Bonjour bonjour!

Et bien aller, nouveau chapitre!


Sa main retombait lentement, d'un geste qui parut maitrisé. En réalité, elle était mortifiée.

Derrière elle, la foule rugissait son contentement. Des gens continuaient d'envoyer des pierres, des détritus, et toutes sortes de choses qu'elle n'arrivait pas à identifier – qu'elle ne voulait pas identifier. Un peu plus loin sur l'estrade, Sansa, qui avait hurlé et pleuré toutes les larmes de son corps, qui avait supplié ce misérable et répugnant marmot se prenant pour un roi, s'était étalée sur le sol, évanouie. Quant à la reine, elle semblait particulièrement contrariée, tout comme un homme tout poudré de blanc et assez large de panse. Roxanna était assez prêt pour voir la ride sur le front de l'homme, et la mâchoire crispée de Cersei Lannister. Apparemment, eux non plus ne s'attendaient pas à un tel verdict.

Et là, à quelques mètres d'elle, se tenait le responsable. Le monstre.

Il lui fallut un effort presque surhumain pour tourner la tête, afin de fixer cette immonde petite ordure autrement que du coin de l'œil. Sur son ignoble visage satisfait se dessinait un sourire, des dents blanches entourées de lèvres aussi grasses et roses que les vers que l'on trouve sur le sol après une forte pluie. Une moue boudeuse d'enfant trop gâté s'ajoutait au reste, sur cette trogne de roitelet de pacotille, le rendant aux yeux de Roxanna encore plus laid que la première fois qu'elle l'avait aperçu, à Winterfell.

Elle voyait rouge, désormais. Sa main avait fini par se poser le long de son corps, et le poing serré de fureur, ses ongles s'enfoncèrent dans sa peau sans qu'elle s'en rende même compte. Elle avait déjà haïe quelqu'un de la sorte dans sa vie : l'être affreux qui fut son père autrefois, mais elle était bien plus jeune, et complètement désemparée. Elle n'avait jamais songé à le tuer, malgré tout ce qu'il avait pu lui faire subir. Mais aujourd'hui, tout était différent. Elle n'était plus cette petite fille sans défenses, et surtout, maintenant, elle n'avait plus rien à perdre. Qu'on la passe au fil de l'épée, qu'on la torture, tout cela lui était bien égal, du moment qu'elle pouvait monter sur cette estrade et tordre le cou de ce misérable petit morveux, jusqu'à lui faire perdre l'envie de sourire, et cette stupide moue.

Alors que la haine se répandait en elle comme un poison, et qu'elle s'apprêtait à avancer pour tuer Joffrey coûte que coûte, il fût trop tard. Dans un envol de soie, il tourna le dos à la foule, traversa l'estrade, la descendit, entra dans sa litière. Et disparut. Tous les autres l'avaient suivi, emmenant le corps de lord Eddard avec eux.

En un instant, tout s'arrêta. Elle ne sentait plus rien. Ni le goût métallique du sang dans sa bouche, ni son odeur âcre sur le sol, ni la chaleur du soleil qui la mettait en nage, plus rien. Derrière elle, la foule se calma, se dissipa et finit par quitter le lieu de l'exécution comme si de rien n'était, comme s'ils venaient d'assister à un spectacle ou à une messe. Rien de plus. Pourtant, le sens de sa vie à elle venait d'être perdu. Elle ne parvenait plus à réfléchir, où même à penser à quoi que ce soit. Son père – son père – venait de perdre la vie, là, devant ses yeux, et elle n'avait rien pu faire. L'homme à qui elle devait tout, y compris le fait d'être encore capable de marcher parmi ces gens aujourd'hui, elle n'avait pas pu le sauver. Elle ne comprenait pas comment cela avait pu se produire, comment cela avait pu arriver. C'est pourquoi, au lieu de ressentir la traditionnelle douleur qui suit la perte d'un être aimé, c'était l'incompréhension qui engluait son esprit comme une mouche l'aurait été dans du miel.

Elle avait pourtant été là, à quelques centimètres de lui, elle avait tendu le bras, lui avait presque saisi la main… Joffrey avait pourtant semblé accepter les excuses et l'allégeance de lord Eddard, Sansa semblait pourtant sereine. Quelle partie de cette histoire avait fait que tout dérape ainsi ? Et plus Roxanna essayait de réfléchir, de comprendre, moins elle y parvenait. Alors, quand tout devint trop compliqué, elle vida son esprit.

