Chères lectrices, ce chapitre contient des scènes d'intimité qui pourraient choquer certaines d'entre-vous. Sentez-vous libres de passer par-dessus.
Merci à mes premières lectrices: VaNhi, poupouneflore, mimija, calazzi, loleli, chjara 13 et Juliette. Je vous adore mesdames. En passant, allez lire le nouvel opus de Calazzi. Elle mélange avec science Orgueil et Préjugés et les Liaisons Dangereuses. C'est un vrai délice!
Merci également à LNA, Sophie159, Ombeline et Deana 9, merci d'avoir pris le temps de me livrer vos premières impressions.
Pour terminer, merci à Laurence et Laura (j'apprécie votre fidélité et vous remercie de me suivre d'une histoire à l'autre) et à toutes celles qui ont commenté mes autres histoires après publications ou qui les ajoutent dans favorits.
Bonne lecture, Miriamme.
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Deuxième partie
Durant la fin de semaine, je profitai pleinement de Samuel à la différence près que depuis que j'avais revu William Darcy, son visage revenait me hanter chaque fois que mon fils changeait d'expression. Lundi matin, après être allée déposer Samuel au service de garde de l'école alternative Élan, fidèle à mon habitude, j'arrivai la première au bureau. Pendant que je sirotais mon café au lait, acheté en passant au comptoir Second Cup, je vis entrer mes collègues de travail, les uns après les autres. Astrid était habituellement la seconde à se pointer, car elle voulait être prête pour recevoir les premiers appels et surtout, avoir le temps de faire le tri parmi les nombreux messages laissés durant le week-end. Rosa qui la suivait de près, n'eût pas le temps d'échanger une seule parole avec moi puisque notre patron, entré une minute après elle, la réclama immédiatement dans son bureau.
-J'ai trois lettres à te dicter… et comme elles doivent partir ce matin, s'excusa-t-il brièvement.
-J'arrive… avec deux cafés, s'activa-t-elle en riant avant de me faire un clin d'œil et passer devant la porte de mon bureau.
10 minutes plus tard et contre toute attente, Rosa ressortait déjà du bureau de Louis. Après en avoir refermé la porte précautionneusement, elle pénétra dans le mien et me contempla d'un air songeur. Je m'étonnai alors de ce qu'elle eut les mains vides et m'attendis au pire.
-Louis vient de recevoir un appel de l'extérieur, m'apprit-elle en s'enfonçant dans le fauteuil qu'il y avait juste devant mon bureau.
-…..
-Quand Astrid a interrompu Louis pour lui passer cet appel, bien qu'il lui ait ordonné de ne pas nous déranger, j'ai deviné qu'il ne pouvait s'agir que d'une personne importante…
-Euh, en quoi est-ce que ça me regarde? commentais-je, avant de replonger dans mes calculs.
-Alors, imagine ma surprise lorsque j'ai entendu Louis mentionner son nom…
-Bon, allez, lâche le morceau puisque manifestement tu en meurs d'envie, roulais-je des yeux avant de déposer mon stylo devant moi.
-William Darcy, murmura-t-elle en se penchant légèrement vers moi.
-Quoi? M'étouffais-je presque.
-Lui-même…. Je t'avais prévenue. Ne l'avais-je pas prédit…, se vanta-t-elle tout sourire.
-Tout ça peut très bien s'expliquer autrement, la contrais-je.
-Ah oui? Comment? Me défia-t-elle.
-Tu as travaillé pour lui… il me semble tout à fait normal qu'il s'intéresse à la compagnie pour laquelle tu travailles maintenant, suggérais-je, après tout, on a décliné son nom au moins à deux reprises.
-Moi, je prétends que c'est TOI et seulement TOI qui l'intéresses, professa-t-elle.
-Qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre…
-Mon petit doigt me dit qu'en ce moment même, il se renseigne sur toi en passant par Louis.
