Voici la troisième partie de cette histoire dont même moi je ne connais pas encore la fin (me croyez-vous vraiment?) Merci à toutes celles qui prennent le temps de m'écrire un petit mot pour me livrer leurs impressions. Ça me fait tellement plaisir. Je vous supplie de continuer à le faire et pour celles qui ne se sont pas encore mouillées, faites le grand saut. Enfin, si ça vous chante évidemment. Je prendrai tout ce que vous pourrez me donner. Bonne lecture, miriamme.

Troisième partie

Samuel m'attendait au service de garde lorsque nous arrivâmes à l'école. Fidèle à son habitude, m'apercevant dans le cadre de porte, il court vers moi et sauta dans mes bras. Lorsqu'il réalisa que je n'étais pas seule, il reposa rapidement les pieds sur le sol, se renfrogna et colla son nez un petit peu plus haut que ma hanche.

-Sam…quand tu seras prêt, j'ai une personne à te présenter, lui appris-je tout en lui ébouriffant les cheveux.

-C'est qui? Enfonça-t-il davantage son visage contre mon ventre.

-Je suis un ami de ta maman, me devança William, elle m'a invité à souper…

-Il va vraiment manger avec nous? S'inquiéta alors Samuel en levant les yeux vers le haut, mais refusant toujours de regarder en direction de mon invité.

-Seulement si tu es d'accord, improvisa William qui ne connaissait pas assez les enfants pour savoir qu'il venait de marquer des points.

-Qu'est-ce que t'en penses Sam? Il peut venir ou pas? Lui souris-je, le connaissant assez pour deviner qu'il allait accepter.

-Ok, régla-t-il la chose avant de hausser les épaules et me quitter pour aller chercher son sac à dos et sa boîte à lunch.

Dès qu'il se fut suffisamment éloigné, je sentis la main chaude de William se poser sous mon coude, le presser affectueusement puis sa voix murmurer tout près de mon oreille, c'est fou comme il me ressemble au même âge…

-Dirais-tu que tu étais un enfant facile? En profitais-je pour le questionner sans toutefois quitter Sam des yeux.

-Oh non… pas selon les dires de ma mère, laissa-t-il échapper dans un rire.

-Samuel non plus… attend de le voir dans son élément… ajoutais-je, en même temps que je réalisais à quel point tout ce qui était en train de m'arriver me semblait – pour l'instant du moins - naturel et juste.

-Veux-tu qu'on arrête quelque part pour acheter quelque chose pour le souper? Me proposa-t-il.

-Pas besoin, car ce soir c'est ma lasagne qui est au menu… c'est le plat préféré de Samuel… Il serait trop déçu si je lui servais autre chose…

-Une bouteille de vin alors?

-Seulement si tu en veux… Habituellement, aux repas, Sam et moi on ne boit que de l'eau, mais j'ai aussi du thé glacé, si tu préfères ça…

-Je m'en voudrais de bouleverser vos habitudes.

« Trop tard » m'étourdis-je en songeant à quel point faire l'amour avec lui dans son bureau avait été un agréable bouleversement.

Le retour de Samuel avec son sac à dos requérant toute mon attention, je me contentai de lui rendre son sourire avant de me pencher vers mon fils pour l'examiner attentivement.

-Où est-ta boîte à lunch? Vérifiais-je tout d'abord.

-Dans mon sac à dos… avec mes devoirs, devança-t-il ma seconde question.

-Et… tu en as beaucoup à faire ce soir? M'inquiétais-je égoïstement. Après tout, William Darcy n'était pas un invité ordinaire et j'espérais pouvoir profiter de sa présence au maximum.

-Non, j'ai eu le temps de les faire au service de garde, me permit-il de me réjouir et d'envisager du coup la soirée sous les meilleurs auspices.

-Bravo… comme ça, on pourra passer plus de temps ensemble, le félicita William à son tour d'une voix légèrement incertaine.

-Est-ce que tu sais jouer aux échecs? Le testa alors Samuel plein d'espoir.

