Chapitre 24
Bêtise (POV Emma)
Je crois qu'elle a décidé de me rendre chèvre. Depuis quelques jours, Regina et moi avions entrepris un jeu du chat et de la souris que je ne maîtrisais pas du tout.
Je ne savais jamais sur quel pied danser. Un instant, elle était très proche de moi, puis elle s'éloignait et remettait ce masque de dureté, employant de nouveau le vouvoiement et ce « Miss Swan » insupportable.
Cela allait bientôt faire une semaine que je créchais chez elle et nous avions plutôt bien avancé dans nos leçons compte tenu de la quantité d'hématomes présents sur mes bras.
Ainsi, en ce jour ensoleillé, je m'apprêtais à rendre une visite surprise à notre chère maire.
Enfin. J'avais tout de même emporté avec moi quelques dossiers à lui rapporter, histoire d'avoir une excuse pour discuter de son comportement et de mon départ que je souhaitais absolument repousser. Pour tout avouer, je me sentais bien chez Regina…
Il y avait Henry, nous pouvions vivre avec lui sans histoire de garde partagée, elle cuisinait extrêmement bien et je n'avais pas sans cesse les braillements d'un bébé dans les oreilles ni mes parents me questionnant à tout va.
C'était plutôt… reposant. Et, étrangement, Regina était très agréable. Nous avions notre routine, le diner, le coucher d'Henry, nos leçons, une discussion partagée autour d'un café le soir, très tard, un sourire, un bonsoir et le confort de savoir qu'elle dormait dans la chambre à côté, en sécurité et heureuse.
A présent, je pouvais prendre un appartement pour moi seule, c'est certain… Mais il n'y aurait plus cette ambiance chaleureuse que j'affectionne tant. J'avais trop peur de me sentir seule.
Et, parfois, j'allais dans la cuisine me chercher un verre d'eau et je tombais sur Regina, en pyjama, grignotant un carré de chocolat en cachette.
Je surpris de la douceur chez elle, de la complicité entre nous et, elle était vraiment adorable lorsque je la surprenais à grignoter en pleine nuit et qu'elle niait farouchement avec ses airs de reine effarouchée.
Je souriais à cette pensée en m'avançant en direction de la porte de son bureau.
« Vous ne pouvez pas entrer, Madame le Maire est en rendez-vous. »
Comme toujours, cette secrétaire de malheur m'interdisait sans cesse d'entrer sans m'annoncer. Elle me fatiguait. Elle était très… donneuse de leçon, mais n'appliquait en rien ses préceptes. Elle s'appelait Lucy, mais intérieurement, je l'appelais « Miss Frigide ».
Je rie doucement à cette réflexion en lui passant devant tout en l'ignorant.
« Sheriff, je viens de vous dire que…»
Pourquoi se fatiguait-elle de la sorte sans arrêt, puisqu'à chaque fois, j'ouvrais cette fichue porte, avec ou sans sa permission ?
Seulement, cette fois-là, tout fut différent. En réalité, j'aurais préféré qu'elle me barre la route et que je doive capituler pour ne pas ouvrir cette porte… Mais je l'avais fait. Et, j'étais à présent bloquée… Figée serait plus exact.
Regina était là. En plein milieu de la pièce. Et Robin… Il l'embrassait.
Non.
Je ne pouvais pas y croire.
C'était impossible.
Je claquai rapidement la porte derrière moi, les faisant sursauter tous les deux.
« Je dérange ? Demandais-je sans parvenir à cacher mon agacement. »
Je m'avançai vers Robin et, bien qu'il soit plus grand que moi, je me permettais de lui lancer en regard noir… Cependant, il ne releva pas et baissai les yeux, honteux.
« Emma… Nous n'avions pas prévu de rendez-vous aujourd'hui. Me répond Regina, innocemment.
_ Il n'y en avait pas et ne change pas de sujet. Répondis-je entre mes dents.