-Aucune chance, m'emportais-je.
Rosa se préparait à riposter, mais fut réduite au silence par l'apparition soudaine de Louis. Elle se contenta donc de hausser les sourcils et de me gratifier d'un air entendu le temps que notre patron s'avance dans le corridor et s'adresse à moi.
-Élisabeth, peux-tu venir une minute?
-Oui, bien sûr, lui répondis-je en faisant tout pour éviter de croiser à nouveau le regard de Rosa. Dois-je apporter quelque chose?
-Non…
Pendant que ma collègue s'amusait à imiter une personne qui discute au téléphone, Louis poursuivait son explication, ce qu'il y a c'est que je m'entretiens présentement avec une personne qui s'intéresse de près au redressement que tu as réussi à réaliser pour ma compagnie… mais comme son questionnement est vraiment technique… je crois qu'il vaut mieux que ce soit toi qui lui répondes.
-J'arrive, annonçais-je tout en me mettant en mouvement.
En quittant mon bureau, j'eus tout juste le temps d'apercevoir le clin d'œil de Rosa et de l'entendre murmurer : tu verras bien que j'ai raison…
Aussitôt que je refermai la porte de son bureau derrière moi, Louis me fit signe de m'approcher de sa table de travail puis s'empressa de remettre son poste téléphonique sur « main libre ».
J'avais la bouche sèche, les mains moites et ne pouvais m'empêcher de me demander ce que William Darcy pouvait bien me vouloir.
-Je suis de retour monsieur Darcy et ma précieuse comptable est avec moi, commença Louis.
-Bien. Bonjour à vous deux, nous salua-t-il chaleureusement avant de m'interpeller directement, mademoiselle Bennet? C'est bien ça?
«Comme s'il venait tout juste d'apprendre mon nom!» songeais-je en me retenant de grimacer.
-Oui c'est bien mon nom… Alors que voulez-vous savoir au juste monsieur? Lui demandais-je le plus froidement possible, refusant de me laisser intimider.
-J'aimerais vous entendre me parler du programme de redressements que vous avez planifié pour Idex Inc. Votre patron m'a confirmé qu'en l'espace de six mois tout était rentré dans l'ordre…
-Ce n'est pas tout à fait vrai, voulus-je le détromper, il serait plus juste de dire…
-Non, c'est même mieux que ça, intervint malheureusement Louis, car sérieusement, depuis qu'elle s'occupe de nos finances, nous ne réalisons que des profits.
-Écoutez monsieur Darcy, rétorquais-je, déterminée à reprendre le contrôle de la discussion, le mieux que je puisse faire est de vous envoyer mon programme de redressement par courriel. En tant que gestionnaire, vous saurez certainement comment interp….
-Vous vous trompez mademoiselle Bennet, m'interrompit-il à son tour, ma spécialité a toujours été les ressources humaines, pas les finances.
«Et que dire des échecs», songeais-je, car le moins que l'on puisse dire, c'est que cet homme était un fin stratège. J'avais beau dire et beau faire, c'était lui qui menait maintenant la discussion et son objectif – bien qu'il m'eut tout d'abord échappé - m'apparaissant maintenant dans toute sa clarté: il cherchait une excuse pour me revoir.
-Étudiez ça avec votre analyste financier alors, il vous expliquera ce qu'il en est, suggérais-je en me faisant aussi distante que possible.
-En fait, j'ai une meilleure idée, s'en mêla à nouveau Louis, dont je n'avais pas tenu compte dans l'équation.
-Laquelle?
-Que diriez-vous de vous faire expliquer tout ça de vive-voix? Osa-t-il proposer, le visage illuminé par un grand sourire et sans tenir compte des signes de dénégation que je ne cessais de lui faire.
-C'est sûr que si je pouvais avoir une présentation personnalisée… osa-t-il s'en pourlécher les babines.
