Hermione

« Je sais que tu es là Drago, inutile de te cacher »

« Si tu crois que je me cache pour toi », balance-t-il en se rapprochant de moi.

« Alors tu faisais quoi ? Tu jouais à chat avec le Baron Sanglant ? »

Je vois qu'on a eu la même idée, venir s'installer au bord du lac. Peut-être que finalement tout n'est pas perdu, peut-être qu'on finira par trouver un terrain d'entente tous les deux.

« T'es d'un comique, Granger ! C'est l'humour français ? »

« Je ne suis pas allée en France, mais non c'est juste une piètre imitation du tien. Histoire que tu comprennes à quel point tu peux être lourd, aussi lourd qu'un boulet. »

Je vous l'avais dit, je n'arrive pas à me maîtriser avec lui. Ce mec a le don de me mettre hors de moi, il exerce comme une force sur moi, une force qui prend le contrôle de mon être. Quand il est là, j'ai ce besoin de le provoquer, ce besoin de le faire réagir, ce besoin de déclencher quelque chose chez lui.

Je crois que j'ai peur de son indifférence.

J'y ai déjà goûté à cette indifférence et je ne veux pas en refaire les frais. Avant, au tout début de notre histoire, nous n'étions pas comme ça. Drago et moi, c'était Ginny et Hermione en mille fois plus fort, en mille fois plus intense, en mille fois plus fusionnel. C'était nous, Drago et Hermione.

« Qu'est-ce que tu fais ? », je demande en me retournant pour lui faire face.

« Le boulet se tire, il va chercher un autre point d'attache. »

« C'est ça, tire-toi alors. Je suis sûre que Astoria t'accueillera à bras ouverts. », je crie alors qu'il s'éloigne de moi.

Les bras ou plutôt les jambes ouvertes, je murmure en posant ma tête sur mes genoux. Sale pute.

Pourquoi est-ce que j'ai dit ça ? je veux que tu restes, Drago, au moins pour aujourd'hui, au moins pour cet anniversaire si spécial, l'anniversaire de notre rupture. Ça fait maintenant trois ans qu'on se mène une guerre sans merci, trois ans jour pour jour. Depuis deux ans, je passe cette journée avec Viktor, mais il n'est pas là. Je pensais pouvoir rester avec Ginny puisqu'après tout elle connait toute l'histoire.

J'ai toujours été là pour elle, même à des milliers de kilomètres. Il m'est arrivé de faire des allers-retours entre l'un ou l'autre pays et elle via poudre de cheminette juste pour pouvoir l'aider. Elle semble ne plus s'en souvenir.

Je crois qu'aujourd'hui je veux passer ce jour avec toi. Je veux que l'espace de quelques secondes, on oublie ce qu'il s'est passé. Je veux te retrouver Drago, même pour quelques instants seulement. Je veux retrouver cette part de notre histoire, cette part qu'on m'a arrachée quand notre amitié s'est envolée. Je veux retrouver le nous d'avant. Dray et Mione.

Et d'un côté, ça paraît tellement bête cette histoire. Tout a pris une telle ampleur alors que quelques années auparavant, nous étions encore ennemis jurés. Mais il y a des personnes qui sont faites pour être dans notre vie. Et j'ai cru que c'était notre cas à nous. Mais je me suis peut-être trompée.

« En fait, je reste. », dit-il en s'asseyant à côté de moi. « J'ai pas envie de te faire plaisir en partant. »

Je sais que tu as conscience du bien fou que ta présence à mes côtés à ce jour peut me procurer Drago, alors merci. Cette fois-ci je le pense en toute simplicité, sans aucune once d'ironie. Je suis bien trop fatiguée pour ça. Je n'ai pas la force de me battre aujourd'hui, peut-être demain, certainement, mais pas aujourd'hui.

« Pourquoi t'es pas avec Ginny ou avec Pansy ? Pourquoi t'es toute seule ? », demande-t-il alors tout en jouant avec des brins d'herbe.

J'ai remarqué que c'est une habitude chez toi, Drago, tu aimes toujours avoir quelque chose entre les mains, quelque chose à trifouiller. Quand ce n'est pas ta baguette, c'est ton balais ou un pan de ta tunique ou bien une plume voire un magasine.

« Tu vas fa… »

« Parce que personne ne peut comprendre. Les deux dernières années, j'étais avec un ami et on passait notre temps à l'intérieur à faire les cons, il m'occupait pour que je n'aie pas le temps de penser. J'aimais bien ces moments. Il sait tout, tout de A à Z. il en sait même plus que Ginny », je rigole en plongeant mon regard dans l'eau droit devant moi. « Ginny. J'ai pas envie de m'étaler sur le sujet, tu vois ? je préfère être toute seule, enfin non, je… »

Je préfère être avec toi, je préfère enterrer la hache de guerre pour aujourd'hui, mais je ne veux pas que tu le saches, je ne veux pas te le dire clairement, je ne veux pas faire le premier pas, j'ai bien trop peur.

