Et non, vous ne rêvez pas, il s'agit bien d'un nouveau chapitre de Désirs et tentations. Je suis vraiment désolée pour l'attente...il m'a fallu beaucoup de temps pour surmonter ce blocage et j'espère surtout que vous apprécierez ce nouveau chapitre qui est un chapitre charnière de l'histoire...j'espère que vous ne trouverez pas que ça avance trop vite^^ Merci encore à toutes les personnes m'ayant laissé des commentaires ou ayant ajouté cette histoire dans leurs alertes ou favorites.


Chapitre 12

Tôya ne put retenir un hoquet de stupeur en réalisant ce que le semi-blond venait de lui dire. Il se reprit rapidement avant de réfléchir à la proposition que lui avait faite Shindo Hikaru. Avait-il jamais été exalté à l'idée d'affronter un tel adversaire, de mesurer sa force par rapport à la sienne, celle dont on disait à ce que lui avait dit Ogata-Sensei qu'elle était certainement égale à celle de son père? Ne serait-ce pas là un moyen pour lui de savoir s'il était parvenu à un tel niveau et s'il pourrait peut être parvenir à ravir son titre au Meijin actuel? La question était à présent de savoir s'il lui proposait une rencontre physique ou une partie sur Internet? Toujours est-il que le caractère soudain de cette proposition le laissait perplexe.

Jusqu'à présent, il n'avait fait aucun doute que le jeune journaliste ne souhaitait absolument pas que quiconque puisque démasquer celui qui évoluait au sein du Net Go sous le pseudonyme de Sai.

Pourtant alors qu'il relevait la tête- il n'avait même pas eu conscience de l'avoir détournée pour mieux plonger dans ses pensées- il ne manqua pas la lueur d'espoir qui dansait dans les yeux de son vis-à-vis. Et pourtant, son intuition lui soufflait que ce n'était pas exactement à cette demande que le semi-blond se raccrochait tant mais plutôt que celle-ci constituait une étape à franchir pour atteindre un autre but.

Tôya était en mesure d'aider le journaliste à exaucer un voeu qui lui était très cher, cela pouvant lui permettre qu'Hikaru Shindo lui soit redevable et il ne pouvait manquer une occasion pareille.

"Pourquoi me demandez-vous cela maintenant Shindo-san? Si j"avais voulu affronter Sai, rien n'aurait été plus simple que de m'inscrire sur Net go et de le défier comme l'a fait un certain nombre de professionnels."

Ainsi, le brun n'avait pas mordu à l'hameçon, Hikaru accusa le coup et se traita mentalement d'imbécile pour ne pas avoir anticipé cette réponse. Au regard que lui lançait Tôya, il le soupçonnait d'avoir déjà compris que cette demande n'était pas son réel objectif. Devait-il être franc et lui raconter toute l'histoire, n'était-ce pas le meilleur moyen pour lui d'atteindre son but? Toya chercherait sans doute à l'aider mais que demanderait-il exactement en échange? Et surtout, serait-il prêt à le lui fournir quoiqu'il demande?

Tôya était subjugué par tout ce qu'il parvenait à lire dans le regard olive du journaliste. Hésitation, crainte, doute… jamais il ne s'était senti aussi proche d'une personne, c'était comme si au travers de toutes les parties qu'ils avaient jouées ensemble, il était parvenu à lire dans l'âme du jeune homme et l'inverse était sans doute vrai. Le semi-blond pouvait voir derrière le masque, il connaissait son entêtement, son opiniâtreté à toujours obtenir ce qu'il désirait et présentement il savait que c'était lui le sujet de ce désir.

"Shindo-san, il ne tient qu'à vous que je vous apporte mon aide". Devant l"expression désemparée du semi-blond, il lui adressa un sourire rassurant.

Saisissant le calepin et le stylo que le semi-blond tenait dans ses mains, il y inscrivit une adresse et un numéro de téléphone.

"Voici mon numéro de téléphone privé ainsi que mon adresse, lorsque vous serez prêt à me parler, vous pourrez m'appeler à ce numéro et on pourra se rejoindre chez moi, nous y serons plus tranquille pour discuter. En attendant, je vous dis à bientôt".

