Bonjour à tous!

Avant toute chose, je tenais à m'excuser pour le retard qu'a pris ce chapitre. Mais entre les grandes vacances et la rentrée de septembre (que ce soit pour mon fils à l'école, ou pour moi au boulot), je n'ai pas eu une seconde à consacrer à l'écriture. Mais, me revoilà! Et j'ai tenu mes engagements, un nouveau chapitre de AU PLACARD! dès le début du mois d'octobre! (Connaissant Nicolina vous devriez avoir un tout nouveau chapitre d'ici peu, ce qui signifie que ce sera encore moi qui aurai du retard! :-( Ca ne vous énerve pas vous les gens qui écrivent à la vitesse de la lumière? Moi, si! xD)

Sinon, Nicolina a corrigé le chapitre précedent où elle avait écrit à la première personne, par habitude, alors que sa narration avec Drago est normalement à la troisième. Elle tenait à s'en excuser.

Voilà, je crois vous avoir tout dit, alors : bonne lecture et à vite!

CHAPITRE 19

Va crever, Malefoy !

Ces mots résonnaient dans son esprit encore et encore. Il avait l'impression d'être pris dans un tourbillon, ou plutôt une machine à laver, qui n'attendait qu'une seule chose : le recracher de dégoût une fois qu'elle l'aurait complètement essoré. Mais qu'est-ce qu'il lui avait pris de jeter tout ce fiel au visage de Drago ? Il le connaissait depuis des années, il savait très bien comment le Serpentard réagissait face à la pression et à l'humiliation : il se tordait comme un cobra acculé et crachait son venin dès que son opposant était à portée. Il aurait dû lui laisser le temps de se ressaisir, de se recomposer, d'avaler la chocogrenouille. Mais non, il avait encore fallu qu'il agisse sans réfléchir, sous le coup de l'émotion. Et qu'y avait-il gagné ? Rien. Il avait même probablement perdu tout espoir. Il avait frappé Drago, de ses mains et de ses mots. Il se détestait. La seule personne qui méritait de crever ici, c'était lui.

Il se tourna dans son lit et poussa un gémissement à fendre l'âme. Il n'avait plus aucune chance avec Drago. C'était fini. Même si ce dernier avait ressenti la moindre attraction à son égard, elle avait dû se dissiper aussi rapidement que sa main s'était abattue sur son visage, son si beau visage. Comme il se détestait ! Devoir combattre toujours et encore pour sa survie lui avait donné des réflexes de guerrier, un instinct cruel. Pourquoi avait-il fait cela ? Il n'avait jamais frappé Dudley, et, par Merlin, comme ses poings l'avaient démangé ! Mais non, il avait agressé un sorcier comme le pire des barbares qui soit, de la manière la plus lâche qui puisse être. Il soupira de nouveau avant de lâcher un cri de souffrance et de désespoir dans son oreiller, essayant d'étouffer le chagrin qui lui lacérait les poumons.

— Harry ? murmura Ron.

Sa voix était ensommeillée, mais inquiète.

— Ce n'est rien, Ron, j'ai fait un cauchemar, répondit-il promptement.

— Un cauchemar de… ?

C'est vrai que Voldemort avait toujours eu le monopole sur ces mauvais rêves. À n'en pas douter, il serait probablement très prochainement remplacé par une tête blonde. Il ne répondit pas. Il ne voulait pas mentir à son meilleur ami, mais il ne pouvait pas non plus lui dire ce qu'il avait sur la conscience.

— Tu veux que l'on parle ? On peut jouer aux cartes explosives si tu veux ?

— Non, ça va aller, répondit Harry, essayant d'avoir un ton convaincant. Je sens que je vais pouvoir me rendormir. On a une longue journée demain, mieux vaut se reposer.

— Ok, Harry, mais si tu as besoin de moi, tu me réveilles, d'accord ?

— D'accord.