Une coquille vide, voilà ce qu'elle était devenue.

Elle resta là, plantée au même endroit, jusqu'à ce que le ciel soit noir d'encre. La place était vide désormais, seuls quelques mendiants s'y tenaient encore, avec elle. À ce moment, elle se dit qu'il faudrait peut être qu'elle s'en aille. Cet endroit ne lui apporterait rien de toute façon.

Machinalement, elle se mit en route sans savoir vraiment ou aller, ni sans y réfléchir. Ses pieds la portaient, voilà tout. Elle traversa des dédales de rues, ou les gens parlaient, riaient, ayant déjà oublié ce qui s'était passé quelques heures plus tôt. Cependant, si alors Roxanna était incapable de comprendre comment ils pouvaient en faire autant, elle s'en moquait désormais complètement. Il lui parvenait des odeurs des étales des boulangers, des pâtissiers, des poissonniers… Mais encore une fois, tout lui semblait inconnu.

Elle erra de la sorte jusqu'à atterrir devant le bordel qui lui tenait lieu de domicile. Elle entra comme si de rien était, ayant oublié qu'elle ne devait pas être vue des clients. Elle traversa les couloirs, les pièces, et arriva enfin à la chambre de Rose, communicante avec la sienne.

La rousse se tenait face à son miroir, était occupée à brosser ses cheveux ébouriffés suite à une rencontre particulièrement bien payée, d'après l'énorme bourse posé sur la coiffeuse.

- Comment s'est passée ta sortie ? On m'a dit qu'il y'a eu du grabuge, prêt du septuaire de Baelor. T'y étais ?

Ayant apparemment perdu l'usage de la parole, Roxanna n'ouvrit même pas la bouche. De toute façon, elle était quasiment sûre qu'aucun son n'en serait sorti. Interpellée par le silence, Rose se retourna vivement, un air sévère sur le visage. Air qui se décomposa aussitôt, pour laisser la place à la surprise puis à l'inquiétude.

La jeune femme se leva d'un bond, saisit la petite brune par le bras et la fit s'asseoir à sa place, devant le miroir. Elle quitta la pièce et revint quelques instants plus tard avec un baquet d'eau chaude, et commença à parler à Roxanna, à lui poser des questions, mais elle ne lui répondit pas. Elle prit le temps de se regarder dans le miroir, avant que Rose n'entreprenne de la nettoyer.

Sa robe marron était beaucoup plus sombre par endroit, là ou le sang avait séché. Sur son visage d'une pâleur de craie se dessinait des giclures rouge foncé, presque noires. Le sang s'était craquelé par endroit, mais n'était pas tombé. Il était resté extrêmement bien accroché à la racine de ses cheveux, sur ses joues, son front, ses yeux, et même les coins de sa bouche…

La rousse frotta énergiquement, et lorsque son visage fut propre, elle la déshabilla, la fit entrer dans un bain chaud, et lui lava les cheveux. Lorsqu'elle eut fini, elle donna à Roxanna à boire, et à manger, comme on nourrirait un enfant de cinq ans à la becquée. Enfin, elle la fit s'allonger dans la pièce à petite fenêtre qu'était sa chambre, lui somma de dormir, et referma la porte.

N'ayant plus la moindre volonté, la jeune femme ferma les yeux, et sombra.

0o0

Le lendemain matin, elle fut réveillée par la lumière du jour.

Elle se sentait encore complètement vide, et douta que cela change un jour. Elle resta dans son lit, sans rien faire, à attendre pendant ce qui aurait pu être dix secondes, dix minutes, dix heures, lorsque Rose frappa et entra.

Roxanna se redressa lentement, et la regarda. Elle semblait désolée.

- Je sais que tu es bouleversé, même si je sais pas par quoi. Mais ce que je vais te dire va surement pas arranger ton état… Hier, quand t'es rentrée, des clients t'ont vue. Ils t'ont trouvé à leur goût, et celui qui s'occupe du bordel… Il laisserait jamais un possible profit filer. Il a préparé une chambre pour toi, il veut voir ce que tu vaux avant de te conseiller aux clients…

Étrangement, cette nouvelle ne lui fit ni chaud ni froid.

