Eh oui, un peu plus de retard pour ce nouveau chapitre, mais il faut quand même voir le côté positif des choses : je n'ai pas mis 10 ans entre deux chapitres, cette fois-ci! ;)
Bonne lecture! Et à bientôt, peut-être...
CHAPITRE 13
Décidément, ce Serpentard de malheur était toujours là où on l'attendait le moins ! Harry se précipita dans le grand escalier avant que celui-ci ne change d'humeur et ne l'empêche de se rendre dans la bibliothèque où Ron et Hermione l'attendaient bien sagement. Le « bien sagement » avait été convenu quelques heures plus tôt quand il avait surpris la main de Ron sous la jupe d'Hermione. Harry tressaillit à ce seul souvenir. Il y avait des choses qu'il préférait ignorer comme la vie sexuelle de ses meilleurs amis ou les insultes de son pire ennemi. Bien que ça ne soit pas vraiment les insultes qui l'incommodent en premier lieu, mais plutôt le fait que Malefoy ne semble pas saisir l'importance de l'espace personnel de son interlocuteur. Il avait cette tendance à vouloir le dominer de toute sa hauteur à chaque fois que leurs routes se croisaient, et il détestait cela. Il aurait à peine suffi d'un petit courant d'air pour que l'espace entre leurs deux corps ne s'étiole complètement et qu'ils…
Harry ! Ça ne va pas, non ! Tu perds la raison, pesta-t-il. Ce n'est pas parce que le garçon qui avait été dans le placard avec lui était visiblement (ou en tout cas perceptiblement) plus grand que lui qu'il fallait que son cœur se mettre à danser la cavagnole à chaque fois qu'un autre garçon se rapprochait trop près de lui ! Et surtout pas Malefoy !
C'est à court de souffle qu'il arriva devant la bibliothèque. Il regarda brièvement par-dessus son épaule, comme s'il cherchait quelqu'un et se rendit compte à quel point ce comportement était ridicule. Qui aurait bien pu le suivre ? Pas Malefoy, en tout cas. Alors qu'il allait ouvrir les lourdes portes en bois qui s'élevaient devant lui un froissement attira son attention. Ah oui, il avait bien senti quelque chose atterrir dans la poche de sa robe alors qu'il « conversait » avec Malefoy. Il glissa la main dans sa poche et en sortit une… enveloppe rose. Il fronça les sourcils. Il en aurait sorti un pitiponk qu'il n'en aurait pas été plus surpris.
— Comment… ? baragouina-t-il malgré lui.
Et il se retourna encore une fois. Cette sensation qu'il avait eue d'être suivi, elle était de nouveau là : ses sens ne l'avaient pas trompé. Il regarda autour de lui ; rien. Il était seul dans le couloir qui menait à la bibliothèque. Il posa de nouveau les yeux sur l'enveloppe rose, remonta ses lunettes sur son nez et fronça un peu plus les sourcils. Devait-il faire subir le même sort à cette missive qu'à la précédente ? Ridicule. Pourquoi avait-il reçu une autre invitation dans le placard alors qu'il ne s'était pas rendu au dernier rendez-vous ? Malgré tous ses sens qui lui criaient de se débarrasser de l'enveloppe sans même en lire le contenu, sa curiosité, et peut-être un peu son cœur, eurent raison de lui. Il regarda de nouveau à droite, puis à gauche, et quand il fut certain d'être seul, il l'ouvrit.
« Désirez-vous panser votre cœur blessé ?
Mon épaule est douce pour pleurer,
Mais votre perplexe chevalier,
Le fera peut-être de tendres baisers.
Votre amie,
M. »
Harry resta un long moment à fixer la lettre. Il reconnaissait cette écriture, il reconnaissait ce papier, mais rien de tout cela n'avait de sens. Deux élèves de Serdaigle s'engagèrent dans le couloir parlant apparemment de leur prochain devoir et de l'utilisation du bâton d'infamie des sorciers noirs du Nord. Harry se poussa légèrement pour les laisser entrer dans la bibliothèque, et alors qu'il allait les suivre son regard fut attiré par le vitrail en face de lui. Il fronça les sourcils et réajusta ses lunettes. Pour être venu un nombre incalculable de fois, Harry savait que ce vitrail représentait un chevalier affrontant un dragon, mais là, sous ses yeux ébahis le dragon ronronnait sous la caresse d'une sorcière, une sorcière qu'il reconnut immédiatement : Morgane le Fay. Votre amie, M. Bien sûr ! D'une main, elle cajolait le dangereux animal dont les naseaux dégageaient de grosses volutes de fumée, et de l'autre elle pointait du doigt le couloir au-delà de la bibliothèque.
