Mesdames, pour célébrer le trente centimètres de neige que nous venons tout juste de recevoir à Montréal, je vous envoie le quatrième chapitre en sachant que son contenu est assez chaud pour réchauffer tout le monde. Enfin, faites comme d'habitude et laissez-moi une petite bafouille. Merci d'être aussi nombreuses à me laisser des commentaires. Ça fait vraiment plaisir. Bonne lecture. Miriamme.
Quatrième partie
Jamais trajet pour aller reconduire Sam à son école ne me parut plus long. Jamais pente ne me parut plus abrupte. Jamais me séparer de mon fils ne me fut plus pénible que ce matin-là. Et comme Samuel était un détecteur d'émotion sur deux pattes, il m'égratigna le cœur lorsqu'il passa ses deux petits bras autour de ma taille, leva la tête pour être bien certain que je le regardais, puis me lança, ça va aller maman….ça va être une bonne journée….
Un câlin plus tard, il me quitta en sautillant pour aller rejoindre son éducatrice préférée et me laissa seule avec une énorme boule dans la gorge.
« Je t'aime » échappais-je avant de frissonner en repensant à ces trois mots lourds de sens qui, en ce qui me concerne évidemment, me semblaient avoir été assumés un peu trop vite par William Darcy.
« Qu'est-ce qui lui a pris? » M'emportais-je regrettant maintenant au plus haut point d'avoir cédé au désir et de ne pas avoir pris le temps de mettre les choses au clair avec lui.
Accélérant le pas pour être certaine d'attraper le bus à l'heure prévue, je m'appuyai sur la présence des passagers habituels pour me calmer et me préparer psychologiquement pour cette journée de travail où il me faudrait rendre des comptes au moins à deux personnes et certainement reparler à William Darcy.
-Alors madame la cachottière? M'accueillit Rosa en m'entraînant immédiatement dans son bureau. Comment s'est passé ta rencontre avec le ténébreux William Darcy?
-Oh, mais c'est que je l'ai à peine vu, l'arrêtais-je le plus rapidement possible. À mon arrivée, il s'est empressé de me présenter son analyste financier et ses deux comptables, puis m'a laissée seule avec ceux-ci. C'est à ces trois hommes que j'ai tout expliqué, prétendis-je.
La voix de Louis Beaudry qui saluait chaleureusement Astrid dans l'entrée, me permis d'échapper temporairement à la suite du questionnement de Rosa, mais pas à la curiosité de mon patron, qui, après avoir réalisé que j'étais déjà là, me fit signe de le suivre dans son bureau.
Une fois que j'eus recyclée puis même améliorée l'explication déjà offerte à Rosa en réussissant à ne pas rougir cette fois-ci, je ne fus guère étonnée lorsque Louis me demanda si William Darcy m'avait questionnée sur Index Inc.
-Pas vraiment, non, préférais-je lui offrir la vérité.
-A-t-il laissé entendre d'une manière quelconque qu'il comptait faire des affaires avec nous? Tenta-t-il ensuite.
-Non… Monsieur Darcy s'en est tenu à ce qu'il nous avait dit, c'est-à-dire qu'il désirait connaître mon parcours scolaire afin de mieux conseiller le milieu universitaire, lui expliquais-je.
-Bon… Eh bien, rétorqua-t-il avant de passer derrière son bureau, relever le couvert de son ordinateur portable puis reprendre d'un ton faussement joyeux, ce qu'il y a de bon, c'est qu'à compter de maintenant, il a une dette envers moi… Et ça… y a pas à dire… ça pourrait m'être utile un jour.
-Qui sait, l'approuvais-je avant de me diriger vers la porte.
Enfin libre de regagner mon bureau, je me mis au travail, devinant que le manque de sommeil me ralentirait et que mes idées auraient du mal à se mettre en place.
-C'est la pause, allez viens, une fois n'est pas coutume… sortons, me proposa Rosa deux heures plus tard, non… il serait plus juste de dire qu'elle me l'ordonna.