- Je dois t'y emmener… viens.

Rose saisit la petite brune par le bras, et cette dernière se laissa traîner sans broncher. Oh, elle comprenait très bien ce qui lui arrivait, mais plus rien ne semblait avoir d'importance. La pensée d'un homme abusant d'elle l'aurait tétanisée il y'a peu de temps. Maintenant, tout cela la laissait indifférente.

Lorsqu'elle entra dans la chambre qui lui était désormais attribuée, elle ne montra pas la moindre émotion. La pièce était grande, avec un point d'eau creusé à même le sol. Partout, on trouvait des matelas, des coussins moelleux, des plumes, des voiles, tout dans les tons bleus, et des accessoires inconnus de Roxanna. Elle disposait, comme dans la chambre de Rose, d'une coiffeuse, et d'une gigantesque armoire contenant toutes sortes de tenues vaporeuses, transparentes, légères.

À quelques mètres, assis sur un fauteuil, se trouvait le gérant sans aucun doute. Rose lui lâcha le bras, et la petite brune n'esquissa pas un mouvement. Elle restait plantée comme un piquet à l'endroit ou on l'avait menée, tant et si bien que c'est l'homme assis sur le fauteuil qui dut venir à elle.

- Elle parle ?

Il avait une voix déplaisante, qui semblait vous cacher quelque chose. Il n'était pas beaucoup plus grand que Roxanna, avec des cheveux poivre et sel, et un petit oiseau argenté accroché au col.

- Peu. Mais depuis hier soir, rien, répondit Rose.

Tournant autour d'elle exactement comme un chat tourne autour d'une possible proie, il l'examinait. Il se retrouva à nouveau en face d'elle, saisit sa mâchoire d'une main et fixa ses yeux.

- Verts. Pas commun.

Son haleine sentait la menthe.

Tenant toujours sa tête, il la fit pivoter.

- Joli visage. Traits fins, tu as l'air jeune. J'imagine que si je te demande ton âge, tu ne me répondras pas, n'est ce pas ?

Roxanna n'ouvrit même pas la bouche. L'homme lâcha son visage, passa sa main dans le cou de la jeune fille, et tira le nœud qui retenait la robe que Rose lui avait prêté, en attendant que la sienne soit nettoyée du sang.

La petite brune se retrouva nue comme un vers, ne frissonna même pas.

- Bien. Je dirais seize ans, dit le gérant en inspectant sa poitrine, ses jambes, ses fesses. Bel état, quoiqu'un peu maigre. Montre nous ce que tu sais faire.

Il claqua des mains, et une autre jeune femme apparue. Elle portait un voile transparent qui laissait voir chaque partie de son corps, à l'exception d'un bout de tissu lui tenant lui de sous-vêtement, retenu sur les côtés par des lanières de cuir. Aussitôt, elle se jeta sur Roxanna, l'embrassa goulument, la caressa, partout, mais cette dernière ne bougea pas d'un cil. Elle se sentait comme quelqu'un vaguement embêté par une mouche qui lui tournerait autour. Au bout de quelques minutes, se rendant compte que ses efforts étaient vains, et que la petite brune ne réagirait pas, elle s'écarta. Roxanna vit alors le visage du gérant, nettement plus contrarié qu'avant.

Il recommença à tourner autour d'elle.

- Que puis je faire de toi ? Tu es belle, jeune, et tu parles peu ou pas, ce qui contente la plupart du temps le client. Mais tu ne fais rien. Je ne pourrai jamais te vendre…

Il se mordillait les lèvres, quand soudain :

- À moins que je ne te donne quelque chose de plus exotique. Tu es assez pâle pour qu'on fasse croire que tu viens de Quarth, et les hommes seront assez stupides pour le croire. Mettez la à la mode des cités libres.

Puis, sans un mot de plus, il s'éclipsa, de même que Rose et l'autre jeune femme. Roxanna resta nue et debout, jusqu'à ce qu'un autre homme rentre dans la pièce. Il avait la peau mate et les cheveux d'un vert tendre. Sans aucun ménagement, il la fit s'asseoir, et sortit des aiguilles, des bijoux, des pots d'encres.

