Bien le bonjour à vous tous!

Ca fait maintenant un petit moment que je n'ai rien écrit, c'est vrai... Mais pour ma défense, il faut que vous sachiez que je suis actuellement très occupée par mes études. Donc je n'ai pas vraiment de temps pour moi... Et pour vous non plus du coup!
Seulement voilà, je vous donne quand même ce petit chapitre, histoire de vous faire patienter jusqu'à Noël, date de mes prochaines vacances, ou j'aurais suffisamment de temps libre pour écrire!

En attendant, désolée pour l'attente! Enjoy!


Cela faisait deux semaines que l'accident s'était produit. Depuis lors, le château avait semblé en deuil… Le si jeune, si innocent Bran avait chuté d'une tour, s'était rompu l'échine, ne pourrait plus jamais marcher de sa vie… S'il parvenait à se réveiller du long sommeil de mort qui l'avait assailli depuis. Lady Stark n'avait pas quitté la chambre de son fils, elle y avait même installé son pot de chambre, ainsi qu'un vulgaire matelas de paille. On disait qu'elle ne dormait plus, et Roxanna ne pouvait qu'approuver cette rumeur. Lorsqu'elle passait devant le chambre du garçon, dont la porte était toujours fermée, elle entendait sa mère se livrer au désarroi le plus profond, avec des sanglots parfois si violents qu'on pouvait se demander si elle n'était pas en train de s'étouffer. Une seule fois, la jeune femme avait proposé son aide : un peu de ménage, un plateau de nourriture, ouvrir les fenêtre pour aérer cette chambre qui empestait la mort… La seule réponse qu'elle avait obtenue fut un regard si froid, si plein de dédain qu'elle s'était retrouvée pétrifiée sur place, et avait finit par fuir en bredouillant quelques excuses minables.

Bran était son frère. Son petit frère, qu'elle avait chéri comme n'importe quel autre enfant de la fratrie Stark. Et maintenant, elle le sentait perdu. Elle réécoutait son rire si clair dans sa tête, lorsqu'elle était couchée seule dans sa chambre, la nuit. Elle se remémorait son sourire, ses blagues enfantines, ses petites jambes courant à droite et à gauche, escaladant n'importe quelle tour afin d'observer son père rentrer d'une quelconque mission ou partie de chasse. Elle ne pouvait se résoudre à le voir mourir et pourtant, c'était comme si toute vie l'avait déjà déserté. Comme s'il ne restait plus qu'une coquille vide, sans âme.

Avec toute la peine qu'elle ressentait depuis ce moment là, Roxanna s'était murée dans un mutisme si violent que personne ne parvenait à lui arracher un mot. Le monde – son monde – semblait s'effondrer en des milliers de petites miettes qu'elle se sentait incapable de recoller.

Son père, l'homme qu'elle aimait et vénérait plus que tout, la quittait pour aller dans le sud, dans cette cour si perfide, dans ce château trop poussiéreux de Port-Réal. Bran, son jeune frère, semblait ne pas vouloir se réveiller, et peu importe ce que le mestre disait, elle ne voyait aucune amélioration, aucune preuve que le garçon allait redevenir ce qu'il était. Et Jon… Lorsqu'elle se baladait parfois dans la cour de Winterfell, sans but, elle le croisait. Son regard accrochait alors le sien, pendant quelques secondes. Secondes trop douloureuses pour la jeune femme qui finissait toujours par baisser les yeux et s'enfuir aussi loin qu'elle pouvait. Le souvenir de leur dispute lui avait laissé une douleur cuisante qui se ravivait à chaque passage du bâtard dans son champ de vision. Elle avait passé deux semaines à le fuir, à l'éviter, et maintenant elle le regrettait amèrement. Car aujourd'hui était le jour de son départ.

Elle se rendait compte, désormais, à quel point il avait été stupide de sa part de faire ça. Il y'avait tant de chose qu'elle aurait voulu lui dire, tant de chose qu'elle aurait voulu faire, avant de lui dire au revoir à jamais… Maintenant, il était trop tard. Mais elle se devait de lui faire ses adieux de la meilleure manière qui soit, et durant toute cette longue journée, elle l'avait suivi, espérant le trouver seul.