-C'est décidé alors, trancha Louis, faisant fi du fait que je lui décrochais maintenant ma collection complète de grimaces. Ma comptable sera chez vous à compter de 13h30. Après l'heure du lunch, si ça vous convient, évidemment?
-C'est parfait pour moi, merci beaucoup Louis. J'apprécie vraiment cette proposition. Je vous revaudrai ça.
-Entre collègue, il faut bien s'entraider, ronronna Louis tout en levant son pouce dans ma direction.
-Oh, mais en passant, intervint à nouveau William Darcy, Mademoiselle Bennet, je me demande si…
-Oui, monsieur? Le coupais-je, absolument consciente de faire preuve d'impolitesse.
-J'aimerais beaucoup que vous m'apportiez une copie de votre curriculum vitae…
-Vous n'allez pas l'intention de me la voler dites donc? S'opposa Louis à son tour en se penchant sur l'appareil téléphonique.
-Non rassurez-vous, répondit son interlocuteur, un rire dans la voix. En fait, c'est seulement pour mieux comprendre son parcours scolaire… Je travaille de concert avec les universités… Nous suivons de près le contenu des programmes de formations… et comme je leur dis sans arrêt : il y a toujours place à l'amélioration…
-Très bien… elle vous l'apportera, promit Louis avant de regarder dans ma direction et froncer les sourcils en réponse au juron qui franchit mes lèvres à l'instant même où il prenait congé de son interlocuteur.
Dès que la ligne fut coupée, je montai le ton et en profitai pour exprimer mon mécontentement à ce patron avec qui j'étais – heureusement d'ailleurs – très à l'aise de discuter. À la toute fin de mon long monologue, Louis mit fin à mes protestations en insistant sur la renommée de la WD Finances et m'obligea à admettre que sa compagnie avait grandement besoin des contacts que cet homme pourrait éventuellement lui apporter.
En fait, j'avais beau être totalement d'accord avec lui, concernant l'aspect « business » de cet échange de service (à venir), j'étais aussi la seule à savoir que derrière cette requête en apparence innocente, se cachait une intention beaucoup plus tordue et qui me concernait personnellement.
Rongeant mon frein, je pris congé de mon patron et retournai dans mon bureau, heureuse de constater que Louis rappelait déjà Rosa vers lui. Celle-ci ne trainerait donc pas dans mon bureau. Loin de moi l'idée de vous faire croire qu'elle avait l'habitude de le faire, mais puisque présentement elle s'intéressait d'un peu trop près à William Darcy, j'aimais mieux la savoir occupée.
Une fois tranquille, je me débarrassai le plus rapidement possible des tâches que je m'étais réservée pour l'avant-midi, jetai un œil sur celles que je m'étais gardée pour le retour du dîner, m'occupant prioritairement des choses qui ne pouvaient attendre et mettant toutes les autres de côté en sachant que j'aurais le temps de m'en occuper le lendemain.
L'anxiété m'ayant coupé l'appétit, je remis plus de la moitié de mon repas au réfrigérateur et me forçai pour avaler le reste. Lorsque Rosa vint se joindre à Astrid et moi, alors qu'exceptionnellement nous mangions en silence, elle comprit à mon air peu avenant, qu'il valait mieux ne pas ramener William Darcy dans notre conversation.
Vers 13h00, je repassai une dernière fois dans mon bureau à la fois pour vérifier l'adresse exacte du building de la DW Finances et pour ramasser ma mallette contenant mon plan de redressement et la copie abrégée de mon curriculum vitae.
« Il n'a parlé que de ma formation alors… » Me rassurais-je avant de ramasser ma bourse, ma veste et me diriger vers le bureau de Louis pour lui dire que je m'en allais.
Après qu'il m'eut arraché la promesse de lui faire un compte rendu verbal de ma rencontre avec le célèbre homme d'affaire dès la première heure le lendemain matin, je passai saluer Rosa et Astrid alors que je les savais occupées à trier et traiter la correspondance de Louis comme chaque jour à la même heure.