Aux ronflements qui s'élevèrent de nouveau dans la chambre, Ron s'était rendormi tout aussi prestement qu'il s'était réveillé. Il ne méritait pas plus l'amitié de Ron qu'il ne méritait le pardon de Drago. Harry soupira encore une fois, sachant pertinemment qu'il ne trouverait pas le sommeil.

La journée fut longue et laborieuse. Durant les cours qu'Harry partageait avec Drago, ce dernier n'avait pas daigné lui accorder le moindre regard. À vrai dire, il avait l'air tellement éreinté, que garder les yeux ouverts semblait être un défi en soi, alors se soucier à le fixer sur le monde extérieur…

De profonds cernes creusaient ses grands yeux clairs, les rendant d'autant plus métalliques, et la petite sieste qu'il s'était accordé en cours de Potions n'y avait rien changé. Harry se remémora le cours en question.

— Pssst, souffla Hermione en lui donnant un petit coup de coude. Regarde, Malefoy s'est assoupi. Apparemment, le sort de ton chevalier galant l'a complètement vidé.

Harry avait quitté leur potion des yeux – cette même potion que son amie avait refusé de faire toute seule et qu'il galérait à surveiller pour qu'elle ne brûle pas – et avait accordé toute son attention à la tête blonde qui reposait sur la table, non loin des plus fines épluchures de mandragore qu'il lui ait jamais été donné de voir (elles étaient presque translucides !). Il se trouvait une rangée devant lui sur sa gauche, son visage était tourné vers lui ; comme toujours, Drago avait l'air beaucoup plus doux, plus accessible quand il dormait.

— La tête dans les nuages, Potter ? l'interrogea Rogue qui passait à sa hauteur en levant des sourcils sondeurs.

— Non, professeur, baragouina-t-il, avant de replonger toute son attention à sa potion, qu'Hermione se démenait à sauver.

— Je l'espère bien. Il ne vous serait pas bénéfique de me faire perdre mon temps à vous accompagner à l'infirmerie si votre concoction s'en prenait subitement à vous.

Et le professeur n'avait pas tort : le Slime qui prenait vie dans son chaudron grommelait et jurait déjà comme un charretier ; un baragouinage indécent auquel Hermione mit fin à coups de spatule convaincants.

— Tu parles ! pesta-t-elle à mi-voix. Et, bien sûr, il ne dit rien à son chouchou qui fait sa sieste bien tranquillement !

— Chouchou, chouchou, chouchou, chanta leur Slime qui prenait une couleur plus charmante que le kaki qu'il avait arboré jusqu'à présent – apparemment les quelques pétales de rose et zest de pamplemousse qu'Hermione avait ajoutés à la hâte changeaient toute la donne.

Harry posa de nouveau les yeux sur Drago, qui n'avait pas bougé. Dans son chaudron, frétillait à feu doux sa préparation. Elle avait une couleur étonnement colorée – rose bubblegum – et le Slime qui y nageait semblait le regarder amoureusement et grogner sur Rogue à chaque fois que celui-ci s'approchait de trop près de la table de son maître.

— Voilà une création parfaitement réussie ! s'exclama le professeur, prétendant ne pas perdre une dixième à chaque œil sous l'éclat de la bestiole créée par son élève préféré. Chaque Slime devra répondre à ce pourquoi vous l'avez créé. Malefoy est parvenu à créer un Slime Protecteur, l'un des plus difficiles à assembler. Bien sûr, celui-ci ne vivra pas plus de quelques heures ou quelques jours tout au plus, mais imaginez ce qu'un véritable maître des potions pourrait créer pour se protéger. Ou attaquer.

Harry en resta bouche bée. Il avait toujours su que Rogue favorisait sa propre maison et qu'il avait un point faible tout particulier pour Drago Malefoy, mais de là à vanter ses mérites alors qu'il dormait à poings fermés pendant ses cours atteignait des sommets. Il fut sorti de ses propres rêveries par les dents (ces saletés pouvaient avoir des dents ?!) de son Slime qui venaient d'attraper l'un de ses doigts qu'il avait malencontreusement laissé traîner trop bas sur la spatule. Il étouffa un juron avant de s'adresser à Hermione :

— Tu n'aurais pas quelques de pétales de rose en stock par hasard ?