Evidemment, la logique pure disait à Harry de tout ignorer de cette folie, mais son côté aventurier ne savait pas dire non à un mystère tel que celui-ci. Avec dans son dos les ronronnements du gros animal, qui faisaient presque trembler les murs de Poudlard, Harry s'engagea dans le couloir que la fée lui avait montré du doigt. Il avança lentement et se retrouva nez-à-nez avec une petite sculpture qu'il n'avait jamais vue jusqu'à présent. Il la fixa un long moment avant que celle-ci ne hausse un sourcil gracieux et n'affiche un sourire provocateur à la « pas cap' ? ». Harry tendit la main vers le morceau de marbre finement ciselé, qui aurait pu tenir dans la paume de sa main, et à peine l'eut-il touché que la fée se saisit de sa longue robe vaporeuse et qu'elle se mit à tourner sur elle-même dans un rire cristallin. Une trappe s'ouvrit sous ses pieds, et Harry sombra dans les ténèbres. Après quelques instants, qui lui semblèrent durer une éternité, les montagnes russes prirent fin, et il atterrit dans un couloir qu'il ne reconnut pas. Il était seul, ou pas vraiment, car il pouvait encore entendre ce rire enchanteur. Il se lança à la suite de cette mélodie entêtante et aperçut brièvement la robe vaporeuse de la fée dans un tableau ; elle courait, bondissait de toile en toile, un véritable jeu de cache-cache.
Il finit par la perdre dans un large couloir orné de toute part de miroirs plus étranges les uns que les autres. Si Harry avait bien appris une chose sur les miroirs de Poudlard, à ses dépends, c'est qu'ils avaient la fâcheuse tendance à déformer la réalité. Evoluant avec toutes les précautions du monde, sa baguette entre les mains, Harry surveillait chaque miroir qui semblait refléter son reflet à l'infini jusqu'à ce que ses yeux se posent sur des armures de chevaliers qui avançaient vers lui, lame aux poings. Harry déglutit péniblement et se prépara à lancer sa première incantation. Mais alors qu'il ouvrait la bouche, les armures mirent genoux et armes à terre. Il resta pétrifié un instant puis, avant même de se retourner, su qu'il l'avait trouvée. Le large miroir qui s'élevait dans son dos, orné de fioritures végétales bronzes et rosées encadrait la silhouette de la fée qu'il avait traquée.
Sur les tapisseries, elle lui avait semblée d'une beauté incomparable, dans le reflet du miroir, presque aussi humaine que lui, elle était terrifiante. Pouvait-elle seulement possédé une telle beauté ? Une beauté à vous glacer les sangs ? Il lui sembla qu'elle lui sourit, étonnement tolérante. Elle avait dû en briser des cœurs ; tant de chevaliers étaient morts pour elle, ou de sa main, se rappela Harry. Que faisait-il ici, par Merlin ?!
De la buée se forma sur la surface du miroir, comme si quelqu'un avait soufflé dessus, et des lettres apparurent, lentement, comme tracées par une main invisible.
Merlin ne vous sera d'aucun secours...
Si je décide de vous manger tout cru.
Harry hoqueta, le cœur battant à tout rompre. Le même rire cristallin résonna à ses oreilles alors que la silhouette de Morgane n'avait pas bougée.
Rassurez-vous, jeune Harry Potter, ce vieux fou connaît mes goûts mieux que personne…
Est-ce qu'elle entendait par là qu'elle et Merlin ? Mais il avait toujours cru que Merlin était amoureux de la Dame du Lac, Viviane.
Un reniflement dédaigneux lui parvient, et il déglutit péniblement.
Revenons à nos dragons ! Ce n'est point dans mes filets que vous êtes tombés, Harry Potter… Et il semblerait que votre jeune chevalier ardent n'ait point souhaité remettre si facilement épée à son fourreau.
Sans jeu de mots obscène, bien entendu.
Harry hoqueta de nouveau, rouge de honte à la seule idée que Morgane ou quiconque d'autre ait pu savoir ce qu'il avait fait avec ce garçon dans le placard. Un véritable fou rire lui parvint, un rire mélodieux et… tendre ?
Vous m'intriguez, jeune Harry. C'est pourquoi, je vous offre une deuxième chance face à la témérité de votre chevalier… Ou dragon, devrais-je peut-être dire ?
Si le reflet de Morgane avait pu bouger, il l'aurait facilement imaginé son gracieux sourcils se relever dans un arc parfait. Harry resta là, confus, quelques instants à contempler cette fée. Il était perdu. Et avoir une femme d'une telle prestance le fixer droit dans les yeux n'aidait en rien sa réflexion. Ce miroir n'était peut-être pas celui D'Erised, mais son contenu était très certainement plaisant et intrigant pour les yeux.
Charmeur !
Avait-il perçu un gloussement ?
Votre réponse ? Êtes-vous prêt à enter dans l'antre du dragon à nouveau ?