Il s'était d'abord dirigé dans la chambre de Bran, ou les mots cruels de Catelyn Stark retentirent come des coups de fouet. Il était ensuite allé voir Robb, qui l'avait étreint avec ce que Roxanna reconnut comme un véritable amour fraternel. Une accolade qui ressemblait à celle qu'il réservait à la jeune femme, en somme. Enfin, il s'était réfugié dans la chambre d'Arya, et Roxanna fut perplexe de le voir fermer la porte, car ce n'était pas son genre de s'emprisonner lui même dans le château. Jon lui avait confié, une fois, qu'il préférait toujours avoir une issue de secours grande ouverte, au cas ou les humiliations ou les remarques désobligeantes de lady Stark devenaient trop nombreuses. Lorsqu'il rouvrit la porte, Arya semblait exulter de joie, et il prit la direction des écuries. Alors, il passa par un couloir à ciel ouvert, entre deux tours, peu fréquenté et connu de très peu de gens. Ce fut à ce moment là qu'elle l'empêcha d'aller plus avant.

Il lui décrocha un regard de reproche et de curiosité. Roxanna prit alors son courage à deux mains.

-Reste.

-Nous avons déjà eu cette conversation Roxanna, je n'ai pas le temps de…

-Reste, répéta la jeune femme. Peut être que c'est un combat perdu d'avance, peut être que je passe pour une parfaite idiote mais je m'en moque, Jon, je m'en moque comme des bas de laine de Sansa, je dois essayer.

-Je t'en prie, oncle Benjen…

-Non, moi je t'en prie, le coupa-t'elle à nouveau. Tu m'abandonnes, Père m'abandonne, Bran est en train de mourir, tout le monde semble vouloir s'enfuir d'ici, et moi je suis coincée, je ne peux rien faire à part te demander de rester. Ou alors, emmène moi avec toi, acheva-t'elle, sa voix se brisant sous le poids du désespoir.

Jon ne répondit rien. Il la fixait avec un air navré, un air qui semblait vouloir dire « j'ai déjà pris ma décision ». Sans un mot, il la contourna, la frôla et disparut dans son dos. Roxanna fut alors prise de sanglots si violents et incontrôlables qu'on aurait pu croire qu'elle avait le hoquet. Des larmes chaudes coulaient sur ses joues, mouillaient son visage ravagé par la tristesse. Elle se tenait les côtes aussi fort qu'elle le pouvait, car elle avait l'impression de se déchirer de l'intérieur. Enfin, elle tomba à genoux sur le sol, n'ayant plus la force de tenir debout.

Elle sentit que deux mains fortes la saisissait, la soulevait et la plaquait contre un mur, et elle ouvrit des yeux embués pour reconnaître cette personne.

Jon avait fait demi-tour, sans doute alerté par le bruit des sanglots. Il la retenait contre le mur de peur qu'elle ne tombe à nouveau. Roxanna tremblait comme une feuille, et elle se surprit elle même lorsqu'elle réussit à articuler quelques mots.

-S'il te plaît… Pitié…

Il déposa alors sur ses lèvres un baiser si rapide qu'elle crut l'avoir rêver, pourtant, il était bien réel. Il leva les yeux vers elle une dernière fois, et elle put lire dans son regard qu'il se sentait aussi seul qu'elle, qu'il voulait rester.

L'instant d'après, il l'avait lâchée, et s'en allait à grands pas en direction des écuries. Dos au mur, Roxanna se laissa glisser jusqu'au sol, les yeux remplit de larmes. Par les Sept, comme elle aurait voulu se rouler en boule, juste là, et ne plus bouger, jusqu'à ce que la mort viennent la chercher. Elle resta dans cette position pendant un temps qui lui sembla infini, lorsque quelqu'un s'approcha d'elle. Au lieu de la relever, il s'accroupit, pour être à sa hauteur.

-Je t'ai cherché partout… Je désespérais de ne pouvoir te dire au revoir.

S'essuyant les yeux, elle reconnut le visage long et sérieux de son père, qui semblait malheureux, lui aussi.

-Sire je suis navrée de me présenter à vous dans cet état, je me suis laissée aller à un instant de faiblesse… Cela ne se reproduira plus, pardonnez moi, dit-elle d'une voix tremblante en essayant de se redresser.

Lord Stark la maintint cependant au sol, et elle lui en fut reconnaissante. Elle se sentait incapable de tenir debout…

-Roxanna, c'est peut être la dernière fois que tu me vois en plusieurs années, arrête de m'appeler Sire… Et maintenant écoute moi bien. Tu dois rester à Winterfell, pour aider Bran lorsqu'il se réveillera, pour épauler Robb lorsqu'il se sentira seul, pour t'occuper de Rickon si Catelyn ne peut le faire elle même… Ta place est ici, le Sud n'est pas fait pour toi. Tu es telle une fleur… Trop de soleil te fanerait prématurément. Lorsque je reviendrais, mort ou vivant, je serais heureux de trouver là, alors s'il te plaît ne pars pas. Ne t'en vas pas là ou je ne peux te protéger, d'accord ?

