Tour d' abord, je m'excuse pour le retard de ce chapitre. J'ai eu beaucoup de choses à penser (un prochain déménagement et les formalités administratives subséquentes). Je ne vous embête pas plus et je vous souhaite une bonne lecture en n'oubliant pas bien sûr de remercier tous mes lecteurs. J'aurai voulu vous livrer un chapitre un peu plus long mais cela s'est avéré impossible.

Chapitre 7

Lorsqu'il se réveilla, Akira ressentit quelques légers élancements au crâne dus à l'alcool qu'il avait ingéré la veille. Il dégagea le plus délicatement possible ses bras autour de la taille de sa fiancée. Il s'assit au bout du lit, contemplant longuement la silhouette endormie à quelques mètres de lui, son regard glissant sur sa taille svelte, sur les jambes galbées qui dépassaient du drap, se ravissant de la blancheur de sa peau. Il avait parcouru de nombreuses heures la nuit dernière ce corps de ses mains et de ses lèvres, avec une passion retenue, à la manière dont il aurait touché un trésor extrêmement fragile, se surprenant lui-même car n'ayant pas crû être capable d'une telle patience. Il lui avait toujours semblé que l'amour et son expression physique ne pouvaient être que passionnés, torrides parfois même violents de la même manière que le combat qu'il menait à chaque partie de go. Cette nuit, bien qu'elle ait été superbe, lui laissait donc un léger goût d'amertume alors même que leurs corps avaient su parfaitement se fondre l'un dans l'autre. Il se sentait d'une certaine manière coupable de ne pas encore aimer pleinement la jeune femme qu'il allait épouser.

En revanche, il ne faisait aucun doute qu'Asumi avait fait preuve d'un réel abandon dans ses bras. Même sans aucun mot ne soit prononcé, le joueur de go était capable de dire que sa jeune fiancée était réellement éprise de lui. Sentant qu'il serait injuste qu'un tel sentiment ne trouve pas de réciprocité, il ne pouvait qu'espérer qu'avec le temps, l'attachement qu'il pouvait éprouver à son égard puisse se transformer en un sentiment plus profond.

Secouant la tête pour chasser ces pensées moroses, il reporta de nouveau son regard sur le visage de sa fiancée. L'expression d'Asumi était tellement sereine qu'elle lui arracha un sourire. Il ne servait à rien de s'inquiéter de tout cela se dit-il. Il était un homme de parole et il s'était engagé à épouser la jeune femme et à la rendre heureuse. Il ferait donc tout ce qui était en son pouvoir pour que cet engagement devienne réalité. Se levant après avoir déposé un rapide baiser sur la joue de la jeune femme, il prit le chemin de la cuisine afin de préparer le petit-déjeuner.

L'odeur de pain grillé qui flotta jusqu'aux narines de la jeune institutrice la réveilla. S'étira voluptueusement, elle sourit doucement en voyant Akira s'avancer en portant un plateau.

Il lui fallait encore résister à la tentation de se pincer afin de s'assurer qu'elle ne vivait pas un rêve. Elle, qui durant toute sa période d'Insei, avait admiré du jeune homme dont le talent n'était plus un secret malgré le fait qu'il n'ait pas encore intégré le monde des professionnels avait encore du mal à croire qu'il lui était promis. Elle déposa un chaste baiser sur ses lèvres en guise de remerciement pour le petit-déjeuner. Sitôt après l'avoir terminé et mis le plateau de côté, Asumi fit s'allonger Akira tout en ravissant ses lèvres et en parcourant de ses mains son torse. Ce n'était pas souvent que le jeune joueur de go était disponible, elle était bien décidée à profiter au maximum de sa présence.


Pestant contre son réveil qui n'avait pas sonné, Hikaru sautillait sur une jambe, tentant d'enfiler un pantalon avec une main tout en se brossant les dents de l'autre. Voyant les minutes s'égrener alors qu'il avait déjà plus d'une demi-heure de retard, il n'aurait sans doute pas le temps de prendre son petit-déjeuner. Courant dans les escaliers et manquant de se casser la figure en manquant une marche dans sa précipitation, il eut tout juste le temps de lancer un au-revoir tonitruant à sa mère et Sai se trouvant dans le salon avant de partir.

Il avait quelques joueurs à interroger aujourd'hui et Amano-sensei lui avait recommandé de faire la connaissance des meilleurs joueurs actuels le plus rapidement possible. Prenant le planning des parties dans son cas tandis qu'il s'asseyait dans le métro, il jeta un coup d'œil à ceux qu'il allait rencontrer dans quelques minutes. Un certain Waya Yoshikata (2 dan) affrontait un professionnel ayant 6 dan, un certain Matsunaga, qui lui avait perdu contre Tôya Akira. De même, un joueur étant devenu pro récemment bien qu'il soit un plus âgé que beaucoup d'autres professionnels, Isumi Shinichiro affrontait un joueur très talentueux, Kurata. Il y avait pas mal d'autres matches mais Amano-sensei lui avait demandé de s'intéresser particulièrement à ces deux parties dans lesquelles étaient révélés de jeunes talents.