« Moi aussi j'ai envie d'être avec quelqu'un qui me comprenne et personne ne peut, même pas Blaise. »

Tu as dit cette phrase d'une traite, sans reprendre ton souffle, dans un murmure. C'est comme si ces mots t'avaient arraché la bouche en franchissant tes lèvres, comme si tu souffrais à chacune des syllabes que tu viens de prononcer. Toi aussi tu as du mal à le faire ce premier pas.

« On est des incompris, Drago, on est des personnes à part qui ne rentrent pas dans le système. On est hors du cadre. »

« On a toujours été hors du cadre, Hermione. Ginny et Harry étaient en plein dedans, mais nous, on a toujours été en arrière plan, loin derrière. »

C'est vrai que tous les deux, on a toujours été inaccessibles, imprenables, mystérieux. Harry et Ginny ont tout de suite été mis en avant par l'Histoire, à l'époque je ne suis même pas sûre qu'ils s'aimaient vraiment. C'est Molly en quelque sorte qui poussait Ginny vers Harry. Je ne sais pas pourquoi. Elle a toujours été trop protectrice envers sa fille. Chercher ce qu'il y a de mieux et l'arracher aux autres si nécessaire. Je crois qu'elle peut être la meilleure femme du monde, mais aussi la pire.

« A quoi tu penses, Mione ? »

« A Molly. »

« Hum. »

« Quoi hum ? »

« Rien »

Rien, il n'y a jamais rien, tout va toujours parfaitement bien même quand tout va mal, même quand rien ne va. Il n'y a jamais rien.

« Malefoy, arrête de me prendre pour une conne ! C'est quoi votre problème à tous ? J'ai l'impression d'avoir loupé tellement de trucs ! C'est pas possible que des gens évoluent autant en si peu de temps ? Ginny pète complètement les plombs, Harry déprime comme un rat mort, Ron est au summum du bonheur et toi… toi, c'est toi ! T'es… j'en sais rien. J'ai même pas envie d'en parler. Merl…mais… VOUS ME SORTEZ PAR LA TETE ! »

C'est un sourire que je vois sur ton visage Drago, un sourire en coin, ton sourire en coin. Tu aimes toujours autant me voir énervée à ce que je peux constater. Oui, tu souris en jouant avec cette foutue brindille d'herbe, et dieux sait à quel point ça commence à me taper sur le système ! Ton regard se perd au loin, droit devant toi.

Est-ce que c'est l'avenir que tu contemples de la sorte ? ou ton regard est toujours attiré par le passé ?

« Alors arrête de parler, arrête et profite. On profite de cette journée, Mione. Ok ? On profite et on oublie tout une fois minuit sonné. »

« C'est dans les contes de fées ça, Drago. Je ne suis pas une princesse et tu n'es pas mon prince. »

« Alors imagine que t'es dans un conte de fées. L'espace d'une journée, on va vivre comme si rien ne s'était passé. On verra ce qu'on a perdu et peut-être qu'on pourra enfin mettre un pied dans le futur, dans notre présent. »

Avancer. Je veux avancer Drago, et si avancer veut dire replonger une part de nous dans le passé alors pourquoi pas. Viktor me l'a dit, « Tourner la page veut dire avancer Hermione, et on avance parfois avec le passé. »

« Et tu proposes quoi ? »

Est-ce que c'est une question piège ? Tu sembles hésiter, mais tu as toujours ton sourire au coin des lèvres. Tes yeux se détachent de cet horizon pour venir se poser dans les miens. Tu as ce regard, ce regard pétillant et lumineux que tu avais parfois, ce regard bleu glacier un peu hésitant mais tellement innocent.

« Une baignade dans le lac pour commencer, ça te dit ? »

A présent, c'est moi qui ai ce regard rempli de doutes.

« Du moment qu'on ne finit pas quelques mois plus tard sous une vieille toile de tente par une nuit d'orage, je suis d'accord. »

« Alors on y va ! »

L'espace de quelques heures, ils replongent dans l'insouciance et l'innocence, il n'y a rien de plus précieux que ces deux vertus.

Regardez comme ils sont heureux à cet instant, regardez ce bonheur qu'on lit dans leurs yeux, regardez ces deux grands enfants qui ont grandi trop vite.

