Eh oui, vous n'en croyez probablement pas vos yeux, et moi non plus. Après plus de dix ans sans nouvelles de cette fiction (que j'avais toujours promis de finir), voici un tout nouveau chapitre qui est mis en ligne. J'ai du mal à croire que cette histoire date de 2004 mais, pourtant, c'est bien le cas.

Comme la plupart d'entre vous le savent déjà, je ne suis pas restée sans écrire depuis 2004, bien au contraire, j'ai écrit énormément de fictions depuis et dans de très nombreux fandoms. Je n'ai jamais abandonné celui de HARRY POTTER pour lequel j'ai écrit assez fréquemment ni même le pairing Drago/Harry (ma toute dernière fic est une Drago/Harry écrite en 2014 pour un fanzine que je n'ai pas encore mise en ligne). Pourtant, je ne suis pas revenu à mes fictions à chapitres que j'avais dues abandonner quand j'ai commencé à travailler. Je n'ai plus eu le temps, et ensuite, je n'ai pas eu le courage de m'y remettre.

Pourtant, je n'ai cessé de recevoir des messages et de reviews concernant AU PLACARD au fur et à mesure des années, et je ne peux vous dire à quel point cela me touche. Vraiment. Tous vos gentils mots concernant mes histoires, mon style, tous vos encouragements comptent beaucoup pour moi, et vous ne les aurez pas écrits en vain puisqu'aujourd'hui, j'ai enfin pris mon courage à deux mains (serais-je une Gryffondor dans l'âme ?) pour continuer cette fic, pour vous offrir cette suite que vous étiez nombreux à attendre.

Alors, évidemment, en 10 ans, mon style a changé. Peut-être qu'il y aura de petites incohérences… J'ai essayé de faire au mieux, et j'espère que ce chapitre vous plaira.

J'ai contacté Nicolina qui, il y a encore quelques temps, était partante pour faire la suite. Nous verrons bien. La pauvre, j'ai dû la mettre dans l'embarras après tant de temps ! ;)

Pour le moment, je ne peux pas vous promettre que cette fic sera updatée fréquemment, mais au moins vous avez la preuve que je ne vous oublie pas et que je tiens toujours mes promesses.

Encore une fois, merci de votre soutien, merci de vos gentils messages et merci de ne pas m'avoir oubliée.

Je vous dis à bientôt, et n'hésitez pas à me faire savoir ce que vous avez pensé de cette suite !

BabyD !

Harry regardait le brocart tissé d'or qui enveloppait son lit à baldaquin. Il en connaissait les moindres dessins, le moindre enchevêtrement de fils. Pas besoin de lumière donc, pour s'y perdre en contemplation inutile. Il faisait nuit noire, et sans ses lunettes, ses yeux ne pouvaient discerner que la faible lueur de la lune qui perçait au travers des étroites lucarnes de la tour des Gryffondor. Il poussa un long soupir.

— Harry ? s'éleva à peine la voix de Ron à ses côtés.

Il ne répondit rien. Il n'avait pas envie de parler. Il n'en aurait pas eu la force même s'il l'avait souhaité. Il ne savait pas même où il avait trouvé le courage (légendaire, paraissait-il pour la maison au lion de Poudlard) de se traîner jusqu'aux dortoirs après une journée longue et éprouvante. Il avait découché la nuit passée. Il s'était endormi dans le placard où le garçon, pour lequel il éprouvait des sentiments bien trop forts, ne s'était pas rendu. Il devait le haïr à présent, écœuré à la simple idée de l'avoir embrassé. Harry déglutit péniblement. Il était si dur de faire face à la réalité à présent : sa solitude le tuait à petits feux. Il n'avait jamais été choyé de la sorte avant le garçon du placard, il n'avait pas su ce que cela représentait d'être désiré, vraiment désiré. Et, à présent, il avait tout perdu.

— Harry ? répéta Ron un peu plus fort.

Il ne répondit pas plus. Il était bien trop occupé à sombrer dans ses pensées noires pour être capable de supporter le flot incessant de paroles de Ron. Il n'avait pas le cœur de l'écouter parler de Hermione, de l'amour qu'il éprouvait pour cette jeune fille remarquable, qui n'avait pas hésité, elle, à s'emparer de ce qu'elle désirait. Il était heureux pour eux, mais leur bonheur lui faisait un peu plus mal chaque jour passant. Je suis un piètre ami si je ne peux me réjouir du bonheur de ceux que j'aime, maugréa-t-il en lui-même.

