Chapitre 14
Un rude entraînement. (POV Regina)
Lorsque je m'étais réveillé, j'avais senti un froid s'emparer de mon corps. Emma n'était pas là. Au fond, j'espérais avoir rêvé de la nuit précédente, de mes aveux, de mes faiblesses… Mais mes souvenirs étaient trop précis pour n'être que le fruit de mon imagination.
Je soufflai et me rallongea dans mon lit, presque agacée de m'être réveillée. Si seulement je pouvais ne plus me réveiller du tout, tous mes soucis s'arrangeraient.
Soudain, Emma vint me sortir de mes funestes pensées. Elle ouvrit la porte et me déposa un plateau sur le lit.
« Miss Swan ? Demandais-je, le sourcil relevé.
_ On peut dire que je prends franchement soin de toi. Je n'amène même pas le petit déjeuner au lit de ma mère. Et cesse de m'appeler Miss Swan veut-tu, il me semble t'avoir déjà dit que nous avions vécu trop de choses pour que j'accepte que tu me nomme ainsi. Dit-elle en s'asseyant à mes côtés.
_ Je… N'ai pas faim.
_ Cette fois, je te conseille de manger. J'ai mis des lustres à trouver le grille-pain. Me dit-elle en parvenant à m'arracher un sourire amusé. Et nous avons un long entrainement qui nous attend.
_ Je n'ai pas envie de m'entraîner à quoi que ce soit si c'est pour que tu me mettes à terre sans arrêt. Dis-je en mordant dans un morceau de pain.
_ Nous allons procéder autrement. »
Emma me pris une tartine beurrée avant d'allumer la télé. Son attitude m'amusait. Elle était surement la seule à se permettre ce genre de familiarité avec moi… Et cela me faisait étrangement beaucoup de bien.
« Au fait, tu ne devrais pas te plaindre de mes méthodes. Je te rappelle que pour ma première leçon de magie, j'en ai bavé. »
Emma était parvenue à m'agacer de nouveau. Je roulai des yeux d'exaspération en avalant une gorgée de café. Il était étrangement bon.
« Ça va, je n'ai pas été si rude ! Lui dis-je.
_ Tu rigole ? Tu m'as lâché au-dessus d'un ravin.
_ Oh, tu n'es pas morte. Répondis-je d'un air faussement détachée.
_ Heureusement. Sinon, j'aurais bien voulu voir la tête de ma mère si tu lui avais annoncé la nouvelle. « Salut Snow. Désolé de te déranger, j'ai lâché ta fille au bord du vide et cette bougre était tellement nulle qu'elle s'est craché sur le sol et qu'il n'en reste que de la bouillie. La prochaine fois, conçois quelqu'un de plus intelligent. »
_ Effectivement, c'est que ce j'aurais pu dire. Lui répondis-je en un grand sourire. »
Emma roula des yeux et se leva.
« Entraînement dans 5 minutes.
_ Hé, mais je n'ai pas fini ! Protestais-je.
_ Entraînement dans 4 minutes. Se corrigea-t-elle en partant, fière d'elle. »
Je grognais de mécontentement, fini mon café et me leva pour me préparer. Il ne me restait plus beaucoup de temps, une douche était inconcevable. Je saisis mon jogging, un t-shirt prêt du corps noir, mes baskets, je coiffa mes cheveux en une queue de cheval et descendis rapidement les escaliers. Emma m'attendait en bas, ravie.
« Y'a pas à dire, tu n'es jamais en retard.
_ Oui et bien, j'aurais peut-être dû l'être vu ce réveil brutal.
_ Oh, crois-moi que non ! Tu n'as qu'à demander à Henry mes méthodes éducatives quand je suis devant quelqu'un qui ne veut pas sortir de son lit. Me dit-elle fièrement en avançant vers la baie vitrée. »
Elle ouvrit la fenêtre tandis que nous nous engouffrions vers le froid matinal régnant dans le jardin. J'étais glacée. Et je n'avais aucune idée de l'heure qu'il était.