Elle hocha la tête faiblement pour acquiescer, et lord Stark se releva, s'éloigna comme son fils quelques instants auparavant. Cependant, il fit volte face et fixa son visage une dernière fois.

-Tu aurais du naître ma fille… annonça-t'il avec regret.

oOoOo

Les jours passèrent, se ressemblant tous. Trop fades, trop vides de sens. La vie de Roxanna venait de s'effondrer. Il lui manquait tellement de chose pour être complète à nouveau... Les rires de Bran, les ronchonnements d'Arya se faisant houspiller par la Septa, les apparitions discrètes de père, les rendez vous dans la tour abandonnée avec Jon... Même ceux qui étaient restés semblaient différents. Exsangues, après le passage royal, qui avait couté bien trop cher pour ce qu'il avait valu. Catelyn Stark ne quittait pas la chambre de Bran, laissant Rickon à l'abandon, et malgré tout son bon vouloir, Roxanna ne parvenait pas à s'occuper de lui, car cela lui rappelait trop douloureusement l'époque ou les personnes qui comptaient le plus pour elle étaient encore présentes à ses côtés. Il en allait de même avec Robb. Elle ne le croisait pratiquement jamais, mais lorsque c'était le cas, il semblait changé. Bien trop semblable à père, en quelques sortes. Du coup, elle l'évitait lui aussi. Elle passait la majeure partie de ses journées dans sa chambre, lorsque ce n'était pas dans un recoin du château dans lequel personne n'avait idée de se balader.

Ce soir là, comme à son habitude depuis huit jours, elle n'avait pas bougé de son havre de paix et de silence de la journée. Le loup de Bran hurlait à la mort, Vent Gris et Broussaille se joignant à lui. Un chant d'une beauté particulière, triste et froide, qui correspondait au Nord, à cette terre qu'elle avait toujours aimé. Mais ce chant fût brisé par un hurlement moins gracieux. Puis par un autre, puis par des aboiements affolés. Intriguée, la jeune femme se leva, déboucha dans la cours et scruta le ciel. C'est alors qu'elle vit une lueur qui rougissait le ciel de nuit, une lueur qui lui rappelait l'un de ses pires cauchemars.

Le feu.

Ravageur, destructeur, le feu qui dévorait tout sur son passage et qui ne laissait derrière lui que cendres et désespoir.
Roxanna recula, trébucha et finit par tomber sur ses fesses, les yeux grand ouverts. Elle était affolée comme un animal aurait pu l'être face à un chasseur, et elle n'avait qu'une seule envie: prendre ses jambes à son cou. Lorsqu'elle retrouva l'usage de ses membres, elle se releva donc et se mit à courir dans la direction opposée à l'incendie, vers la nuit noire. Il fallait qu'elle s'enfuit, loin. Pourquoi même ne pas partir du château? Plus rien ne la retenait ici, et la vue des flammes la poussait lentement vers la folie...

Soudain, elle heurta quelque chose de dur, et s'effondra lamentablement sur le sol. Sous l'effet du choc, sa bouche s'emplit de sang. Elle se releva péniblement pour se retrouver face à Vent Gris, grognant comme un beau diable. Il la fixait de ses yeux jaunes brillants, avec une lueur de haine et de reproche.
Sentant le besoin de se justifier, la jeune femme s'écria:

-Je ne peux pas! Tout mais pas ça, pas le feu, je ne peux pas...

Le loup grogna de plus belle. Il comprenait tout, également le fait que Roxanna, la soeur de son maître, était en train de fuir face au danger au lieu de se battre, et d'aider. Il se calma un instant, se rapprocha d'elle et la fixa de ses yeux d'ambre. "Tu ne partiras pas", semblait-il dire.

Et il avait raison. Loin de la fumée âcre qui lui emplissait les poumons, et de la chaleur qui lui tétanisait les membres, Roxanna reprenait ses esprits. Elle ne pouvait pas partir, elle n'avait pas le droit. Si elle faisait ça, elle abandonnerait Robb, et Bran, et Rickon. Et elle avait promis à Père qu'elle les aiderait du mieux qu'elle le pouvait, en attendant son retour.