J'étais contente de pouvoir marcher pour me rendre jusqu'au building de la WD Finances qui était tout aussi impressionnant à l'extérieur qu'à l'intérieur. Je fus surprise par la masse impressionnante d'employés qui allait et venait un peu partout dans le hall d'entrée. Tout semblait réglé comme une horloge. Deux gardes de sécurité postés derrière un grand comptoir m'interceptèrent pour me demander de décliner mon identité. Pendant que le premier cherchait mon nom dans l'ordinateur qui était devant lui, le second gardien décrochait le combiné et se mit à discuter à voix basse avec une autre personne.
-La secrétaire de monsieur Darcy vous attend au 26e étage, m'expliqua le premier en désignant non pas les quatre immenses ascenseurs publics qui étaient au centre, mais bien celui qui se trouvait directement derrière leur comptoir et qu'il dût déverrouiller à l'aide d'une clé.
«On me conduit dans l'antre du loup» frissonnais-je tout en pénétrant dans l'étroit habitacle, presque certaine qu'une caméra renvoyait déjà mon image à qui de droit.
Lorsque le voyant lumineux s'arrêta sur le nombre 26 et que les portes s'ouvrirent, je fus accueillie par une femme d'un certain âge qui, après m'avoir brièvement saluée, m'invita à la suivre.
-Monsieur Darcy viendra vous rejoindre dans une ou deux minutes, m'apprit-elle avant de me laisser seule dans une pièce que personnellement, je n'aurais jamais osé appeler un bureau. Je me trouvais dans un grand loft qui avait tout d'un appartement ou pire encore, d'une garçonnière.
Très mal à l'aise, je me dirigeai vers ce qui me semblait être le lieu idéal pour une rencontre de travail et pris place dans un très grand fauteuil devant lequel une petite table trônait. C'est sur celle-ci que je déposai le dossier que je lui avais apporté.
Au bout de trois longues minutes, une porte que je n'avais pas encore repérée, s'ouvrit vers la gauche, livrant passage à William Darcy et à une autre jeune femme qui transportait avec elle un plateau sur lequel était posé une théière, deux tasses et des biscuits sablés.
Je me levai, m'avançai à leur rencontre, le cœur battant la chamade et serrai la main qu'il me tendait déjà.
-Asseyez-vous mademoiselle Bennet, suggéra-t-il immédiatement après m'avoir rendu ma main. J'apprécie vraiment que vous ayez accepté de venir en personne. Je n'en demandais pas tant.
« Mon œil » Retins-je de justesse, pendant que je m'asseyais. Mon patron a beaucoup insisté, lâchais-je à la place en lui offrant l'un de mes plus beaux sourires.
-Vous m'en voyez désolé, prétendit-il avant de changer de sujet, voulez-vous du thé? Un petit sablé?
-Non merci, pas de biscuits, ni de thé, mais je prendrais bien une bouteille d'eau, si vous en avez? Répondis-je, m'adressant directement à la jeune femme qui faisait le pied de grue derrière lui.
-Je vois que vous m'avez apporté votre plan de redressement, mentionna William tout en étirant le bras pour saisir la chemise que j'avais laissée sur la table à son intention.
Croyant sans doute que nous aurions à consulter ensemble le dossier que j'avais apporté, William acheva de me mettre mal à l'aise en venant s'asseoir tout à côté de moi sur le divan de cuir. Au bout de quelques minutes, après avoir constaté qu'il multipliait les occasions de me toucher, j'en vins à croire qu'il cherchait tout simplement à vérifier si j'arrivais encore à éveiller son désir.