-Ok, soupirais-je, soulagée à l'idée de quitter cette pièce que le manque de lumière assombrissait assez pour qu'aujourd'hui, à cause de ce sérieux manque de sommeil, je ne puisse le supporter.
Après nous être arrêtées au Second Cup pour acheter nos cafés, nous nous dirigeâmes vers notre banc habituel dans le minuscule parc qu'il y avait tout à côté et commençâmes à discuter. Je n'étais pas sans ignorer que ce café serait bu autour d'un interrogatoire serré, mais je n'en avais cure puisque mon besoin en caféine dépassait largement la gêne qui allait de pair avec la discussion qui l'accompagnerait.
-Lizzie, tu m'excuseras de revenir sur le sujet… mais il faut absolument que je te révèle ce que j'ai appris hier après-midi concernant William Darcy, débuta-t-elle après avoir trempé prudemment ses lèvres dans son gobelet de café.
-Je t'écoute, l'encourageais-je d'une voix que je souhaitais indifférente.
-En plus des nombreuses rumeurs qui circulent déjà à son….
-Attends Rosa… avant que tu t'engages plus loin, je te répète que vendredi dernier, il ne s'est rien passé entre cet homme et moi, la prévins-je par anticipation avant de prendre une bonne gorgée de café.
-Tant mieux, soupira-t-elle, car laisse-moi te dire que tu l'as échappé belle, comme lorsqu'on porte un toast, elle leva son gobelet et vint le cogner contre le mien, crois-moi sur parole…
Alors là elle avait réussi : je me consumais de curiosité. Toutefois, comme je la connaissais suffisamment pour savoir qu'il y avait plus de chance qu'elle revint elle-même sur le sujet si je gardais le silence, je feignis de m'intéresser au groupe de pigeons qui venait tout juste de se poser sur le sol devant notre banc dans l'espoir de recevoir des miettes.
-Y a pas à dire, je ne comprends pas qu'il ne se soit rien passé quand tu es allée le voir hier après-midi, commença-t-elle, pour moi, c'était tellement évident que tu lui plaisais.
-Tout le monde peut se tromper, l'excusais-je en espérant par ailleurs l'inciter ainsi à poursuivre son explication.
Jetant un œil dans ma direction, elle en rajouta, mais quoi, c'est vrai Élisabeth… vendredi dernier… t'étais pas aussitôt sortie du restaurant qu'il nous bombardait de questions à ton sujet.
-J'étais la seule qu'il ne connaissait pas, banalisais-je tout en feignant de m'intéresser au pigeon qui était tout près de mon pied.
-Toute la conversation qui a suivi ton départ a tourné autour de toi : Est-elle mariée? A-t-elle un petit copain? A-t-elle un enfant? Énuméra-t-elle en tentant d'imiter sa voix.
-Moi, un enfant? Feignis-je de m'étonner réellement, avant de tourner la tête vers elle pour attendre la suite.
-Oui, et il a terminé en nous demandant si on savait où tu avais fait tes études….
-Oh…. Échappais-je à l'intérieur d'un petit rire nerveux… j'imagine que ça explique pourquoi il voulait voir mon cv.
-En tout cas, c'est beaucoup mieux ainsi, commenta-t-elle en roulant des yeux, qu'il ne se soit rien passé je veux dire, précisa-t-elle avant d'enregistrer ma perplexité puis reprendre, après ce que j'ai appris hier… laisse-moi te dire que tu peux te compter chanceuse de ne pas être tombée dans les bras d'un séducteur tel que lui, m'annonça-t-elle.
-Pourquoi tu-dis cela? Et à qui as-tu parlé? Ne pus-je m'empêcher de lui demander après m'être légèrement étouffée avec une gorgée de café.
-À Caroline… Et avant que je t'en dise plus, saches que, c'est moi qui l'ai appelée, avoua-t-elle en rougissant, car j'étais très inquiète après que tu sois partie pour son bureau…
Un profond soupir plus tard, elle poursuivit : D'abord, il faut que tu saches que Caroline aussi était certaine que tu finirais dans son lit…. Elle dit que William Darcy utilise toujours la même méthode pour attirer les jeunes femmes qui l'intéressent… il les convoque dans son antre…
-Il s'enferme avec elles pour étudier leur cv, proposais-je sarcastique.