Or, la partie opposant Waya et Matsunaga avait déjà commencé depuis 15 min remarqua-t-il en consultant sa montre. Haussant les épaules avec nonchalance, son œil fut attiré par le nom d'Akira. Si Waya-san gagnait sa partie, il se retrouverait face au fils du Meijin le lendemain.

A l'entente de son arrêt, il se précipita à l'extérieur et courut jusqu'à l'institut de go. Se déchaussant rapidement, il accéda à la salle dans laquelle on pouvait reconstituer les parties en cours. Le jeune Waya se défendait plutôt bien face à un joueur aussi expérimenté que son adversaire mais d'après Hikaru, son jeu manquait d'inventivité, d'imprévisibilité le rendant assez facilement lisible. Jetant un coup d'œil sur la partie d'Isumi-san et de Kurata-san, il s'aperçut rapidement que le niveau de la partie était tout autre tant le niveau des deux joueurs était bon. Kurata-san semblait tout de même un cran au-dessus que son opposant mais cela était assez normal. Isumi-san venait juste de devenir pro, Kurata-san avait plus d'expérience que lui des matches officiels.

Continuant à suivre la progression des parties des joueurs, Hikaru ne se rendit compte de l'heure que lorsque l'on annonça la pause déjeuner et que son estomac lui rappela qu'il n'avait pas mangé depuis la veille. La partie de Waya-san était presque terminée et Hikaru doutait qu'il parvienne à remonter ses quelques points d'écarts avant le yose. Quant à Isumi, la bataille n'était pas encore perdue, il talonnait son adversaire mais sans nul doute que Kurata ne se laisserait pas facilement rattraper.

Reprenant ses chaussures pour aller se chercher à manger, il fut surpris de se retrouver derrière Isumi-san et Waya-san. Restant discret et ralentissant ses pas, il eut un hoquet de surprise en les voyant rentrer dans le restaurant de ramen qu'il fréquentait régulièrement. Ne voulant pas être aperçu d'eux, il s'assit au coin de la pièce mais vu le peu de monde qu'il y avait dans le restaurant et la voix sonore du châtain, il ne ratait pas une miette de leur conversation.

« On dirait que je ne vais pas avoir à affronter Tôya ! » s'exclama Waya après avoir englouti une bonne partie de ses nouilles. A son ton, Hikaru ne pouvait dire si le jeune homme était soulagé ou contrarié par cette nouvelle.

Isumi n'eut qu'un léger sourire en réponse. Tout le monde savait combien Waya détestait le fils du Meijin et à chacune de leurs conversations, il ne manquait pas de le rappeler.

« J'imagine que tu sais pour ses fiançailles avec Nase ? Tous les journaux en parlent » demanda Waya sans parvenir à dissimuler un certain dégoût dans sa voix. « Pff, je ne vois vraiment pas qu'est ce qu'elle lui trouve ! Si ça se trouve, elle n'est qu'une couverture destinée à cacher le fait qu'il est homosexuel ! Tu ne vas pas me dire qu'un mec qui porte sans cesse un horrible costume violet, qui a une coiffure aussi féminine et qui est si maniéré est net ? »

« Ce ne sont pas des choses à dire Waya » ! Le réprimanda sèchement Isumi. Hikaru vit avec plaisir le châtain se rapetisser sur sa chaise face au regard lourd de reproches de son ami.

Délaissant leur conversation, le journaliste se remémora le délicieux rougissement qui était apparu sur les joues du fils du Meijin lors de l'une de leurs conversations. Il était vrai que le jeune homme avait une allure assez androgyne et que ses choix de vêtements ne faisaient que la souligner. Or l'apparente fragilité se révélait n'être qu'une façade dès lors qu'on abordait le brun. Ses yeux remplis de détermination, son jeu et ses mots acérés en faisaient trembler plus d'un : de tels contrastes étaient on ne peut plus détonants. Sans nul doute qu'il devait apparaître attirant autant à la gente féminine que masculine.

Voyant le cours que prenaient ses pensées, Hikaru se dandina sur sa chaise. S'il voulait se montrer un peu objectif, il lui fallait admettre qu'il commençait à s'intéresser beaucoup trop au brun et à attendre impatiemment de disputer chacune des parties que le brun pouvait planifier. D'une certaine manière, il se sentait attiré par le brun sans savoir si cette attirance était d'ordre physique ou non. Akira Tôya lui semblait intrigant, intéressant, non seulement du fait de son talent mais aussi de sa personnalité. De plus, il constituait une sorte d'atout pour pouvoir atteindre Tôya-Meijin et permettre au vœu de Sai de se réaliser. »

« Oui Sai est la seule personne qui compte et qui comptera toujours en premier lieu à mes yeux. » se dit-il fermement.

Revenant à son bol de ramen, et n'entendant plus la voix du châtain, il remarqua que les deux joueurs étaient partis. Avisant l'heure, il l'engloutit en vitesse, paya sa commande et sortit du restaurant.

Comme prévu initialement, Waya finit par abandonner. Il se présenta à lui alors qu'il sortait de la grande salle. Les yeux acajou du jeune homme le fixèrent avec suspicion.

