Hermione

Je le déteste, je la déteste, je les déteste tous, mais lui par-dessus tout ! Lui, je le hais ! Il ne comprend rien, il ne veut rien comprendre, il ne peut pas comprendre. Et moi qui pensais déjà qu'on allait me pardonner, que tout allait bien se passer… je n'imaginais pas du tout que nos retrouvailles se passeraient comme ça. Tout est si compliqué. Je ne suis pas partie pour les renier, juste pour faire le point et prendre du recul par rapport à nos vies, si on peut appeler ça des vies puisque nous ne sommes même pas auteurs de nos propres décisions. L'Histoire, l'Histoire l'est. Je pensais bêtement qu'en partant, je pourrais recommencer à vivre pour moi. A être moi, pas à jouer ce rôle auquel tout le monde veut croire. Mais c'est encore pire. La vie n'est pas parfaite, la reconstruction n'est pas parfaite ! Parfois, je me demande pour qui je vis, pour qui on vit.

Est-ce que je vis pour moi, ou pour l'Histoire ?

Je me sens stupide, tellement stupide. Je sais parfaitement que je n'aurais jamais dû réagir comme ça face à Drago. D'habitude, j'arrive toujours à me contrôler, mais lui… mais lui c'est différent. Dragoesttellementdifférent. Il a le don de me mettre hors de moi au moindre reproche, au moindre regard de travers, à la moindre réflexion déplacée.

On répond aux imbéciles par le silence.

C'est ce que me disait toujours mon père quand j'étais plus jeune. Malefoy est un imbécile mais je ne peux pas me taire face à lui, ça m'est totalement impossible. Comme à l'époque à Poudlard, quand il me fallait absolument répondre aux questions des professeurs. Je n'ai pas tant changé que ça au final. Je n'arrive plus à me contrôler quand il est là. Je sors littéralement de mes gonds. J'aimerais tant pouvoir l'ignorer, le rendre invisible à mes yeux l'espace de quelques instants, mais ça aussi c'est impossible, autant que de tenter de briser cette fichue Image qu'on donne au monde sorcier. Fichue Histoire à laquelle je tiens quand même, peut-être un peu trop… ça fait tellement de bien aux gens de nous voir forts et heureux…

Encore une fois, je me retrouve dans la chambre de Ginny. Bizarrement ou non, cette habitude ne m'a jamais quittée et ne me quittera jamais. C'est toujours dans sa chambre que j'allais quand je me disputais avec Drago ou Ron ou même Harry. Là où j'allais quand je ne me sentais pas bien. C'est toujours dans sa chambre que j'allais quand j'avais besoin de parler. J'espère que ça n'a pas changé.

« Hermione ? »

« Harry ? », je m'étonne alors en m'asseyant sur le lit de Ginny où j'étais allongée. « Je ne t'ai pas entendu rentrer. »

« Je me doute bien », sourit-il en me rejoignant. « Ils me gonflent, je préfère rester avec toi, et puis on n'a pas encore eu l'occasion de se retrouver depuis que tu es de retour. »

« Je ne suis de retour que depuis cet après-midi en même temps », rigolai-je en le regardant. « Tu vas bien Harry ? »

Question bête, question stupide. Non, non il ne va pas bien, je le sais et je l'ai vu. Il va me répondre que tout va bien, que la seule chose qui le dérange est qu'il ne soit plus avec Ginny, mais je sais pertinemment qu'il ment. Quelque chose d'autre le bouffe, ça se voit, ça se sent, c'est Harry.

Ron entra à son tour, un petit sourire sur les lèvres. Et comme d'habitude, il s'installa en travers du lit, sur nos jambes.

« Tout va bien, je suis content de te revoir et… et je m'habitue à ne plus être avec Ginny. », dit-il en lançant un regard désolé vers Ron.

« Qu'est-ce qu'il s'est passé ? », je demande doucement en posant ma main sur son épaule.

« Rien. Il ne s'est rien passé. On a eu une dispute à propos de… d'un sujet qui nous fâchait beaucoup tous les deux, tu vois ? », demande-t-il en me regardant. « Elle m'a posé une sorte de dilemme et j'ai choisi de la laisser tomber », souffle-t-il en s'écroulant sur le lit.

« Et toi Ron ? Tu vas bien ? »

« ça va. Tu nous as manqué, tu sais. »

« Je suis désolée d'être partie comme ça, je n'en avais pas le droit. Je vous ai abandonnés… », murmurai-je en baissant la tête.

