Chapitre 37

Alcool et confessions (POV Emma)

J'avais tourné en rond dans mon appartement pendant des heures avant de me décider à sortir. Le seul endroit que je trouvai propice à l'évasion était le Rabbit Hole.

A peine avais-je commandé mon premier verre que mes pensées m'envahirent de nouveau.

Regina. J'étais sûre oui, certaine qu'elle m'aimait. Mon Dieu, Regina Mills m'aimait !

Je m'accoudai au bar en tenant ma tête entre mes mains.

Ce n'était pas possible. J'avais enfin réussi à refouler tous mes sentiments au plus profond de moi et elle me balançait ce genre de bombe ! Enfin. Elle n'avait rien dit d'explicite… Mais je n'étais pas stupide !

Je voulus prendre mon verre de la main droite, mais une douleur vive me parcouru les phalanges. C'est donc avec la main gauche que je pris mon verre et que je l'avalais d'un coup, m'empressant d'en commander un autre.

« Tout va comme tu veux ? »

Ruby s'était installée à mes côtés. Elle portait un haut très moulant, laissant entrevoir son nombril ainsi qu'une mini-jupe. Ses longs cheveux noirs et rouges tombaient en cascade sur ses épaules.

J'éprouvais comme une envie soudaine d'oublier Regina, oublier mes questions, oublier ma tourmente. Peut-être pourrait-elle m'aider à cela après tout…

Je secouais la tête, trouvant tout à coup cette idée ridicule. Personne ne pourrait être à la hauteur désormais.

« Tout va très bien. Ne puis-je m'empêcher de répondre sèchement.

_ Whale est vraiment un imbécile. Souffla Ruby d'un air désolé.

_ C'est rien de le dire. Soufflais-je à mon tour.

_ Mais je suis sûre que ce n'est pas ça qui te tourmente, j'ai tort ? »

Malgré son allure provoquante, son attitude séductrice, ses commérages intempestifs, je ne pouvais nier que Ruby était fine psychologue.Elle savait écouter.

J'avalais de nouveau mon second verre, commençant enfin à sentir les effets de l'alcool sur mon cerveau.

« De toute façon, je suppose que tu es déjà au courant. Lui répondis-je toujours aussi amèrement.

_ Au courant de quoi ? Me demanda-t-elle.

_ Pour Regina et moi. Que nous couchons ensemble. »

Je vis le regard de Ruby s'arrondir. Elle ouvrit la bouche, ce qui lui donna l'air d'un poisson. Cette vision aurait pu me faire rire si elle ne m'avait pas inquiété… J'avais peut-être fait une bourde.

« Tu… Quoi ? Me demanda-t-elle d'une voix forte et aigue, se faisant se retourner quelques personnes.

_ Chut ! Tout le monde va t'entendre. Lui chuchotais-je. »

Ruby regarda autour d'elle tandis que les clients continuaient de discuter entre eux en un brouhaha incessant, ne leur accordant plus d'importance.

« Tu, Regina et toi, enfin, vous. Bégayait-elle.

_ Je croyais que tu le savais ! M'exclamais-je apeurée.

_ Mais pas du tout voyons, qu'est-ce qui a pu te faire penser un truc pareil ?! Me répondit-elle, choquée. »

Je grimaçais, lui offrant un visage gêné. Elle se redressa face au bar, le regard perdu dans le vide tandis que je bus mon troisième verre. Ma tête commençait déjà à tourner dans tous les sens.

« Je comprends mieux la réaction de Whale maintenant. Souffla-t-elle. Mais… Comment ? Me demanda-t-elle en fronçant les sourcils.

_ C'est arrivé… Comme ça. Enfin c'est compliqué. Nous avions convenu que ça ne soit que physique… mais cet après-midi, après l'altercation avec Whale, nous avons décidé d'arrêter. Lui dis-je, le regard rivé sur le rond de mon verre.

_ Oh et bien, c'est dommage que ce genre d'esprit étriqué t'empêche de faire ce que tu veux de ta vie Emma. Mais si ce n'était que physique, cela ne devrait pas t'affecter. Conclut-elle en regardant elle aussi, son verre. »

Je restais silencieuse tandis que le barman me resservit une dose d'alcool. Ce n'était peut-être pas raisonnable, mais cela semblait faire du bien à mon cerveau. J'avais tendance à… me déconnecter de la réalité, à prendre du recul grâce à cela. Et j'en avais terriblement besoin.