-Non, admit-il William tout penaud, avant de se reprendre, mais j'aimerais beaucoup apprendre…

-Je peux te montrer si tu veux, lui offrit spontanément mon fils tout en se mettant à gambader vers la sortie.

-Vous pourrez faire ça pendant que je fais couler ton bain, suggérais-je en franchissant la porte que William avait pris soin de tenir pour moi.

Le gène inné qui transforme tous les garçons en « maniaques de voitures» se manifesta tel que prévu lorsque Samuel aperçut la Mercedes-Benz de William. Cet ami qu'il venait tout juste de rencontrer et qu'il avait tout d'abord jugé sans intérêt, devint tout à coup super hyper cool. William profita finalement de la hausse de son statut en récoltant l'intarissable verbiage de Sam jusqu'à ce que nous arrivions à cet appartement que nous occupions depuis presque trois ans, dans le quartier Centre-Sud de Montréal. À deux pas d'une station de métro, ce logement possédait entre autres avantages d'être situé tout près du Parc Lafontaine (l'un des plus grands espace vert de Montréal) et de ne pas me coûter trop cher par mois.

La grimace qu'esquissa William Darcy en réalisant où il venait de stationner sa voiture me permit de comprendre qu'il était loin d'approuver l'environnement dans lequel nous vivions.

Je n'eus qu'à me référer à la définition on ne peut plus différente que nous possédons de ce que peut être un bureau – un loft pour lui et une pièce minuscule pour moi - pour arriver à imaginer sa résidence principale et surtout l'emplacement de celle-ci. Outremont ou Westmount certainement, les deux secteurs les plus huppés de Montréal. Toutefois, en me basant sur mon échelle personnelle de valeurs, cet écart entre nos deux réalités, ne lui donnait absolument pas le droit de critiquer mes choix, pas plus d'ailleurs que celui de nous toiser de toute sa hauteur. Pendant que je déverrouillais la porte d'entrée de mon appartement, toujours préoccupée par son air pincé, je me promis de revenir sur ce sujet avec lui dès que j'en aurais l'occasion.

Toutefois, comme il se faisait tard et que je nous savais tous les trois affamés, je brusquai légèrement Samuel en lui suggérant de faire visiter les lieux à notre invité pendant que je m'occupais de mettre le couvert et de faire chauffer la lasagne.

Mon appartement ne comptant que cinq pièces en dehors de la salle de bain, ces deux-là ne mirent que très peu de temps avant de réapparaître dans le passage central, là où étaient accrochés l'ensemble des photos de famille et autres souvenirs immortalisés dans des cadres.

-Tu connais ma mère depuis longtemps? Entendis-je la voix de Samuel demander à William.

-Non pas vraiment, Eut-il la finesse de répondre.

-C'est sûr que tu la connais pas très bien, sinon t'aurais su qui est sur cette photo à côté d'elle, reprit Samuel, me permettant aussitôt de comprendre devant quelle image ils s'étaient arrêtés.

-Un amoureux? Tenta alors William.

-Ben non, s'exclama Sam avant de hausser la main jusqu'au cadre pour désigner l'homme qui se tenait à ma droite, c'est mon oncle Michel. Il est mort plusieurs années avant ma naissance, ajouta-t-il d'une voix tristounette avant de se pencher vers William et chuchoter, mais il ne faut pas en parler à maman… elle pleure toujours quand quelqu'un parle de lui devant elle.

-Pas toi? S'empressa de lui demander William pendant que de mon côté et alors que ça ne m'était pas arrivé depuis longtemps, je fondis en larmes et retournai me réfugier dans la cuisine.

-Non… je ne l'ai pas connu, murmura Samuel avant d'entraîner William jusqu'à la photo suivante.

Après m'être soigneusement épongé les yeux et m'être occupée de sortir la lasagne du four, je regagnai la salle à manger et entrai juste à temps pour les voir revenir.

-On a terminé la visite je crois, sourit William en m'apercevant.