Assis à la Grande Salle pour le dîner, Harry se triturait encore les méninges. Il ne savait pas quoi faire. D'une part, il ne voulait plus parler à Drago ; ce dernier lui avait parfaitement fait comprendre qu'il n'y aurait jamais rien entre eux et qu'il n'éprouvait que du mépris à son égard (mépris qui ne semblait pas être partagé par sa queue, mais Harry devait reconnaître que même si cela était chose difficile à leur âge, il était de ceux qui pensait que le cerveau et/ou le cœur devaient rester maître de la situation et du corps). Mais d'autre part, il s'en voulait terriblement de l'avoir agressé physiquement (après que Benedikt s'en soit pris à lui) et surtout de lui avoir dit d'aller mourir. Il voulait détester Drago ; il n'y arrivait pas. Et même s'il lui en avait voulu durant très longtemps – détesté même – il ne lui voulait pas de mal. Il avait voulu lui causer une blessure aussi profonde que celle qu'il ressentait en lui à cause de lui, mais cela n'était pas bien. Il devait juste accepter de renoncer à lui, de faire marche arrière et de l'oublier.

Après tout, peut-être ne ressentait-il ça que parce que Drago avait été le premier à éveiller un tel sentiment en lui, un tel feu au plus profond de son être ? Le seul baiser qu'il avait échangé avant Drago était avec Cho, et Cho était une fille, une fille qui pleurait alors le garçon qu'elle aimait. Évidemment que ce baiser n'avait rien eu d'un feu d'artifice tonitruant !

Mais cela ne répondait pas à sa question. Il devait oublier Drago, cela était une évidence, Drago devait redevenir Malefoy, et Malefoy redevenir un ennemi voire un étranger. Mais devait-il lui présenter ses excuses ? Probablement pas… Il imaginait bien la scène : lui venu présenter ses excuses, un mot en entraînant un autre, deux prises de bec et trois crachats de venin plus tard… un champ de bataille inévitable. Autant laisser les choses telles quelles : Harry choisissant de tuer ses sentiments, et Malefoy oubliant ce qui aurait pu prendre vie.

À la fin du repas, Harry constata – avec un pincement au cœur – que Malefoy n'était pas venu manger et oublia complètement qu'il avait promis de voir Benedikt le soir même.

Je suis désolé. Est-ce qu'on peut se voir, s'il te plaît ? fut la note que lui apporta Karl, le Grand Duc de Benedikt le lendemain matin.

Harry jura en se rappelant qu'il avait oublié son « rendez-vous » avec le garçon la veille. Il avait tant été obnubilé par l'idée d'oublier Malefoy, qu'il avait complètement oublié le Poufsouffle. Il s'en voulait terriblement. Benedikt était un très gentil garçon ; il avait le sourire aux lèvres et le rire facile. Il se sentait bien en sa compagnie : pas de prise de tête, que de bons moments. À lui aussi, il devait des excuses.

Il attrapa un parchemin et gribouilla une réponse à la hâte qu'il remit à Karl. Avec plaisir. Je serai sur le terrain de Quidditch. Cela faisait quelques jours qu'il ne s'était pas entraîné, et cela lui ferait le plus grand bien, même s'il s'était mis à pleuvoir depuis quelques heures. Voler sous la pluie ne l'avait jamais dérangé, et Benedikt pourrait user d'un sort de protection dans les gradins le temps qu'il le rejoigne.

Il s'habilla prestement, mis ses protections et dévala les escaliers de la Salle Commune à toute vitesse.

