Chapitre 27
Patience (POV Emma)
Robin avait joué au yo-yo avec le cœur de Regina, c'était indéniable.
J'étais en colère… Mais plus contre Robin. J'étais en colère contre Regina. Pourquoi réagissait-elle sans cesse de la sorte ? Pourquoi choisissait-elle toujours la facilité ?
Je le sentais. En vérité, je l'avais toujours senti. Ce lien magique entre nous… J'en avais eu toujours terriblement peur.
C'est pour cela que j'avais tant lutté contre ce qu'elle essayait de me faire comprendre à Neverland, contre l'idée de lier « notre » magie comme elle l'avait si bien dis. J'avais même embrassé Hook et m'étais lancée à corps perdu dans une relation avec lui, avec Walsh, histoire d'oublier tout ça. Je ne voulais pas être obligée d'être liée à quelqu'un.
Seulement, tout me guidait sans arrêt vers elle… Et c'était agaçant. Pire que ça, c'était frustrant. Je me sentais prisonnière d'un lien que je ne maîtrisais pas.
J'avais du mal à l'avouer, mais je peinais à vivre sans elle. Tout me rappelait Regina.
Je l'avais tant détesté au premier abord. Elle était la mère parfaite que je ne réussirais jamais à être, elle me détestait sans que je comprenne pourquoi et je ne savais pas comment m'y prendre pour lui faire comprendre que je n'étais pas là pour lui prendre son fils.
Seulement, tant de choses ont changé depuis que la malédiction avait été rompue. J'avais découvert une Regina blessée, se cachant derrière un masque de dureté qui lui allait de moins en moins. J'avais envie de dire que j'avais appris à l'apprécier, mais en réalité, je n'avais pas eu besoin d'apprendre… Je l'avais apprécié très rapidement.
Au départ, nos joutes étaient distrayantes. Maintenant, elles étaient… autre chose. Une façon tordue peut-être pour nous montrer que nous ne nous détestons pas.
Cela faisait maintenant des années que je refoulais toute cette horde de sensations qui faisaient surface en sa présence. Tout d'abord, j'avais mis des mois à comprendre que Regina était jalouse. Jalouse de Hook.
Je n'arrive toujours pas à savoir si elle a été jalouse de notre relation, du fait qu'on semblait lui envoyé à la figure un prétendu bonheur ou si c'était autre chose… En réalité, je refusais d'y voir autre chose.
Mais, plus j'avançais, plus je l'appréciais. Seulement, des sentiments trop interdits étaient rentré récemment en jeu. Tout d'abord, j'avais commencé à la trouver terriblement attirante. Non que je ne sois pas insensible à la gente féminine, bien au contraire… Mais je ne m'étais jamais sentie si attirée par une femme.
D'habitude, je me contente de contempler leurs corps et leurs traits…Seulement, contempler Regina en se gardant de la toucher semblait m'être trop difficile. Avec elle, je n'étais pas seulement admirative, elle n'était pas seulement belle, elle était… terriblement désirable. Et mystérieuse. C'était un bijou de femme.
J'avais été naïve en tout cas, car je pensais durant tout ce temps, que mon sentiment était partagé. Enfin… Mon attirance pour elle n'était pas que physique, elle était plus profonde et je pensais qu'elle ressentait la même chose. A tort visiblement. Tout me semblait chez elle majestueux, beau et fragile à la fois. J'avais tant de mal à me l'avouer, mais je crois que…
J'apprécie Regina… enfin. Je l'apprécie plus que ce qui devrait être. C'est plus profond qu'une admiration, plus profond qu'une amitié naissante, plus profond que n'importe quelle relation que je n'ai jamais connu. Ça me terrifiait.
Pourtant, j'avais décidé de passer outre mes peurs, pour elle… Mais je m'étais ravisée.
Et à présent, je lui en voulais tant de s'être jetée de nouveau dans les bras de ce Robin de pacotille. Je m'en voulais de m'être trop impliquée, d'avoir oublié de me protéger dans toute cette histoire.
Mais on ne m'y reprit pas. C'est pourquoi j'avais repris la relation que j'avais avec Hook avant que tout cela n'arrive. Après tout, j'avais besoin de réconfort et, je m'étais faite à l'idée qu'une relation avec Regina autre qu'amicale (et encore…) était une utopie, un désir inatteignable.
Elle ne m'aimerait jamais, ne me verrait jamais comme je la vois. Mieux valait que je raye cette idée de ma vie à tout jamais. Et mieux valait encore que je l'évite, car ça me rendait malade.
Oui, Regina me rendait malade. Ca me rendait malade de m'interdire de penser ce que je pensais habituellement en sa présence.
Je rejetais tout : sa beauté intérieure, sa beauté extérieure, sa fragilité, sa force, en bref, tout ce dont j'étais sensible. En vérité, je ne supportais plus sa présence sans sentir ma magie crépiter, sans sentir mon cœur se serrer douloureusement.
Alors, je déléguais le maximum de choses à David, comme lui faire parvenir les rapports. J'allais toujours aux réunions, mais en avance, histoire de me débrouiller pour trouver une place la plus éloignée possible d'elle. Je faisais mon maximum pour ne pas la croiser. Je n'allais plus chercher Henry au manoir, mais directement à l'école. Je le soupçonne de commencer à comprendre quelque chose, mais je ne le pense pas si futé pour saisir la situation. D'ailleurs, Regina ne le remarquait peut-être même pas. Elle avait toujours ce visage impassible.
C'était trop difficile d'y déceler quoique ce soit. J'y arrivais, lorsque ses barrières se baissaient… Mais c'était si rare ! Souvent, je me demandais même si j'avais raison.