-Peu importe le moyen qu'il prend pour les attirer là… ce qui est certain c'est qu'elles sont les seules à passer derrière le comptoir des gardiens de sécurité pour monter dans son ascenseur privé. Elles seules sont reçues dans la garçonnière qui jouxte son bureau du 26e étage, termina-t-elle avant de couler un regard lourd de sens dans ma direction.
-Je l'ai échappé belle alors, marmonnais-je, dents serrées, gorge nouée.
-Et encore, tu ne sais pas tout! Reprit-elle après avoir fait une pause stratégique.
-Parce qu'il y a autre chose? Ne pus-je retenir.
-Et comment! S'exclama-t-elle. Caroline m'a dit qu'au cours des 4 ou 5 dernières années, un minimum de trois femmes différentes sont venues le confronter au bureau. Et…. les trois étaient enceintes.
Alors là, c'était plus fort que moi, j'éclatai de rire.
-Tu ne me crois pas? S'indigna Rosa en fronçant les sourcils.
-Attend, laisse-moi deviner… Caroline t'a dit que ces enfants étaient de lui? Rétorquais-je sans être capable de reprendre mon sérieux.
Surprise par le soudain silence de ma voisine, je tournai la tête dans sa direction et la découvrit en train de me contempler, un air horrifié sur le visage.
-Quoi? M'inquiétais-je.
-Tu le défends! T'es déjà amoureuse de lui, grimaça-t-elle, les yeux exorbités.
-Non! M'opposais-je aussitôt, écoute Rosa, tentais-je de me calmer, je comprends fort bien que tu t'inquiètes pour moi et crois bien que j'apprécie sincèrement tout ce que tu essaies de faire pour me protéger, mais tu sauras aussi que si j'étais amoureuse de William Darcy, ce qui n'est pas le cas, insistais-je en la dévisageant attentivement et en pesant bien chaque mot, je refuserais de me fier à ce que racontent certaines personnes en apparence bien intentionnée je te l'accorde…. et me forgerais une opinion par moi-même.
-Mais il ne s'agit pas seulement de rumeurs Lizzie, insista-t-elle, Caroline a vu ces femmes… elle les a rencontrées personnellement, leur a parlé… elle a même vu les enfants…
-Assez! Me dressais-je sur mes deux pieds, tu m'excuseras Rosa, mais je n'ai pas l'intention d'accorder foi aux propos de cette Caroline.
-OK, libre à toi, commenta-t-elle d'un ton trop irrité pour être sincère… Et si je te disais que moi aussi j'ai fait une embarrassante découverte au sujet de cet homme….
-Je ne vois pas ce qui pourrait surpasser cette histoire d'enfants illégitimes, la narguais-je avant de jeter le reste de mon café dans la poubelle d'un geste rageur puis me mettre en marche pour sortir du parc.
-Il est fiancé, m'arrêta-t-elle physiquement avant de me le prouver en exhibant devant mes yeux la numérisation d'un article trouvé sur le net et qui faisait état d'une promesse de mariage entre William Darcy et une certaine Anne Debourg.
Après que je lui eus arraché la feuille des mains et me fus éloignée de quelques pas pour en commencer la lecture, Rosa resta respectueusement où elle était, attendit que j'abaisse mes mains puis revint vers moi pour ajouter, alors, tu vois bien que j'avais raison de m'en faire pour toi, hein?
Une seconde plus tard, après avoir relâché un profond soupir, je me tournai lentement vers elle, la dévisageai silencieusement puis prétendis : Je ne sais plus comment te le dire Rosa, tu t'en fais pour rien. William Darcy n'est pas près d'entrer dans ma vie.
Et Dieu sait qu'au moment où j'affirmais cela, je le pensais vraiment.