— Où est-ce que tu vas d'un pas aussi pressé par un temps aussi pourri ? l'interpella Ron, dont les genoux étaient occupés par Hermione, dont les propres genoux croulaient sous une bonne tonne et demie de livres.

— Je vais m'entraîner un peu.

Ron haussa les sourcils, montrant d'un signe de la tête la pluie qui battait contre les fenêtres de la Tour des Gryffondor. Harry se contenta de hausser les épaules.

— Tu veux que je vienne avec toi ? proposa Ron.

— Tu veux que je te réduise en bouillie ? intervint Hermione du tac-au-tac, qui ne semblait pas prête à bouger.

— Je proposais parce que je suis un bon ami et que c'est nul de s'entraîner tout seul, se justifia-t-il.

— Je disais juste cela parce que c'est nul de se rouler des pelles tout seul et que tu es un petit ami encore plus nul, le contra-t-elle.

Harry explosa de rire. Comme ça faisait du bien de les voir se chamailler et se chercher gentiment.

— C'est bon les tourtereaux, commenta-t-il. De toute façon, je ne serai pas seul.

— Oh, oh ! le taquina Ron.

— Ah, ah ! s'exclama Hermione.

— Hi, Hi, Hi ! s'amusèrent quelques filles, qui furent rapidement imitées par certains des garçons présents.

Harry rougit comme une pivoine et sortit de la salle en trombe. Il prit quelques tartines à la hâte, un jus de citrouille et s'envola sans tarder vers le stade de Quidditch.

La pluie tombait drue mais il ne faisait pas froid, Harry fit quelques tours pour s'échauffer. Les tours se suivaient, semblables les uns aux autres, son rythme était régulier, son souffle était égal ; il se laissa porter par son balai. Il ferma les yeux et savoura la caresse du vent sur son visage, les taquineries des petites gouttes contre sa peau. Il était dans son élément. Il se sentait bien. Son esprit était enfin en harmonie avec son corps.

Puis, il braqua violemment son balai, manquant de peu de percuter avec fracas quelque chose ou plutôt… quelqu'un. Mais quel était cet imbécile qui volait à contresens par un temps de dragons qui pissent ?!

— Potter ! hoqueta la voix.

— Malefoy ! grommela-t-il en retour, les mâchoires serrées.

Malefoy était blanc comme un linge et le regardait comme s'il venait de lui asséner un coup. Harry déglutit péniblement au seul souvenir de la gifle qu'il lui avait mise.

Puis, ils se regardèrent dans le blanc des yeux, la pluie battant autour d'eux comme le sang battait nerveusement à ses tempes. Ils n'avaient plus rien à se dire. Pas même des insultes. Il n'y avait plus rien entre eux, lui sembla-t-il, plus même cette haine… Tout avait crevé. Sauf le gros abcès. Le temps sembla se figer, mais la pluie, elle, continuait à tomber. Peut-être essayait-elle d'effacer tout ce qui avait été ?

— Harry ? HARRY !

Harry sursauta en entendant quelqu'un l'appeler. Il se retourna vers les tribunes de Gryffondor où Benedikt l'attendait. Encore une fois, Malefoy lui avait fait tout oublier. Il soupira. Son emblème n'aura pas dû être le griffon mais la girouette. Malefoy aurait pu lui faire tourner la tête comme bon lui semblait s'il l'avait voulu, et, heureusement peut-être, qu'il n'avait pas compris l'emprise qu'il avait sur lui. Cela aurait pu lui être très préjudiciable, une tragédie. Les insultes de Malefoy, il pouvait faire avec ; mais un mot doux de sa part aurait pu être ravageur. Mais grâce soit faite au monde des sorciers, Harry Potter dégoûtait suffisamment Drago Malefoy pour que ce dernier ne daigne pas même user de cet avantage.

— Harry ? l'interpella de nouveau Benedikt.

