Note de l'auteur : Je vous prie encore une fois de m'excuser pour le délai que je prends à udapter cette fanfic, il faut dire que jusqu'à présent, les mots semblaient presque jaillir de mon subconscient pour composer des chapitres et une histoire très différente de celle que j'avais au préalable imaginée, ce qui n'est pas sans poser de souci lorsque je me retrouve un peu plus à court d'inspiration ou que je me mets à réfléchir quant à l'orientation exacte à lui donner. Merci encore pour tous vos commentaires et à tous ceux qui me lisent tout simplement, je vous avouerai que votre soutien m'est précieux et me donne le courage et l'envie de continuer cette fic jusqu'au dénouement final. Sur ce, bonne lecture!

Chapitre 11

Le lendemain matin, Tôya se leva la bouche sèche, presque pâteuse, l'esprit encore embrumé par l'alcool mais malheureusement avec une conscience encore trop aiguë des événements de la veille.

Il s'était endormi dans le canapé, les vêtements à moitié défaits, les lèvres rougies par les morsures qu'il leur avait infligées pour retenir au préalable ses gémissements puis les longs sanglots qui avaient soulevé sa poitrine tandis qu'il se laissait aller à un désespoir qu'il n'aurait jamais cru pouvoir ressentir. Néanmoins, heureusement pour lui, l'alcool avait eu pour effet de le faire dormir d'un sommeil sans rêve. Il n'avait pas eu à se torturer davantage face à ce désir qu'il ressentait, presque chevillé au corps ni à s'appesantir sur le sentiment de culpabilité qui en résultait.

Passant une mèche dans ses cheveux rebelles, il soupira en laissant son regard se poser sur les débris de verre qui trônaient au coin du salon. Un sourire étira ses lèvres tandis qu'il contemplait avec un mélange de tristesse et de honte le résultat de son mauvais caractère.

Il avait toujours trouvé ironique que la plupart des personnes de son entourage, tant direct qu'immédiat, puisse le considérer comme un garçon de bonne famille, poli, au tempérament modéré, voire presque docile lorsqu'il s'agissait de respecter les traditions. D'une certaine manière, il avait cultivé cette personnalité lisse, sans défauts somme doute. Il l'avait fait dans l'intérêt de sa famille, parce que c'est ce que ses parents et ses proches attendaient de lui.

Peu de personnes avait cherché à voir la personnalité qui se cachait sous le masque. Seulement à quelques instants, dans certaines occasions, il pouvait laisser deviner ses pensées. Il lui était parfois difficile de contenir l'agacement ou le mépris qu'il pouvait ressentir envers certaines personnes ne respectant pas le go.

Ashiwara lui avait ainsi dit qu'il ne devrait pas gâcher son talent après qu'il ait donné une leçon de go pédagogique à un homme politique et ses conseillers, tous quasiment plus arrogants les uns que les autres. Il avait joué simultanément quatre parties et avait soldé chacune d'entre elles par une égalité, se refusant à perdre contre des personnes qui ne respectaient aucunement ce jeu ancestral.

Il était loin d'être sans défauts : il pouvait se montrer fier, orgueilleux, borné, manipulateur et parfois colérique ou capricieux. Il avait prouvé qu'à force de talent et de travail, il avait pu se hisser au meilleur niveau des jours actuels et cela, tout en poursuivant des études universitaires par correspondance. Sa nature le forçait à vouloir réussir tout ce qu'il entreprenait et à poursuivre ses objectifs par n'importe quel moyen.

Son avidité le desservait encore une fois dans cette situation car s'il était hors de question qu'il annule son mariage, il lui était encore moins évident de renoncer à Hikaru Shindô. Et comme toujours, il ne voulait rien abandonner.

Se levant, il décida d'aller se préparer du café très fort pour faire passer sa gueule de bois non sans avoir au préalable balayé son salon pour lui donner un aspect beaucoup plus en adéquation avec ce à quoi le salon de Tôya Akira se devait de ressembler.

Hikaru s'était levé avec toute la discrétion dont il était capable pour ne pas réveiller le jeune coréen qui dormait encore comme en témoignaient ses légers ronflements.

Une fois dans la salle de bains, il observa les cernes qu'il avait sous les yeux démontrant combien son sommeil la nuit dernière avait été perturbé. Comment n'aurait-il pas pu l'être lorsque tant de bouleversements s'étaient produits dans sa vie et dans un laps de temps aussi court?

Exhalant un long soupir, il entreprit de se préparer à la longue journée de travail qui l'attendait.

Une fois prêt, il prit le calepin dans lequel il rédigeait ses notes et passa par la cuisine pour prendre un café bien corsé et il y trouva son père attablé, à lire son journal.

Il maugréa un vague bonjour auquel son père répondit de manière un peu plus enthousiaste. Puis, il enclencha la cafetière après y avoir mis de l'eau. Il regarda d'un air absent le liquide noir s'écouler tandis qu'il écoutait distraitement le froissement des pages que l'on tournait.

"Est ce que ce travail te plaît, comment ça se passe? "demanda Masao Shindô en refermant son quotidien.