Il perdit toutefois de sa superbe lorsque je profitai du retour de celle dont je ne connaissais ni le nom, ni le titre et qui était allée me chercher une bouteille d'eau plate, pour me lever et aller chercher ma propre copie du dossier que j'avais apportée. Celle-ci avait le sérieux avantage d'être annotée. Je remerciai poliment la jeune femme, déposai la bouteille d'eau sur la table après l'avoir ouverte, puis revint vers le divan en prenant bien soin cette fois de m'installer le plus loin possible de lui.
« Voyons voir de quelle manière il va répondre à mon retrait stratégique », l'étudiais-je tout en faisant semblant de chercher quelque chose dans mon document.
-Avez-vous apporté votre cv? M'interrogea-t-il alors avant de déposer ses feuilles un peu brusquement sur la table.
-Je vous en ai imprimé une copie simplifiée, le prévins-je en lui tendant l'unique feuille que j'avais imprimée avant de partir du bureau. Follement amusée de le voir se rembrunir, je lui expliquai, puisque vous avez spécifié qu'il ne s'agissait pas d'un entretien d'emploi, je ne vous ai laissé sur la feuille que ce qui concerne ma formation.
Tout son visage témoignait de sa déception, mais je feignis de ne pas l'avoir compris. Après avoir jeté un œil distrait sur la feuille en question, il fronça les sourcils, la posa sur la table devant lui, puis reprit le premier document.
-Ce sera tout Marie, me fit-il sursauter en s'adressant tout à coup à la jeune femme qui venait de terminer de lui servir son thé. Veuillez-vous retirer et prévenir les autres que je ne veux plus être dérangé.
Aussitôt qu'elle fut repartie emportant avec elle le plateau et son contenu, mon compagnon sembla se détendre, exhala un profond soupir puis s'installa plus confortablement sur le divan avant de se tourner vers moi.
-Êtes-vous consciente que je vous ai cherchée partout? M'apprit-il tout en coulant un regard interrogateur dans ma direction.
-De quoi parlez-vous? Bredouillais-je, lui arrachant un sourire.
Sans cesser de me dévisager, demeurant résolument souriant mais étrangement silencieux, il ramassa l'unique feuille que je lui avais remise en guise de cv et désigna la date qui correspondait à la fin de mes études collégiales, oseriez-vous prétendre que vous n'étiez pas à l'hôtel Bromont avec tous les autres finissants au moment où je m'y trouvais moi-même?
-Oui, c'est vrai, cédais-je en me sentant rougir jusqu'aux oreilles, vous avez raison, c'était bien moi… mais je vous assure que je suis loin d'être une habituée de ce genre de fête… j'ai toujours détesté ça…
-Quand vous avez quitté ma suite, vous avez oublié ceci, m'apprit-il ensuite en fouillant dans la poche intérieure du veston qu'il avait retiré une minute plus tôt et en me tendant ensuite le minuscule sac à main que Charlotte m'avait prêté parce que sa couleur était assortie avec ma robe.
-Oh, mais c'est que je l'avais complètement oublié celui-là, m'exclamais-je en l'examinant de plus près. Pourquoi ne l'avez-vous pas jeté, depuis le temps? M'étonnais-je.
-Et vous, qu'est-ce qui vous a pris de disparaître comme ça? M'interrogea-t-il du tac au tac.
-C'est que… J'étais complètement ivre ce soir-là… déglutis-je tout en l'observant attentivement tandis qu'il retirait sa cravate et défaisait les deux premiers boutons de sa chemise. Quand je me suis réveillée auprès de vous le lendemain matin, je ne me souvenais de rien… et le moins que l'on puisse dire c'est que j'avais honte de moi, terminais-je de me justifier d'une voix chevrotante et en évitant son regard.
-Je n'étais pas votre premier amant pourtant, rétorqua-t-il.
-Qu'est-ce que ça change que vous ayez été le premier ou pas? Pris-je la mouche, apprenez pour votre gouverne que je ne suis pas une fille facile. Et d'ailleurs, contrairement à ce que vous insinuez, c'était la première fois qu'une telle chose m'arrivait, terminais-je en me levant pour le toiser de toute ma hauteur. Et ce fut la dernière aussi, repris-je avant de m'éloigner pour mettre le plus de distance entre nous deux.
