Chapitre 28
Le plan (POV Henry)
J'avais peut-être 14 ans, mais je n'étais pas stupide. Tout le monde dans cette ville semblait toujours me prendre pour un enfant, mais j'avais grandi. Et je comprenais certaines choses.
Je voyais bien que plus rien n'allait entre ma mère et Robin depuis un petit moment. Je ne savais pas vraiment pourquoi. Après tout, ce n'était pas mes affaires, mais j'avais terriblement envie de l'aider.
Ce soir-là était une des rares fois où nous étions tous les trois présents dans la maison. Ils pensaient que je dormais, mais les sanglots de maman m'avaient mis en alerte et je m'étais caché dans les escaliers. Personne ne m'avait vu.
Quand je voulais, je pouvais être un parfait espion… Et j'avais tout entendu de la discussion entre Robin et ma mère. Tout.
J'étais remonté dans ma chambre rapidement, plutôt… sonné. Il faut dire qu'apprendre que la méchante reine éprouve des sentiments pour la fille de Blanche Neige était assez déroutant… Ca l'était encore plus lorsque c'était deux femmes et surtout, lorsque ces deux femmes s'avéraient être mes deux mères respectives.
J'étais sûr, certain même qu'Emma l'aimait, elle aussi. Finalement, cela expliquait beaucoup de choses.
Cela expliquait la façon dont elles pouvaient se piquer, dont Emma cherchait sans arrêt l'attention de ma mère d'une manière ou d'une autre, la façon qu'elles avaient de se regarder, de se parler, ou même, de ne pas se parler. Elles avaient des attentions l'une envers l'autre, peut-être banale venant de n'importe qui, mais pas d'elles. Je les connaissais que trop bien pour savoir qu'elles n'accordaient aucun geste à personne, sauf à moi. Elles étaient très pudiques finalement. Et depuis quelques temps, je les avais senti plus proches… Puis elles s'étaient éloignées de nouveau. Elles étaient vraiment dures à suivre.
J'avais entendu la porte d'entrée se fermer délicatement. Puis, un quart d'heure plus tard, ce fut de nouveau le cas. Ma mère et Robin étaient partis… Mais il faisait un déluge dehors.
J'étais… plutôt inquiet. Je n'avais aucune idée d'où était partie ma mère. Alors, je pris ma couverture et l'attendait, inquiet, sur le canapé.
L'attente fut plutôt courte en fait. Elle était revenue, mon livre de mathématiques entre les mains, 20 minutes plus tard. Elle avait fermé délicatement la porte, me pensant endormi. Je l'avais entendu soupirer, mais je ne la voyais pas revenir. Au bout de quelques minutes, je me décidais à sortir de mon plaid chaud pour aller la voir…
Et le spectacle fut plutôt effarant pour moi. Je ne l'avais jamais vu ainsi. Ma mère était assise sur le sol, adossée à la porte d'entrée. Elle avait mon livre de mathématiques encore dans une main et la tête enfouie dans ses bras.
Je ne comprenais rien.
Sans un bruit, je m'approchai d'elle et l'entoura machinalement de mes bras. Elle sursauta en se redressant. Puis, elle chassa les larmes ayant coulées sur ses joues et repris sa contenance habituelle.
« Henry ? Mais, qu'est-ce que tu fais là, tu ne dors pas ?
_ Non… Et toi non plus, apparemment. Tu étais où ? Lui demandais-je.
_ Tu devrais aller te recoucher, il est tard. Me répondit-elle en ignorant ma question.
_ Non maman, je veux savoir où tu étais.
_ Je n'étais nulle part. Me dit-elle en éludant sa réponse d'un geste de la main.
_ Alors qu'est-ce que tu fais avec mon livre de mathématiques dans la main ? Il était chez Emma. Lui dis-je. »
Elle ne me répondit pas tout de suite, mais je la vis gênée. Et j'avais compris. Oui, j'avais vu enfin cette once de faiblesse que je n'avais vu que trop rarement sur son visage. Elle avait été voir Emma. Et visiblement, ça s'était mal passé.
Alors, soit mon autre mère avait été assez bête pour avoir encore la peur de sa vie, ce qui l'aurait fait bien évidemment fait fuir, soit ma mère s'était défilée.
Dans tous les cas, elle avait le cœur brisé. Encore une fois.
Elle essuya les dernières larmes qui se profilaient sur son visage.
« Rien Henry, ne t'inquiète pas. Allez. Va te coucher maintenant. Me dit-elle en souriant faiblement. »
Elles étaient tellement têtues que je soufflais d'avance face à ce qui m'attendait. Maman ne m'avouerait jamais la force de ses sentiments envers Emma, c'était certain. Elle n'était pas du genre à se livrer facilement, sauf envers moi encore une fois.
Et Emma était de la même poigne.
Donc, ce n'était même pas la peine d'insister pour leur sortir les vers du nez.
J'étais donc devant deux cas désespérés, deux grandes handicapées des sentiments. Elles avaient besoin d'un coup de pouce, c'est sûr.
Connaissant ma mère, elle serait capable de souffrir toute sa vie plutôt que d'avouer quoique ce soit. Et connaissant Emma, elle prendrait ses jambes à son cou en réalisant qu'elle aimait profondément quelqu'un et que c'était réciproque. Elle aurait trop peur de cette situation. Et le fait que cette personne soit ma mère accentuait encore plus cet état de fait.
Mon Dieu. Cette mission sera la plus difficile à laquelle j'aurais eu à faire. Plus difficile encore que l'opération Cobra, c'est dire !
Ce n'était pas gagné… Mais ce n'était pas perdu non plus.
Il fallait que j'élabore un plan. Bon.
Robin était au courant, miraculeusement. Mais connaissant ses sentiments encore présents envers ma mère, il ne m'aiderait jamais.
Je ne pouvais même pas penser à en parler à grand-mère ou grand-père, ils en feraient une syncope. Dommage, car c'était des experts en amour, surtout ce genre d'amour… Je leur en parlerais peut-être, mais sans évoquer mes mères.
Ruby ? Impossible. Elle finirait forcément par tout raconter à quelqu'un.
Peut-être Belle. Oui. Peut-être que je pourrais en parler à Belle. Après tout, son histoire d'amour est surement aussi compliqué que celle de mes parents actuellement.
Elle bosse encore à la bibliothèque, je pourrais y passer après l'école. Ce ne serait pas suspect de dire que je vais y chercher un livre pour un exposé.
Je pourrais y trouver Belle. Mais il fallait que je la joue fine. Il fallait que je m'assure qu'elle ne dise rien à personne, et surtout pas à Rumplestilskin. Cette révélation serait une occasion trop exceptionnelle pour lui. Cette information en main, il pourrait en faire n'importe quoi…
Donc, la première étape serait de tester Belle. Puis, qu'elle m'aide à rapprocher mes deux mères jusqu'à les pousser dans les bras l'une de l'autre.
L'opération « mamans » est en route !