Il entendit Ron rabattre ses couvertures et s'asseoir sur son lit. Son ami poussa un long soupir avant de se lever et de venir prendre place sur son lit. Quand il s'adressa à lui, sa voix était à peine audible il ne voulait pas réveiller les autres.

— Harry, je sais que tu ne dors pas. Parle-moi.

— Désolé, je ne voulais pas te réveiller, répondit-il.

Il avait bien essayé de ne pas bouger, mais il avait dû, comme à l'accoutumé, se tortiller comme une sardine au bout d'une ligne de canne à pêche, c'est ce qu'il faisait quand il était nerveux.

— Pas de problème.

Il n'avait pas besoin de voir clairement le visage de son ami pour savoir qu'il lui souriait. La présence de Ron l'apaisa quelque peu. Il avait tant de chance d'avoir trouvé les Weasley. Ils étaient son ancre.

— Est-ce que tu veux parler ? reprit Ron. Je vois bien que ça ne va pas, et je sais que je ne pourrais pas te tirer les vers du nez, ça c'est plus le talent d'Hermione, mais… Tu sais que je suis là pour toi ? Je serai toujours là. Alors, je t'écoute. Si, tu as envie de parler. Et si tu n'as pas envie de parler, ce n'est pas grave, je suis là quand même.

Harry se surprit à sourire. La maladresse de Ron était touchante, tous comme ses paroles réconfortantes. Il soupira de nouveau. Il n'avait pas envie de parler, pourtant, il savait bien qu'il lui fallait se lester de ce lourd poids qu'il avait sur le cœur. À qui d'autre pourrait-il parler si ce n'est à son meilleur ami.

— Je suis amoureux, souffla-t-il avant de pouvoir se raviser.

— Oh.

Alors que les joues d'Harry s'étaient enflammées sans raison, Ron se tortilla sur le matelas avant de tirer les rideaux du lit et de prendre place assis en indien à côté de lui. Il se mordilla les lèvres avant de parler.

— C'est… Ginny ? tenta-t-il.

Harry sourit. Est-ce que Ron serait furieux ou soulagé de savoir son meilleur ami amoureux de sa petite sœur ? Connaissant Ron, il serait sûrement mal à l'aise. Il nia de la tête, avant de répondre par la négative en se rappelant que son ami ne devait pas voir grand-chose entre les rideaux qui les protégeaient du monde extérieur.

— Ok, ajouta Ron. Cela lui fera de la peine, tout comme à maman, mais, moi, je peux survivre sans t'avoir comme beau-frère. Qui c'est alors ? Et surtout, pourquoi cela te rend-t-il malheureux ? Et ne me dis pas le contraire, tu erres comme un fantôme en peine !

Harry se mordilla les lèvres, avant de s'attaquer à l'ongle de son pouce avec frénésie.

— Si tu reprends cette vieille habitude, c'est que c'est pire que ce que je pensais…

— Oui, reconnut Harry. C'est pire.

Révéler à Ron qu'il était amoureux avait été assez facile, normal même, mais lui révéler qu'il était amoureux de… De qui, par ailleurs ? Il ne le savait pas lui-même. Pourtant, cette rencontre avec son inconnu lui avait appris une chose : s'il n'avait jamais été à l'aise avec les filles, c'est tout simplement parce qu'elles ne l'intéressaient pas. En tout cas, pas de manière romantique.

— D'accord, acquiesça Ron. Et ?

Harry se tue et continua à molester ses ongles. Oui, son inconnu, lui avait fait comprendre de nombreuses choses. Il aimait qu'on le prenne tendrement entre des bras forts, il aimait qu'on l'embrasse avec fougue, il aimait sentir ses mains dans l'étreinte de mains plus grandes, plus fortes, il aimait se donner à l'autre, il aimait ne plus être celui dont on attendait tout.