Dix minutes plus tard toutefois, je recommençais déjà à envisager les choses autrement. Je venais de terminer d'effectuer une recherche plus approfondie sur Google et avait trouvé quelques articles, pas vraiment récents, où ses fiançailles étaient évoquées. Après avoir navigué au gré de ces découvertes et avoir lu attentivement presque tout ce qui s'y rapportait, je formulai une hypothèse qui me semblait assez juste – sachant qu'il me faudrait bien évidemment la vérifier auprès de William – et qui donnait à cet hymen (partant du principe qu'il y en eut réellement un) une allure de transaction financière ou plutôt d'un échange de service.
Il m'apparût très intéressant de mettre en relation le fait qu'entre autres soumissionnaires, la firme de la future belle-mère de William Darcy, la célèbre architecte Catherine Debourg, fut justement celle qui obtint le contrat pour dessiner et construire l'immeuble de 26 étages de la WD Finances.
Vers 11h45, moment où Astrid me transféra l'appel de William Darcy, je pris un grand respire, puis répondis.
-Est-ce que je te dérange? M'interrogea-t-il après que je l'eus salué.
-Pas vraiment non, répondis-je.
-Je me retiens de t'appeler depuis mon arrivée au bureau, se confessa-t-il ensuite avant de lâcher un charmant un petit rire puis enchaîner, est-ce que tu vas bien?
-À part la fatigue ça va…rétorquais-je avec prudence.
-Pour ma part, je tombe de sommeil, avoua-t-il. Et puisque c'est un peu de ta faute, reprit-il joyeusement, ta punition pourrait être de venir dîner avec moi?
-Oh, mais c'est que j'ai trop de travail devant moi, mentionnais-je en prenant soin de rendre ma déception perceptible.
-Tu ne peux même pas prendre une heure? Tenta-t-il.
-Même pas 35 minutes, lui appris-je.
-C'est trop court pour venir jusqu'ici en tout cas, tu as raison, évalua-t-il, c'est vraiment dommage… j'avais plein de choses à te dire, m'apprit-il, sur le même ton que s'il avait voulu dire : …plein de choses à te faire… Que dirais-tu de ce soir alors? Suggéra-t-il en second lieu.
-William, me décidais-je enfin, ne le prend pas mal, mais… j'estime qu'on devrait attendre un peu avant de se revoir…
Après l'avoir entendu échapper un gros soupir, je tranchai, je préfère qu'on attende au week-end. Non seulement ce sera plus facile pour moi de trouver une gardienne, mais en plus, ça bouleversera beaucoup moins la routine que j'ai tout de même eu bien de mal à mettre en place pour Samuel.
-…..
-Sans compter que ça nous permettra d'être un peu seul toi et moi… on a bien des choses à se dire, insinuais-je.
-Ça me semble bien raisonnable en effet, mentionna-t-il en appuyant beaucoup sur le mot raisonnable.
-Raisonnable mais nécessaire… surtout pour Samuel ajoutais-je, sachant qu'il ne saurait être en désaccord avec cela.
-Je ne peux que reconnaître le bienfondé de cette proposition et sa raison d'être. Très bien alors, on va faire comme tu le proposes. Appelle-moi dès que tu arrives à trouver une gardienne afin que je te réserve ma soirée….. Mais oh, Élisabeth? M'interpella-t-il une seconde plus tard, un peu comme s'il venait de se rappeler de quelque chose d'important.
-Quoi?
-Merci pour hier soir… J'ai passé une très belle soirée… et une très belle nuit, ajouta-t-il beaucoup plus bas.
-Moi aussi William… admis-je à mon tour.
Une fois qu'il eut raccroché, je me sentais enfin soulagée. La déception que j'avais tout d'abord sentie dans sa voix s'était tout d'abord estompée, puis carrément résorbée, me permettant d'envisager notre prochaine rencontre avec confiance et sérénité.
Maintenant débarrassée du stress qui allait de pair avec la mise au point que je venais de réaliser avec William, la fatigue reprit ses droits, faisant en sorte que l'heure du dîner, de même que l'après-midi qui suivit me semblèrent interminables.
