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Chapitre 15
La douleur. (POV Emma)
J'avais mal. Je n'avais aucune douleur physique… Cette souffrance-là provenait du cœur. Je savais qu'il était indispensable que je mette Regina à bout, que je la pousse dans ses derniers retranchements afin qu'elle cesse de se voiler la face.
Il fallait qu'elle admette la vérité, qu'elle mette un mot sur ce qu'il s'était passé.
Je savais que cette révélation serait difficile pour elle, mais je n'avais pas réalisé à quel point ces mots auraient pu m'atteindre, moi aussi, en plein cœur. Est-ce que j'avais déjà admis cette vérité, celle que le destin voulait que Regina souffre encore et encore ? Oui. Est-ce que je supportais de l'entendre de sa bouche ? Non. Et est-ce que je supportais que ça continue ? Encore moins.
Le mot qu'elle avait prononcé et auquel j'avais moi-même mainte fois pensé, était si fort. Il signifiait tant de choses.
Le viol. Il ne manquait presque plus que ça sur la longue liste des choses qu'avait subi Regina.
Il y avait eu le mensonge, la manipulation, l'ignorance, le mépris, le meurtre, la trahison… Regina avait perdu sa mère, son père, son premier grand amour, n'était-ce pas assez ? Apparemment non, car il avait fallu qu'à la seconde où elle fasse de nouveau confiance à un homme, il profite d'elle. La vie ne faisait que de s'acharner sur elle, injustement.
Regina s'était de nouveau montré faible face à quelqu'un qu'elle pensait aimer, dont elle pensait que l'amour était réciproque… Je me souciais de tellement de choses sur elle. J'avais peur qu'elle ne fasse plus confiance à personne.
Après tout, ce serait normal. Ma mère, Cora puis maintenant Robin… Toutes les personnes qu'elle avait profondément chérit et aimé avaient forcément fini par mourir ou se montrer assez égoïste pour la blesser.
J'avais tellement mal pour elle. Regina ne méritait pas tout ça. Après tous les efforts qu'elle avait fait, pour Henry, pour se montrer meilleure, pour repousser le mal de son être… Tout ce qu'elle avait récolté avait été ça ?
J'étais toujours allongée sur l'herbe, fixant le ciel gris. Sans que je ne parvienne à le contrôler, une larme fit son apparition dans le coin de mon œil, se déversant sur ma joue. Une, puis deux, puis trois, puis une dizaine, redoublant avec mes sanglots. J'en avais assez de la vie, assez de cette vie, ce monde, cet univers qui semblait se déchaîner sur la brune depuis sa naissance. Je ne voulais que son bonheur, était-ce vraiment difficile ?
En vérité, je n'avais jamais autant voulu le bonheur de quelqu'un. Je n'avais jamais souhaité cela aussi fort, aussi intensément, je n'avais encore jamais ressentie ce besoin vital, viscéral de protéger, de me sacrifier pour quelqu'un. Je tenais à elle, bien plus qu'à n'importe qui. Je tenais à cette femme plus qu'à mes ex, plus qu'à mes anciennes familles d'accueil, plus qu'à mes parents. Je tenais à Regina autant que je tenais à Henry. Je serais prête à tuer pour elle. Je serais prête à mourir pour elle. Je me demandais encore pourquoi…
J'avais déjà connu des personnes blessées par la vie… Lily en faisant grandement partie. Mais avec Regina, c'était différent.
Nous avions été ennemies, puis partenaires, puis amies… J'étais impressionnée, admirative de sa force, de sa magie, de ses connaissances, de sa foi… En moi. Regina avait toujours cru en moi, elle était la seule. Elle m'avait toujours suivi dans tout ce que j'avais entrepris sans broncher. Jamais personne ne m'avait considéré comme quelque chose d'autre qu'une orpheline blessée. Regina elle, pensait que j'étais plus que ça. Elle voyait au-delà de ce voile. En vérité, elle avait mis à jour ce véritable moi que je n'arrive même pas moi-même à cerner. A travers ma magie, « notre » magie comme elle l'avait appelé, à travers « mon potentiel », elle avait réussi à faire de moi autre chose qu'une enfant abandonnée.
Et puis, elle avait cette âme si belle, si combattive et pourtant, si meurtrie.
Parfois, je ne me sentais pas capable de l'aider. Mais il fallait que je me batte pour elle. Elle le méritait tant. Regina méritait qu'on se batte pour elle, qu'on donne sa vie pour elle, elle méritait tous les sacrifices de l'Univers et j'étais la seule à pouvoir faire ça pour elle… Mais j'avais peur.
Peur d'échouer, mais j'étais également effrayée par tous ce poids sur mes épaules. Il fallait que je protège Regina à tout prix. C'était ma mission. A vrai dire, ça l'a toujours été. Mais c'est une mission qui implique tellement de choses…
Il fallait que je cesse de m'apitoyer sur mon sort, il fallait que je pense à elle et uniquement à elle. Certes, ces mots m'avaient fait mal… Mais à elle, encore plus.