-Ben non, protesta Sam en tirant sur son pantalon, t'as pas encore vu ma chambre, s'excita-t-il, Je vais te la montrer maintenant, le pressa-t-il ensuite en lui tendant la main.

Après avoir jeté un œil ému dans ma direction, William s'empara de la petite menotte de son fils et le suivit en tentant de s'adapter au rythme préféré de celui-ci: la course.

Charmée par l'image attendrissante que m'offraient ces deux êtres qui venaient tout juste de faire connaissance, je contins l'émotion qui menaçait de me submerger en me concentrant volontairement sur cette grimace qui avait déformé le visage de William un peu plus tôt et sur le fait que – somme toute – je ne savais que très peu de choses à son sujet. Malheureusement, la peur revint également, entraînant avec elle cette maudite insécurité dont je me serais pourtant passée.

-C'est quoi ton travail? Demanda Samuel à notre invité lorsque nous fûmes tous les trois attablés.

-Je travaille dans un bureau, comme ta maman, résuma William, ne sachant pas vraiment comment définir son métier en utilisant des termes qu'un enfant pourrait comprendre.

-Il est grand comment ton bureau? Lui demanda-t-il de préciser.

-Un peu plus grand que cet appartement, mentionna William avant de sursauter à cause du cri que lâcha Samuel comme chaque fois qu'il est impressionné.

-Son bureau est en haut d'une très haute tour, surenchéris-je, m'amusant à jeter de l'huile sur le feu…

-Tu es très, très, très riche alors, s'exclama Sam avant de faire entrer une grosse bouchée de lasagne dans sa bouche.

-Ça veut dire quoi pour toi être très, très, très riche? Vérifia William en jetant un œil amusé dans ma direction.

-Sais pas, rétorqua-t-il spontanément la bouche encore remplie avant de croiser mon regard mécontent, la refermer aussitôt puis hausser les épaules. Dès que sa bouchée fut avalée, il se pencha à nouveau vers William pour reprendre, mais c'est certain qu'il faut être riche pour avoir un bureau en haut d'un tour…

-Et plusieurs voitures, ajouta William avant de joindre son rire aux nôtres.

Lorsque le souper fut terminé, qu'ils eurent tous deux ramassé la table et que de mon côté j'eus commencé à remplir le lave-vaisselle, Sam et William se rendirent dans le salon pour installer le jeu d'échecs. Ils venaient à peine de terminer de disposer les pièces sur l'échiquier lorsque je passai devant eux pour me rendre à la salle de bain. Tout en faisant couler l'eau pour le bain de Sam, j'en profitai pour m'examiner dans le miroir. J'avais le teint rose, les yeux brillants et l'impression de faire de la fièvre. Après m'être passé de l'eau sur le visage, je me lavai les dents, me refis une beauté puis revins dans le salon.

Assis en face de Samuel, William était très concentré et essayait de suivre les explications plus ou moins claires de son fils concernant le déplacement des pièces. Au bout de quelques minutes, sentant qu'ils ne se comprenaient pas vraiment, je n'eus pas le choix que de mettre fin à leur partie pour annoncer à Samuel que son bain était prêt.

-William, pourquoi ne profiterais-tu pas de ce temps là pour jeter un œil sur nos albums photos? Lui proposais-je en désignant les trois plus gros bouquins qui trônaient sur la tablette du haut de l'unique bibliothèque que je possédais.

-Non pas le mien, gémit Samuel,… je veux le lui montrer moi-même.

-Tu feras ça un autre soir alors, parce que là il est déjà tard et qu'après ton bain, il faudra que tu ailles te coucher, l'avertis-je en haussant légèrement le ton.

-Déjà? Rétorquèrent-ils tous les deux, en parfaite symbiose.

-Euh… c'est parce qu'on a déjà dépassé son heure de coucher de dix minutes… évoquais-je en m'adressant uniquement à William.

-Maman, tenta de m'amadouer Samuel.

-Sam, le contrais-je aussitôt en haussant le ton, l'heure du coucher n'est pas négociable et tu le sais très bien.