Cette soirée-là, qui aurait pu s'appeler « l'après-William » je détenais la preuve que désormais rien ne serait plus pareil. Non seulement nous étions deux à le « voir dans notre soupe », mais encore est-il que Samuel mentionna si souvent son nom que j'en vins tout naturellement à lui parler de ce fameux souper que William et moi avions décidé d'organiser durant le Week-end.
J'acquiesçai et trouvai même très raisonnable la demande de Samuel à l'effet que William pourrait arriver plus tôt le soir de notre rendez-vous, afin de passer quelques précieuses minutes avec lui, avant l'arrivée de la gardienne.
Je laissai tout de même s'écouler deux jours avant de téléphoner à William pour l'informer que j'avais réussi à réserver la gardienne habituelle de Sam pour le lendemain soir, soit le vendredi.
Celui-ci sembla si heureux de m'avoir au bout du fil, que je me retins à la dernière seconde de l'inviter pour le soir même.
« Mais qu'allais-je faire là… » Me grondais-je au moment où je raccrochais, reconnaissante envers cet avocat du diable qui juste à temps, m'avait rappelé, que selon plusieurs sources différentes trouvées sur le net, il était fiancé. Car c'est à cette information et à celle-là seulement que j'avais décidé d'accorder foi, rejetant d'emblée tout ce qui provenait de cette fameuse Caroline qui dès le départ m'avait déplu.
Vendredi soir
Le va-et-vient de Samuel alors qu'il passait sans arrêt de sa chambre au salon de même que son incessant verbiage commençaient à me taper sur les nerfs. Mais puisque je brûlais d'impatience au moins autant que lui, je me contins et réinvestis cette surdose d'énergie dans le choix de mes vêtements et en me maquillant, alors qu'au quotidien, je ne le faisais que très rarement.
Autour de 17h00, à l'heure prévue, William sonna à notre porte et s'engouffra dans l'entrée les bras chargés de cadeaux. Il avait apporté un bouquet de roses rouge pour moi et un très bel ourson en peluche pour Samuel. Dès que nous l'eûmes délesté de ces offrandes, Samuel lui sauta dans les bras et plaqua sa petite bouche contre sa joue, les bras fermement accrochés autour de son cou. J'enviai mon fils de pouvoir faire aussi facilement confiance.
William refusa d'un signe de tête le verre de vin que je lui offris, vint poser ses lèvres fraîches sur ma bouche qui me sembla tout à coup exagérément rouge, puis suivit son fils jusque dans le salon où un album photo les attendait près du divan.
Après avoir disposé mes roses dans un vase et avoir posé celui-ci sur la table dans le salon, je me glissai derrière William, m'asseyant directement sur l'accoudoir du divan et ne pus résister à la tentation de saisir quelques boucles de ses cheveux, comme j'avais l'habitude de le faire avec Samuel alors que je penchais le haut de mon corps vers cet album qu'ils regardaient tous les deux.
Nous étions encore dans cette position lorsque Sonia sonna à notre porte autour de 18h15. Pendant que je l'entretenais de ce que j'avais prévu pour le repas et pour la soirée de Samuel, j'attribuai à tort son intérêt pour William à la beauté et au charme qu'il possédait et auxquels j'avais déjà succombé, mais réalisai ensuite, qu'il n'y avait que leurs ressemblances qui pouvaient justifier que son regard passât ainsi de l'un à l'autre.
Voyant ce sujet s'ajouter à la longue liste de ceux sur lesquels William et moi allions devoir aborder durant la soirée, je m'empressai de livrer le reste de mes consignes et recommandations et dus m'y prendre à trois reprises avant de réussir à convaincre Samuel de nous laisser partir.
Aussitôt que je pris place à bord de sa voiture, William mis le moteur en marche puis se tourna vers moi.
-Ce soir on mange chez moi, m'apprit-il après avoir posé ses lèvres sur ma main (me rendant toute chose) et me l'avoir rendue, il est temps que tu découvres l'antre du loup.