Ce soir-là, Hook m'avait invité au restaurant, puis à une balade en ville. J'étais seule à l'appartement, alors il me semblait correct d'avoir accepté. Après tout, cela m'aiderait surement à l'oublier. Seulement, dehors, c'était un véritable déluge. Alors, nous avions décidé de rester cloitrer à l'appartement, avec un diner à deux, puis un film à partager.
Je n'arrivais pas à être enjouée, mais il le fallait bien. Alors, je faisais semblant. Comme d'habitude. En espérant que j'arriverais à oublier mes sentiments pour Regina.
Je portais une robe rose pastel, du genre que Hook adorait. Je n'étais pas spécialement fan de ce genre de tenue, ressemblant un peu trop à ce que portaient les princesses dans la forêt enchantée. Je préférais le rouge, le noir, le moulant… un peu comme… Non.
Il ne fallait plus que j'y pense.
« Tout va bien, love ? »
Je souriais faussement en l'embrassant. S'il y avait un être supérieur en ce monde, je le priais de toute mon âme pour m'ôter Regina de la tête, mais surtout de mon cœur. Ce même cœur qui semblait s'atrophier de plus en plus.
Cela ne serait pas raisonnable si je pleurais en cet instant, pas vrai ?
La sonnette de la porte d'entrée retentit et me sortit brutalement de mes sombres pensées. Je sursautai en regardant Hook, d'un œil inquisiteur.
Je n'attendais personne. Qui serait assez dingue pour se pointer ici avec une météo pareille ?
« Je vais ouvrir. Me dit Hook en me touchant le bras, galant. »
Je lui rendis son sourire, qui s'effaça aussitôt qu'il fut hors de ma vue. Je m'ennuyais et je souffrais. Quel cocktail ! Cette soirée en « amoureux » était censée être bonne, mais je parvenais à n'y prendre aucun plaisir.
« Regina ? S'étonna Hook. »
Mon regard s'arrondit de stupeur. Je me précipitai peut-être un peu trop vite en direction de la porte d'entrée.
Regina était là, le regard étrangement surpris et… triste. Elle était trempée jusqu'aux os, et n'avait pas prononcé un mot. Elle se contentait d'ouvrir la bouche et de la refermer.
« Il y a un problème avec Henry ? Lui demandais-je, inquiète.
_ Non enfin… Non. En réalité, j'étais venue pour… »
Je la vis secouer la tête et arborer de nouveau ce visage impassible, dont je ne parvenais à distinguer que le mensonge. Et en ce moment, mon radar s'affolait. Elle se mit à sourire, de ce genre de sourire à moitié désolé qu'elle m'avait déjà lancé auparavant, lorsqu'elle nous avait offert cette nouvelle vie avec Henry.
« Henry a… oublié un livre d'école. Je suis venue le récupérer.
_ Oh… Vous voulez rentrer ?
_ Non, ça ira. Me répondit-elle, le regard baissé. C'est son livre de mathématiques.
_ Je vais le chercher, love. Me répondit Hook en me baisant la joue et en partant. »
Le silence entre Regina et moi était devenu étrangement pesant. Elle évitait mon regard, les mains dans ses poches. Ses chaussures étaient devenues étrangement attrayantes pour elle. Ainsi, j'avais le plaisir de la contempler alors qu'elle évitait cruellement mon regard inquisiteur.
Ses cheveux étaient un peu en bataille, son maquillage presque inexistant, des gouttes dégoulinaient de son visage, de sa chevelure et de son manteau. Pourtant, elle était toujours aussi belle. Comment faisait-elle ?
Et puis, avoir bravé cette tempête pour un livre d'école ? Je n'y croyais pas une seconde.
« Regina, tu…
_ Et voilà Regina ! S'exclama fièrement Hook en brisant ma tentative d'approche. »
Je crois qu'il n'était jamais arrivé si mal qu'en cet instant.
« Merci. Dit-elle en ne me regardant toujours pas et en tournant les talons.
_ Attend, Regina ! M'exclamais-je désespérément pour la retenir.
_ Oui ? Me demanda-t-elle en me regardant enfin dans les yeux. »
Je le voyais bien qu'elle cachait quelque chose, je n'étais pas dupe. Son regard était troublé, désolé, gêné. J'avais tellement envie de lui parler, creuser, mais je me reprise à contrecœur.
J'avais peut-être trop donné. Je ne voulais pas m'accorder de nouveau des espoirs vains. Elle avait probablement une très bonne raison pour avoir sonné à ma porte ce soir.
Mais ma patience avait été trop mise à l'épreuve. Mon cœur surtout. Je voulais préserver le peu qu'il en restait. Je devais réinstaurer une distance de sécurité entre nous. Il était hors de question que cette situation continue à me consumer comme elle l'avait déjà fait.
« Faites attention sur la route. Finis-je par lui intimer en faisant un pas en arrière. »
Elle m'accorda un sourire timide en secouant positivement la tête et en regardant ses chaussures. Puis, elle se retourna et partit, sans un mot, sans un geste, un regard de plus.
J'avais beau protéger mon cœur à tout prix, je n'étais pas parvenu à le soulager, à ce qu'il se desserre face à cette vision. Hook me prit par les épaules et m'intima à entrer de nouveau dans l'appartement, insouciant.
Je voulais m'éloigner d'elle pour ne plus être prisonnière de notre lien magique et pourtant, je ne m'étais jamais sentie aussi enfermée de ma vie.
Parfois, l'envie de retirer mon cœur et de l'enterrer à vie comme l'avait fait Cora était clairement une tentation terrible.
