Chapitre 9
Un nouveau chapitre dont je ne suis pas totalement satisfaite. Merci encore pour tous vos commentaires et pour avoir ajouté cette fic en favorite. Il n'y a pas beaucoup d'action, surtout beaucoup d'introspection des personnages principaux et j'espère que tout ça est cohérent psychologiquement parlant^^. Bon là encore, il y a un cliffhanger à la fin !
A Petite Emeraude : je te remercie pour ta review. Je me permets de te répondre ici puisque j'ai oublié de le faire par MP. J'espère que cette suite te plaira!
Tout le corps d'Hikaru se figea tandis que ses yeux s'arrondissaient de stupeur. « Être sous le choc » était certainement une expression adéquate pour décrire l'état physique dans lequel il se trouvait mais elle n'était pas à même pour faire état des milles émotions qui le traversèrent à l'instant où les mots prononcés par le brun atteignirent sa conscience. Incompréhension, étonnement, gêne à la fois teintée d'une légère fierté mais le sentiment le plus fort qui l'animait était la peur. Peur de ce que pouvait impliquer une telle déclaration tant pour le jeune homme qui lui faisait face et qui était fiancé que pour lui-même qui ne pouvait imaginer ce qu'il pourrait se passer s'il acceptait de recevoir l'amour du brun. Quitterait-il sa jeune fiancée pour être avec lui alors même que leur mariage était espéré par de nombreuses personnes ? La notoriété du joueur de go ne serait-elle pas un danger pour sa famille ?
Imaginer ces situations commençait déjà à affecter sa conscience et pourtant, il ne faisait pour l'instant que les imaginer. La situation lui échappait et il détestait être en manque de contrôle. Un ressentiment soudain envers le brun le submergea et il se mit à regretter amèrement de ne pas avoir suivi sa première idée d'éviter de le rencontrer aujourd'hui. Le jeune homme avait tout ce qu'il lui fallait pour être heureux : une carrière, la stabilité financière, il allait bientôt avoir la possibilité de fonder son propre foyer et il allait « foutre tout ça en l'air » ? Grand bien lui fasse si Tôya Oza voulait risquer sa réputation et son avenir mais il n'avait pas à l'impliquer ni encore sa famille dans sa chute.
Secouant la tête, en voulant chasser ces pensées absurdes de son esprit, il posa les paumes de ses mains sur le rebord de la table avec la ferme intention de partir, submergé par une impérieuse nécessité de prendre la fuite et de réfléchir à tout cela plus au calme. Akira Tôya n'avait pas prononcé le moindre mot depuis qu'il avait lâché sa « bombe », ayant préféré garder la tête baissée, patientant jusqu'à ce que le semi-blond réagisse mais Hikaru pouvait parfaitement sentir que le brun l'observait de manière détournée.
Hikaru ne pouvait néanmoins partir sans dire un mot, surtout après avoir croisé le regard perdu de Tôya qui avait relevé la tête en entendant la chaise être reculée. Le semi-brun chercha à adresser au joueur de go un sourire contrit mais ne parvint à esquisser qu'une vague grimace. Murmurant un faible « merci pour la partie et à bientôt », Hikaru sortit rapidement du salon après avoir récupéré ses affaires sous l'œil effaré d'Ishikawa-san.
Prenant un grand bol d'air frais, Hikaru se sentit soulagé de ne plus être en présence du jeune professionnel en go même s'il ne doutait pas qu'en fermant ses paupières, il pourrait voir y derrière l'image ravivée d'un Tôya troublé, confessant son amour pour lui. Sentant une vague de culpabilité en repensant à l'expression hagarde et aux mots que le brun avait prononcés avant la partie, le semi-blond ne parvint pas à réprimer un long soupir.
L'ancien étudiant en médecine n'avait guère eu le temps d'avoir d'expériences amoureuses. Il avait bien trop occupé à devenir un étudiant modèle après l'accident de Saiki. Toute son attention, tout l'amour qu'il était capable d'éprouver avait été consacré à une seule personne : son frère.