Face à mon silence, Ruby me regarda, puis arrondit son regard de nouveau.

« Mon Dieu, ce n'est pas que physique c'est ça ? Me demanda-t-elle.

_ Non. Enfin oui. Enfin, je n'en sais rien ! Lui répondis-je en effondrant ma tête entre mes bras, sur le bar.

_ Emma. Explique-toi car je n'y comprends rien. Me dit-elle en fronçant les sourcils. »

J'eus le courage de relever ma tête déjà trop lourde vers elle. Les mots commençaient à sortir de ma bouche sans que je ne puisse le contrôler, un des effets indésirables de ma forte consommation de liquide.

« Il se pourrait –et je dis bien il se pourrait- que Regina… Commençais-je à prononcer en prenant mon souffle.

_ Que Regina quoi ? Chuchota Ruby avec appréhension.

_ Il se pourrait qu'elle… éprouve des… sentiments à mon égard. Lui dis-je hésitante.

_ Quoi ? Cria-t-elle cette fois. »

Cette fois, c'est tout un groupe de clients qui se tourna vers nous, interloqué par notre conversation bruyante.

Je me mis à taper Ruby sur le bras, lui intimant d'être plus discrète.

« Ruby, non mais tu vas te taire ! Lui chuchotais-je tandis que les regards se firent plus insistants pour finalement, se détourner de nouveau de nous.

_ Je ne peux pas croire ce que je viens d'entendre. Souffla-t-elle en se prenant la tête dans les mains. Et qu'est-ce que tu lui as dit ? Me demanda-t-elle, inquiète.

_ A vrai dire, je n'ai rien dit. Enfin. Il faut dire qu'elle ne m'a pas vraiment avoué mot pour mot qu'elle m'aimait.

_ Alors comment sais-tu que…

_ Il y a des regards qui ne trompent pas. »

Je la regardais une dernière fois avant de m'effondrer, le front contre le bois du bar, mon quatrième verre vide à côté de mon visage.

« Ruby, qu'est-ce que je vais faire ? Lui demandais-je d'une voix désespérée.

_ Eh bien, je n'en sais rien… Qu'est-ce que tu ressens toi ? Me demanda-t-elle. »

Je tournais mon regard interrogateur vers elle sans décoller mon visage de la surface du bois.

« Tu n'es pas sérieuse pour me poser ce genre de questions. Lui dis-je.

_ Il me semble que ça a de l'importance non ? Alors. Qu'est-ce que tu ressens ? Me répéta-t-elle.

_ Je ne l'aime pas. Mentis-je en évitant son regard. »

Ruby souffla. J'étais sûre qu'elle avait décelé mon mensonge… Enfin je n'en savais rien en fait. Je n'étais plus sûre de rien. Moi qui avais cru bêtement qu'elle avait déjà tout deviné du petit manège qui se déroulait entre Regina et moi, nous avions finalement été plus discrètes que prévu. Cela ébranlait toutes mes croyances. Je ne connaissais peut-être pas si bien les autres après tout.

« Emma. Ecoute. Je sais que tout cela te fait peur. Commença à dire Ruby.

_ Je n'ai pas peur. Rétorquais-je en relevant ma tête trop précipitamment, le paysage tournoyant tellement que je dû fermer les yeux quelques secondes.

_ Quoique tu dises Emma, ce genre de choses t'as toujours fait peur, je le sais. Chaque fois que tu as découvert qu'une personne t'aimait, tu as toujours eu cette attitude.

_ Quelle attitude ? Commençais-je à me vexer en croisant les bras.

_ Celle de quelqu'un qui fuit.

_ C'est faux. Lui dis-je en buvant une gorgée de mon verre.

_ Alors qu'est-ce que tu fous là, à te morfondre dans l'alcool, si tu t'en fiche tant que ça ? Me demanda-t-elle. »

Je la regardais, interdite. Puis, je rejetai mon verre en fixant mon point invisible sur le bois. Ruby avait raison. Sur toute la ligne.

« Alors au fond, quel est le véritable problème ? Me demanda-t-elle.

