Chapitre 16

Bain révélateur. (POV Regina)

Emma était là. Comme d'habitude. Elle était la seule personne dans ce monde a réellement pouvoir me comprendre et me soutenir. Et je n'avais pas réalisé à quel point j'avais besoin de quelqu'un jusqu'à ce qu'elle arrive.

Personne à sa place n'aurait eu le courage d'agir ainsi avec moi, pas même Henry. Pourtant, elle était venue. Elle me tenait dans ses bras, repoussant sa peur d'être rejetée au fin fond d'elle. Emma mettait sa vie entre parenthèse pour moi.

A présent, au-delà de cet état de fait concernant Robin et moi, je pleurais pour tout autre chose. Je pleurais pour elle.

J'étais soulagée qu'elle soit venue. Oui, Emma m'ôtait un poids si immense dans mon cœur, celui de la solitude. Pourtant, je ne pouvais m'empêcher de me sentir coupable. Elle méritait d'être mieux entourée. Emma méritait que ses parents la protége, elle méritait Henry, mais elle ne méritait pas de rester aux côtés d'une personne si brisée que moi. Pourtant, je ne pouvais m'empêcher de fermer les yeux, stoppant ainsi la coulée des larmes sur mes joues. Je la sentais tout contre moi. Je sentais son cœur battre, la chaleur de son corps, je la sentais tout aussi bouleversé que moi.

Mais pourquoi ? Pourquoi se souciait-elle tant de mon bonheur et de mon malheur ? Pourquoi était-elle toujours là lorsque j'en avais besoin ?

J'avais cessé de pleurer, trop absorbée par mes interrogations. Je relevais la tête et vit le regard et le sourire chaleureux d'Emma.

Emma.

La mère de mon fils, celle qui m'avait aidé à trouver ma fin heureuse, celle qui m'avait sauvé la vie plusieurs fois, celle qui avait toujours été là pour moi. J'en venais à oublier qu'elle était la fille de Snow et de Charmant. Elle n'était pas réduite qu'à ça. Emma était… quelqu'un de bien. Elle était la seule, l'unique en qui je pouvais avoir confiance. Sans m'en apercevoir, je ne cessais de la regarder.

Son sourire s'était peu à peu effacé, son regard devenait interrogatif. Elle devait probablement se demander ce à quoi je pensais à cet instant.

Si seulement je pouvais lui dire. Oui, si seulement je pouvais lui dire à quel point elle était une bonne personne.

Elle qui avait tant souffert, qui avait été balloté de famille en famille, sans attache, elle qui ne faisait que voler auparavant, elle qui avait tant évolué. Je ne voyais plus cette femme qui avait passé le seuil de mon portail, cette blonde apeurée par son rôle de parent avec qui j'étais ennemie. Tout ce que je voyais, c'était une mère combattive, une femme capable de tout pour sa famille et pour… moi. Je ne méritais clairement pas toute cette attention. Elle avait ce cœur si pur tandis que le mien était si… noir.

Pourtant, je n'arrivais pas à me résoudre à détacher mon corps du sien et encore moins mon regard. Mais il le fallait.

Cette faiblesse que j'avais, cette âme si sombre, je ne voulais pas contaminer Emma. Je ne voulais pas l'aimer… Car cela signifierait de la perdre.

J'étais ce genre de personne à tout perdre facilement. C'était probablement le karma.

Je détournais le regard, ne sachant presque pas cacher ma gêne. Emma sourit, se leva et partit de la chambre. Alors que j'avais balancé ma tête en arrière en soufflant lourdement, j'entendis le clapotis de l'eau dans la baignoire de ma salle de bain.

Je voulus ouvrir la porte de la chambre, mais elle était verrouillée.

Je fronçais les sourcils. Emma avait sa propre salle de bain dans cet immense manoir, pourquoi venait-elle dans la mienne ?

Au bout de plusieurs minutes, le robinet se ferma et j'entendis des pas se rapprocher de la porte. Emma entrouvrit la porte et me regarda, un sourire tendre sur le visage.

« Ferme les yeux.

_ Décidément Miss Swan, vous aimez m'ordonner de ne plus rien voir.

_ Et vous aimez m'ordonner de me taire. Chacun ses défauts. »

Je roulai des yeux avant de m'exécuter. Emma me prit par les épaules et me conduisit jusque l'intérieur de la salle de bain. Ça sentait la cannelle, et il faisait une chaleur étouffante.

« Après l'effort, le réconfort. Me dit-elle en souriant. »

J'ouvris les yeux et ne pus m'empêcher de sourire pleinement. En peu de temps, Emma avait tout prévu. Il y avait des bougies, mon livre de chevet au bord du bain moussant qu'elle avait spécialement préparé pour moi. Jamais personne n'avait eu ce genre d'attention.

« Détend-toi. Me dit-elle avant de sortir de la pièce. »

Je voulu me retourner, mais Emma était déjà partie. Je souris de nouveau et entreprit de retirer mes vêtements presque boueux à force d'avoir été laissée tombée sur le sol. La température de l'eau était parfaite, l'atmosphère était superbe, et je ne savais pas d'où sortait cette douce odeur fruitée qui émanait de l'eau, mais cela me procurait le plus grand bien.

Je m'enfonçai dans mon bain en soupirant d'aise. Je ne pensais pas en avoir tant besoin jusqu'à y être. Je fermai les yeux.

Je ne pus m'empêcher de penser à Emma, une fois encore.

Que se passait-il en ce moment entre nous ? Il n'y avait plus de règles, plus de barrières. J'avais été trop préoccupée pour réagir et voir si cette nouvelle situation me plaisait. A priori elle ne le devrait pas. Alors, pourquoi étais-je en train de sourire bêtement à chacune de ses attentions ? Je devrais la rejeter, comme je le fais toujours… Mais je n'y parvenais pas. Je m'en voulais quelque peu.

Je voulais m'éloigner d'Emma, non pour me préserver mais pour LA préserver. Je semble n'être qu'une catastrophe ambulante qui détruit tout ce qu'elle touche, un vrai roi Midas de la misère. Pourtant, mon esprit encore égoïste me poussait sans cesse à accepter Emma dans ma vie, dans ce quotidien. Ces murs que j'ai mis tant de temps à ériger dans mon esprit étaient effritées et Emma semblait s'amuser à les gratter pour les faire céder.

Il faut avouer que ces temps-ci n'ont pas été les plus réjouissants de ma vie. Celui censé être mon « véritable amour » n'était en fait qu'un pur égoïste et avait blessé mon corps de femme. Et malgré ça, je continuais sans vergogne à aimer Emma.

Enfin, aimer… Je l'apprécie. Oui, c'est plus correct. J'accepte Emma Swan dans ma vie, j'admets qu'elle y occupe une part importante, on va dire que je l'apprécie. J'apprécie notre jeu, j'apprécie aussi ce nouveau jeu, j'en acceptais les règles. J'apprécie ces petites attentions, son regard inquiet, sa préoccupation pour moi, son courage, sa fierté, son côté enfant, cette moue espiègle, sin impertinence, sa façon de me défier.

Oui. On peut sans nul doute dire que j'apprécie Emma Swan. Le tout était d'être discréte et de ne rien laisser transparaître. S'il lui arrivait malheur, je pense que je m'en voudrais toute ma vie. D'ailleurs, que ferais-je s'il lui arrive malheur ? Je ferais tout pour la sauver, ça c'est sur… Oui mais « tout » quoi ? Jusqu'où pouvais-je aller pour elle ?