Le semi-blond haussa ses épaules en lui donnant une réponse évasive. S'il commençait à prendre plaisir à exercer son boulot de journaliste il y avait encore quelques jours, la perspective de devoir côtoyer quasi quotidiennement certains joueurs était loin de le réjouir.

A la mine quelque peu rembrunie de Saiki - même s'il était le seul à en avoir conscience - il pouvait aisément imaginer le mélange d'admiration et d'envie que pouvait ressentir son frère aîné à voir évoluer sous son propre toit un joueur destiné à devenir professionnel.

Serrant les dents à cette pensée, il n'eut pas conscience que le fait qu'il contracte sa machoire lui donnait presque un air menaçant.

"Je suis vraiment désolé que tu doives supporter tout cela HIkaru" et lorsqu'HIkaru leva la tête et rencontra le regard de son père, il pouvait clairement lire de la sincérité dans ses yeux.

"Ce travail a été une véritable aubaine, je ne m'en plains pas. Cela me donne l'occasion de faire aussi quelques économies pour reprendre par la suite mes études de médecine". Il versait à présent son café dans une tasse, faisant dos à son père.

Masao Shindô ouvrit la bouche pour répondre à cette affirmation puis la referma. Il se voyait mal détruire l'espoir de son cadet quant à la reprise de ses études. Car lorsqu'il aurait repris ses études, qui pourvoirait aux besoins de la famille? Il était assez peu probable qu'il retrouve du travail, et il voyait mal son épouse en trouver alors qu'elle devait s'occuper de leur aîné et qu'elle n'avait aucune qualification.

Passant une main lasse sur son visage, il ne prêta aucune attention aux pas de son fils qui s'éloignaient de la cuisine.

Avant de sortir de la maison, le semi-blond frappa à la porte de son aîné et l'ouvrit quand il entendit la faible réponse de son aîné. Il trouva Saiki allongé dans son lit avec un air un peu pâle sur le visage. Ses cheveux noirs étaient répandus sur l'oreiller et Hikaru se remémora l'illustration de la femme du mikado dans le Dit du Genji qu'avait évoqué le coréen. Il sentit un grand sentiment de compassion envers le fils de l'empereur qui était tombé amoureux de la femme de son père. Mais qui aurait pu lui jeter la pierre? Qui pourrait en vouloir à l'héritier du trône d'être tombé amoureux d'une personne à la beauté, à la douceur si divines, quand bien même elle ait été l'épouse de son propre père?

Le semi-blond s'assit au bord du lit avec un léger sourire et passa une main sur la base de son crâne, enfouissant ses doigts dans la texture soyeuse.

"On dirait que tu n'es pas très en forme aniki" s'inquiéta Hikaru d'une voix qu'il espérait ne pas être trop rauque.

"Je crois que j'ai attrapé froid Hikaru." Et pour approuver ses dires, il pencha la tête de côté et se mit à tousser.

Posant une main sur le front de Saiki, il vérifia la température du brun. Elle n'était pas très élevée mais s'il ne se soignait pas très rapidement, ce simple coup de froid pouvait se transformer en pneumonie.

"Avec un bon thé chaud et du repos, tu seras de nouveau en forme en un rien de temps."

Hikaru se pencha et embrassa son frère sur le front.

"Je vais prévenir maman avant de partir. Prends soin de toi et surtout à ce soir, n'oublie pas que je t'aime".

-Je t'aime aussi Hikaru. Bonne chance pour ta journée, à ce soir".

Les yeux luisants de Saiki et son sourire étaient d'incomparables soutiens. Hikaru referma la porte non sans ressentir un noeud à l'estomac en se disant que son frère n'avait aucune idée de combien l'amour qu'il ressentait à son égard pouvait parfois être douloureux.

Lorsque le journaliste prit les transports en commun, il faillit lâcher un juron en remarquant à quelques pas de lui la personne qu'il avait absolument le mois envie de croiser en ce moment.

Le métro était bien rempli et il prit soin de lui tourner le dos afin que le fils du Meijin ne le voit pas.

Malheureusement, comme s'il avait senti son regard sur lui, le jeune homme se rapprocha du semi-blond, jouant un peu des coudes pour se frayer un chemin jusqu'à lui.

"Shindô-san, le hasard fait décidément bien les choses, je pensais justement à vous il y a quelques instants" Le brun avait prononcé ces paroles avec un grand sourire qui mit mal à l'aise le journaliste qui se sentit rougir.

Le moment n'était-il pas sensé être gênant pour le brun ou avait-il comme par miracle oublié lui avoir fait une déclaration deux jours plus tôt?

"Vous n'avez pas de match aujourd'hui n'est-ce pas? Ne devriez-vous pas être chez vous à vous reposer avant la prochaine partie ou à planifier votre prochain mariage avec votre fiancée?

C'était bas, Hikaru était le premier à en convenir, mais face à ces yeux bien trop brillants à son goût, il se devait de mettre de la distance entre le jeune Oza et lui.

"Que vous connaissiez aussi bien le planning de mes parties me flatte beaucoup Shindô-san. En effet, je n'ai pas de partie mais je vais encourager Ogata-sensei qui brigue le titre d'Honinbo. Asumi m'y attend par ailleurs."