Elle passa une bonne partie de la journée à se faire percer les oreilles, le nez, le nombril pour y insérer des bijoux en or, couverts de pierres précieuses, mais également à se faire encrer la peau avec des motifs complexes. Lorsqu'il eut fini sa besogne, l'homme s'en alla, et lui succéda d'autres servantes, qui vinrent éponger le sang, la nettoyer, l'habiller, la coiffer, la maquiller. Le crépuscule pointait à travers les grandes fenêtres lorsque l'homme à la broche d'oiseau revint l'examiner.

D'enthousiasme, il applaudit.

- Bien, avec ça, parfait. Je te ferais passer pour une quarthienne, capturée et vendue en esclavage à Westeros. On dira que le choc t'a rendu muette, et que là bas, les mœurs veulent que les femmes obéissent aveuglément aux ordres, sans prendre aucune initiative. Et si quelqu'un se rend compte que tu ne viens pas d'Essos, peu importe. Je trouverai toujours un homme qui appréciera de baiser une femme objet. Tu commences demain.

Il fit un dernier tour autour d'elle, puis disparut de nouveau.

Roxanna attendit encore, avant d'entendre son estomac gronder. Elle n'avait rien avalé depuis le moment ou elle s'était levée, qui devait sans doute être le matin. Ne sachant trop que faire, elle attendit un peu plus. Puis, machinalement, retourna vers la chambre de Rose.

Lorsqu'elle entra, la rousse semblait discuter passionnément avec un homme, qui la regardait avec avidité. Lorsque cette dernière se rendit compte qu'elle n'était plus la seule femme présente dans la pièce, elle se leva d'un bond et se dirigea vers Roxanna.

- Je suis occupée là, qu'est ce que tu veux ?! murmura t'elle sauvagement.

Pour toute réponse, le ventre de la jeune femme gronda de nouveau. Avec un soupir, Rose s'excusa auprès de l'homme, et poussa Roxanna vers la porte.

- Les cuisines sont au sous sol. Va te chercher quelque chose, et me dérange pas !

Elle la jeta dehors, et claqua la porte. Alors, instinctivement, Roxanna descendit une volée de marches, se retrouva dans les cuisines, prit le premier bol devant elle, et remonta dans sa chambre. Elle mangea, mais la nourriture n'avait aucun goût. La jeune femme n'aurait su dire si cela était du à la pauvre qualité de ce qu'elle mangeait, ou bien si le choc lui avait aussi retiré cette faculté.

Une fois l'écuelle finie, elle la laissa au sol, se déshabilla (ce qui ne prit pas longtemps vu son accoutrement) et se coucha sur les coussins. Elle n'avait pas froid, ni chaud. Elle n'avait pas peur, ni mal, ni rien du tout. Elle subissait, sans vraiment trop se rendre compte. Et lorsqu'elle avait faim, elle mangeait. Lorsqu'elle avait besoin de dormir, elle dormait. Tout se résumait à des actions simples, qui ne demandaient pas trop de réflexions.

Alors que le ciel était noir, dehors, elle ferma les yeux.

0o0

Le premier homme qu'on lui amena était tout bonnement répugnant.

Un regard pervers, un sourire tordu, un ventre énorme, il sentait extrêmement mauvais, et semblait particulièrement violent. Et surtout particulièrement riche.

- Une nouveauté qui devrait amener un peu de fraîcheur pour un habitué tel que vous, susurra le petit homme aux cheveux gris d'une voix mielleuse.

Sans rien dire de plus, il referma la porte.

L'homme s'avança, la dévisagea. Roxanna ne cilla même pas, le regardait sans vraiment le voir.

Il défit ses chausses, les laissant tomber à terre, puis appuya si fort sur l'épaule de la jeune femme qu'elle en tomba à genou. Aurait elle voulu résister qu'elle en aurait été incapable. Elle se retrouva à quelques centimètres de son membre tendu.

- Tu sais ce que tu as à faire.

Et sans attendre quoi que ce soit d'autre, il la saisit par les cheveux, pressa sa tête contre son bas ventre jusqu'à ce que la jeune femme ouvre la bouche et fasse ce pour quoi elle était payée.