Regardez-les bien car cela ne va pas durer. Après tout, comme dans un conte de fées, la beauté de la journée s'arrêtera aux douze coups de minuit. Le prince et la princesse redeviendront deux personnes tout à fait normales, comme vous et moi. Mais deux personnes qui se vouent une haine profonde et démesurée.

Regardez-les profiter de leur dernière piqûre de bonheur.

On peut toujours compter sur ceux qu'on aime.

Il n'y a parfois qu'un seul et unique pas à franchir pour passer d'une rive à l'autre.

On a tous besoin de retrouver une part de notre innocence.


Il n'est pas minuit mais la journée est bel et bien terminée. Il faut savoir mettre un terme aux bonnes choses. Quand elle rentra chez elle, elle trouva un hibou qui patientait sur le bord de sa fenêtre restée ouverte. Elle se saisit du courrier et nourrit l'animal distraitement. Une lettre de Viktor ! Hermione la parcourut en vitesse avant de regarder l'heure et de se précipiter vers la cheminée. Ils ont rendez-vous. Pas en vis-à-vis mais via feu de cheminée. C'est mieux que rien, Viktor lui manque tellement. Elle n'a pas beaucoup pensé à lui aujourd'hui, elle n'avait que Drago Malefoy en tête, ça avait été troublant de ne pas l'associer à la douleur habituelle. Encore une fois, elle l'aime autant qu'elle le déteste.

A l'instant même où elle atteint la cheminée, la tête de Viktor apparaît dans les flemmes. Tout d'abord il ne dit rien, il se contente de la regarder et d'être là. Comme une étreinte silencieuse, qui veut dire tellement plus que des mots.

« J'ai failli attendrrre. », dit-il en souriant.

« Excuse-moi, je viens de rentrer. »

« Comment vas-tu ma belle ? »

« Etonnamment, je vais bien. J'ai passé une journée assez peu ordinaire mais plutôt bonne. Même si je risque de la regretter dès demain… »

« Tu l'as vu ? »

« J'ai passé la journée entière avec lui. On s'est retrouvé par hasard au bord de ce fameux lac et on est resté. On s'est… amusés »

« Amusés comment ? De la même manièrrre dont tu t'es amusée avec moi ? » demanda-t-il dans un sourire.

Je rougis et détournai le regard.

« Non, je… on n'a… »

« Eh ! Du calme Herrrmignonne ! Je te taquine. C'est pourrr rirrre ! » il se moque ouvertement en s'esclaffant.

« Mais ce n'est pas drôle Viktor ! » je m'écrie.

Il ne répond pas et se contente de me couver du regard. A cet instant, j'aurais tellement voulu pouvoir courir me réfugier dans ses bras et profiter du sentiment d'apaisement qu'il dégage.

« Tu me manques », je murmure tout doucement.

« Je t'avais prrrroposé de rrrrester… »

« Et tu sais très bien que je ne pouvais pas. Et toi non plus d'ailleurs, tu devais rentrer en Bulgarie. »

« J'aurrrrais quitté l'équipe. »

« Viktor… »

« D'accord, j'arrrrrête » dit-il avec un clin d'œil. « Sinon, comment s'est passé ton rrrretour ? Ca n'a pas trrrrop changé là-bas ? »

« Tout va bien. Je suis bien arrivée et le retour s'est plus ou moins bien passé. »

« Herrrrmione, tu peux rrrrevenir quand tu veux. Même le temps de quelques heurrrres, mon rrrréseau de cheminette t'es ouverrrrt à n'imporrrrte quelle heurrrre du jourrr ou de la nuit. »

« Je ne sais pas.. »

« Tu ne veux pas ? »

« C'est pas ça. J'ai peur en fait. Peur de venir et de ne plus vouloir repartir. »

« Et c'est mal ? »

« Il y a des choses que je dois régler ici. J'ai ma vie ici, mon passé et les gens ont besoin de moi. », je dis tout doucement.

« J'aimerrrais tellement fairrre plus… », soupire-t-il mal à l'aise.

« Mais ne t'en fais pas ! Je ne t'oublie pas, je ne pourrai jamais ! Tu n'as rien à te reprocher, t'as été bien plus qu'un ami et j'ai encore besoin de ton soutien », je le rassure. Je tends ma main dans les flammes pour effleurer sa joue mais je ne fais que brouiller son image. « T'es la meilleure personne au monde, t'es ma personne Viktor. »

« Je sais, je sais. Par contrrre… toi t'es une amie un peu pourrrrie à t'enfuirrr comme ça, alorrrs qu'on passait de si bons moments. Mais bon, on ne peut pas tout avoirrr dans la vie », plaisante-t-il.