Lorsque j'ajoutai un certain regard à l'équation, Samuel cessa de protester, haussa les épaules en contemplant William puis se mit en marche en direction de la salle de bain. Juste avant d'entrer dans la pièce, il revint toutefois sur ses pas et s'adressa une dernière fois à notre invité: Tu vas venir me raconter une histoire quand je vais être au lit hein? Tous les invités de maman font ça… précisa-t-il autant dans le but de me mettre au défi de refuser que parce qu'il espérait ainsi convaincre William.

-Seulement si ta mère est d'accord, m'appuya ce dernier pour mon plus grand soulagement.

-Bien entendu… me permis-je alors de trancher.

Après avoir prévenu William qu'il pouvait aussi mettre de la musique ou bien regarder la télévision en notre absence, je pénétrai dans la salle de bain et refermai la porte derrière moi.

L'heure du bain était avec la mise au lit, les deux instants que je privilégiais pour discuter sérieusement avec Samuel ou pour récolter ses confidences. Ce soir-là, j'avais donc particulièrement hâte d'entendre ce qu'il avait à me dire, devinant qu'il serait nécessairement question de cet homme dont il venait tout juste de faire connaissance.

Pendant que je m'installais directement sur le sol à côté de la baignoire, je tournai la tête en direction de la porte, puis soupirai de contentement en constatant que William se sentait suffisamment à l'aise chez moi pour mettre de la musique.

-Ça va Sam? M'inquiétais-je une seconde plus tard, en constatant que celui-ci me contemplait bizarrement.

-Maman?

-Quoi Sam?

-Ton ami William… il est pas bon aux échecs, me confia-t-il tout en commençant à se savonner.

-T'es sérieux? Me retins-je d'éclater de rire.

-Ouais…

-Y a pas d'espoir donc? Grimaçais-je ensuite.

Il se contenta de me faire un signe de dénégation, tout occupé qu'il était à faire mousser son savon.

-Et en dehors de ça, tu l'as trouvé comment? Osais-je m'enquérir ensuite.

-Gentil… répondit-il, me forçant à trouver une autre manière de lui tirer les vers du nez.

-Assez gentil pour que je l'invite une autre fois? Risquais-je finalement.

-Vous allez être des amoureux? Trouva-t-il le courage de me demander.

-Je ne sais pas, grimaçais-je légèrement.

-Comment ça tu sais pas?

-Parce que je l'ai connu il y a plusieurs années… et parce qu'on vient juste de se retrouver, brodais-je, préférant rester aussi vague que possible dans les circonstances.

-S'il n'était pas mort, j'aurais aimé que mon père soit comme lui, me surprit-il alors au plus haut point.

-J't'ai jamais dit que ton père était mort Sam, le repris-je aussitôt.

-Si, argumenta-t-il en haussant le ton, tu m'as dit qu'il y avait peu de chance pour que je le voie un jour.

-Oui c'est vrai, j'ai dit ça, me rappelais-je avant de soupirer bruyamment puis reprendre : Je suis désolée Samuel, c'est de ma faute, je n'ai pas pensé une seule minute que tu pourrais interpréter ce que je t'ai dit de cette manière… que tu pourrais croire qu'il était mort…

-Mon père n'est pas mort… se décomposa-t-il sous mes yeux, trop ému pour se préoccuper du shampoing qui commençait à dégouliner de sa chevelure bouclée.

-Oui, il est bien vivant, répétais-je avant de lui suggérer de fermer les yeux le temps de verser un plein pichet d'eau sur sa tête afin d'éviter que le savon n'atteigne les parties sensibles.

-Pourquoi il n'est jamais venu me voir alors, bouleversa-t-il mon cœur de mère.

Lorsque je réalisai qu'une fois essuyées, ses joues se couvraient ensuite de larmes, quelque chose céda en moi, me forçant à avouer : Il est venu Sam… Il est même ici ce soir… hochais-je la tête affirmativement, William Darcy est ton père.