Si Hikaru avait cru désarçonner le joueur en lui rappelant l'existence de sa future épouse, il s'était trompé. Soit le jeune homme qui lui faisait face était sans coeur soit il savait très bien cacher ses sentiments, ce qui n'était pas pour lui plaire davantage.

Le silence se fit après cette dernière déclaration et celui-ci était plutôt gênant pour Hikaru qui ne pouvait s'empêcher de se dandiner d'un pied à l'autre sous l'oeil scrutateur du brun.

"Je suis vraiment désolé si ma présence vous importune à ce point Shindô-san, je vais regagner ma précédente place" dit-il avec un sourire triste en lui tournant le dos et commençant à s'éloigner d'un pas mais il ne put faire en faire de supplémentaire, une main venant s'enrouler autour de son poignet pour arrêter sa course et il lui sembla que son coeur avait manqué un battement à ce contact inattendu.

Il se retourna pour faire face au semi-blond dont la tête bien que baissée laissait voir ses joues rougies.

Le mouvement avait été spontané, presque instincitf et Hikaru ne pouvait s'empêcher malgré tout ce qui les opposait, de ne pas vouloir laisser le brun s'éloigner de lui. N'était-il pas celui qui lui permettrait enfin de ramener un peu de bonheur dans la vie de son frère?

"Ne soyez pas ridicule Tôya-san, nous allons devoir nous côtoyer assez souvent, autant que je m'y fasse. De plus, je pense que les gens présents dans ce train n'apprécieront pas particulièrement que vous les bousculiez à nouveau." Le ton était sarcastique, légèrement moqueur et le fils du Meijin ne pouvait que trouver cela rafraîchissant.

Un sourire un peu plus chaleureux vint étirer les lèvres du brun auquel Hikaru se surprit à réponde de manière spontanée.

"Alors pensez-vous réelllement qu'Ogata-sensei ait la moindre chance de ravir son titre à Maitre Kuwabara?"

Rien que la formulation de la question donnait l'avis du journaliste sur la question.

L'Honinbo Kuwabara était certainement le joueur à avoir réussi à conserver son titre le plus longtemps, malgré son âge quelque peu avancé, il était un adversaire redoutable et il n'hésitait pas à user de stratégies psychologiques pour faire perdre pied ses adversaires.

"Nul n'est imbattable selon moi Shindô-san. La victoire reviendra à celui qui aura mis le plus de volonté et d'énergie à gagner et qui aura su lire le plus loin dans le jeu de son adversaire".

Le regard du brun s'était fait plus intense en prononçant ses paroles et depuis il semblait être plongé dans ses pensées.

A l'arrêt suivant, du monde entra dans le wagon, obligeant les passagers debout à se resserrer les uns sur les autres.

C'est à ce moment-là qu'Akira sembla reprendre ses esprits, lorsqu'il se rendit compte de la soudaine proximité du semi-blond. Leurs corps étaient peut être séparés que d'un mètre et Tôya pouvait à présent discerner les différentes nuances de vert dans les yeux de son vis-à-vis. Il lui suffirait d'un pas pour que ses lèvres effleurent celles du semi-blond. Il lui fallait user de toute sa volonté pour ne pas franchir la distance qui les séparait.

Non seulement, l'endroit n'était guère approprié à ce genre d'activité mais à la manière dont les yeux vert olive du journaliste s'étaient dilatés à leur soudain rapprochement, Akira parvenait à ressentir l'appréhension de semi-blond à l'idée qu'il soit si près de lui.

Pourtant, à sa plus grande surprise, ce fut le semi-blond qui amorça un pas vers lui, approchant sa bouche de son oreille pour lui murmurer des mots qu'il ne saisit pas, bien trop concentré sur le souffle chaud qui soulevait quelques mèches de ses cheveux et la chaleur qui irradiait du corps qui lui faisait face. Son coeur tambourinait dans sa poitrine et il eut beaucoup de peine à déglutir.

Faisant un pas en arrière, en ne comprenant pas le soudain mutisme de son compagnon de voyage, Hikaru put contempler l'expression perdue, presque hagarde du brun.

Était-il à l'origine du trouble aussi manifeste du brun?

"Tôya-san, vous allez bien? La voix d'Hikaru sembla ramener le joueur à la réalité.

Akira cligna des yeux et un joli rose vint teinter ses joues tandis qu'il détournait son regard du journaliste le temps de reprendre complètement ses esprits. Il fallut que quelques minutes passent avant qu'il ne recroise le regard olive du semi-blond.

"Je n'ai pas compris ce que vous m'avez dit, pourriez-vous me le répéter s'il vous plait?"

Hikaru sourit mais ne put s'empêcher de secouer la tête d'exaspération. Avisant qu'il lui fallait procéder par étapes plutôt que de dévoiler au brun son souhait le plus cher, il ne prit pas la peine cette fois-ci de lui murmurer son propos.

"Tôya-san, je vous demandais s'il ne vous avait jamais intéressé d'affronter Sai."