L'homme lui imposait le rythme, et tirait tellement fort sur ses cheveux qu'elle s'étonna de ne pas les voir s'arracher de sa tête. Il poussait des râles répugnant, semblait apprécier la manœuvre. Parfois, il appuyait tellement que la jeune femme s'étouffait et était prise de haut le cœur, mais cela ne semblait pas déranger l'homme, qui continuait comme bon lui semblait. Ce manège tordu et avilissant dura un certain temps, elle n'aurait su dire combien de minutes, et l'homme termina enfin dans un cri de jouissance. Il la relâcha enfin, et alors qu'elle s'apprêtait à recracher le liquide chaud qui lui obstruait la gorge, l'homme la saisit de nouveau et la regarda droit dans les yeux.

- Avale.

Sans la moindre volonté, les yeux toujours vide, la jeune femme déglutit.

Elle pensait que l'homme s'en irait, mais elle se rendit compte peu de temps après qu'elle avait été bien naïve de croire ça. Pendant une heure entière, il lui exigea des massages, des caresses étranges, qu'elle effectuait sans trop y réfléchir, et lorsqu'il fut de nouveau prêt, il se dirigea vers l'armoire. Il en sortit des liens en cuir, qu'il passa dans un anneau accroché au mur.

- Viens ici.

Roxanna s'approcha, silencieuse, le regard toujours vide. Il lui accrocha les mains aux liens, et serra si fort qu'elle sentit ses mains s'engourdir. Puis il disparut derrière elle.

Elle sentit alors une main dans son dos qui la forçait à se courber. Elle s'exécuta, et elle le sentit s'insérer en elle.

Il commençait ses vas et viens au son répugnant de son souffle court. De toute évidence, l'homme en avait pour son argent.

Et alors qu'il venait, de plus en plus fort, taper contre ses fesses tout en enserrant les hanches de la jeune femme dans ses mains, Roxanna ne bougeait pas, ne disait rien. Ne ressentait rien.

Pendant une minuscule seconde, elle crut se souvenir d'une situation semblable. Elle vit une grange, de la paille, son père qui la maintenait à quatre pattes alors qu'elle pleurait… Mais la seconde passa, son esprit se vida de nouveau, et elle se laissa faire, docile et soumise.

L'homme resta avec elle la journée entière. Il abusa d'elle plusieurs fois, et lorsque le ciel commençait à prendre une couleur orange, il lâcha une énorme bourse sur la coiffeuse de la jeune femme.

- Je reviendrais.

Il ferma la porte derrière lui. Roxanna eu à peine le temps de laver ses cuisses, dont l'intérieur était poisseux, qu'un autre homme entrait déjà dans la chambre.

Ainsi devint son quotidien. Elle était violée plusieurs fois par jour, mais son manque de réaction excitait (ou frustrait ?) les clients qui venaient la voir, qui en redemandait à chaque fois toujours plus.

On lui fit faire des choses répugnantes, des choses humiliantes, des choses douloureuses, et pourtant, toujours rien. Les prunelles d'émeraudes restaient constamment vide, et la jeune femme exécutait toujours les ordres sans la moindre parcelle d'un sentiment quelconque.

Une fois, un homme la frappa si violement que la chair à l'arrière de ses cuisses éclata, et elle du rester plusieurs jours allongée sur le ventre, à attendre que tout cicatrise.

Une autre fois, elle se rendit compte qu'elle était enceinte car elle n'avait pas saigné depuis plus d'un mois. Cette information n'avait pas échappé au gérant, qui lui vit parvenir une petite fiole. Elle la but, et le lendemain, assaillie de terribles crampes d'estomac, elle saigna de nouveau.

Souvent, on lui racontait des choses personnelles ou non, des opinions ou des histoires, on lui faisait des déclarations d'amour, et le lendemain on la battait sans scrupule.

Mais rien de tout ça ne faisait revenir la personne qu'elle était avant. La jeune femme, complètement vide, attendait que le temps passe.