Après lui avoir remis son matériel en main, Hikaru vit le brun tourner les talons et s'éloigner de lui.

Lorsque le train s'immobilisa à la station à laquelle il devait descendre, Hikaru était tellement sonné qu'il faillit rater son arrêt. Le son des lourdes portes qui se refermaient de justesse derrière lui fit le même effet que si c'était les barreaux d'une cellule qui se refermaient sur lui.

La partie qui opposait Ogata Seji à l'Honimbo Kuwabara était très serrée et malgré toute l'expérience dont pouvait bénéficier le judan, il semblait nerveux au moment de sceller son dernier coup. Le joueur lui faisant face avait beau être âgé, il était loin encore de la sénilité et n'avait pas son pareil pour faire douter ses adversaires.

Hikaru se détourna de la partie qui était retransmise sur un écran géant pour chercher du regard Tôya Akira dans les tribunes. Le repérer ne fut guère très difficile, les joueurs connus ayant été placés au plus près de l'écran. Assez étrangement, son estomac eut un sursaut de révolte lorsqu'il aperçut le jeune Oza discuter et rire doucement à quelque chose que sa jeune fiancée venait de lui glisser à l'oreille.

Comment parvenait il à se jouer ainsi des sentiments de sa fiancée? Comment faisait-il pour paraître aussi irréprochable? Il ne pouvait néanmoins s'empêcher de ressentir une certaine fierté à l'idée qu'il soit certainement une des seules personnes à avoir pu voir à travers le masque, à avoir égratigné de ses ongles le vernis qui recouvrait la figure du célèbre Akira Tôya.

Ouvrant son carnet pour commencer la rédaction de son article, ses yeux se posèrent spontanément sur l'écriture droite et serrée du jeune homme. Luttant contre l'envie d'arracher le feuillet et de le jeter dans un mouvement d'humeur, il tourna rageusement la page et commença à écrire.


Une semaine plus tard

Installé confortablement à son bureau, Hikaru s'étira après avoir terminé le compte-rendu des différentes parties auxquelles il avait assisté durant la semaine.

Imprimant à sa chaise un mouvement de balancier,il replongea dans ses pensées. Trois jours plus tôt avait eu lieu l'anniversaire du jeune Oza auquel il avait été convié et qu'il était parvenu à éviter. Le léger rhume de Saiki avait quelque peu dégénéré au vu de la froideur des derniers jours et il avait assisté sa mère dans les soins de son aîné. Il avait appelé Asumi Nase et lui avait présenté ses excuses, indiquant qu'une urgence familiale l'empêchait à se rendre à la fête d'anniversaire de son fiancé. La jeune fille s'était montrée compréhensive mais n'avait pas manqué de souligner que son fiancé serait certainement extrêmement déçu de son absence.

Au vu du côté capricieux du jeune homme, Hikaru se serait presque attendu à des reproches de la part de Tôya lors de sa prochaine rencontre avec l'Oza. Il l'avait revu la veille mais ce dernier n'avait pas daigné lui accorder un regard. Il n'était donc pas seulement capricieux mais également rancunier se dit Hikaru en souriant. Sans doute le jeune prodige était-il persuadé qu'il n'était pas venu à son anniversaire de manière délibérée et qu'il n'avait fait qu'inventer une excuse à la dernière minute.

L'idée lui avait maintes fois traversé l'esprit mais il avait fini par comprendre que contrarier le joueur de go ne l'aiderait aucunement à remplir ses objectifs. Au contraire, il lui fallait le brosser dans le sens du poil, ce qu'il s'emploierait à faire lors de leur prochaine rencontre.

Suyon était devenu un élément familier de son environnement puisqu'il partageait la plupart du temps sa chambre. Ce dernier avait par hasard rencontré dans un salon de go un oncle et avait ainsi pu se mesurer à des joueurs étrangers. Il avait été assez agréablement éloigné et depuis il y passait un certain temps. Hikaru avait eu l'occasion de l'accompagner constaté qu'il avait réellement le niveau pour passer professionnel.