À présent qu'il avait découvert la domination des baisers de ce garçon dans le placard, maintenant qu'il avait goûté au désir, il savait ce dont son corps était assoiffé, ce dont son esprit était affamé : il aimait les garçons. Bien que ses yeux ne se soient attardés sur aucun en particulier – et s'ils l'avaient fait sur un certain blond, il se refusait de l'admettre présentement – il savait qu'il ne rechercherait jamais l'amour auprès d'une fille. Le chaos de sa relation avec Cho en devenait d'autant plus clair. Il voulait embrasser des lèvres quémandeuses, il voulait poser ses mains sur des épaules robustes et stables, il voulait faire reposer sa tête au creux d'un cou puissant : il voulait celui qu'il n'aurait plus jamais.

— Et ? reprit Ron, d'une voix étonnamment douce. J'aimerais bien que tu me dises ce qui te tourmente avant de t'en prendre sauvagement à tes phalanges.

Harry éclata presque de rire mais se retint pour ne pas réveiller leurs camarades de chambrée. S'il y avait bien une personne en qui il pouvait avoir confiance c'était Ron. Si lui le rejetait pour ce qu'il était vraiment : qu'avait-il à espérer des autres ?

— Je suis amoureux…

— Oui… ?

— Je suis amoureux d'un garçon.

Le silence s'installa entre eux.

— Et ? finit par reprendre Ron. Quel est le problème ? Il n'est pas gentil avec toi ? Parce que si c'est le cas, je peux aller lui casser le nez et lui refaire le portait.

Harry sentit les larmes lui monter aux yeux.

— Ça ne te dérange pas ? murmura Harry d'une petite voix.

Il se refusait de pleurer. N'avait-il pas suffisamment versé de larmes la nuit passée ? Il devait se ressaisir, être fort.

— Harry ! s'exclama Ron, stupéfait. Tu ne croyais quand même pas que j'allais te juger ? Je sais que je peux être impulsif et bête parfois, mais tu es mon meilleur ami ! Je t'aime comme tu es, et je t'aimerai toujours. Enfin, je veux dire, je t'aime comme mon frère ! Ce n'est pas moi, hein ? Non, enfin je veux dire…

— Ce n'est pas toi, l'interrompit Harry avant qu'il ne panique pour de bon. Et, si ça peut te rassurer, je ne ressens pas l'envie pressante de me jeter à ton cou. D'ailleurs, j'aurais trop peur de la réaction d'Hermione !

Ron se mit à rire, avant de s'allonger à côté d'Harry.

— Tu avais peur de ma réaction ? C'est pour cela que tu étais si triste ?

Harry se tourna vers Ron. Il ne pouvait pas vraiment voir ses traits, mais sa proximité, sa chaleur, étaient rassurantes. Comme un cataplasme sur une plaie douloureuse.

— En fait…

Harry inspira longuement avant de conter à Ron ses aventures nocturnes de ce dernier mois les tapisseries de Morgane, les enveloppes roses et le garçon. Quand il eut terminé, il se sentit plus léger partager son secret, sa souffrance, son conflit intérieur l'avait quelque peu soulagé. Et pour la première fois depuis des mois, Harry n'eut aucune difficulté à trouver le sommeil délesté d'un trop lourd secret et bercé par la voix de son meilleur ami.

Au réveil, Harry fut surpris un instant par les ronflements de Ron, puis il se surprit à sourire pour la première fois depuis le choc de l'abandon. Aujourd'hui, tout lui semblait différent, aujourd'hui, tout était plus clair dans son esprit. Il était prêt à prendre une grande décision : être celui qu'il était et tout oublier du garçon du placard. Ou presque tout. Le dégoût qu'il avait eu envers lui quand il avait compris qu'il était un garçon il lui faudrait trouver la force de ne plus y penser, mais tout ce qu'il lui avait appris, le plaisir qu'il lui avait offert, il les garderait précieusement. Il ne voulait pas se défaire du souvenir de baisers pareils. Il les garderait jalousement, même s'ils avaient été volés.

— Ron, il faut que l'on se prépare pour les cours.

— Nan ! Il faut que je dorme ! Encore. Beaucoup.

Son ami se couvrit la tête avec la couverture qu'il était parvenu à lui subtiliser durant la nuit – il fallait espérer qu'Hermione ne soit pas frileuse ! – et Harry lui laissa le temps de dormir encore un peu alors qu'il allait prendre sa douche et qu'il se badigeonnait généreusement de pomme de la tête aux pieds.