-À oui… le 26e étage, déglutis-je en repensant autant à ce qui s'était passé entre nous lors de ma première visite dans ces lieux qu'aux ragots de Caroline s'y rapportant.
-Non… je t'emmène à Westmount… C'est là où j'habite depuis le décès de ma mère… j'en ai hérité il y a deux ans… Et je vais me mettre au fourneau…
-Je vais t'aider, affirmais-je.
-Oh non madame, protesta-t-il avec emphase, je ne veux pas de vous dans la cuisine… tu serais une trop grande distraction, coula-t-il ensuite en changeant totalement de ton et en laissant échapper un petit rire qui me fit frissonner. Tournant la tête dans sa direction, j'en profitai alors pour étudier son profil. En raison du sourire que ses lèvres esquissèrent lorsque mes yeux se posèrent sur lui, je compris que des pensées similaires nous habitait et me ramenai à l'ordre en me rappelant que la discussion devait avoir préséance sur l'assouvissement de cette soif qu'il faisait naître chez moi.
« Je dois absolument garder la tête froide et maintenir le cap sur mon objectif car, au-delà de l'attirance que j'éprouve indéniablement pour lui, c'est à Samuel que je dois penser…» récitais-je comme une incantation.
En aucun car je ne devais oublier que peu importe ce qui se passerait entre William et moi au-delà de cette soirée, Samuel devait pouvoir fréquenter son père aussi souvent qu'il le désirerait.
Nous arrivâmes chez William quinze minutes plus tard. La maison était telle que je l'avais imaginée, c'est-à-dire immense et intimidante. Toutefois, lorsqu'un homme grisonnant arriva sur le porche et se courba devant moi en réclamant mon manteau, je compris que je n'étais pas au bout de mes peines avec cet homme qui me plaisait de plus en plus en dépit de ma méfiance.
-Élisabeth, je te présente monsieur Miron, l'homme dont je ne pourrais jamais me passer.
-Enchanté monsieur… Élisabeth Bennet, me nommais-je à mon tour en lui tendant la main.
-Enchanté madame, rétorqua-t-il en serrant brièvement la mienne, monsieur m'a déjà beaucoup parlé de vous, affirma-t-il ensuite en m'offrant un très beau sourire.
-Vraiment? M'enquis-je en rougissant.
-Puisque je vous le dis, répondit-il avant de s'incliner devant moi puis se tourner vers son maître, Oh, à propos monsieur, j'ai placé l'album photo que vous vouliez montrer à madame sur la table basse dans le salon.
-Merci infiniment Jules, je vous souhaite une bonne soirée.
-Merci monsieur… Madame, termina-t-il avant de nous ouvrir la porte pour nous laisser entrer.
Après avoir accroché ma veste et posé ma bourse sur le meuble dans l'entrée, l'aimable domestique se dirigea ensuite au bout du long corridor, ouvrit une porte qui se trouvait vers la gauche et qui menait probablement à ses appartements privés et nous quitta après nous avoir salué une dernière fois.
-Quel homme charmant, mentionna-je au moment où je réalisai que William me dévisageait.
-Il est bien plus que cela, soupira-t-il. Cet homme est un saint. Mais viens, ne restons pas ici. Allons visiter le reste de la maison, m'invita-t-il avant de tendre le bras en direction du long corridor comme s'il voulait m'indiquer le chemin à suivre.
-C'est que… j'aimerais bien téléphoner chez moi avant…. je voudrais être certaine que tout va bien avec Samuel…
-Bien entendu… viens, je vais te montrer où est le téléphone.
Je suivis William jusque dans le salon, me dirigeai vers le poste téléphonique qu'il me désigna, puis m'entretins avec Sam tout en suivant son père des yeux alors qu'il se dirigeait vers la cuisine et commençait à s'affairer.