Il posa de nouveau les yeux sur le Poufsouffle qui semblait inquiet, avant de fixer à nouveau Malefoy. Il devait l'oublier. Un sourire en coin apparut soudainement sur ce visage qui n'avait été qu'incertitude jusqu'alors. Malefoy avait repris le dessus.

— Ton mignon s'impatiente, Potter, le railla-t-il d'un air dégoûté. Tu ne devrais pas tarder, pas sûr que tu en trouves un autre consentant de sitôt.

Harry secoua la tête tristement avant de renâcler comme un cheval blasé par un cavalier inexpérimenté. Qu'avait-il attendu de Malefoy exactement ?

— Qu'est-ce qu'il y a Malefoy ? Homophobe en plus d'être raciste ? lâcha-t-il. Si mes histoires de cœur te dégoûtent, personne ne t'oblige à regarder. Retourne voir ta petite amie et profite d'elle avant qu'elle n'ouvre les yeux un jour et voie qui tu es vraiment.

Sur ces mots – bien décidé à ce qu'ils soient les derniers – il lui tourna le dos.

Quand il rejoignit Benedikt dans les tribunes, celui-ci avait les sourcils froncés. Il n'avait pas l'air fâché, mais plutôt inquiet.

— Qu'est-ce qui ne va pas ? demanda-t-il, son instinct protecteur prenant le dessus.

— Rien, tenta-t-il de sourire. C'est juste que… Malefoy est un vrai serpent.

— Eh bien, on ne pourra pas dire que le Choixpeau ne fait pas bien son travail, répondit Harry en tendant d'alléger l'atmosphère et surtout de changer le cours de la conversation.

— Je ne l'aime pas.

— Qui l'aime, hein ?

Le commentaire d'Harry tomba à plat et sa gorge se noua sous l'assaut de l'énorme boule qui y avait élu domicile. Il déglutit péniblement et se mit à piétiner. Pourquoi faut-il toujours que je l'ouvre et que je mette les pieds dans le plat quand je suis mal à l'aise ?! Et pourquoi je suis mal à l'aise ? Je n'ai rien fait de mal !

— Certaines filles, répondit Benedikt, en haussant les épaules. Trop de filles, si tu veux mon avis. Apparemment, il faut être gay pour avoir bon goût en la matière.

Les yeux clairs de Benedikt cherchèrent ceux d'Harry comme pour lui faire comprendre quelque chose. Ce dernier cessa de se dandiner et ouvrit des yeux grands comme des saucières. Il parle de moi ? Mince, il parle vraiment de moi. Il me drague ! Il attend quelque chose en retour ? Il attend quelque chose en retour !

— Qu'est-ce qu'il voulait ? reprit Benedikt.

Les neurones d'Harry mirent quelques instants à se reconnecter, et il ânonna un « Hein ? » fort peu glorieux.

— Malefoy, qu'est-ce qu'il te voulait ? Il te cherchait encore des noises ? grommela-t-il.

— Ne t'inquiète pas, il me cherche depuis que j'ai mis un pied à Poudlard. J'ai l'habitude, ça ne me fait plus rien. Son venin ne peut pas m'atteindre.

Espèce de gros menteur ! pesta-t-il contre lui-même. Malefoy te connaît tellement bien qu'il parvient à te mettre hors de toi en à peine deux mots ! Les mâchoires de Benedikt se crispèrent comme s'il avait pu voir clair au travers de son mensonge. Lui qui d'habitude était si calme, semblait vraiment agacé et agité. Malefoy rendait apparemment tout le monde fou.

— Oui, eh bien, s'il continue à te chercher des noises, c'est moi qu'il va trouver !

— Je crois qu'il t'a déjà trouvé, non ? soupira Harry, pas vraiment ravi d'être contraint de parler de Malefoy alors qu'il avait décidé d'oublier jusqu'à son existence.

Benedikt se décomposa, et ses joues s'empourprèrent.