« Hé ! Je te permets pas ! »

Bien entendu, je sais qu'il rigole, Viktor Krum et son humour pourri, c'est une grande histoire d'amour. Là-dessus, on s'est bien trouvé !

Mon confident… personnage complexe. On est très complices tous les deux, très proches. Quand je me suis enfuie, j'étais dans un tel état de choc ! Il a su m'aider à me remettre sur pieds.

« Bon trrrêve de plaisanterrrie. Ginny Weasley va bien ? »

« ça pour une trêve de plaisanterie, c'en est une, en plein dans le mil ! », je m'exclame alors en repensant au jour de mon arrivée et à ceux qui ont suivi. « Elle n'a pas changé. Elle est bornée et elle a toujours raison. Il a fallu qu'elle m'invite au souper d'anniversaire de Ron le soir même. Ils ne pouvaient pas attendre de me voir le lendemain, non elle avait décidé que je devais y aller tout de suite. »

« Hum… oui tu m'avais rrraconté qu'elle te menait parrrfois la vie durrre. Ta meilleurrre amie… Et tu avais peurrr de rrrevoir Malefoy, ça a été ? »

Si tout le monde ignore tout de l'histoire, Viktor est au courant des moindres détails. Il sait que si je suis partie de Londres, c'est d'abord parce que j'avais besoin d'air mais aussi et surtout pour éviter Drago. Il sait tout, de A à Z, en passant par D et H.

« Ecoute ma belle, tu es une perrrsonne merrrveilleuse, tu es quelqu'un de bien. Tu saurrras quoi fairrre. Je ne peux pas te dicter ta conduite et le seul conseil que j'ai à te donner, c'est de parrrler. Tu dois parrrler pourrr te libérrrer. La solution à tout ça, tu la connais par cœurrr ! », annonce-t-il tristement. « Tu dois af… »

« Affronter mes démons et tourner la page, je sais Vik. », je soupire en passant ma main sur mon visage, comme si ce geste pouvait effacer tous mes tracas. « Seulement, est-ce que j'en ai vraiment envie ? »

« Tourrrner la page veut dirrre avancer Herrrmione. Et on avance parrrfois avec le passé. Peut-êtrrre que tu retrrrouverrras un jourrr la relation que tu avais avec Drrrago il y a trrrois ans. Tu ne connais peut-êtrrre pas toute l'histoirrre. »

« Hum… peut-être. »

« Bon, je dois te laisser ma belle. J'ai entrrrainement assez tôt demain. N'hésite pas à m'envoyer un hiboux ou à passer. Je suis là pourrr toi ! »

« Je sais. Promis ! Merci Viktor. »

« Tu me manques aussi», il dit finalement avant de disparaître.

Affronter mes démons et tourner la page.

La vie est une partie de bluff où il faut trouver la vérité. Il faut trouver sa propre vérité, notre raison de vivre. Cette vérité est bien souvent placée en évidence, juste sous nos yeux, mais nous sommes tous aveuglés par quelque chose. Nous devons seulement ouvrir les yeux afin de trouver cette vérité. Mais parfois, on a juste besoin d'un peu d'aide, d'un coup de main.

Ulysse a eu droit à une deuxième vie, à un nouveau départ, quand il est revenu de sa descente aux Enfers.

Les bouddhistescroient en la réincarnation. Si l'on est intouchable dans cette vie, selon eux, nous serons mieux placés dans une vie future.

Le Phoenix, une fois partie en fumée, finit toujours par renaître de ses propres cendres.

Le coup de main d'Hermione, ça a été et c'est toujours Viktor.

Deux jours que Drago et Hermione sont revenus de leur escale dans le passé.

Deux jours qu'ils ne se sont ni vus, ni parlé.

Deux semaines que Harry et Ginny ne sont plus ensembles.

Deux semaines qu'ils continuent leur petit jeu, sans se regarder.

Deux jours que Ginny et Hermione se sont disputées.

Deux jours qu'elles ne se sont ni vues, ni parlé.


Salut tout le monde:)

Désolée pour le retard, j'ai eu un voyage avec mes cours et donc pas d'accès à internet ^^

Poulette : Je ne peux pas t'éclairer si tu n'as pas de question précise et bon, t'es la seule à te plaindre de la manière dont j'écris pour le moment… mais bon, je prends bonne note de ta remarque :) Par contre, à part mes dialogues, je ne vois pas ce qu'il y a entre « » comme tu dis…

Vaquier2 : Merci pour ta review :D J'avoue que la logique de l'histoire n'est pas toujours simple à comprendre, mais ça me fait plaisir quand les lecteurs saisissent le fond comme toi :)