Inutile de vous dire que je fus subjuguée par la vue imprenable du Vieux-Port de Montréal que je découvrais en jetant un œil par l'unique fenêtre que comptait son loft.
-Mademoiselle Bennet, intervint-il enfin, Élisabeth se reprit-il en se levant à son tour, je vous prie de me pardonner, je ne voulais surtout pas vous embarrasser… Comme je me retournais pour lui faire face, je ne pus retenir un mouvement de recul instinctif en le découvrant déjà si près de moi, en vérité, si je voulais vous revoir, c'était pour deux raisons, en fait non, honnêtement, c'était plutôt pour trois raisons, se corrigea-t-il en rougissant.
-Lesquelles?
-La première, et bien vous la connaissez déjà… c'était pour vous remettre votre sac…
-Et les deux autres? Trouvais-je le courage de lui demander.
-La seconde c'est que… contrairement à vous… j'étais loin d'être ivre ce soir-là et qu'après cette nuit pour le moins intéressante, je souhaitais vous revoir, admit-il sans me quitter des yeux.
-Oh... échappais-je, le regrettant l'instant d'après en le voyant s'approcher davantage.
-Et la troisième raison… et sans doute la seule qui importe, je voulais savoir si notre nuit avait eu des conséquences pour vous….
-Des conséquences? Feignis-je l'étonnement.
-Un accident est toujours possible… vous auriez pu être tombée enceinte, précisa-t-il, visiblement perplexe à cause de ma réaction.
-Oh ça? Eh bien, soyez rassuré, me forçais-je à sourire, je prenais la pilule et nous avons utilisé des préservatifs, non?
-Oui, mais ces derniers sont rarement infaillibles malheureusement, mentionna-t-il, la mine sombre.
-Oui, je sais, déglutis-je en retournant m'asseoir sur le grand fauteuil, espérant être capable de recommencer à respirer normalement.
-Et si on revenait à la raison de ma présence ici maintenant. Avez-vous des questions à me poser concernant ces documents?
-Si, j'en ai bien une… m'apprit-il en ramassant plutôt la feuille résumé de mon cv.
-Je vous écoute…
-Qu'avez-vous fait entre le mois de juillet 2006 et le mois d'août 2008?
-Pourquoi me demandez-vous ça? Rétorquais-je en perdant du coup toute l'assurance que j'avais gagnée dans les dernières minutes.
-Sur votre cv, on voit clairement que vous avez terminé le collège l'année où nous nous sommes rencontrés, mais je constate aussi que vous avez attendu deux ans avant de vous inscrire à l'université, déclina-t-il d'un ton neutre. Que s'est-il passé entre les deux?
-Oh ça… c'est assez simple en fait, commençais-je en me levant pour marcher vers la fenêtre, comme bien des jeunes femmes de mon âge, je ne savais pas dans quel domaine me diriger…
-Vraiment? Douta-t-il, j'aurais compris si vous aviez fait un changement de carrière… mais puisque vous êtes restée en administration… enfin… c'est ce qui est écrit ici? À quoi deviez-vous donc réfléchir puisqu'il ne pouvait être question de vos études? Insista-t-il ne récoltant cette fois que mon silence.
-…..
-Et puis… deux ans c'est long… assez long en tout cas pour mettre au monde un enfant… souffla-t-il au moment où il arrivait dans mon dos, provoquant mon retrait de la fenêtre.
Le regard tendre qu'il posa sur moi eut raison de ma résistance. J'avais sous-estimé son intelligence et en payait évidemment le prix. Mes mains trouvèrent d'elles-mêmes le chemin jusqu'à mon visage et le couvrirent entièrement.
-Pourquoi n'êtes-vous pas venue me voir? S'enquit-il alors avec une voix douce que je ne lui connaissais pas.