Certes, cela ne voulait pas dire qu'il ignorait complètement ce que cela pouvait être d'avoir des sentiments amoureux pour une personne. Le béguin qu'Akari avait eu pour lui dans leurs années d'adolescence lui avait bien fait comprendre à quel point l'amour était un sentiment à la fois merveilleux mais destructeur. Lorsqu'il n'avait pas été capable de lui retourner ses sentiments, la jeune fille en avait été énormément blessée, s'abstenant de lui adresser la parole pendant des mois avant de se résigner à accepter qu'elle ne serait jamais plus qu'une amie très chère à ses yeux. Il leur avait fallu beaucoup de temps pour regagner leur complicité d'avant et encore même aujourd'hui, il lui arrivait de se rendre compte que leur relation n'était plus du tout la même. A la manière dont Akari posait les yeux sur lui, à la façon dont la brune s'inquiétait constamment pour lui, il savait qu'il restait un résidu d'amour et d'espoir dans le cœur de la jeune femme à son égard, raison par ailleurs pour laquelle son actuel petit ami le détestait.
Tôya Akira était un jeune homme charmant, talentueux. Hikaru ressentait une très grande admiration pour le joueur de go et en était venu à apprécier également sa personnalité. Il le trouvait physiquement attirant mais il ne lui semblait pas ressentir à son égard la passion qui avait habité Akari quelques années plus tôt.
Tôya Akira était resté prostré dans la même position depuis le départ du journaliste en herbe. Pourquoi avait-il été aussi stupide ? Il était un homme fiancé et il venait de se déclarer à un autre homme.
Après la nuit passée avec Asumi, un sentiment de dégoût envers lui-même ne l'avait plus quitté après être parti de chez la jeune fille. Et il en connaissait parfaitement l'origine.
Les craintes qu'il avait eues dès le début de leur relation s'étaient concrétisées. Le vide habitant son cœur qu'il continuait de ressentir même après qu'il se soit uni maintes fois de la plus intime des manières à la jeune institutrice lui donnait la sensation d'être un imposteur hypocrite. Il ne méritait pas l'amour d'Asumi Nase, ni le respect et la confiance que ses parents avaient mis en lui.
Il s'était posé la question d'un tel manque de réaction de sa part qui n'avait fait que s'accentuer avec le temps. Il était bien conscient qu'il n'était pas quelqu'un de très chaleureux au départ. Beaucoup de ses camarades lui avaient toujours reproché son impassibilité et son apparente froideur. Asumi avait su l'attendrir, le faire sourire plusieurs fois, elle avait su susciter sa tendresse mais elle n'avait pas fait battre son cœur comme il l'avait espéré.
Il appréciait sa gentillesse, sa dévotion, son intelligence mais il n'en était pas amoureux. Elle ne parvenait pas à susciter en lui les flammes de la passion. Et cette réalité avait commencé à se faire sentir dès le moment où il avait rencontré Hikaru Shindô.
Dès leur première rencontre, le journaliste en herbe avait réussi à l'énerver, à l'intéresser comme jamais personne n'y était parvenu avant lui. Il avait fait émerger chez lui des aspects de sa personnalité contre lesquels il avait toujours lutté : un certain égoïsme nourri par une obstination sans failles couplé à un manque de scrupules.
Le jeune professionnel n'avait pas compris dès le début que l'intérêt et l'admiration pour le jeu du journaliste s'étaient mués en un sentiment plus fort. Cette vérité s'était révélée à lui quelques instants plus tôt, lorsqu'en proie à des sentiments négatifs comme le dégoût envers lui-même, le sentiment d'être prisonnier d'une situation implacable, la seule chose dont il avait eu envie était de voir le semi-blond et de pouvoir jouer contre lui.
C'était la raison pour laquelle il s'était rendu à son salon, en espérant que le journaliste y vienne. Il avait longuement patienté, scrutant l'horloge murale à chaque minute et lorsqu'il avait vu qu'il était presque 18h, il s'était senti tellement déçu, renonçant à tout espoir de voir le jeune blond. Et lorsqu'il l'avait entendu lui demander ce qui n'allait pas, son cœur avait manqué un battement et il avait béni les cieux de ne pas s'être mis à rougir comme une midinette.
Les paroles prononcées par Hikaru sur le go n'avaient fait que lui confirmer la nature de ses sentiments envers lui. Jamais personne n'avait semblé partager un amour de ce jeu aussi semblable au sien. Il lui était apparu alors que non seulement il était amoureux du jeune homme mais qu'ensemble, ils parviendraient certainement à atteindre la Main de Dieu.
Seulement, pour cela, il ne faudrait pas que le jeune homme le fuie à cause de sa déclaration. Hikaru lui avait dit à bientôt, c'est qu'il comptait revenir, n'est-ce pas ?