Un jour pourtant, elle eut un déclic. Un homme qui l'avait louée lui racontait à quel point le roi Joffrey était un merveilleux souverain, et légitime ! Et que jamais Stannis Baratheon ne parviendrait à prendre Port Réal tant que leur bon roi les protégerait. Roxanna se souvint alors : elle ne connaissait rien à la guerre, ou aux armées, mais il était vrai que Port Réal avait des murs qui lui semblaient encore plus hauts que ceux de Winterfell, et personne n'avait jamais pris la demeure des Stark. Alors personne ne réussirait à prendre Port Réal, et Joffrey ne mourrait pas.

Sauf si on s'attaquait à lui depuis l'intérieur. Sauf si elle le tuait.

Elle ne comprit pas pourquoi, ce jour là plus qu'un autre, lui avait rendu sa colère et sa hargne de vivre, mais elle s'en moquait. Elle savait désormais ce qu'elle devait faire : venger son père en faisant subir le même sort à son bourreau.

À partir de ce moment là, sa vie au bordel devint plus difficile, à commencer par le fait que, comme auparavant, n'importe quel attouchement lui donnait des envies de meurtres. Pour garder un toit au dessus de sa tête, elle se contrôlait, mais elle ne pouvait s'empêcher de pousser des hoquets de douleur de temps à autres, de lancer des regards assassins aux hommes qui rentraient dans sa chambre, ou de bâcler le travail lorsqu'on lui ordonnait quelque chose. Le petit home aux cheveux gris passa la voir plusieurs fois, pour la menacer, mais rien n'y fit. Elle attendait patiemment qu'on lui annonce une chose bien particulière, qui la déciderait à agir. Elle devint hermétique à toutes les nouvelles qu'on pouvait lui apporter de tout Westeros, n'en recherchant qu'une seule : une audience du Roi à son peuple. Et elle vint.

Roxanna l'apprit la veille, par un vieillard aviné qui s'amusait à lui lécher le ventre. Lorsqu'il partit, elle verrouilla sa porte, et se mit à réfléchir. Elle allait amasser quelques pièces, sortir, et s'acheter une robe convenable pour qu'on ne la remarque pas trop. Elle allait également faire l'acquisition d'un poignard, puis rentrerait au bordel. Enfin, le lendemain matin, assez tôt pour qu'elle puisse faire une sortie discrète, elle s'en irait vers le Donjon Rouge.

Tout se déroula comme elle l'avait prévu. Personne ne l'arrêta, personne ne la vit. En chemin, l'air frais du matin la fit réfléchir. Elle ne reviendrait pas au bordel, parce qu'on la tuerait sur le champs. On lui ferait subir les pires sévices, les pires tortures pour avoir oser tuer le roi, mais peu lui importait. Joffrey serait mort d'ici quelques heures. Si elle le suivait, cela ne la rendrait que plus heureuse, car elle retrouverait son père.

Elle arriva devant la forteresse bien avant l'heure prévue, la jeune femme prit donc le temps de ruminer sa haine contre l'horrible petit monstre qui était responsable des pires atrocités qui soient. Et lorsque le pont levis se baissa, elle fut la première à entrer dans la cours, puis dans la salle du trône. Elle se choisit une place suffisamment près de l'immense tas d'épées fondues, et attendit de nouveau. La salle se remplit petit à petit, et enfin, Joffrey entra.

Le courage de Roxanna dépérit comme neige au soleil lorsqu'elle se rendit compte du nombre de garde qui se situait entre elle et le roi.

« Peut être que si je cours vite… ? » se dit elle, hasardeuse.

Mais elle comprit qu'elle ne pourrait l'atteindre. Pas cette fois du moins. Elle avait cru qu'il lui suffisait d'un peu de chance, mais en réalité, elle avait surtout besoin d'une occasion parfaite. Et aujourd'hui, l'occasion était loin de l'être. Dépitée, elle vouta les épaules, et commença à s'effacer, lorsqu'elle entendit une voix fluette.

- Dites moi quel mal j'ai pu faire… ?

- Pas vous. Votre roi de frère.

- Robb est un traître.

Le nom de son frère la fit revenir à la réalité.

Lorsqu'elle regarda de nouveau l'intégralité de la salle du trône, elle vit une chevelure de feu en plein milieu.

Sansa.

- Sire, dit elle d'une voix brisée alors qu'elle tombait à genoux.