_ Le véritable problème ? Non mais tu ne vois décidément rien Ruby ? Je suis loin, très loin d'être une personne qu'il faut aimer. Je suis même tout le contraire ! Les gens devraient me… fuir comme la peste, et en particulier Regina voyons !

_ Et pourquoi ?

_ Mais parce qu'elle n'a pas besoin de quelqu'un comme moi ! Ce qu'il lui faut, c'est quelqu'un de fort, de courageux, qui assume, qui la porte. Et j'en suis incapable ! J'arrive à peine à m'assumer moi-même, c'est un miracle qu'Henry soit encore en vie durant mes tours de garde ! M'exclamais-je.

_ Tu exagère Emma.

_ Non, c'est vrai. Regina mérite mieux. Et il lui faut un homme, pas une femme et encore moins… moi.

_ Nous ne choisissons pas la personne que l'on aime Emma. L'amour parfois, ça nous tombe dessus comme ça… et tu devrais le savoir mieux que n'importe qui. Les sentiments n'ont rien à voir avec le sexe ou le mérite. Me souffla-t-elle. »

Je me mis à l'observer longuement. Puis, j'orientais mon regard devant moi, hypnotisée soudainement par l'étiquette d'une bouteille d'alcool.

Ruby avait raison, je le savais.

Regina n'avait pas choisi de m'aimer, elle ne l'avait pas commandé et cela devait la perturber autant que moi… voir pire au vue de mon attitude. J'avais été terriblement maladroite… mais je savais aussi que j'avais agi par peur.

J'avais eu peur qu'elle m'aime car… car je l'aime moi aussi. Dieu que je pouvais être débile par moment…

J'avais envie de pleurer, de m'effondrer, de me cacher au fin fond des abîmes de la terre et de ne jamais en revenir. J'avais peur oui, peur qu'elle subisse le genre de regards et de remarques que moi-même j'avais subi.

J'avais peur de la décevoir.

J'avais peur de ne pas être à la hauteur de ses attentes.

J'avais peur qu'elle… se trompe. Au fond, j'avais peur de m'investir et qu'elle me rejette… De la même manière que je l'avais rejeté.

J'aimais Regina. Je l'aimais si fort. J'aimais sa fragilité, sa force. J'aimais quand elle souriait autant que quand elle s'agaçait. J'aimais son parfum, j'aimais son cœur, la façon qu'elle avait de marcher, d'être élégante en toute circonstance. J'aimais son air faussement hautain, son masque et j'aimais surtout quand elle l'ôtait. J'aimais la façon qu'elle avait de se pincer les lèvres lorsqu'elle était concentrée, celle de retirer sa jupe d'un mouvement du bassin si sensuel, celle de se recoiffer rapidement. J'aimais quand elle souriait, quand elle avait honte ou quand elle se mettait en colère.

Je tournais la tête et vit que Ruby était partie.

Puis, je me redressais.

Je ne savais pas depuis combien de temps je réfléchissais. Je payai les cinq verres que j'avais consommé trop rapidement et sortit du Rabbit Hole, titubant quelque peu. Mes pieds marchaient seuls, de la façon d'un automate.

Regina…

Je l'avais fait souffrir. J'avais pensé que la faire souffrir ainsi, d'un coup d'un seul, lui éviterait d'autres souffrances plus tard. Des souffrances plus longues, plus pénibles.

Après mure réflexion, ce réflexe d'autoprotection que j'avais mis en place était stupide et égoïste.

Sans m'en rendre véritablement compte, je me retrouvais devant la porte d'entrée du manoir. Ce bois blanc… Regina en nuisette… Peut-être mangeait-elle encore du chocolat. J'adorais la voir manger du chocolat. J'avais envie de la voir grignoter en pleine nuit comme elle le faisait lorsque je m'étais installée chez elle. Je souriais bêtement, ne parvenant pas à contrôler le fil de mes souvenirs qui était devenu étrangement agréable, teinté de gémissements, de gourmandises et de sous-vêtements sexy.

Ah, Regina…

Mon esprit embrumé par l'alcool, je toquai d'un coup d'un seul de ma main droite. Ce reflexe m'arracha un juron.

« Putain de connard de Whale, ça fait un mal de chien ! M'exclamais-je, en colère contre moi-même et ma main droite. »