— Pour me faire dévorer ou cramer ? Je me tâte, se moqua-t-il.
La passion dévore. Le désir brûle.
Harry soupira et se passa une main nerveuse dans sa chevelure rebelle. Puis, il finit par acquiescer. Morgane lui donnait une autre chance de se retrouver face à son inconnu, son chevalier, son dragon ? Cela faisait de lui… une sorte de princesse en détresse ? Tout cela parce qu'il avait eu le malheur de rentrer du mauvais côté du placard !
Je serais tout autant fâchée. Les princesses sont d'un ennui !
Harry éclata de rire. D'après ses connaissances, Morgane était elle-même une princesse de sang royal.
— Bon, je signe où alors pour revoir mon prince… mon dragon charmant ?
Je dirais plutôt que c'est sa langue qui l'est…
Elle rit de nouveau, et Harry rougit jusqu'aux oreilles. Cette mélodie toujours dans les oreilles, Harry vit une petite lueur apparaître là où le cœur de Morgane battait, une lueur qui se fit de plus en plus forte jusqu'à l'aveugler complètement. Il ferma les yeux, se cachant derrière son bras pour se protéger d'un tel rayonnement. Quand il ouvrit les yeux, il se trouvait dans une des minuscules alcôves de la tour des Gryffondor ; il en reconnut tout de suite le petit miroir ovale à la tête de griffon. Une lettre reposait sur le carrelage à ses pieds. Il se baissa et s'en saisit. Elle ne ressemblait en rien aux missives de Morgane. Un simple parchemin plié à la hâte.
Harry croisa son propre reflet dans le miroir et en toucha la surface avec égard.
— Vous reverrai-je un jour ? murmura-t-il.
Il s'était quelque peu attaché à la fée qu'il avait rencontrée grâce au placard. Elle était amusante, et malgré la peur qu'elle pouvait susciter, avait une certaine tendresse déconcertante. Alors qu'il n'attendait pas réellement de réponse, un message s'inscrivit sous ses yeux, comme accompagné d'une caresse sur sa tête.
Peut-être…
Harry se passa de nouveau la main dans les cheveux, comme pour leur redonner un semblant de discipline, geste qui s'était toujours avéré inutile. Personne ne savait qu'il se trouvait dans cette minuscule alcôve, autant en profiter pour lire le message que lui avait remis Morgane. Il déplia le parchemin et ne fut pas surpris de ne pas y lire l'écriture délicate de la fée. Non, ce message avait été écrit par la main du garçon qu'il avait rencontré dans le placard, cette même main qui avait fait naître d'intenses frissons sur son corps. C'était étrange car même s'il ne reconnaissait pas cette écriture, elle lui semblait quelque peu familière.
Par Merlin, pensa-t-il. Il m'a écrit un message !
Harry avait chaud et froid en même temps, il avait l'impression que son cœur essayait de fuir sa cage thoracique alors que son estomac semblait s'être passionné de saut à l'élastique. Plus rien en lui ne fonctionnait comme il aurait dû. Pas même ses yeux, qui semblaient se refuser à vouloir déchiffrer ces quelques lignes. Il inspira profondément et grommela malgré lui. Il replia le parchemin et avant toute chose tenta de maîtriser sa respiration. Il se laissa choir lentement contre le mur, ramena ses genoux contre sa poitrine et expira longuement. Il se mordilla la lèvre inférieure avant de se lancer ; il ne serait pas dit qu'Harry Potter était un lâche !
Cher inconnu du placard,
Cher inconnu,
L'inconnu,
Toi !
Harry ne put s'empêcher de rire quand il vit les nombreuses ratures que contenait cette maigre lettre. Apparemment, le garçon n'avait pas su de quelle manière commencer sa missive, et cela était quelque peu… touchant et rassurant.
Pourquoi n'es-tu pas venu Tu n'es pas venu à notre dernier rendez-vous Pourquoi ?
Je suis furieux Je m'en veux Je veux te revoir On devrait se revoir pour *grosse tache* parler. Non ? Si !
Bref J'ai bien l'intention d'obliger Hermès (oui, c'est Hermès qui a les clés de mon côté du placard, je ne sais pas qui tu as, mais, personnellement, je n'aime pas ces dieux grecs qui se croient supérieurs à tout le monde ! Comme si un Serpentard avait peur d'un petit dieu messager, Hadès, je ne dis pas, quoique depuis qu'il a rencontré Perséphone il s'est ramolli et… Je m'égare) à te faire passer un message pour que l'on se revoie. Pour parler.