- Vous agenouiller ne sert plus à rien. Debout. Vous êtes ici pour répondre des derniers forfaits de votre frère.

- Quelque crime qu'ait pu perpétrer mon félon de frère, Sire, je n'en ai pas été complice. Vous le savez, pitié, je vous en conjure…

- Relevez-la !

Ne perdant pas une miette de la scène, Roxanna n'aurait pu émettre le moindre son. Revoir Sansa était inespéré. Elle était son salut, une bouffée d'air frais qui le temps de quelques minutes, la tirait de sa colère noire.

- Ser Lancel, informez-la de l'outrage qui nous est fait.

Un jeune homme blond et maigrichon s'avança, le regard mauvais. La petite brune apprit alors que Robb, son frère, s'était autoproclamé Roi du Nord, qu'il menait des batailles, quelque part sur Westeros, et qu'il les gagnait. Une joie immense l'envahie. Robb n'avait pas plié devant Joffrey, bien au contraire. Lui aussi cherchait à venger père, à sa manière.

Alors qu'un sourire béat s'épanouissait sur ses lèvres en repensant à son frère, la conversation avait continué, en prenant une tournure autrement plus noire.

Reprenant ses esprits, Roxanna se rendit compte que Sansa se faisait violement frapper du plat de l'épée, qu'on lui arrachait sa robe devant toute la cour, et des gens autour d'elle ricanait.

- Fouettez la au sang, nous verrons si son frère apprécie…

N'avait il donc aucune morale, aucun regret ? Alors qu'elle s'apprêtait à se jeter sur le roi comme une furie, peu importe le nombre de gardes, une autre voix l'arrêta dans son élan.

- Que signifie ?

Le lutin Lannister venait d'arriver. Alors qu'il protégeait Sansa et qu'on la couvrit d'un manteau, Roxanna lui jeta un dernier regard, et s'en alla.

Lorsqu'elle sortit enfin de l'enceinte du Donjon Rouge, elle vomit, puis s'assit par terre, un peu plus loin.

Elle avait voulu tuer Joffrey, et ça du plus profond de son être. Elle le voulait encore. Mais elle ne pouvait s'empêcher de penser à Sansa. Une image de père, avec la petite fille sur ses genoux, lui revint. Si elle tuait Joffrey, ils la tortureraient. Elle pourrait alors avouer, sans le vouloir, venir du nord, juste ça, et cela suffirait pour que Sansa soit impliquée, et torturée à son tour. Avec tout l'amour qu'elle vouait à son père, et même à sa sœur, elle ne pouvait pas tuer Joffrey. Ou du moins, pas de cette façon. Il lui faudrait un plan solide, et beaucoup de patience.

Alors qu'elle retournait dans sa chambre, au bordel, elle se promit de trouver une solution. Pour son père, plus aucun Stark ne devait souffrir à cause du roi.


Voilà! Brrr... Ce chapitre n'a pas été simple à écrire, et en plus, certains passages m'ont filés la chair de poule (je vous laisse deviner lesquels)...

Bref, dans ce chapitre, pour tout ceux qui se demande, on voit bien que je fais un mix de la série et du livre: certains dialogues sont tirés mot pour mot des bouquins, alors que par exemple, quand Roxanna assiste à l'audience ou Joffrey fait battre Sansa, elle se trouve dans la salle du trône, comme dans la série (et pas dans le livre donc).

Sinon, que dire de plus... J'espère ne pas avoir fait trop de fautes, encore une fois. Si la fin est un peu brouillon, et rapide, c'est normal ne vous inquiétez pas: je le justifie par le fait que Roxanna est un peu perdue, embrouillée, et dans le feu de l'action tout va très vite, mais aussi par le fait que j'ai écrit ce chapitre d'une traite et qu'à la fin, j'en avais marre (hihi, on me pardonne s'il vous plaît).

Pour finir, je déteste quémander, mais des reviews seraient vraiment les bienvenues. J'ai déjà mon histoire dans la tête, mais vous êtes ceux qui, par vos commentaires, me permettent de l'améliorer sur certains points.

Merci de m'avoir lue, et à bientôt! :)

PS: Pour ceux qui ont vu le chapitre en premier, la deuxième partie de texte centrée était involontaire. Et hop, c'est corrigé!