Elle se releva doucement, légèrement endolorie par sa chute, et lorsque Vent Gris s'en alla en courant en direction de l'incendie, la jeune femme vida sa tête avant de s'élancer à sa poursuite.
Le brasier était autrement plus impressionnant que celui qui avait calciné sa maison, lorsqu'elle était petite. Les flammes avait pris d'assaut la tour de la bibliothèque, et s'élevaient si haut dans le ciel que pendant un instant, Roxanna cru qu'elles touchaient les étoiles. Elle resta là, ébahie pendant quelques secondes, à regarder cet enfer se dérouler sous ses yeux, avant qu'on ne la bouscule violemment. Bien sur, elle n'était pas la première arrivée, et beaucoup de monde essayait déjà de stopper la voracité des flammes. Mais plus les seaux d'eaux s'enchaînaient, plus le feu redoublait de violence.

"Pourquoi..? Père avait utilisé de l'eau pour éteindre ma maison... Mais ça n'avait pas marché non plus... Il faudrait..."

-DU SABLE!

À ce moment là, Robb débarqua en trombe dans la cours menant à la bibliothèque. Roxanna se jeta sur lui.

-Robb! Robb, il faut que tu leur dise, l'eau ne marchera pas, il faut du sable!

Quelques ordres plus tard, les seaux s'étaient vidé pour se remplir de sable, trouver plus loin dans une grange prévue à cet effet. Au bout de presque une heure, l'incendie fut enfin maitrisé, et, éreintée, Roxanna s'assit à même le sol, et Robb ne tarda pas à la rejoindre.

-Comment as tu su? Qu'il fallait du sable? lui demanda-t'il, essoufflé.

-Lorsque Père m'a trouvée... Ma maison ne s'éteignait pas avec l'eau, alors ils ont pris autre chose. Père me disait toujours que lorsqu'un incendie démarrait à cause d'huile, ou d'alcool, l'eau ne faisait qu'attiser les flammes...

Elle se tourna vers son frère.

-Robb, tu comprends ce que ça veut dire? Quelqu'un a déclenché cet incendie. Ce n'était pas un accident.

Elle le scruta un instant. Comme il semblait avoir vieillit...
Elle s'en voulu, de ne pas avoir été là pour lui comme elle aurait du l'être. Tout ce poids sur ses épaules, et sa mère, folle, qui ne l'aidait en rien... C'était à Roxanna que ce rôle avait été donné, et elle s'en était montrée indigne. Le chagrin lui serra la gorge. Il fallait qu'elle dise quelque chose.

-Robb... Je suis désolée, j'étais perdue sans Père et...

-Tais toi.

Il tremblait. L'instant d'après, il la serrait dans ses bras.

-Ne m'abandonne plus jamais. Ton seigneur te l'ordonne! dit-il d'une voix étouffée.

Elle lui rendit son étreinte, resserrant sa prise autour de lui.

-Plus jamais, reprit-elle dans un souffle.

Elle ne savait pas combien de temps ils restèrent là, accrochés l'un à l'autre comme à un marin perdu en mer sur un bout de bois. Le froid commençait à s'insinuer dans leur chair, à raidir leurs muscles, mais ils se sentaient bien, comme un frère et une soeur qui se revoyait enfin depuis trop longtemps. Ce qui était leur cas.

Roxanna ne pensait plus à rien lorsque Robb s'éloigna brusquement. Son visage semblait dénué d'expression.

-L'incendie, tu as dis que ce n'était pas un accident? souffla-t'il d'une voix blanche.

-Non, je ne pense pas... Pourqu... Robb!

Il avait bondi comme un ressort, et s'élançait à toute allure entre les dédales du châteaux. Roxanna le suivit aussi vite qu'elle le pût, sans trop comprendre comment ce vent de panique avait pu arriver dans l'esprit de son frère, si vite.
Mais lorsqu'elle vit que Robb se dirigeait vers la tour ou son frère reposait, inerte, tout devint clair.

Bran avait toujours été un excellent grimpeur, un de ceux qui ne s'élançait jamais sans s'être assuré au préalable que la prise ne lâcherait pas sous son poids, ou bien qu'il ne glisserait pas car l'endroit ou il posait son pied était trop étroit. L'ascension de cette maudite tour, celle d'ou il avait chuté, il l'avait entreprit des dizaines, des vingtaines de fois sans avoir le moindre problème. Rosanna le sait, elle l'avait vu faire, et elle s'était souvent demandé, depuis son accident, comment une chose aussi bête et horrible avait pu se produire. La seule raison pour laquelle il aurait pu tomber, aurait été qu'on le poussa dans le vide. Mais qui aurait pu faire ça à un enfant innocent? Bran n'était pas dangereux, il n'y avait aucune raison de lui vouloir du mal! A moins qu'il ait été au courant de quelque chose, et qu'on ai voulu le faire taire. Et qu'aujourd'hui, quelqu'un était revenu afin d'achever le travail.