Quand il revint dans la pièce, les autres garçons pénétraient dans la salle de bains. Il s'habilla et prépara discrètement les habits de Ron. Quand tout le monde fut prêt, Seamus fronça les sourcils.

— Où est Ron ? demanda-t-il. Ce n'est pas son genre de se lever aux aurores.

— Sauf, quand il a rendez-vous avec Tu-Sais-Qui, sourit Harry de toutes ses dents.

Seamus leva les yeux au ciel sur un « Je ne veux pas savoir », Dean éclata de rire et Neville rougit jusqu'aux oreilles. Ils sortirent les uns après les autres, et alors qu'Harry refermait la porte derrière lui, il vit Ron tendre son pouce derrière ses rideaux.

Tout se passera bien maintenant, se dit Harry en descendant dans la grande salle.

Et, en effet, la journée se déroula sans anicroches, et Harry se surpris à parler avec plaisir à tous ses amis et à être le témoin d'échanges de miasmes entre Hermione et Ron sans avoir l'envie de se cogner la tête contre la surface plane la plus proche. Pourtant, il ne pouvait empêcher ce petit pincement au cœur qui le taraudait : aurait-il la chance d'être embrassé un jour de nouveau ? Serait-ce comme avec son inconnu ?

Harry était tant perdu dans ses pensées, se rappelant avec une acuité étonnante des talents de cette langue sans visage, qu'il ne vit pas Malefoy avant de lui être rentré dedans.

— Mais ce n'est pas vrai ! s'offusqua ce dernier, de sa voix venimeuse. Tu ne regardes donc jamais où tu marches ! Change ces hublots qui ne te servent à rien !

Décidément, soupira Harry. Cela faisait deux soirs de suite qu'il percutait Drago sans s'en rendre compte. À croire que des sorciers à l'humour douteux avaient placé un sort d'aimant sur eux dans le but de leur pourrir l'existence. Mais s'il s'était tue la veille, il ne se rappelait plus même de quelles insultes Malefoy l'avait gratifié, il fronça les sourcils bien décidé à reprendre le balai en mains.

— Je pourrais te dire la même chose ! grommela-t-il. C'est peut-être toi qui a besoin de lunettes vu que tu ne vois jamais où tu vas ! Ou peut-être devrais-tu redescendre un peu de ton piédestal et revenir parmi le commun des mortels.

— Pourquoi cela ? grinça le garçon qui faisait une bonne tête de plus que lui, et qui ne se gêna pas pour en jouer et le dominer de toute sa hauteur. Pour côtoyer le bourbier ?

— Fais attention à tes paroles ! s'énerva Harry.

Malefoy eut son sourire en coin typique, ce sourire qui retroussait des lèvres pleines et rosées. Harry fronça les sourcils, troublé par la seule idée de remarquer ce détail. Il aimait les garçons, cela était un fait, ou en tout cas, il aimait un garçon et la manière dont il l'avait embrassé, mais dévisager Malefoy était autre chose. Ce garçon avait toujours été son ennemi, un abruti fini, qui n'avait de cesse de le bousculer, de le martyriser, qu'il ait un visage étonnamment élégant et beau, qu'il ait de belles mains blanches, tout cela n'avait aucune importance !

— Pourquoi cela ? ronronna presque Malefoy. Je t'ai fait de la peine, petit Potty ? Tu sais pourtant bien que toi et moi, moi et tes amis, n'appartenons pas au même monde. Devoir être dans la même école que vous me rend malade.

Le visage de Malefoy s'était fait grimaçant, beaucoup moins intéressant ou hypnotisant. Comment pouvait-il se rendre laid de la sorte alors qu'il avait été tant gâté par les bonnes fées à sa naissance, resterait toujours un mystère pour Harry. Il resserra les dents, les sentant presque grincer de protestation. Que cela soit dit : jamais il ne succomberait pas à une beauté froide pareille. Il aimait peut-être les garçons, mais il détestait toujours autant Malefoy. Cela le rassura quelque peu et lui donna une assurance qu'il ne se connaissait pas. Il se rapprocha d'un pas, le seul pas qui avait daigné préserver une quelconque distance entre eux, et leva des yeux furieux vers son opposant. Il venait de briser sa sphère personnelle, et il n'en avait cure.