Ainsi, je séchais mes larmes et monta les escaliers quatre à quatre.
Je me heurtais à une porte close.
« Regina… Soufflais-je »
Je me glissai jusque sur le parquet et collai ma tempe à la porte en fermant les yeux. J'entendais des sanglots qu'elle devait probablement retenir de toutes ses forces de sortir sans y parvenir.
« Laisse-moi entrer… Lui intimais-je d'une voix si faible qu'elle était à peine audible. »
Entendre ses pleurs me crispait, ils me tuaient à petit feu. Je ne pouvais retenir cette boule dans ma gorge de se former. Jusqu'alors assise sur le sol, je me levai avec toute les difficultés du monde. Je posai ma main sur le poignet de la porte, la tourna avec délicatesse. Elle n'avait pas fermé à clef. J'entrai en silence dans la pièce dont les rideaux étaient fermés.
Regina était là, assise sur le sol, le dos appuyé contre son lit. Elle avait enfouie son visage dans ses bras. Elle était recroquevillée sur elle-même. Je me mise sur les genoux, en face d'elle et, ne réfléchissant pas d'avantage, je l'entourai de nouveau de mes bras. Cela dura plusieurs minutes. Elle restait là, à ne pas bouger, à continuer de pleurer en silence. Puis, je sentis ses doigts frôler mon bras. C'est ainsi que je renforçai mon emprise.
Elle posa enfin sa main complétement sur ma peau. J'avais la tête posée sur elle lorsqu'elle ouvrit peu à peu les bras et m'enlaça aussi fort que je l'avais fait avec elle.
Regina se laissait enfin aller. Pour la première fois, elle avait la tête posée sur mon épaule et elle pleurait. En silence. Je lui caressais les cheveux, toujours sans rien dire. En fait, il n'y avait plus rien à dire.
Mon cœur n'avait jamais battu si fort.
Je tenais à elle. Vraiment. En réalité… non. Enfin, je refuse de me l'admettre.
Non. Je ne peux pas l'aimer. Moi. Emma Swan. Je ne peux pas aimer Regina. C'est impossible.
C'est… Une femme… Une femme si forte, si fière, si puissante, si blessée par la vie, si fragile. Tous se bousculaient dans ma tête. A mesure que le temps défilait, son odeur ne faisait que s'imprimer dans mon esprit. Sa proximité, les battements de son cœur, ses cheveux si doux, son cœur si cassé. J'avais une furieuse envie de lui relever le menton, de lui prendre le visage entre mes mains et de lui offrir le plus beau et intense baiser de sa vie. Celui qui voudrait dire que quelqu'un l'aime vraiment, dans ce monde. Un baiser qui voudrait dire qu'elle est une personne spéciale. Un acte qui lui montrerait à quel point elle est belle, à quel point son cœur est grand et beau… Si beau que je ne pouvais que l'aimer.
Mais je n'ai pas le droit. Non. Je n'ai pas le droit de l'aimer. J'ai tant fait souffrir tous ceux que j'aime. Je n'ai pas le droit de la faire souffrir, elle. Je suis blessée, je suis incomplète, paumée, elle n'a clairement pas besoin de quelqu'un comme moi. Regina a besoin de quelqu'un de stable, d'un homme, d'une personne qui soit assez forte pour deux. Je ne suis définitivement pas cette personne.
Moi je ne suis… qu'une orpheline, qu'une gamine paumée et instable, qu'une fille qui a abandonné son fils pour le confier au système. La force du destin a voulu qu'on me désigne comme étant la sauveuse, mais au fond de moi, je ne me sens pas l'âme d'une sauveuse. Je ne suis pas responsable, je ne suis pas assez forte, je ne peux pas l'aimer, je n'en ai pas le droit. Regina mérite mieux. Elle mérite quelqu'un d'aussi exceptionnelle qu'elle. Et qui suis-je, moi ? Une personne simplement ordinaire, blessée, incapable de pouvoir se prendre en charge et encore moins de guérir un cœur aussi blessée que le mien. Regina est si fragile, je me tuerais de savoir que je lui aurais fait du mal en ne l'aimant pas comme il se doit. Alors, mieux valait m'efforcer de ne pas l'aimer du tout… Ou tout du moins, de faire semblant. Car, à l'instant même, il me semblait impossible de ne pas l'aimer.
Je refreinais mes sentiments au plus profond de moi. Ma mission, c'était de la protéger. Même si pour cela, je devais sacrifier mes propres ressentis.
Il fallait que je sois juste assez forte pour ne pas céder. Il fallait juste que j'emmagasine assez de force pour l'aimer, l'aider, la protéger comme il se le doit mais… en silence. Pour son bien, pour son bonheur. J'en suis capable. Il le faut.