Robb n'avait peut être pas fait la même déduction, mais en tout cas, il était quasiment sur, tout comme la jeune femme, du danger imminent qui glissait vers son frère, tel un poison.

Les marches de la tour furent gravies en quelques secondes, et leur pire crainte fut confirmée.

Catlyn Stak gisait dans une marre de sang, secouée d'un rire hystérique, tendant ses mains devant elle comme pour montrer ce qui s'était passé. Elles étaient coupées jusqu'à l'os. Derrière la dame de Winterfell se trouvait un corps inerte, dont le sang encore chaud coulait de la tête, seulement retenue au corps par un lambeau de peau. L'homme tenait un couteau dans sa main...

-Par les Sept...

Roxanna fit un pas en avant, vers Catelyn, qui venait de s'évanouir. Robb la repoussa.

-Je m'occupe d'elle! Essaie de voir si Bran va bien!

Puis, soulevant sa mère comme une poupée de chiffon, il sortit de la chambre en trombe, appelant au secours.

Roxanna se retourna vers le lit du garçon. "Pitié, faites qu'il n'ait rien..." Elle effectua un pas en avant, et un terrible grognement la ramena à la réalité.
Sur le lit, aux pieds de Bran, se trouvait son loup. Son pelage était taché de rouge, et il n'y avait aucun doute qu'il avait voulu défendre son maître en aidant la dame de Winterfell à se débarrasser de son ennemi. Seulement, même si le danger était écarté, il ne semblait pas disposé à laisser qui que ce soit s'approcher de Bran.

Prudemment, Roxanna avança à petit pas, les mains ouvertes et tendues en avant, pour montrer qu'elle n'allait blesser personne.

-Je ne te ferais pas de mal, murmura-t'elle au loup. Ni à ton maître, c'est promis. Je veux juste m'assurer qu'il n'a rien. Aller, laisse moi passer... Il faut que je sois sure...

Cette intonation douce, presque suppliante dans sa voix, suffit à faire partir le loup. Il se plaça à l'entrée de la chambre, pour surveiller le passage.

Avec précipitation, Roxanna souleva les draps.

Rien. Bran était indemne. Pas la moindre trace, pas la moindre éraflure sur son petit corps rabougri par la maladie. Avec un soupir de soulagement, et un rire nerveux, elle recouvrit l'enfant de sa couverture, et se laissa glisser contre le mur. Elle attendit sans bouger jusqu'à ce que quelqu'un d'autre prenne sa place. Une fois dans sa chambre, elle but une bouteille entière de lait de pavot, et s'effondra sur son lit.

oOoOo

Les jours avaient passé depuis l'attaque. Roxanna avait repris ses vieilles habitudes. Elle traînait dans la cour du château, dans les tours, dans les cuisines, sans but. Elle le faisait parce qu'elle le pouvait.
Catelyn Stark avait dormi longtemps, et ne s'était réveillée que depuis deux jours. L'état de Bran, lui, demeurait inchangé. Quand à Robb, elle n'avait pas eu l'occasion de le revoir, même si elle s'était promis de ne plus l'abandonner.

Une grande agitation régnait ce matin là dans la cour de Winterfell. Légèrement curieuse, Roxanna essayait de comprendre ce qui se passait. Elle arriva juste à temps pour voir lady Stark partir au grand galop avec une escorte réduite. Robb se tenait debout, à l'embrasure de la grande porte. Silencieusement, la jeune femme s'avança jusqu'à se tenir à ses côtés.

-Que se passe-t'il Robb? Ou va ta mère? demanda-t'elle doucement.

Avec une froideur qu'elle ne lui connaissait pas, il lui répondit d'un air mauvais:

-En quoi ça te regarde ce que la mère de ton seigneur peut faire?

Roxanna, piquée au vif, mit quelques instants avant de répliquer.

-Ton père est mon seigneur, redescend de ton piédestal, il serait dommage que tu en tombe tout seul en te ridiculisant et que tu te rende compte de la bêtise dont tu fais preuve.

Sous sa tignasse auburn, Robb vira au rouge, et s'éloigna à grand pas furieux.