— Malefoy, tu ne peux pas me faire de peine parce que je ne me soucie pas de ce que tu peux penser, dit-il entre ses dents, parlant à quelques centimètres à peine de son visage. Tu ne peux pas plus me faire de mal car je n'ai que faire de tes insultes. Et, enfin, en ce qui me concerne, tu peux aller rôtir en enfer, je suis certain qu'une suite royale t'y es déjà réservée.

Il déglutit péniblement, sa salive lui brûlant la langue. À peine cette dernière phrase avait-elle quitté ses lèvres qu'il la regretta amèrement. Il n'était pas cruel ni méchant. Ces mots lui étaient étrangers et écœurants. Malefoy n'était pas responsable du fait qu'il se haïsse un peu de le trouver attirant…

— Potter ! Malefoy !

C'était la voix de Rogue. Tous deux tournèrent les yeux vers le professeur de Potions qui les regardait avec suspicion. Il avait l'air d'avoir avalé le serpent de l'écusson de sa maison de travers.

— Potter, veuillez cesser d'importuner M. Malefoy qui a très certainement mieux à faire que de se voir affubler de votre compagnie. Comme venir m'aider dans les cachots, par exemple. Dès à présent.

— Oui, professeur, répondit Malefoy, les mâchoires toujours crispées et non sans adresser un regard meurtrier à son encontre.

Le Serpentard s'éloigna et Harry ressentit tout à coup un froid glacial s'abattre sur lui. Son absence, le vide qu'il avait laissé en partant avait un goût de déjà-vu. Harry fronça les sourcils et croisa brièvement le regard glacial de Malefoy alors que ce dernier s'éloignait en suivant Rogue comme un bon chienchien.

— Oh, reprit Rogue, sans même se retourner, que je ne vous reprenne plus à insulter M. Malefoy de la sorte, Potter, ou je me verrai contraint de sévir.

Harry serra les dents face à cette énième injustice et se décida à retourner dans la tour des Gryffondor.

Arrivé à la salle commune, Harry salua chaleureusement ses camarades, prétendant que tout allait bien et prétexta aller se changer pour être seul dans sa chambre. Il s'allongea de tout son long sur son lit, ne prenant pas même le soin d'enlever ses chaussures. Il avait à peine lâché un long soupir qu'un « pop » le sortit de ses pensées. Il se redressa sur ses coudes.

— Bonsoir Dobby, sourit-il, heureux de voir le visage tout fripé de l'elfe de maison.

— Bonsoir Harry Potter, sourit l'elfe, froissant un peu plus les traits de son visage. Dobby est désolé. Dobby a oublié de vous ramener l'enveloppe.

— L'enveloppe ? s'étonna Harry.

L'elfe acquiesça.

— Dobby est un gentil elfe. Dobby a lavé le linge de M. Potter. Mais Dobby a oublié l'enveloppe. Dobby peut se repasser les doigts pour se faire pardonner !

Dobby lui tendit l'enveloppe rose avant de percuter violemment sa tête contre le baldaquin du lit de Ron.

— Que fais-tu, Dobby ? s'exclama Harry en rejoignant l'elfe et en tentant de l'empêcher de se fracasser la tête contre le bois. Arrête, enfin ! Arrête !

— Dobby se punit, M. Potter. Dobby a oublié.

— Ce n'est pas grave, Dobby, vraiment.

Harry lui sourit et se mit à caresser son front comme on caresse le poil d'un animal de compagnie pour faire passer la douleur. Peu importait cette enveloppe, tout était fini. Mais… Si tout était fini, pourquoi avait-il reçu une nouvelle enveloppe ? Le système du placard permettait à chaque moitié de recevoir une enveloppe après la première rencontre pour permettre au couple d'inconnus de se revoir si tel était leur volonté, mais pour ce faire, il leur fallait venir. Les enveloppes cessaient d'apparaître quand l'un des rendez-vous avait été manqué, alors…

Harry s'empressa d'ouvrir son enveloppe et en resta bouche bée.