Je n'avais pas planifié de le lui dire maintenant. J'avais lâché ça sans réfléchir et le moins que l'on puisse dire, c'est que je ne savais du tout comment rattraper la chose, ni même s'il fallait qu'elle le soit.

L'air choqué de Samuel, me fit toutefois craindre le pire. Gardant résolument le silence, il avait définitivement fui mon regard et gardait la tête baissée.

-Pourquoi il n'est pas venu me voir avant? Pleurnicha-t-il enfin en sortant de son mutisme.

-Tu ne dois pas lui en vouloir Samuel, commençais-je, c'est de ma faute si William n'est pas venu te voir avant… il… il ne savait pas que j'avais un enfant, lui expliquais-je maladroitement.

-C'est pour ça qu'il n'est pas venu me voir avant? Sembla-t-il tout de même assimiler.

-C'est pour ça oui… Dès que William a su pour toi… il a demandé à te rencontrer…

-Vraiment? S'enquit-il d'une voix pleine d'espoir.

-Oui… Mais il faut aussi que tu saches que ça ne rend pas les choses plus faciles pour lui… Il est aussi gêné que toi tu sais… D'ailleurs, tu as été très gentil d'essayer de lui montrer à jouer aux échecs… Je suis certaine qu'il a apprécié, mentionnais-je pour finir, fière d'avoir pensé à ramener ce sujet.

Ce compliment eut l'effet escompté. Dès lors, Sam reprit confiance puis se mit à me bombarder de questions concernant William. Je profitai de ce moment de répit pour le rincer entièrement et pour me préparer à l'essuyer vigoureusement.

-Est-ce qu'il va venir rester avec nous? M'interrogea-t-il aussitôt que j'eus terminé de lui assécher les cheveux.

Soufflée, je ne pus que rétorquer : Je l'ignore Sam. En fait… m'empressais-je de reprendre, William et moi, on ne se connaît pas beaucoup… ce que je sais par contre… c'est que maintenant qu'il te connaît… il va certainement vouloir passer du temps avec toi…

Désormais trop excité pour aller se coucher immédiatement, Samuel me pria de l'aider à mettre son pyjama, pressé qu'il était d'aller retrouver William.

-Mais tu viens avec moi, m'ordonna-t-il en capturant ma main et en m'entraînant dans le salon où nous trouvâmes William occupé à feuilleter les pages d'un album.

-Maman m'a tout dit, plongea-t-il à l'instant même où nous nous arrêtâmes devant lui.

-Oh! S'exclama celui-ci avant de hausser les yeux vers moi et me dévisager avec perplexité. Comme je restais de marbre, William examina attentivement Samuel avant de rétorquer, qu'est-ce que tu sais au juste?

-Je sais que tu savais pas que t'étais mon papa, bafouilla Samuel, avec juste ce qu'il fallait de nervosité dans la voix pour que William comprenne qu'il valait mieux ne pas trop tarder à lui répondre.

-Euh… ok… Alors…j'imagine que tu as des questions à me poser? Improvisa-t-il, me permettant de recommencer à respirer.

-Non, affirma Sam, maman m'a tout expliqué…

-Ah bon… Bien… Tant mieux… Commenta William pour gagner du temps. Et tu en penses quoi?

-…..

-Tu penses quoi du fait que je sois ton père? Se reprit-il.

-Ça me va… répondit Samuel en haussant les épaules avant d'être rattrapé par un accès de timidité qui lui fit tourner la tête dans ma direction.

-Tu aimerais sans doute mieux que je m'en aille…. Lui offrit William qui avait interprété la réaction de Samuel comme une boutade.

-….

Devinant qu'il était temps pour moi d'intervenir puisque ces deux-là ne s'en sortaient pas si bien que ça finalement, je soupirai brièvement puis m'adressai directement à celui qui me semblait le plus anxieux des deux, William? T'avais pas promis de prendre le temps de raconter une histoire à Samuel?