-Vous ne m'auriez pas crue, sanglotais-je doucement en m'épongeant les yeux.
-On l'a fait ensemble cet enfant… vous auriez eu droit à mon soutien…
-J'étais trop jeune… et puis, j'ai su très rapidement qui vous étiez… à cause de cette conférence que vous donniez à l'hôtel… j'ai vu l'affiche avant de partir… alors, quand j'ai réalisé que j'étais enceinte… j'ai tout de suite pensé : non seulement ne me croira-t-il pas… mais en plus, il pensera que je n'en veux qu'à sa fortune….
-Ce sont des préjugés ça…
-Vraiment? Oseriez-vous prétendre que ça ne vous est jamais arrivé… qu'on tente de vous piéger je veux dire? Rétorquais-je en repensant aux commentaires des trois femmes que j'avais entendues dans le hall de l'hôtel.
-Vous pensez bien qu'un homme comme moi sait faire la différence entre ce genre de femmes et vous…
Je ne pus m'empêcher d'éclater de rire.
-Je vous assure que si je vous ai recherchée, c'est parce que j'avais déjà compris à qui j'avais affaire, affirma-t-il alors avec conviction.
-Mais c'est insensé voyons… comment pouviez-vous vraiment souhaiter me revoir après une seule nuit?
-Difficile à expliquer, j'en conviens, ricana-t-il brièvement, sachez seulement qu'en ce qui me concerne… je garde un excellent souvenir de cette fameuse nuit… et puis maintenant que je vois ce que vous avez accompli chez Idex Inc. et de quelle manière votre patron parle de vous… je ne suis pas prêt de changer d'idée, termina-t-il en revenant vers moi.
-Mais enfin, c'est complètement fou… Je ne vous connais pas… pas plus que mon fils d'ailleurs… lui non plus ne vous connaît pas, m'affolais-je.
-C'est un garçon…
-Oui… il se nomme Samuel… et il vient tout juste d'avoir six ans. Oh mon Dieu, réalisais-je, quand je pense qu'il a six ans déjà… Je suis désolée de vous en avoir privé pendant toutes ces années, m'excusais-je avant de ressentir le besoin m'asseoir à nouveau.
-Chut… calmez-vous, tenta-t-il de me consoler en s'agenouillant devant moi, vous n'avez commis aucun crime… et puis… nous allons trouver une solution… ensemble. Je ne vous imposerai rien Élisabeth, affirma-t-il en utilisant mon prénom pour la seconde fois.
-Comment pouvez-vous être aussi compréhensif, relevais-je la tête pour le dévisager, éberluée.
-Pourquoi? Je sais bien que vous n'aviez aucune mauvaise intention… et surtout, j'ai toujours envie de mieux vous connaître, se justifia-t-il en se redressant sur ses genoux.
Émue par sa gentillesse et enivrée par ses paroles, je ne songeai même pas à échapper à son regard, ni même à fuir lorsque son visage descendit vers le mien et que ses lèvres se posèrent sur le coin de ma bouche. Comme une noyée s'accrochant à une bouée de sauvetage, j'entrouvris les lèvres et laissai sa bouche couvrir la mienne. Je tremblais de partout et fondis à son contact.
Sincèrement, si notre premier baiser avait été ainsi, je comprends mieux pourquoi j'avais oublié aussi rapidement toutes mes convictions et m'étais laissée entraîner aussi loin avec lui. Car ici même, il n'eut aucun effort à fournir pour me renverser et m'allonger sur le vaste divan pour poursuivre ce qu'il avait commencé. Pour ma part, je ne me reconnaissais plus. Je n'étais que soupirs, gémissements, mes mains se faisaient exploratrices et ne s'arrêtèrent que lorsqu'elles eurent trouvé satisfaction. Sa ceinture fut rapidement détachée et son pantalon prit une pause sur ses mollets le temps que ma jupe rejoigne sa chemise. Après avoir habilement enfilé un préservatif, il se positionna entre mes jambes et se glissa doucement en moi comme si c'était sa place et la seule chose à faire.