« Je ne connaissais pas Emma Swan comme étant une mère autoritaire, voire tyrannique. Lui dis-je en la taquinant.
_ Je ne savais pas Regina Mills capable de trembler comme une feuille, en jogging/t-shirt, dans son jardin, à 7 heures du matin.
_ Quoi ? Il n'est que 7 heures ?! Tu aurais pu me laisser dormir ! M'indignais-je.
_ Et je ne connaissais pas Regina Mills lève tard.
_ Si vous dites encore ce genre de phrase, je vous jure que je vous tue.
_ J'espérais un langage plus… fleurie, mais qu'importe. Me répondit-elle d'un dédain qui m'agaçait de plus en plus. »
Je crois que la règle numéro 1 étant de toujours répliquer à chaque attaque n'était décidément pas prête d'être abrogée.
« Bon. Ferme les yeux.
_ Non.
_ Comment ça « non » ? Me dit-elle, les yeux ronds.
_ Non E-MM-A. Je refuse que vous continuiez à me mettre au tapis sans arrêt, j'en ai assez. Dis-je agacée.
_ Déjà, moi, j'en ai assez que tu me vouvoie. Et puis, si tu ne veux pas fermer les yeux, je vais employer des moyens plus fermes. Me dit-elle d'un sourire espiègle.
_ Je te vouvoie quand tu m'agace. Et ensuite, je ne demande qu'à voir ! Lui répondis-je les bras croisés, persuadée qu'elle bluffait. »
Emma arbora un air espiègle, avec un sourire que je ne connaissais que trop bien pour l'avoir tant vu sur le visage de mon fils lorsqu'il préparait un sale coup. Elle se posta dans mon dos et me passa un bandeau noir sur les yeux de sorte que je ne vois rien.
« Et n'essaie même pas de l'ôter, Hook m'a appris à faire des nœuds de marins que tu mettrais des heures à défaire. »
Je grognais. Elle m'énervait. Je ne savais pas encore si c'était le nom de Hook qui m'avait agacé, ou sa ténacité, mais cette situation dans laquelle je n'avais plus aucun repère ni contrôle me rendait folle.
« Alors, je lance les paris. Quand est-ce que Regina Mills arrivera enfin à m'avoir sans être mise au tapis ? Moi, je dirais 5 heures et vous ?
_ Vous êtes vraiment… Commençais-je à m'emporter. »
Je ne pus continuer ma phrase. Emma m'avait saisi les épaules et m'avait une nouvelle fois mise à terre. Je perdais réellement patience.
Je grognais vivement d'exaspération. Je n'en pouvais plus ! Elle riait d'un rire cristallin tandis qu'elle me prit la main pour m'aider à me relever.
Il fallait que je me concentre.
« Alors Regina, qu'est-ce que tu ressens pour Robin ?
_ Qu'est-ce que ça vient faire dans notre entraînement ? Répondis-je, agacée, tandis que j'essayais tant bien que mal de la localiser.
_ N'évite pas la question. Qu'est-ce que tu ressens pour Robin ?
_ Je… Je l'aime. Dis-je en mentant.
_ Mauvaise réponse. »
Emma me fit de nouveau une prise qui m'amena à m'écrouler sur le sol. Je préférai me relever seule cette fois, agacée comme je ne l'avais jamais été. Je sentais même ma magie crépiter dans mes doigts… Mais je devais la contrôler. Ainsi, je tentais de me calmer en concentrant toute mon attention à détecter la blonde.
« Je répète ma question. Que ressens-tu pour Robin ?
_ Je n'en sais rien. Mentis-je de nouveau.
_ Mauvaise réponse. »
Emma était vers la gauche, cette fois, j'avais senti sa présence quelques micro secondes avant qu'elle ne me fasse une troisième prise. J'étais sure que j'étais au bord du but.
« Robin ?
_ Je l'apprécie.
_ Mauvaise réponse. »
Elle était derrière moi. Je n'avais pas eu le temps de me retourner lorsqu'elle me laissa de nouveau tomber sur le sol. Je me relevais, cette fois avec plus de difficultés.