Suyon et lui se livraient bataille souvent le soir, Saiki regardant leurs parties avec plaisir et leur livrant ses commentaires par la suite. Au vu de la pertinence de ces derniers, Suyon devait bien se douter du niveau de son frère mais il semblait avoir compris, sans qu'un seul mot ne soit prononcé que son aîné ne jouerait pas de partie contre lui.

La porte de sa chambre s'ouvrit et le coréen y entra, déposant sa casquette sur le bureau.

"Hikaru-kun, je reviens du salon de mon oncle dans lequel j'ai entendu parler d'un joueur de go exceptionnel du nom de Sai, ça te dit quelque chose?"

Hikaru ne dut qu'à ses bons réflexes de se raccrocher à son bureau pour empêcher la chaise de basculer complètement et de tomber.

Au ton et au regard que lui lançait son vis-à-vis, le journaliste sut qu'il ne servait à rien de mentir et que le coréen avait lui même fait la relation entre Sai et l'aîné de la famille Shindô.

"Suyon, cela doit rester un secret, tu as vu la condition de Saiki, tu sais pourquoi il ne peut se montrer au grand jour. Être exposé au regard des autres et susciter la pitié, mon frère déteste cela."

Le coréen hocha la tête d'un air grave et assura au semi-blond qu'il n'avait rien divulgué sur ses suspicions.

"C'est tout de même dommage, un tel talent gâché. S'il en avait la possibilité, il aurait peut être même la force de défaire le Meijin" s'exclama le brun en poussant un gros soupir.

Hikaru commença à mordiller sa lèvre inférieure, fortement tenté de parler de son plan au coréen. Garder tout cela pour lui commençait à le peser fortement et il n'était pas contre avoir des conseils. Seulement, il lui faudrait certainement avouer à son compagnon de chambre la déclaration faite par l'Oza et Hikaru n'avait aucune idée de ce que pouvait ressentir Suyon à l'encontre de l'homosexualité.

"J'aimerais amener le Meijin à jouer une partie contre Saiki" déclara-t-il de but en blanc.

Un sourcil élégamment levé lui indiqua qu'il avait toute l'attention de Suyon et qu'il pouvait continuer.

"Je ne me vois pas l'approcher directement mais je pense pouvoir convaincre Akira Tôya de le persuader à ma place.

-Vous êtes si proches que cela pour qu'il te rende un tel service? Qu'a t-il à gagner à ce qu'un inconnu parvienne à battre son père? Il voudrait certainement accomplir ce miracle par lui-même".

Commençant à triturer ses doigts, signe de nervosité, il finit par avouer au coréen la fameuse déclaration. Cela ne sembla pas le perturber le moins du monde.

"Hikaru-kun, tu disposes d'un atout de poids dans ta manche, mais il faudrait te décider à t'en servir. Il faut appâter le poisson et le faire mordre à l'hameçon. Si tu ne mets pas d'appât au bout de ta canne à pêche, il est difficile d'attraper quoi que ce soit.

-Que devrais-je faire selon toi?" demanda Hikaru tout en craignant la réponse.

La réponse, comme il s'y attendait, lui déplut fortement.


Le lendemain matin,

Lorsqu'Akira Tôya ouvrit la porte, il ne put se départir de son sourire en apercevant l'air renfrogné du journaliste. Il s'était attendu à ce qu'une période beaucoup plus longue ne s'écoule avant que ce dernier consente finalement à venir le voir. Il avait un peu surpris de recevoir un texto du jeune homme la veille lui demandant s'il était disponible afin de le recevoir. Il n'avait pu réfréner l'excitation qui l'avait saisi depuis qu'il lui avait envoyé sa réponse.

Se mettant de côté pour laisser entre son hôte, il ne put s'empêcher de noter les joues rougies de Shindô Hikaru.

Le jeune Oza retint un rire lorsqu'il aperçut la manière dont les yeux de son invité embrassèrent la pièce dans son ensemble, se posant sur le riche mobilier et notamment le goban de luxe qui trônait fièrement au centre de son salon.

"Puis-je vous offrir de vous asseoir et un rafraîchissement Shindo-san?" questionna le brun.