Je me surpris à le mordre, le griffer, à m'entendre gémir de plaisir à deux reprises avant qu'il explose en moi et me confirme que ce qui venait de se produire entre nous n'était pas différent ce qui s'était passé six ans plus tôt. Le regard un peu perdu qu'il posa sur moi après cet instant d'intense plaisir était copié sur le mien. Je n'avais pas de mots, pas d'explication à donner… et ne pouvais surtout pas nier que cet homme jouait avec mon corps comme personne avant lui.
-Vous n'avez rien bu cette fois-ci… et moi… je dois admettre que je n'ai jamais ressenti ça avec personne d'autre que toi…
-C'est comme moi, confessais-je.
-Tu comprends pourquoi je voulais te retrouver? La première nuit… c'était comme ça… et à répétition…
Comme je le fixais avec incrédulité, il précisa : C'est pour ça que je voulais te retrouver…
-J'ai peur, lui avouais-je en me cachant la tête dans son cou.
-Hey… j'ai peur moi aussi… mais ce n'est pas une raison pour fuir… il est nécessaire qu'on approfondisse ça… Ce qui nous arrive… ce n'est pas… ce n'est pas donné à tout le monde, se fragilisa-t-il sous mes yeux.
-Oh merde! Comment vais-je expliquer ça à Samuel maintenant, gémis-je.
-Es-ce à dire que tu acceptes de me le présenter un jour?
-Ce soir? Lâchais-je spontanément, comme ça, sans réfléchir.
-Euh là? Maintenant? Tu es sérieuse? Douta-t-il. Tu sais… on fera ça quand tu seras prête… pas avant.
-Es-tu réel? Comment peux-tu être aussi compréhensif?
-Compréhensif moi? On voit bien que tu n'as pas lu les articles qu'on a écrits à mon sujet…
-Au contraire, je les ai tous lus ou presque… On te décrit comme un homme intraitable en affaire… et insaisissable en amour…
-….
-Alors que moi, je n'ai rien à t'offrir William, osais-je l'appeler par son prénom à mon tour.
-Tu as déjà notre fils… la bosse des affaires… et un grand pouvoir sur mon corps, déclina-t-il, les yeux à nouveau assombris par le désir.
Je m'allumai instantanément et nous refîmes l'amour… là, au même endroit et aussi naturellement que la première fois. Dès que nous arrivâmes au bout de ce second voyage, William m'aida à me lever puis m'entraîna dans la pièce d'à côté où je découvris une immense salle de bain. Nous prîmes une douche commune sans que je n'en éprouve aucune gêne. Je poussai ensuite la folie jusqu'à me demander comment j'allais trouver la force de le quitter pour aller chercher Samuel au service de garde. C'est à cause de cela probablement que je lui proposai de m'accompagner et même de se joindre à nous pour le souper. À cause de cette dette que j'estimais avoir envers lui… Après tout, ne l'avais-je pas privé d'un fils pendant six ans?
-Tu es certaine que tu veux vraiment que je vienne avec toi ce soir?
-Si je te le propose… c'est que je suis d'accord, confirmais-je, étonnée de me sentir aussi confiante.
-Je pourrais attendre tu sais, affirma-t-il avant de m'embrasser presque respectueusement, me quitter l'instant d'après pour passer un bref coup de fil, ramasser quelques affaires puis me précéder jusqu'à l'ascenseur.
Comme je prenais place dans sa Mercedes-Benz, la panique me coupa le souffle et le doute me submergea.
« Qu'allais-je dire à Samuel? Et surtout, comment allais-il réagir? » Me demandais-je en exhalant un profond soupir.
…À suivre…
Comment imaginez-vous la rencontre entre William et son fils?