Toute la fin de la missive était plus difficile à lire, comme raturée, mais par une encre bien plus épaisse. Une autre main. Harry fronça les sourcils, rapprocha la missive de la torche suspendue au mur pour essayer de déchiffrer les mots. Rien à faire. Il soupira. Après tout, le plus important était que le garçon semble visiblement vouloir le revoir pour… Parler. Oui, parler. Et maintenant que lui avait fait ce premier pas, Harry ne pouvait pas vraiment ne pas lui rendre la pareille. Il avait le droit de savoir pourquoi Harry s'était joué de lui, même sans le vouloir. Mais comment le retrouver ?
Harry fut de nouveau attiré par son reflet dans le miroir. Pourquoi Morgane lui avait-elle remis cette lettre et non pas une nouvelle enveloppe rose pour un nouveau rendez-vous ? Sûrement pour s'assurer qu'il irait se jeter dans la gueule du… dragon. Cette image le fit sourire. Puis, il fronça les sourcils et se rapprocha la lettre du miroir. Là, dans le reflet, l'encre qui raturait toute la fin de la lettre n'était plus aussi opaque, et Harry pouvait discerner certains mots. Il se concentra et, malgré l'effet miroir, prit le temps de déchiffrer les mots visibles.
Il se prit à rire quand il comprit, en partie, que ce fameux dieu grec, Hermès, avait dû raturer une partie qui n'avait pas dû lui plaire. Son dragon avait de l'audace, en effet. Aller demander l'aide de quelqu'un tout en l'insultant, c'était un comportement bien casanier. Puis, son sourire mourut sur ses lèvres. Serpentard. Il était écrit Serpentard. Non, ses yeux se jouaient de lui. Pourtant, après maintes relectures, l'insulte était toujours là. Le garçon du placard était un Serpentard.
Harry soupira. C'était bien sa vaine. Il venait à peine de se décider à aller présenter ses excuses au garçon qu'il découvrait qu'il appartenait à la pire des maisons possibles. C'était un Serpentard, et ils n'étaient pas connus pour leur indulgence. Harry soupira de nouveau, un peu plus fort. Pourquoi cela tombait-il toujours sur lui ? Ce dragon n'allait pas seulement faire une seule bouchée de lui, il allait aussi…
Attends, le stoppa net son esprit dans son élan. Dragon. Serpentard. Serpentard. Dragon.
Le garçon du placard était grand, très grand, et élancé. Se pourrait-il que Morgane lui ait donné un indice ? Se pourrait-il que ce Serpentard soit réellement un dragon ? Enfin, un dérivé de dragon ?
— Drago Malefoy ? déglutit péniblement Harry.
Par Merlin ! Se pouvait-il que la vie lui en veuille à ce point ? Depuis ses premiers cris, elle ne s'était jamais montrée clémente à son égard. Pourquoi lui faire cela à présent ? En à peine quelques jours, son existence avait été chamboulée et, à présent, il avait l'impression d'être complètement sans dessus-dessous, suspendu dans le vide.
Pourtant, tout cela avait du sens. Cela expliquait peut-être pourquoi il avait vu Malefoy d'un œil nouveau, pourquoi il s'était tout à coup intéressé à lui d'une autre manière… L'avait-il reconnu malgré lui ? Il déglutit péniblement. Qu'allait-il faire s'il s'avérait que le dragon n'était autre que Malefoy ? Harry serra la missive fort entre ses doigts. L'écriture ne lui avait pas semblé inconnue ce qui ne semblait que confirmer cette hypothèse. Son estomac vit une volte-face, comme une bonne crêpe, s'essayant apparemment, à présent, à la voltige.
— Qu'importe, maugréa-t-il.
Il avait pris sa décision avant même de lire cette partie de la missive. Il s'était promis d'être juste, d'être quelque d'honorable et de respectable. Il ne jugerait pas ce garçon, même s'il s'avérait que ça soit Malefoy, à sa seule maison. Il irait donc à la rencontre de ce dragon de Serpentard, lui dirait la vérité. Peut-être pas toute la vérité… Le fait qu'il ait pris son pied en l'embrassant et qu'il soit tombé lamentablement amoureux, étaient sûrement des sujets à éviter si sa survie et sa santé mentale avaient de la valeur à ses yeux… Pourquoi donner des raisons supplémentaires à ce dragon de le griller à la mode shish kebab ? Mais il irait lui parler, c'était décidé.
Il allait sortir de l'alcôve quand il sentit le poids d'une nouvelle enveloppe dans sa poche. Inutile de vérifier pour savoir ce qu'elle contenait. La seule question à présent était de savoir à quelle sauce il allait être mangé, de quels condiments il serait accompagné et à quelle heure le Harry serait servi. Malgré lui, il se tourna une dernière fois vers le miroir pour découvrir ses grands yeux verts complètement affolés. Ce n'était pas gagné d'avance.
Puis, en plissant des yeux, il y découvrit une petite inscription.
;)
Morgane venait de communiquer avec lui par smiley. Qu'est-ce que sa vie était devenue…