-Oh oui, c'est vrai ça! S'exclamèrent-ils tous les deux en même temps, mais pas du tout sur le même ton.

Sans ajouter une seule parole, William se releva et attendit patiemment que Samuel lui tende la main.

Comme celui-ci restait parfaitement immobile, la tête et les bras levés haut devant lui, je décodai que William ignorait totalement ce que Samuel attendait de lui et lui fis comprendre d'un signe de la main, qu'il ne lui restait plus qu'à le cueillir dans ses bras. La joie qui illumina le visage William fut égale à ma surprise, car jamais au grand jamais, je n'avais vu Samuel accorder sa confiance à quelqu'un aussi rapidement.

Le fait de savoir qu'il s'agissait de son père y était certainement pour quelque chose, mais il n'en demeure pas moins que jusqu'à maintenant Samuel avait toujours été sélectif dans ses relations.

Je contins mon émotion tant et aussi longtemps qu'ils ne furent pas complètement disparus de mon champ de vision, serrés l'un contre l'autre.

Après avoir exhalé un profond soupir, je me dirigeai vers le divan que venait de quitter William et m'y écrasai.

« Quelle journée incroyable » Commentais-je en jetant un œil sur cet appartement qui ne m'apparaissait plus du tout le même depuis que – cet homme – y était entré.

Terminant mon survol de la pièce en bloquant mon regard sur l'album que William avait laissé ouvert sur le divan, je souris en découvrant qu'il s'était intéressé de près à l'unique photo que je possédais du bal de graduation où nous nous étions connus. On m'y voyait entourée de Charlotte et des trois autres jeunes filles avec qui nous avions partagé une table durant le banquet.

Je me calai plus profondément dans le fauteuil et fermai les yeux. La journée avait été longue et mouvementée. Je ne connaissais pas l'avenir, mais je savais que plus rien ne serait comme avant. William Darcy venait d'entrer dans nos vies et pour ma part, je n'avais pas l'intention de le repousser comme je l'avais fait avec tant d'autres depuis la naissance de Samuel, à une exception près évidemment, mais là n'était pas la question. Celui avec qui j'avais fait l'amour à deux reprises cet après-midi en haut d'une tour, n'avait rien à voir avec cet homme qui avait brièvement partagé ma vie avant de sortir du placard pour m'annoncer qu'il était gai bien qu'un lien d'amitié solide se soit ensuite développé entre nous.

Le bruit d'une porte qui se referme doucement me fit comprendre que William venait de sortir de la chambre de Samuel. Quelques secondes plus tard, je l'entendis s'arrêter pour entrer dans la salle de bain et profitai de cet instant pour me préparer psychologiquement à cette conversation que je comptais bien avoir avec lui concernant Samuel. Après tout, je ne me sentais pas encore prête à lui céder la place qui reviendrait normalement de droit et encore plus loin de lui permettre d'utiliser l'expression consacrée notre enfant. Pour l'instant et en ce qui me concerne personnellement, William Darcy n'avait pas encore fait ses preuves. Et rien, pas même le fait qu'il soit riche ou qu'on s'accorde si bien sexuellement ne m'influencera davantage que sa manière de se comporter avec Samuel.

-Samuel dort à points fermés, m'apprit William en arrivant devant moi.

-Super, chuchotais-je avant de me mettre à bailler.

Après avoir été contaminé par mon bâillement, William se laissa glisser à mes côtés et me contempla gravement.

-Élisabeth, je ne trouve pas de mot assez précis pour te dire à quel point je suis touché que tu aies accepté de me présenter Samuel… Il est… il est tellement merveilleux…

-Oh… il a des défauts comme tout le monde… tu ne le connais pas assez pour les voir c'est tout, banalisais-je.

-Qu'est-ce qui t'a fait changer d'idée? S'enquit-il en posant sa main au creux de la mienne, dans la voiture… quand on en a discuté, tu avais pourtant décidé d'attendre avant de lui dire…

-En vérité, complétais-je à sa place, c'est à cause d'une chose que Samuel m'a dite dans la salle de bain…

-À propos de moi? S'informa-t-il en capturant ma main puis la haussant jusqu'à sa bouche.