« Eh Mione, laisse ça de côté pour ce soir. On a autre chose à fêter », sourit-il.

Ça me fait chaud au cœur de voir que tout n'a pas changé. De voir que notre complicité à Harry, Ron et moi n'a pas changé. De voir que le Trio d'Or est toujours.

Ron a toujours eu ce don de me faire déculpabiliser. Souvent de manière très maladroite, mais c'est ce qui m'avait plu chez lui à l'époque de la Grande Bataille…

« Oh, c'est vrai ! Je suis désolée Ron, Bon anniversaire ! »

« Ah c'est vrai qu'avec les évènements de ce soir, j'avais oublié le but des retrouvailles… Je pensais surtout à ton retour, mais merci ! »

« Et puis, la fête est au seul couple de la soirée », ajouta Harry en rigolant.

« C'est vrai ça ! Ron, Lavande ? Sérieusement ? », le taquinai-je.

« Oh lâchez-moi ! Lavande est super ! Elle arrive à me sortir de toute cette mascarade, cette fille est un vrai bol d'air ! »

« Je suis contente pour toi », souris-je. « D'ailleurs, vous arrivez à vous en sortir avec toute cette situation ? J'espérais que ça se soit arrangé avec le temps… »

« Oui et non, c'est assez complexe en fait. J'ai moi-même du mal à tout comprendre, alors toi ce serait carrément pire ! », balança Harry en se redressant légèrement pour me regarder avec un grand sourire hypocrite.

« T'insinues quoi là ? »

« Moi ?! », s'étonna-t-il, toujours ce même sourire aux lèvres.

« Mais voyons, il n'insinue rien ! Nous savons tous les deux à quel point tu es une jeune femme intelligente Mione, la meilleure sorcière de notre promo à Poudlard. Tu comprends tout du premier coup, une vraie miss-je-sais-tout ! », termina Ron.

Ni d'une ni deux, j'attrape le premier oreiller qui me tombe sous la main et le balance violemment dans sa petite tête de benêt. Weasley est un benêt ! Weasley le benêt ! Dans toutes les personnes que je connais, c'est lui qui porte le mieux son nom de famille.

Weasley-le-benêt a à présent une tête choquée. Weasley-le-benêt est choqué que j'ai osé lui lancer un oreiller moelleux dans sa gueule d'ange et se redresse donc d'une façon vive et gauche. Si brusquement qu'il tombe par terre, toujours avec cette tête de choqué. Et Harry secoue tout le lit tellement il rigole. Mais il retrouve brutalement son calme après avoir reçu à son tour un oreiller.

« Espèce de… de… ARGH ! », hurle-t-il en se relevant.

« Tu viens de faire sonner ta dernière heure ! », crie Ron en se jetant sur moi et en m'allongeant sur le lit. « J'vais te le faire bouffer ton oreiller Hermione ! »

Après de nombreuses crises de rire, un nombre incalculable de roulades sur le lit et d'insultes affectives, on se calme après avoir entendu Harry dire :

« Stop, stop ! J'ai cassé mes lunettes ! »

Après un Reparo, on finit par se retrouver dans une position qui nous est familière. Ron est allongé sur le lit de sa sœur, la tête pendant dans le vide et son regard fixé au plafond, Harry est couché à côté de lui, la tête bien posée sur un oreiller, et moi, je suis étalée en travers du lit, affalée sur leurs jambes.

On reprend doucement notre souffle, une bataille entre Weasley-le-benêt, le Survivant et la Super-Hermione est vraiment épuisante. Vous n'avez même pas idée. C'est un sport à plein temps, un sport qui m'avait terriblement manqué. Je suis heureuse de le dire, je suis contente de retrouver mon Harry et mon Ron. Mes meilleurs amis, mes miens, juste à moi. Pas ceux de Drago ou de Ginny, juste les miens. Ça me fait un bien fou !

En deux ans, notre relation n'a pas l'air d'avoir changé, ce qui me rassure.