_ Miss Swan, il y a quelque chose que vous devez savoir. S'exclama Robin.
_ Je crois bien oui ! Dis-je véhément en alternant mon regard glacial entre Regina et lui. »
Pourquoi me sentais-je blessée ? Pourquoi étais-je en train de me sentir brisée, triste, en colère, telle une femme venant de retrouver son mari au lit avec sa secrétaire ?
« Ecoutez… J'ai… avoué à Regina quelque chose… A propos de mon comportement de ces dernières semaines. Grimaça Robin.
_ Oh, comme le fait que vous soyez le pire des salauds ? Ca merci, on le savait déjà.
_ Emma, laisse le parler. M'intima Regina.
_ Depuis quand es-tu de son côté Regina ? Après tout ce qu'on a entrepris ? Après tout ce par quoi tu es passé, je te retrouve là, comme une fleur, en train de rouler une pelle à cet espèce de sapin pourri jusqu'à la sève !
_ Miss Swan ! Me gronda-t-elle.
_ Laisse Regina. Je comprends sa réaction. J'aurais probablement eu la même… Mais Emma, j'aimerai que vous m'écoutiez. Réellement. »
Je soufflais lourdement. Je n'avais pas envie de l'écouter, je n'avais pas envie de l'entendre me sortir des âneries, j'avais simplement envie de prendre Regina par la main, de lui assener une paire de baffes en lui demandant ce qu'elle pouvait bien lui trouver… J'avais envie de la secouer, j'avais envie qu'elle redevienne cette femme forte ayant plaquée Robin contre le sol. J'avais envie… de lui dire de le laisser tomber.
Mais je ne le pouvais pas. Et je ne comprenais pas tous ces sentiments qui prenaient possession de moi. Cette fois, Robin n'avait pas l'air de l'avoir forcé, et elle était censée faire ce qu'elle voulait de sa vie tant qu'elle était protégée. Alors pourquoi me sentais-je ainsi ?
Je ressentais un sentiment étrange me prenant les entrailles, un mélange de dégoût, de désespoir, de colère, d'amertume et de profonde tristesse teinté d'abandon. En réalité, cela me faisait doucement rappeler ce que j'avais déjà ressenti auparavant, durant cette phase de ma vie affreuse : celle de la trahison de Neal.
J'avais l'impression d'avoir tant donné… Tant donné, et tout cela pour rien. Peut-être m'étais-je trop impliquée dans la vie de Regina, peut-être… peut-être avais-je fait une erreur de l'aider finalement ? Je n'aurais jamais dû l'embrasser ce soir-là, je n'aurais jamais dû la laisser jouer avec… mon cœur comme un enfant joue avec un jouet en le martyrisant. Clairement, oui, j'avais l'impression de n'être qu'une poupée de chiffon et je me dégoutais de moi-même car ce sentiment était uniquement là par ma faute. Après tout… Regina ne m'a jamais fait croire à autre chose qu'un jeu, qu'un amusement entre nous. Nous avions, en tout et pour tout, une amitié naissante spécifique… Et il n'avait jamais été question de sentiment entre nous, ni de désir et encore moins d'histoire de cœur. Dans le pire des cas, nous avions flirté. Et j'avais la preuve que cela n'avait été rien pour elle, rien d'autre qu'une partie de plaisir passagère. Un jeu. Comme toujours.
J'avais été son mouchoir lorsque tout allait mal, mais pouvais-je lui en vouloir pour ça ? Non, ce serait cruel. Après tout, c'est moi qui m'étais imposée de la sorte.
Et j'avais joué son jeu sciemment. Mais d'ailleurs, quel jeu ?! Nous nous touchions juste les cuisses, nous avions juste dérapé, un soir, comme deux copines bourrées un soir de fête, rien de plus !
Ce que je pouvais être idiote par moment. Je me maudissais tant de m'être impliquée à ce point émotionnellement.