-À propos de ce qu'il croyait savoir à propos de son père… Quand il m'a dit qu'il le croyait mort… je me suis sentie obligée de le détromper…

-Il m'en a parlé aussi… avant de s'endormir, m'apprit-il alors tout en posant ses lèvres au creux de ma paume.

Un frisson me traversa l'échine, m'engourdissant l'esprit et me faisant temporairement perdre mes moyens.

-Tu sais ce qu'il m'a dit ensuite avant de fermer les yeux? Susurra-t-il tout près de mon oreille, il m'a dit que je devrais venir habiter ici…

-Vraiment! M'exclamais-je avant d'utiliser la télécommande pour fermer le lecteur cd que William avait allumé un peu plus tôt.

-Il m'a aussi dit que je devrais rester ici cette nuit…

-Ce n'est pas son genre de dire des choses comme ça, me moquais-je avant de sursauter en sentant ses lèvres chaudes se poser sur mon oreille.

-Le problème, reprit William, c'est que je ne sais pas ce qu'en pense sa mère… elle est plutôt mystérieuse…

-Elle est surtout embêtée, admis-je en me tournant vers lui.

-Tu crois qu'elle refuserait de m'offrir un baiser, demanda-t-il avant de lire la réponse sur mes lèvres et fondre sur ma bouche, tel un assoiffé.

Avant de perdre pied et de me laisser aller, je repoussai une dernière fois William et le regardai directement dans les yeux.

-On ne peut pas rester ici, le prévins-je avant de ramasser sa main et l'entraîner avec moi, allons dans ma chambre…

-Tu crois que Samuel était sérieux à propos de moi … passant la nuit ici?

-Je ne sais pas pour Sam… mais moi, oui, je suis sérieuse…

Cette nuit-là, je dormis peu. William joua avec mon corps comme un musicien. Le simple fait de nous toucher provoquait une réaction en chaîne contre laquelle nous ne cherchions même pas à lutter. La conversation n'était plus à l'ordre du jour. Elle s'était perdue entre les premiers baisers et allait rester enterrée sous milles caresses.

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-Maman! Il faut te lever… Ton réveil sonne depuis très longtemps, termina de me réveiller la voix paniquée de Samuel le lendemain matin.

Les yeux ouverts, mais incapables de supporter la lumière crue du soleil, je demandai à Samuel de fermer les rideaux puis contemplai son visage inquiet alors qu'il me contemplait assis à côté de moi sur le lit, exactement là où aurait dû se trouver William.

Je me redressai en dépit des protestations de mon corps qui refusait de se déplier puis me dirigeai d'un pas traînant vers la cuisine pour m'occuper de notre petit déjeuner.

-Heureusement que t'es venu me réveiller Sam, le remerciais-je en lui ébouriffant les cheveux. Après lui avoir ordonné d'aller s'habiller, je me dirigeai vers l'armoire pour sortir les bols dont nous avions besoin pour manger nos céréales. Une fois que ceux-ci furent posés sur la table, mes yeux accrochèrent le billet que William m'avait laissé sur le comptoir avant de partir.

Comme je m'en étais doutée, il m'avait quitté aux aurores, obligé de se rendre chez lui pour prendre une douche et se changer avant d'aller au bureau.

Jetant un regard sur la fin de son message, je ne pus faire autrement que d'échapper le carton de lait que je venais de retirer du réfrigérateur. Son contenu eut beau se déverser sur mes pieds, je n'en avais cure. J'étais pétrifiée, tétanisée par le sens des trois mots qu'il avait ajoutés au bas de la page, juste avait d'apposer sa signature.

"Je t'aime

William Darcy"

À suivre…

Une histoire d'amour qui évolue pas à pas... hum... pas nécessairement. William semble bien pressé, vous ne trouvez pas? Sinon, qu'avez-vous pensé de la rencontre entre le père et le fils?