« Doux jouvenceau éploré,

Votre courage devra vous mener,

Jusqu'à votre sœur Morgane le Fay,

Au zénith du grenier. »

« Dans trois soleil redoutés,

L'homme tourmenté sera convié,

À la première heure sonnée,

La porte sera scellée. »

Comment se faisait-il qu'il ait reçu cette enveloppe alors que le garçon n'était pas venu ? Était-il possible… Harry se massa inconsciemment le coude, se rappelant cette sensation qu'il avait eue alors que le froid glacial s'abattait sur lui. Il avait été certain de sentir quelque chose, ou plutôt quelqu'un, lui attraper la manche. Était-il venu juste avant que la lueur ne disparaisse ? Se pourrait-il qu'il ait voulu le revoir malgré le fait qu'il ait découvert qu'il était face à un autre garçon ?

Harry soupira lourdement. Une vague de tristesse le submergea. Il ne voulait plus de faux espoir. Cela lui en avait déjà tant coûté. Et alors qu'il sortait à peine la tête de l'eau, il avait l'impression qu'on essayait de nouveau de le noyer dans des flots tumultueux et cruels.

— Dobby a fait une bêtise ? cria l'elfe de maison en tirant de toutes ses forces sur ses longues oreilles. Dobby a empêché M. Potter de rejoindre son amoureux à temps ?

Harry s'empara promptement des petits poignets de l'elfe tentant de l'amadouer pour l'empêcher de commettre l'irréparable : il souhaitait vraiment que son ami garde ses oreilles sur sa tête.

— C'est bon, Dobby, ne t'inquiète pas, tenta-t-il de lui sourire de manière convaincante. Le rendez-vous n'est pas passé.

Les épaules de Dobby s'affaissèrent et l'elfe lâcha un long soupir rassuré.

— Dobby est content alors.

Harry acquiesça, un sourire toujours vissé aux lèvres, mais l'elfe pencha la tête sur le côté et l'observa minutieusement.

— Pourquoi M. Potter est pas content alors ? demanda-t-il, accompagné d'un grand regard des plus innocents.

Harry soupira.

— C'est compliqué, répondit-il.

— Oui, c'est toujours compliqué, acquiesça Dobby. Dobby comprend jamais Winky.

Harry ne put se retenir de sourire.

— Merci, Dobby. Pour tout.

L'elfe de maison rougit jusqu'au bout de ses longues oreilles.

— Si M. Potter a besoin, Dobby peut lui prêter ses nouvelles chaussettes pour être beau.

L'elfe montra fièrement ses nouvelles possessions, toujours dépareillées mais à pois, en gesticulant de ses pieds.

— Merci, Dobby, ça va aller. Garde-les pour plaire à Winky.

L'elfe fit la moue.

— Winky aime pas les chaussettes de Dobby.

— Elle finira pas les adorer. Je sais que tu pourras la convaincre.

Dobby acquiesça dans un grand sourire et disparut dans un nouveau « pop » pressé de retourner aux cuisines pour montrer ses nouvelles possessions à l'élue de son cœur.

Harry retourna à son lit où il se jeta lourdement, face contre le matelas, chaussures toujours aux pieds. Qu'allait-il faire à présent ? Tout lui avait semblé plus clair ce matin, et à présent, il était de nouveau dans le brouillard. Pourquoi avait-il reçu cette enveloppe ? Le garçon – son homme – voulait-il vraiment le revoir ? Ou se déplacerait-il pour lui refaire le portrait ? Tout cela n'avait que trop duré… Harry avait l'impression d'avoir été chamboulé pour toujours, même si, dans le fond, il n'avait appris qu'à écouter ce que son cœur voulait vraiment.

Il soupira de nouveau. Il tint un long moment l'enveloppe entre ses mains, la regardant comme si elle détenait tous les secrets les plus défendus des fondateurs.

— Harry ? Tu nous rejoins ?

C'était Ron. D'autres garçons étaient avec lui, mais Harry entendit sa question muette : « Est-ce que ça va ? »

— Oui, j'arrive tout de suite.

La porte se referma. La nuit était tombée. Harry soupira lourdement et sortit sa baguette. Il observa encore un long moment son enveloppe et avant de pouvoir revenir sur sa décision murmura le sort qui le tourmentait :

— Incendio.

L'enveloppe prit feu, éblouit la chambre d'une lueur rosée, crachota des paillettes colorées avant de tomber en cendre à ses pieds.