Son soudain accès de méchanceté avait surpris la jeune femme. Il lui était arrivé de s'adresser à elle parfois avec mépris, parfois avec dédain, mais elle le remettait à sa place et l'aîné de la fratrie s'excusait platement dans les secondes qui suivaient. Mais pas cette fois ci. Sous ses traits tirés, ses yeux cernés, se devinaient l'inquiétude et le désarroi, pourtant il avait tout fait pour le cacher.

Après quelques instants de réflexion, Roxanna songea que peut être le stress achevait-il de transformer son frère, qui depuis le réveil de lady Catelyn avait été promu au rang de Seigneur de Winterfell, afin de remplacer son père et de tenir le château en l'absence de sa mère. L'idée lui vint pendant une seconde d'aller s'excuser auprès de lui. Idée qu'elle écrasa mentalement comme elle l'aurait fait avec une vulgaire mouche.

"Il n'avait qu'à pas me parler de cette façon", rumina-t'elle, l'esprit noir.

Instinctivement, elle se dirigea vers la tour de Bran. Elle venait souvent se confier à son jeune frère, même si elle savait pertinemment qu'il ne l'entendait pas. Mais en un sens, cela rendait la tâche beaucoup plus facile.
Elle grimpa donc les marches deux à deux, sa colère décuplant sa vitesse, ouvrit la porte de la chambre du jeune garçon, la referma derrière et s'assit près du lit.

Tout d'abord, elle ne dit rien. Elle écoutait le silence, la respiration régulière de Bran assurée par la présence de son loup (sans lui, le souffle du petit devenait saccadé). Elle appréciait ce moment de calme, et puis, naturellement, elle se mit à parler.
Le flot de ses paroles s'écoulait calmement, son ton restait monotone et toujours agréable à entendre, comme une sorte de berceuse naturelle. Elle racontait ses journées à Bran parce que cela lui faisait du bien à elle, et semblait lui faire du bien à lui. Inlassablement, elle lui racontait les moindres détails de ce qui avait pu se passer, donnait ses propres impressions sur la situation, lui demandait son avis plus pour la forme qu'autre chose bien qu'elle voulait croire qu'il finirait par lui répondre.
Parfois, son loup se déplaçait vaguement dans la chambre, allant de la fenêtre de droite à celle de gauche, autant pour se dégourdir les pattes que pour observer le monde extérieur. Roxanna était persuadée que le grand air lui manquait, aussi, elle avait essayé une fois de l'emmener avec elle ne serait ce que dans la cours du château. Elle s'était promis de ne plus jamais recommencer si elle tenait un tant soi peu à la vie. Le loup avait grondé si fort que des personnes en bas de la tour avaient accouru, croyant à une nouvelle attaque contre le jeune Stark. La petite brune avait parfaitement compris que si les loups la respectaient et acceptaient sa présence, elle ne pouvait pas non plus en faire de trop...

Quoiqu'il en soit, elle ne compris pas tout de suite ce que arriva sous ses yeux. Un tressaillement à peine perceptible fit réagir le loup, mais pas la jeune femme dont le débit de parole ne s'interrompait pas. Et soudain, un cri. Un cri d'enfant, qui fit sursauter Roxanna et lui arracha le tympan par la même occasion tant il était proche d'elle. Affolée, elle se tourna vers Bran avec l'intention de se jeter sur lui pour le protéger si quoi que ce soit arrivait, avant de se rendre compte, bouche bée, que le cri venait du petit garçon lui même.
Les joues légèrement rosies par son cauchemar, les yeux dans le vague, il semblait perdu. Perdu, mais éveillé.

Elle bondit comme un ressort, et hurla à s'en briser la voix.

-ROBB! ROBB!

Elle hésitait à sortir de la chambre pour aller le chercher, de peur qu'à son retour, le petit ne soit de nouveau dans un autre monde. Elle trépignait entre l'entrée de la chambre et une partie du couloir, un sourire dément sur le visage, et hurlait toujours plus fort, jusqu'à ce qu'au détour de la porte, au moment ou elle allait de nouveau sortir de quelques mètres dans le couloir, elle se heurta si fort à son frère qu'il dut la retenir pour qu'elle ne tombe pas. Elle scotcha ses yeux dans les siens, l'air béat, et la colère qu'elle avait pu éprouver pour lui s'évapora aussitôt. Quand à Robb, son regard trahissait encore la méchanceté qu'il lui vouait depuis ce matin, mais cet air disparût bien vite pour laisser place à l'étonnement.
Il s'avança de quelques pas dans la chambre de son frère, déposant Roxanna comme un vulgaire bibelot contre le mur, côté couloir. Elle était encore tout essoufflée, mais elle entendit très distinctement la voix de Bran lorsqu'il s'adressa à son aîné:

-Il s'appelle Été.

oOoOo

Depuis le réveil de Bran, Roxanna se sentait revivre. Elle ne quittait quasiment plus la chambre du petit, trop heureuse de le voir vivant. Estropié, mais bel et bien vivant. Robb lui même semblait délaisser les fonctions importantes qui lui avaient été confiées pour profiter de son petit frère.
Certes, il ne pourrait plus jamais marcher, et cela laissait un arrière goût amer à la jeune femme, à chaque fois qu'elle devait le laisser seul pour s'occuper du château. D'ailleurs, beaucoup avait déjà essayé de lui arracher quelques bribes d'information, un souvenir, n'importe quoi, de son accident. Mais il ne se souvenait de rien. Il n'y avait donc personne à blâmer, et plus le temps passait, plus cela rendait la jeune femme malade.

Malgré cela, elle passait ses journées à son chevet lorsqu'elle le pouvait. Elle lui racontait ses journées, lui comptait des histoires lorsqu'il était de bonne humeur. Et puis, certains jours, lorsque la peine devenait trop forte d'être devenu impotent, et que l'absence de sa mère lui semblait insurmontable, elle essayait de lui faire comprendre. Pourquoi Père n'était plus là, et avec lui les filles, pourquoi Jon était parti, comme lady Catelyn... Mais ses réponses ne rassasiaient pas l'enfant, qui s'enfermait petit à petit dans un mutisme dégouté.

La jeune femme commençait à paniquer. Il fallait faire quelque chose, il ne pouvait pas rester dans cet état, pas après tout ce qu'il avait subi! Bien sur, lui rendre l'usage de ses jambes était impossible. Mais une idée lui vint lorsqu'elle traînait, comme à sa mauvaise habitude, près de l'écurie.
Une heure plus tard, elle toqua à la porte du jeune Stark, accompagnée d'un géant, un peu limité, qui se saisit de l'enfant et se mit à le porter comme le ferait un cheval. Très vite, les protestations virulentes firent place aux rires, et Roxanna sut que cette manche était gagnée.

Depuis le réveil de Bran, elle arrivait même à s'occuper de Rickon, qui était devenu plus proche du loup que de l'Homme. Avec une patience infinie, elle avait réussi à l'approcher, le rassurer, le consoler. Il se baladait maintenant dans la cours du château comme si de rien n'était, au lieu de se terrer dans la crypte comme lorsqu'elle l'avait trouvé.

En un mot comme en cent, tout se déroulait comme si rien n'avait changé. Bien sur, Père lui manquait, horriblement. Et ses soeurs. Et Jon. Mais elle s'occupait tellement des enfants qu'elle avait à peine le temps de penser à eux. Parfois, tard le soir, seule dans son lit, leur absence devenait tellement insupportable qu'elle avait le souffle coupé. Et parfois, elle oubliait.

Un jour, le lutin Lannister, rentrant du mur, déposa le croquis d'une scelle qui pourrait permettre à Bran de remonter à cheval. Outre le fait que Tyrion revienne de chez la Garde de Nuit, et que cela déclenchait chez elle un pincement au coeur de savoir qu'il avait vu Jon bien plus souvent qu'elle depuis un moment, la jeune femme lui était reconnaissante d'essayer d'apporter un peu de bonheur à un enfant estropié, tout en sachant pertinemment qu'il n'était pas apprécié dans le Nord, et encore moins à Winterfell.

Quelques jours plus tard, Bran, Theon et Robb partir en forêt, pour inaugurer la nouvelle selle de l'enfant. Cela faisait quelques jours désormais, que Robb était redevenu taciturne, comme si quelque chose n'allait pas. Mais Roxanna ne s'en inquiéta pas outre mesure, elle se doutait que son devoir de seigneur devait être fatiguant.

Pourtant, lorsqu'elle les vit revenir de cette balade, les traits de Robb étaient encore plus tirés que d'habitude, et sa mâchoire bien trop crispée pour que cela tienne du hasard. Sentant un malheur arriver, elle s'était précipitée vers Bran pour l'aider à descendre de cheval et le porter jusqu'à Hodor, le géant simplet de l'écurie, avant de remarquer qu'il saignait.
Une coupure aussi longue que la lame d'un grand poignard se dessinait sur sa cuisse, et elle était suffisamment profonde pour que l'enfant ai besoin de points de sutures. Foudroyant Robb du regard pour avoir laisser une telle chose arriver, elle ne dit cependant rien, et emmena l'enfant, avec l'aide d'Hodor, jusqu'à sa chambre. Mestre Luwin s'occupa de sa blessure pendant qu'elle attendait dans le couloir, Robb en face d'elle, penaud. Au bout de plusieurs minutes, elle ne put se retenir.