La gardienne m'apprit que Samuel venait tout juste de terminer son repas et qu'il se préparait maintenant à s'installer devant la télévision avec elle. Il faut dire qu'en rentrant de l'école – au moment où nous nous étions arrêtés dans notre club vidéo habituel - j'avais délibérément permis à Samuel de louer un film d'animation qu'il désirait voir depuis longtemps afin de m'assurer qu'il accepterait non pas mon absence puisqu'il m'arrivait tout de même de le faire à l'occasion, mais plutôt qu'il ne se sentirait pas trop exclus.
Après avoir échangé quelques mots avec Sam, je raccrochai définitivement rassurée sur son sort puis me dirigeai vers l'entrée de la cuisine. Il me fallut quelques secondes avant de repérer William grâce au bruit que faisaient les ustensiles de cuisine qu'il manipulait tout près du poêle.
Ne sachant pas vraiment comment manifester ma présence, je pénétrai doucement dans la pièce puis l'admirai du regard tout en demeurant silencieuse. Son jeans bleu foncé et sa chemise noire légèrement entrouverte donnaient à sa silhouette une apparence décontractée qui lui seyait bien. Se tournant vers moi à demi, justement à ce moment-là, il esquissa un large sourire, allongea le bras pour ramasser un objet sur le comptoir, marcha vers moi puis me tendit un verre de vin blanc.
-Il est maintenant temps pour toi d'aller jeter un œil sur l'album photo dont mon domestique t'a parlé…
À peine esquissais-je une petite moue réprobatrice qu'il m'arrachait ce verre qu'il venait pourtant de me remettre, le posa sur le comptoir auprès duquel nous nous tenions, m'enlaça puis captura mes lèvres. Après m'avoir offert plusieurs baisers fougueux, il posa son front contre le mien, exhala un profond soupir puis me lança tout en me repoussant lentement, ne reviens plus me tenter sinon tu vas devoir te passer de souper….
Mon rire s'éteignit dans le salon au moment même où je me laissai imprégner par le côté sombre et lugubre de la pièce. Les murs étaient couverts de papier peint brun foncé qui datait d'une autre époque et de longues tentures bourgogne couvraient entièrement les fenêtres. Même les meubles n'échappaient pas à la règle et la grande majorité de ceux-ci étaient antiques et en bois à l'exception des deux grands divans de cuir brun foncé qui n'étaient certainement pas là depuis longtemps.
« Je n'imagine pas Samuel dans un tel décor » grimaçais-je avant de me décider à aller m'asseoir puis ouvrir l'album photo, curieuse de voir ce que William voulait tant que je voie.
Une seconde plus tard, j'étais figée par la surprise, estomaquée de voir à quel point Samuel et William se ressemblaient.
-Aucun test de paternité ne sera jamais nécessaire… conclus-je. Si les gens de mon entourage pouvaient voir quelques-unes de ces photos, ils croiraient nécessairement qu'il s'agit de Samuel.
Je m'empressai alors de tourner les pages afin de découvrir les autres photos. J'arrivai assez facilement à identifier les parents de William puisque ceux-ci apparaissaient régulièrement sur les clichés, mais fus ensuite bien embêtée par l'apparition soudaine d'une petite fille dont les cinq premières années n'avaient pas été immortalisées alors que William possédait des images variées de chacune des étapes de son enfance.
« Ils ne se ressemblent pas du tout » Conclus-je après les avoir observés l'un et l'autre sur les photos qui suivaient et qui témoignaient également de leur grande différence d'âge, au moins dix ans, évaluais-je.
Lorsque je fus en mesure de détailler la petite fille devenue adolescente quelques pages plus tard, puis même la jeune fille qu'elle devint par la suite, je réalisai que je m'approchais de la fin de l'album et m'en étonnai.
-Je constate que tu as fait connaissance avec ma sœur Georgianna, me fis sursauter William en arrivant derrière moi.
-Pourquoi y'a pas de photo d'elle bébé? L'interrogeais-je en levant la tête et haussant le menton pour mieux le voir.
-Elle venait d'avoir cinq ans lorsque mes parents l'ont adoptée, m'apprit-il avant de poser ses lèvres sur mon front.