Hikaru, n'étant pas à son aise, hocha vivement la tête avant de prendre place dans un fauteuil beige en cuir dans lequel il s'enfonça agréablement.

Akira alla dans la cuisine et prit le service à thé qu'il avait préparé. Le déposant sur la table, il s'assit dans le canapé aux mêmes tons qui faisait face au jeune homme.

"Vous ne me donnez pas l'impression d'être ici de votre plein gré Shindo-san. Peut-être devrions-nous repousser ce tête-à-tête à une prochaine fois, mon intention est nullement de vous embarrasser."

Le ton du jeune homme était mesuré, conciliant. Hikaru avait l'impression d'être une proie fragile maintenue dans les griffes d'un lion qui se serraient et se desserraient par alternance.

C'était une sensation infiniment désagréable car que c'était avec son courage et sa volonté que le brun était en train de jouer.

"J'aimerais que l'on joue franc-jeu. Avant que je ne vous dévoile ce que je souhaitais en vous offrant de jouer une partie contre Sai, je voudrais savoir ce que vous attendez exactement de moi en échange de votre aide et coopération."

Tôya but une gorgée de son thé avant d'adresser un petit sourire au journaliste.

"Je ne pourrai être intéressé que par ce que vous êtes en mesure de librement me donner Shindo-san. D'après-vous que pourrais-je attendre de vous selon ces modalités?"

Le ton velouté sur lequel l'Oza avait dit ses mots envoya un frisson dans la colonne vertébrale du semi-blond. Il avait eu tort de croire qu'il était en position de force. Ce n'était plus à un félin dangereux qu'il avait envie de comparer le brun mais à un requin.

Repensant aux conseils de Suyon, il décida de ne pas se laisser intimidé.

Crispant ses mains sur ses genoux, il s'exhorta au calme. Il n'allait pas se laisser embarquer sur ce terrain où Tôya maîtrisait bien mieux que lui les allusions et les non-dits. Il allait être brutal mais c'était sa manière d'être.

"Vous me désirez, n'est-ce pas". Il avait voulu le formuler comme une question mais au ton dans lequel sortit ses mots, il s'agissait plus d'une question rhétorique ou d'une affirmation.

Tôya ne s'attendait visiblement pas à une telle réponse car il reprit un air sérieux et déposa sa tasse sur la table.

"Je crois qu'il ne sert à rien de nier une vérité dont nous avons conscience tous les deux. Je me permets seulement de vous dire que cela ne répond pas à ma question."

Le résultat escompté fut au-delà de ses espérances. A peine le dernier mot prononcé, le semi-blond s'était levé d'un bond, avait parcouru la faible distance les séparant, en prenant garde malgré sa rapidité d'action de ne pas se cogner contre la table en la contournant, et se penchait sur lui pour ravir sa bouche.

Le baiser était certes maladroit, mais il ne put s'empêcher de fermer les yeux face à l'intensité des émotions qui l'assaillaient. La passion pour ne pas dire la brutalité avec laquelle les lèvres du journaliste se pressaient contre les siennes, avant qu'il ne vienne mordiller sa lèvre inférieure avec juste ce qu'il fallait de force pour le faire gémir et ouvrir la bouche, tout cela faisait littéralement vibrer Tôya. Au moment où la langue du journaliste vint caresser la sienne cette fois-ci avec une douceur insupportable, le prodige du go encadra le visage qui se pressait contre les siens de ses mains pour mener la danse.

Ce n'est que lorsqu'il sentit un genou effleurer son début d'érection qu'il remarqua que dans le but de conserver son équilibre face à l'approfondissement du baiser, le semi-blond avait été obligé de poser un genou entre ses jambes et de tenir de sa main droite le dossier du canapé.

Ce fut le semi-blond qui mit fin au baiser, et qui le regarda droit dans les yeux et dans un souffle car l'air lui manquait lui demanda si la réponse était suffisamment claire pour lui.

Wow j'avais surtout du mal avec cette fin de chapitre mais j'avoue être plutôt satisfaite.

N'hésitez pas à laisser des commentaires surtout!