« Tu n'imagines même pas à quel point tu peux m'énerver Emma ! M'emportais-je.
_ Et Robin ?
_ Robin m'énerve aussi !
_ Ah. Enfin une vérité ! Me sortit-elle d'un ton faussement ravie. Et donc, que ressens-tu pour lui ?
_ Je…
_ Tu ? Me demanda-t-elle. »
Emma était derrière moi. Cette fois, je la détectai à temps pour me retourner. Mon manque de vision m'empêcha d'avoir une quelconque prise sur elle, mais je me savais assez proche d'elle pour qu'elle perçoive ma colère.
« Je le déteste ! Répondis-je presque en criant.
_ Pourquoi tu le déteste ?
_ Parce que… C'est un petit ami pitoyable. Répondis-je en évitant de dire l'entière vérité.
_ Réponse à moitié vraie. Me répondit-elle. »
Elle me fit de nouveau une prise. Seulement, j'eus le temps de saisir son bras avant de tomber sur le sol. Elle s'écroula à mes côtés. J'étais sûre qu'elle ne s'y était pas attendue. Je me relevais, à moitié victorieuse. Ne pas voir mon environnement était frustrant. J'aurais aimé voir sa tête lorsqu'elle s'est écroulée au sol, elle aussi.
« Alors, ce pari ? Lui demandais-je fièrement.
_ Pourquoi tu le déteste ? Me demanda-t-elle en ignorant volontairement ma question.
_ Je te l'ai dit : Robin est un petit ami pitoyable.
_ Pourquoi ? Me répéta-t-elle en boucle.
_ Parce que… Parce qu'il ne fait toujours que me suivre comme un toutou, parce qu'il ne pense qu'à lui, parce qu'il m'abandonné, parce qu'il a fait un enfant à ma sœur, parce qu'il m'a fait des choses horribles ! Criais-je sans plus me soucier de la position d'Emma autour de moi.
_ Quelles genre de choses ? Me demanda-t-elle.
_ Des choses… horribles.
_ Réponse incomplète.
_ Non, att- »
Emma m'attrapa une cheville et me fit tomber plus lourdement sur le sol, m'empêchant de protester. Je restais allongée sur l'herbe humide, essoufflée par tant de batailles internes. Je ne voulais rien dire à Emma, je ne voulais rien dire à voix haute, et peut-être ne rien dire à moi-même. J'avais peur, et j'avais honte de me l'avouer. Je détestais Robin, je détestais ce qu'il était, ce que nous étions, ce qu'il m'avait fait depuis tant de temps.
Je sentis Emma se poster à califourchon sur mon corps tremblant de colère, de froid, de fatigue.
« Quels genres de choses ? Me chuchota-t-elle. »
J'étais furieuse. Je repoussai Emma et me releva prestement. Seulement, la blonde ne lâchait pas l'affaire. Elle ne lâchait jamais.
« Alors, qu'a fait ce cher Robin pour que tu le déteste ?
_ Je ne le déteste pas, je le hais. Avouais-je. »
Cette révélation, sortie de ma bouche sans que je ne puisse le contrôler, en était une autant pour moi que pour Emma.
« Qu'est-ce qu'il t'a fait ? Me demanda-t-elle cette fois en criant. »
Emma s'apprêtait à me faire tomber de nouveau. C'est alors que je me tournai vers elle et, avec une force et une habilité que je ne me connaissais pas, je lui empoignai les épaules et lui fit un croche pied qui la fit tomber enfin sur le sol. J'étais à présent à califourchon sur elle, mes mains toujours sur ses épaules. J'étais furieuse.
« Il m'a violé ! Voilà ! T'es contente ?! M'emportais-je. »
Je retirai mon bandeau avec une facilité déconcertante. Je ne fis pas attention au regard surpris et désolé d'Emma. Je lui jetai le bout de tissu, mes yeux s'humidifiant peu à peu tandis que je me relevai pour rentrer dans le manoir, montant les escaliers rapidement et claquant la porte de ma chambre dans un grand fracas.
