Connaissant très bien ceux-là.
- Il veut que vous sachiez qu'il vous aime.
Le cœur de Harry se brise. Quel monde peut autant briser quelqu'un ?
Que dire de plus ? Draco a commencé à trembler, il faut rentrer. Hermione promet de venir cette semaine et Neville y lit le souhait d'aider pour que l'enfant revoie la mère, avant qu'il soit trop tard.
Il emporte son mari, l'enlève presque, obligé de le soutenir, puis de le porter. L'état de Draco semble encore pire qu'au sortir d'Azkaban. Neville l'entraîne jusqu'à leur refuge, le dévêt et l'enveloppe dans leur lit comme s'il emmaillotait un enfant nouveau-né. Les dents de l'ancien prisonnier sont presque trop serrées pour la potion, mais Neville est persistant et Draco a besoin de cette potion, foutremerlin.
La première lettre arrive après que Draco se soit endormi, si tant est qu'on puisse parler de sommeil pour ce coma médicamenteux que Neville a induit.
Luna envoie des chocolats à Neville et une étrange étole frangée, vert citron à motifs bleus, atroce, pour tenir chaud à Draco.
Ron a envoyé une bouteille de Firewhisky.
Harry est le troisième, avec une promesse d'aider pour Narcissa.
Celle d'Hermione, pleine de jargon incompréhensible, prouve qu'elle a entamé des recherches.
Neville sent comme une chape s'évaporer, descend le quart de la bouteille et entreprend de pleurer de soulagement, tout seul dans leur salon.
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