Arrivé chez lui, Hikaru se rendit rapidement dans sa chambre en seulement ayant salué d'un vague geste de la main sa mère et son frère. Se laissant tomber dans son lit, il ferma les yeux et se releva soudainement en se rappelant l'invitation que lui avait adressée la fiancée de Tôya. A présent, il était plus que certain qu'il trouverait une quelconque excuse pour ne pas y aller.
Il sursauta lorsqu'il entendit quelqu'un toquer à sa porte.
« Hikaru, tu ne te sens pas bien ? » demanda sa mère à travers la porte.
Le semi-blond invita sa mère à entrer et chercha à la rassurer en lui disant qu'il avait seulement eu une journée difficile.
« Je vais prendre un bain et je vous rejoins au salon. »
Se relaxant dans la baignoire, Hikaru réfléchit à la situation. Comment cet événement allait-il affecter sa relation avec le brun ? Pourrait-il tout de même l'amener à convaincre son père de jouer au Net go contre Sai s'il ne répondait à pas à ses sentiments ?
Il avait eu un aperçu de ce dont le brun était capable pour arriver à ses objectifs mais Hikaru ne le croyait pas assez abject pour lui faire du chantage affectif ou sexuel. Il laisserait quelques jours passer avant de se rendre de nouveau au salon du jeune homme.
Lorsqu'il redescendit, le sourire que lui adressa Saiki suffit à Hikaru pour chasser toutes ses inquiétudes. Ce dernier n'attendit pas longtemps avant de l'assommer de questions sur sa journée mais se réfréna en voyant Hikaru lui répondre du bout des lèvres.
Le semi-blond s'excusa pour son attitude et lui proposa de jouer une partie. Saiki fronça les sourcils tandis qu'Hikaru s'était levé pour aller chercher le jeu dans sa chambre, comprenant que quelque chose n'allait pas et qu'Hikaru cherchait à détourner son attention.
Après avoir battu son frère avec un écart de plus de quinze mokus, signe que le plus jeune n'était vraiment pas concentré sur la partie, Saiki soupira en pensant que cela faisait de nombreuses années que son petit frère ne lui faisait plus part de ses problèmes.
« Allez Hikaru, je vois bien que quelque chose te tracasse, tu sais que tu peux me parler de tout » dit Sai avec un léger sourire.
Malheureusement, le semi-blond était bien incapable de cacher quoique ce soit à son aîné s'il lui posait une question directement.
« Alors imaginons trois personnes : A, B et C. A détient quelque chose que B souhaite avoir mais que seul C peut lui procurer parce que C détient un moyen de pression contre A. Que doit faire C s'il souhaite faire plaisir à B mais qu'il sait qu'il peut nuire à A ? »
Saiki posa un doigt sur ses lèvres en réfléchissant.
« N'Y a-t-il aucun moyen pour que C obtienne ce qu'il veut de A sans lui faire de tort ? »
Hikaru songea aux mots que son frère aîné venaient de prononcer avant d'être alerté par la porte d'entrée s'ouvrant sur une silhouette qu'il eut aucun mal à reconnaître mais qu'il ne s'attendait pas à voir si tôt. Ce n'était décidément pas sa journée se dit-il en voyant sa mère se précipiter de la cuisine à la porte d'entrée pour embrasser celui qu'il ne considérait que comme son géniteur.
Seulement, il n'était pas seul. Un petit garçon avec une casquette était juste derrière lui.
Il se frotta la nuque en riant légèrement quand Mitsuko Shindô le regarda étonné. A ses traits, ce jeune garçon n'était pas japonais même s'il était asiatique.
« Je voulais acheter un petit cadeau à Hikaru et Saiki avec quelques économies sur ma dernière paye. J'ai été à un magasin qui vendait des gobans d'occasion et ce petit semblait avoir des problèmes avec le vendeur, l'accusant d'être un escroc. J'ai donc pris sa défense et comme il est étranger et qu'il comptait aller à l'hôtel, je me suis dit que je pourrais l'inviter ici, cela fera de la compagnie aux enfants ».
Hikaru serra les dents en souhaitant pouvoir étrangler son père. Il ne faisait aucun doute que cela ne plaisait que modérément à sa mère mais elle était mise au pied du mur.
Mitsuko s'avança en souriant vers le garçon qui bien qu'étant petit paraissait assez mûr.
« Sois le bienvenue chez nous…. »
« Suyon Hon…mon nom est Suyon Hon et merci à vous de m'accueillir chez vous » répondit le jeune coréen en japonais.