-Est ce que je peux savoir ce qui t'es passé par la tête quand tu as décidé d'abandonner ton petit frère impotent au milieu d'une forêt qui s'avère depuis peu, être peuplée de loup-garous et de sauvageons?!

-Vent Gris et Été s'étaient enfuis, je voulais les rattraper, et Theon m'a suivi pour me parler...

-Et lui, il a quoi dans le crâne? De la purée?

-Roxanna, soupira Robb, il essayait de me convaincre de soulever le ban du Nord...

-Pourquoi voudrais tu faire une chose pareille? bouda la jeune femme, ne comprenant pas totalement la portée de ces mots.

Alors passa sur le visage de Robb un air qu'elle détestait. Elle l'avait déjà vu à la chasse, c'est une expression qu'il prenait lorsqu'il s'apprêtait à achever sa proie. Une expression qui mélangeait la pitié, la peur, et la désolation. Il prit sa respiration avant de recommencer à parler, ne lui laissant pas le temps de paniquer.

-Père s'est fait attaquer à Port-Réal. Mère a capturé le lutin, et le Lannister s'est vengé sur lui. Il lui a tendu une embuscade. Jory Cassel est mort, et Père est... dans le coma.

-Très bien. Dis à Bran que je suis désolée de ne pas pouvoir rester avec lui. Je m'en vais pour le Sud. Je vais retrouver Père.

Elle avait parlé dans un souffle, d'une voix vide d'émotion. Peut être ne réalisait-elle pas encore. Peut-être que la peur de le perdre l'empêchait de ressentir quoi que ce soit. Mais il était hors de question qu'elle reste ici.
Un air surpris sur le visage, Robb s'exclama:

-Mais... Que... Enfin tu n'iras nul part! Père est en sécurité, le roi le protège. Les Lannister vont payer, si c'est ce qui t'inquiètes, mais tu ne peux pas partir pour le Sud!

Mais elle ne l'écouta pas. Elle lui tourna le dos, et se mit à marcher en direction de sa chambre, à grand pas. Il l'attrapa par le bras, la forçant à le regarder.

-Tu n'iras nul part! Tu vas te faire tuer!

Cette fois ci, il n'y avait plus aucune surprise dans son regard, mais une colère noire d'imaginer sa soeur l'abandonner à nouveau.

Sentant les larmes lui monter aux yeux, elle se sentit désolée pour son frère. Mais entre lui et son père, le choix était déjà fait. Elle devait tout à cet homme en souffrance, si loin de chez lui. A Robb, elle ne devait rien.

Il la lâcha, imaginant que ceci avait suffit à la dissuader. Elle courut pourtant en direction de sa chambre, empaqueta le peu de bien qu'elle avait, et se tint prête. La nuit tombée, elle emprunta des passages que personnes ne fréquentaient, que seuls elle et Jon connaissaient. Elle arriva au pied d'un mur qui n'était pas très haut, et un peu effondré. Elle prit bien soin de ne faire aucun bruit en escaladant, et en un rien de temps, elle se retrouva de l'autre côté de la muraille, en dehors de Winterfell.

Transie de froid, elle se mit à marcher en direction du seul village qu'elle connaissait, le plus proche. Sans aucune hésitation, elle avançait dans la nuit.


Seigneur qu'est ce que j'ai eu du mal à le pondre celui là! Oui parce qu'avec les études, je n'ai pas le temps. Du coup, il avançait, petit à petit, parfois même paragraphe par paragraphe... Je voulais le finir, j'en avais trop marre! x)

Du coup, j'espère que ça vous a plus, malgré l'attente. Et je vous le dit tout de suite: prochain chapitre pendant les vacances de Noël.

Encore une fois désolée pour les fautes (là j'ai vraiment la flemme de me relire, je veux juste uploader et basta!), et si certains mots/noms vous semblent bizarre, mal orthographiés, voir parfois carrément hors contexte dans la phrase ou ils se trouvent, c'est parce que mon (nouvel) ordinateur se corrige tout seul! Et je ne sais pas comment l'en empêcher! Il se croit malin à me remplacer des "Catelyn" par "Catellaya"...

Bref, à bientôt! :)