« Dites ? »

« Hum ? »

« Vous… Vous n'en avez pas marre de tout ça ? Vous ne vous êtes jamais demandé ce qu'on serait si l'Histoire n'était pas ainsi ? Vous n'en avez pas marre de devoir surveiller tout ce que vous faites ou dites en public, juste pour ne pas blesser les gens ? Je suppose que personne ne sait rien pour Ginny et toi, Harry. Ça ne te gêne pas de ne pas leur dire ? vous ne saturez jamais ? », demandai-je en essayant de les regarder. « Il n'y a que moi qui pette mon câble ? Il n'y a que moi pour qui c'est trop ? Je suis la seule à avoir l'impression de lutter tous les jours? Est-ce que c'est dur aussi pour vous ? Dur de devoir suivre l'Histoire ? Parfois je me demande même si je suis à la hauteur. J'suis en plein doute là, vous voyez ? Je suis paumée, carrément paumée et j'ai l'impression que je suis la seule. Vous avez l'air de tout bien supporter. Même Drago. Ok, il est bizarre, mais il a l'air de tenir le coup. Vous voyez ce que je veux dire ? »

« Tout à fait », lâche Harry dans un soupir. « Je vois tout à fait ce que tu veux dire mais tu sais, Mione, on est tous dans le même bateau. On est tous dans le même cas, tous à se remettre en question. C'est peut-être un peu différent pour Ron, mais globalement on en est tous là. »

« C'est vrai, je comprends aussi. », ajoute Ron. « C'est dur, tous les jours. Mais j'ai la chance de ne pas être le centre de l'attention comme Harry, Drago ou toi. J'ai la chance d'avoir Lavande. Et arrête de rire, Mione. Elle me fait vraiment du bien. Je n'ai pas besoin de lui mentir, elle comprend. Elle me soulage tellement… »

« T'as l'air heureux… On dirait que la situation a quand même évolué un peu. J'ai l'impression que vous avez conscience de tout ça. Pas comme quand je suis partie. »

« ça, c'est grâce à toi », lâche Harry.

« Grâce à moi ? »

Je ne saisis pas tout. Je pensais que c'était à cause et pas grâce à moi. Il y a quelque chose que j'ai loupé ? Un épisode que j'ai zappé ? En même temps, en deux ans d'absence, j'ai dû en manquer des choses, à commencer par cette subite rupture.

« Ouai, grâce à toi. Quand t'es partie, ça nous a fait bizarre, t'étais plus là, il manquait quelqu'un, une présence importante pour nous. Ça nous a permis de réfléchir, de nous remettre en question, d'analyser la situation et… et ça nous a ouvert les yeux à tous. Peut-être de manière différente pour chacun, mais ce qui est sûr c'est qu'on a plus la même vision des choses à présent. Au fond, t'es celle qui a tout comprit depuis le début, comme d'habitude. C'est toi qui a eu le courage de partir. »

« J'ai fui Harry, je ne suis pas partie, j'ai f… »

« Non », me coupe-t-il en posant son regard sur le mien. « Non, Hermione. Tu n'as pas fui. T'es partie pour mieux revenir. Si c'était pas toi, ça aurait été Drago de toute façon, ou Ron, ou moi, mais un beau jour tout se serait quand même écroulé sans qu'on comprenne quoique ce soit. Tu nous as juste ouvert les yeux, juste ça, et en même temps, c'est tellement énorme. »

Ron ne disait rien, mais chipotait dans mes cheveux. Doucement, pas avec sa maladresse habituelle.

Je ne pensais pas tout ça, je ne pensais pas qu'il avait cette vision-là des choses. A vrai dire, j'avais peur qu'ils m'en veuillent, qu'ils ne veuillent tous les deux plus me parler, qu'on ne retrouve pas notre complicité. Je suis partie mais pas à cause d'eux, pas pour eux. Par contre, ils sont une des raisons de mon retour, une de mes motivations.

Ronald prit la parole à son tour.

« Je ne t'en veux pas, j'ai même le pressentiment que notre relation à tous les trois va changer, tu vois ? Si tu veux mon avis, de tous les cinq, on est les trois seuls à avoir gardé les pieds sur Terre. Ginny, c'est ma sœur et je ferai n'importe quoi pour elle, mais elle délire complètement, elle psychote, elle se fait des films toute seule. Et Malefoy… Drago, il se noie en plein océan. Il se cherche, il ne sait plus ce qu'il est, tout est remis en question. »

« Grâce à moi ou à cause ? »

« Grâce. Grâce à toi »

« Je pense qu'on a une certaine avance sur eux. Je veux dire, on a pas eu une scolarité qui rentre dans la norme. On a eu des années pour s'entrainer à garder les pieds sur Terre. », ajouta Harry. « Et on dirait que ça paie. »

« Je… »

« A TABLE LES ENFANTS ! »