Comme je fronçais les sourcils, il s'empressa d'ajouter, quand ma mère a compris qu'elle ne pourrait pas avoir d'autres enfants, elle a tout de suite entamé des démarches pour en adopter un. Georgianna a dix ans de moins que moi. Elle est adorable, tu verras. Elle est en Europe actuellement. Je te la présenterai à son retour... Il dut lire à nouveau dans mes pensées car il ajouta, elle sera ici dans trois semaines.
-…..
-Et tu sais quoi? À son retour, je compte bien vous réunir… toi, Samuel et le reste de ma famille….
De nouveau victime de mon impulsivité, sa proposition déclencha chez moi un mouvement involontaire qui n'aurait jamais pu passer inaperçu, je ne cherche pas à te piéger Élisabeth, me rassura-t-il aussitôt en me tendant la main au-dessus du divan pour m'aider à m'en extraire et en faire le tour, allez viens… le repas est prêt…. Si tu veux bien on continuera cette intéressante discussion autour d'un bon repas.
Aussitôt que William eut saisi mon bras, il le passa sous le sien et me guida vers deux portes coulissantes que je n'avais pas encore remarquées et les fit glisser pour me faire entrer dans la salle à manger. Celle-ci, bien que décorée avec soin, était tout de même trop froide pour me plaire réellement. En toute honnêteté, je dois même dire que je n'arrivais pas à m'imaginer tenir une discussion dans un décor aussi sinistre. Heureusement pour moi, William se montra aussi intuitif que tout à l'heure, me fit un clin d'œil puis me demanda de l'imiter en ramassant mon couvert pour le suivre jusque dans la cuisine.
Pendant que je laissais les divers parfums me titiller les papilles gustatives, il apportait les derniers plats de service puis tirait ma chaise pour me permettre de m'asseoir.
Une forte odeur de tomates grillées et de basilic monta jusqu'à mes narines au moment où William découvrait le premier plat de service. Sur le second plateau, même harmonie de saveurs puisqu'un lit de pâtes fraîches recouvertes de persil et d'une épaisse couche de sauce rosée se livrait à mon regard.
Comment sortis-je de ma chaise pour me retrouver dans les bras de William, j'avoue ne plus m'en souvenir et surtout ne plus m'en soucier. Pendant que nos langues se rencontraient et s'accrochaient l'une à l'autre, j'eus tout juste le temps de me dire qu'il n'y avait certainement pas que les hommes qu'on pouvait attraper par l'estomac puisque j'avais totalement perdu le peu de contrôle que j'avais sur mes pulsions. Une pression dans le bas de mon dos me fit comprendre que William venait de me plaquer contre le comptoir et qu'il me désirait au moins autant que moi. Déjà perdue sans être ivre, je sentis William me ramasser par les fesses puis me poser sur le comptoir. Hypnotisée, liée à lui, je le laissai détacher les boutons de mon chemisier puis faire descendre les bretelles de ma brassière toute occupée que j'étais à fourrager dans sa chevelure bouclée. J'entendis le bruit que fit la pochette de préservatif qu'il déchirait, j'entendis aussi la cloche qui sonnait dans ma tête et qui tentait pour la dernière fois de me mettre en garde, mais je n'étais déjà plus là. Je n'étais plus moi surtout. J'étais une bête sauvage devant un chasseur sans merci. William me prit exactement comme je l'avais imaginé, c'est-à-dire, avec passion, sans retenue aucune, criant mon nom en même temps qu'il se déversait en moi et continuant à me caresser afin que je puisse l'accompagner. Lorsque nos deux esprits s'apaisèrent enfin, il se retira, m'attira à lui et m'aida à descendre du comptoir en prenant bien garde de me garder tout contre lui.
-Tu vois… c'est pour ça que je ne voulais pas que tu viennes dans la cuisine, ricana-t-il le menton accoté contre le dessus de ma tête.
…..À suivre….
Êtes-vous curieuses de lire la longue conversation qui va suivre ce repas?
À vous la parole...
Miriamme