— Je… Harry… Je voulais m'excuser pour cela… baragouina-t-il en rougissant. Je sais que tu m'en veux de l'avoir défié à Pré-au-lard et de m'être comporté comme un gros rustre… C'est juste qu'il te parlait si mal… Et tu ne mérites pas ça… Mais… Quand même… J'ai vraiment honte de moi ! D'habitude, je ne suis pas comme ça… Mais, je n'aime pas quand on s'en prend gratuitement à quelqu'un, et surtout pas à toi parce que…

Le cœur d'Harry se mit à battre à tout rompre dans sa poitrine. Non… Benedikt n'allait quand même pas… Ils se connaissaient à peine !

— …parce que ? ses lèvres murmurèrent malgré lui, invitant le pas-si-timide Poufsouffle à continuer.

Ils s'étaient rapprochés malgré eux, et les yeux de Benedikt parcouraient son visage comme pour y trouver la réponse qu'il n'avait pas posée. Harry se sentit rougir. Pourquoi faisait-il cela ? Pourquoi poussait-il ce si gentil garçon, qui avait été adorable et gentil avec lui dès leur premier rendez-vous, à lui déclarer sa flamme ? Pourquoi faisait-il quelque chose d'aussi cruel alors qu'il ne partageait pas ses sentiments. Était-ce parce qu'il avait besoin que quelqu'un se soucie de lui ? Que quelqu'un veuille de lui ? Ait envie de lui ? Peut-être bien. C'était mal. Sûrement. Mais, en cet instant, il avait tout autant besoin d'entendre ces mots que de respirer.

— Parce que… je t'aime bien, murmura Benedikt en se mordillant les lèvres, plus rouge encore, sa main attrapant celle de Harry, et son pouce caressant doucement ses phalanges trempées. Plus que bien, en fait.

Harry sourit. De manière tout à fait inattendue, des papillons s'étaient mis à virevolter dans son estomac. La confession de Benedikt ne le laissait pas indifférent – c'était un miracle – tout comme ses lèvres ne le laissèrent pas de marbre quand elles se posèrent avec référence sur sa joue.

Leurs visages étaient si proches. Benedikt ne s'était pas reculé et caressait doucement sa joue de son nez. Harry frissonna sous la douce attention. Cela lui rappela les premiers moments qu'il avait passés dans le placard, ces instants où les mains et les lèvres de son inconnu avaient été hésitantes. Il ferma les yeux et tenta de chasser le fantôme de ces caresses de son esprit. Malefoy n'était pas là et ne voudrait jamais de lui, il n'était que cruauté et froideur ; Benedikt, lui, qui était bonté et chaleur, était là, auprès de lui, et il le désirait.

Il ne voulait plus réfléchir, plus souffrir. Doucement, presque malgré lui, ses mains se posèrent sur le corps de Benedikt. Il avait des épaules larges, lui aussi, un cou élancé que ses doigts parcourent légers comme les ailes d'un Vif d'Or avant de venir se nouer dans sa chevelure. Plus fermement qu'il ne s'en serait jamais cru capable, il dirigea le visage de Benedikt vers le sien et emprisonna sa bouche entre ses lèvres.

Un gémissement étouffé résonna à ses oreilles. Une mélodie si douce pour ses sens.

Les mains de Benedikt se nouèrent autour de sa taille et leurs deux corps se planquèrent l'un contre l'autre. Ce baiser était affamé, car Harry avait faim d'attention. Cette étreinte était désespérée, car Harry désespérait de se rattacher à quelque chose, à quelqu'un. Entre ces bras chauds et accueillants, Harry espérait de tout son cœur trouver son âme-sœur, son autre. Au cœur de ce cocon, assaillit par ces lèvres enflammées, cette langue quémandeuse, il oubliait pourquoi il s'était jeté dans les bras du Poufsouffle, il oubliait le rejet, la souffrance, il l'oubliait lui.

Avec Benedikt, il pourrait oublier Malefoy. Car, même sous la pluie battante, le feu d'artifice éclata.