« Vous n'étiez pas dans le restaurant de ramen, ce midi, assis dans un coin ? » lui demanda-t-il tout en lui suivant dans une salle vide.

Déglutissant avec difficulté en prenant conscience que ses efforts de discrétion avaient largement échoué, Hikaru opina du chef. S'attendant presque à ce que le jeune homme lui demande s'il n'était pas en train de l'espionner (ce qu'il n'avait pas réellement fait mais qui s'en approchait tout de même), il fut surpris lorsque ce dernier s'assit, les mains croisés derrière la tête en s'exclamant combien le monde était petit.

« Tutoyez-moi, je dirai qu'on n'est pas loin d'avoir le même âge, si vous me vouvoyez, j'aurai l'impression d'être aussi vieux que Kuwabara-sensei ! Puis, je ne veux pas paraitre aussi guindé et pète-sec que certains autres. »

Souriant largement en comprenant que Waya faisait surtout référence à un joueur en particulier, Hikaru se dit qu'il lui apparaissait tout de même assez sympathique.

« Tutoyez-moi aussi dans ce cas Waya-san. Permettez… je veux dire permets-moi de te féliciter pour ta partie d'aujourd'hui ! Matsumana-san est un adversaire coriace et tu n'as aucunement démérité ».

Le regard de Waya se voila et il remercia son interlocuteur pour ses compliments sans trop de conviction. Hikaru se demanda ce qu'il avait dit de mal et le châtain lui fournit la réponse aussitôt.

« Je ne comprends pas comment ce mec a réussi à le battre » murmura-t-il, presque dépité mais avec tout le mépris dont il était capable. Bien que ses paroles aient été proférées à voix basse, Hikaru parvint tout de même à les saisir.

« Vous…Sans vouloir te donner de leçon, tu me sembles bien trop fixé sur Akira Tôya. » dit calmement le semi-brun.

Le rire qui s'échappa de la bouche de Waya à l'entente de ces mots était loin d'exprimer une quelconque joie.

« On me l'a déjà assez souvent dit mais je n'y peux rien. Ce gars me sort par les yeux » déclara-t-il en haussant les épaules.

« Pourquoi cela ? » demanda Hikaru avec un réel intérêt.

« Ce n'est pas évident ? Sa manière d'être, de parler, de te regarder avec mépris lors d'une partie, te faisant ressentir combien il t'est supérieur, tout cela ne peut que susciter de l'animosité. »

A vrai dire, Hikaru constatait surtout que le châtain nourrissait un véritable complexe d'infériorité par apport au brun en plus d'être jaloux de son talent. Il y avait néanmoins un moyen d'arranger cela.

« T'a-t-il déjà semblé qu'il se comportait différemment avec quiconque ? »

-Non bien sûr que non, il est bien trop certain de valoir beaucoup mieux que nous tous » cracha le châtain.

Hikaru ne put s'empêcher de sourire en se disant qu'il avait devant lui, une réplique de son caractère lorsqu'il était plus jeune, avant que l'accident de Sai ne bouleverse sa vie et le fasse mûrir précipitamment.

« Qu'est ce qui te fait sourire ? » demanda brutalement Waya, légèrement froissé que le journaliste se moque de lui.

« Je ne me moque pas de toi et je crois comprendre ce que tu peux ressentir. Seulement, je crois que tu as une interprétation erronée et restrictive des choses. Tôya-san ne pense qu'au go. Ce que tu prends comme tu mépris n'est en fait que l'expression de son esprit combatif. Essaye seulement de l'imaginer autrement et dis-moi avec sincérité si tu n'aurais pas l'impression qu'il ne te prend pas au sérieux comme adversaire. »

Les yeux de Waya s'arrondirent sous le choc de la réalisation faisant sourire Hikaru de plus belle.

« Tu es quoi ? Un foutu psy en plus d'être journaliste ? » Demanda avec sérieux le châtain.

Hikaru se mit à rire, en secouant la tête.

« Non, j'ai juste déjà eu l'occasion de voir jouer un autre joueur tel que Tôya-san dont le mot « mépris » est complètement absent de son vocabulaire.

-Et il joue en tant que pro ?

-Non, il est amateur, tu ne le connais pas. Je sais juste que lorsqu'il affronte sérieusement un adversaire, il est capable de dégager une aura comme celle de Tôya-san. » Comme il l'avait prévu, sentant qu'il ne voulait pas aller plus loin, Waya ne posa pas plus de questions.

Hikaru commença alors son interview, demandant le sentiment du joueur sur l'évolution du monde du go et l'arrivée de très bons et jeunes joueurs. Ayant terminé de poser ses questions, ils se levèrent et se serrèrent la main.

Avant de prendre congé, Waya assura au jeune journaliste que ce serait un plaisir pour lui de jouer une partie avec lui. Ouvrant de grands yeux en se demandant comment le jeune homme pouvait bien savoir qu'il jouait aussi au go, il le remercia d'un sourire et revint dans la salle où il apprit que le match opposant Kurata et Isumi venait de se terminer sur la victoire de Kurata.