Merci mesdames pour vos encouragements et vos nombreux commentaires. Que ce soit parce que vous suivez cette histoire ou parce que vous découvrez les autres, chaque fois que vous prenez le temps de m'écrire un petit message, c'est une telle joie. C'est comme recevoir un cadeau de Noël. Un merci tout spécial à Emerode et LittleFlicka. Merci pour votre fraicheur. J'en profite pour vous souhaiter à toutes une bonne année 2014. Sur ce bonne lecture, miriamme.

Sixième partie

Lorsque j'ouvris les yeux le lendemain matin tirée de mon sommeil par cette maudite horloge biologique qui par opposition aux autres jours de la semaine où si aisément elle cédait sa place au réveille-matin, se manifestait de la pire manière qui soit c'est-à-dire en m'éveillant précisément au moment où je m'abandonnais dans les bras de William, je ne pus faire autrement que de grincer des dents, repousser brusquement mes couvertures afin de me rendre dans la cuisine, un peu frustrée de devoir tout mettre en œuvre pour combler le seul de mes deux appétits qui avait une chance d'être satisfait dans l'immédiat.

Au moment où la cafetière se mit à ronronner, je passai par la chambre de Samuel m'assurer qu'il dormait toujours puis sautai sous la douche.

Une foule de sensations toutes plus exquises les unes que les autres m'arrachèrent des soupirs de satisfaction tandis que je me savonnais. En fermant les yeux, je réussis même à m'imaginer que c'était William qui passait ses mains sur mon corps. Outre le fait qu'il y avait bien longtemps que je n'avais pas eu d'amants, il me fallait bien reconnaître que l'adresse de cet homme dans ce domaine se situait aux antipodes du talent qu'avaient démontré ceux qui étaient passé dans ma vie avant lui.

Chassant les pensées lubriques qui reprenaient possession de mes sens, je terminai rapidement ma toilette puis retournai dans la cuisine, heureuse de constater que Samuel était déjà debout et que, fidèle à son habitude, il avait commencé à mettre la table en m'attendant.

-Bien dormi mon trésor? L'interrogeais-je après lui avoir embrassé le dessus de la tête.

Sa brève réponse puis la naissance d'un mouvement de balancier initié de droite à gauche (qui m'en disait long sur son hésitation) me charma bien sûr mais m'obligea surtout à mettre fin à sa torture en évoquant immédiatement ma soirée avec son père.

Je commençai tout doucement en lui parlant de sa maison, gardant pour moi à quel point je l'avais trouvée sombre et lugubre, mais insistant plutôt sur ses dimensions, le nombre impressionnant de pièces, sans oublier bien sûr de mentionner la présence du domestique qui nous avait accueillis et que j'avais trouvé bien sympathique.

-William a une cuisinière aussi, mais je ne l'ai pas rencontrée puisque le vendredi c'est sa soirée de congé.

-Il ne prépare pas ses repas lui-même? S'enquit Samuel d'une voix qui montrait bien qu'il ignorait s'il devait se réjouir de la chose ou non.

-Pas durant la semaine, répondis-je avant de l'interroger à mon tour, tu trouves ça étrange?

La grimace qu'il esquissa me tira un sourire mais encore une fois, je réussis à le contenir en serrant les lèvres.

-Y a pas que les échecs qu'on va devoir lui apprendre, blaguais-je tout en m'émerveillant de la rapidité avec laquelle ses yeux s'agrandissaient et sa mâchoire s'affaissait.

Je mis toutefois fin à sa perplexité en lui expliquant que c'est à cause des nombreuses heures que son père devait consacrer à son travail durant la semaine (bien plus que la majorité des travailleurs) qu'il devait recourir au service d'une cuisinière. Je terminai mon explication en évoquant le menu du repas qu'il avait par ailleurs cuisiné pour moi la veille au soir.

Un peu plus tard, je souriais encore tout en rassemblant les divers effets que je voulais apporter chez mes parents, puis allai retrouver Samuel afin de l'aider à choisir son pyjama de même que des vêtements de rechange pour le dimanche matin.

-Occupes-toi de tes jouets maintenant, lui suggérais-je, nullement étonnée de l'entendre exhaler un profond soupir (quand je pense que c'est moi qui lui ai montré cela).

Coupant court à la critique qui suivait toujours, à savoir que mes parents n'avaient que très peu de jouets et qu'ils prenaient rarement le temps de jouer avec lui, je perdis patience, lui ordonnai d'aller terminer ses bagages puis m'en voulût en voyant ses épaules s'affaisser et ses yeux s'humidifier.

-Sam… plus tôt on sera chez mamie, plus vite on reviendra…commentais-je en m'approchant de lui pour lui ébouriffer les cheveux.

-J'm'en fous, s'exclama-t-il en tournant les talons.

-Très bien… alors il va falloir que j'appelle William pour lui dire qu'on ne sera pas revenus assez tôt pour aller le voir demain après-midi, rusais-je sans trop de fierté.

Trois secondes plus tard, deux petits bras me serraient le cou et deux jambes luttaient pour s'accrocher à ma taille.

Imbriqués l'un dans l'autre, les yeux dans les yeux, entremêlant rires et larmes, je nous fis entrer dans une ronde et conduisis ce petit bout d'homme jusqu'au seuil de sa chambre. Mon manège l'ayant légèrement étourdi, je le contemplai affectueusement tandis qu'il tanguait pour arriver jusqu'au sac à moitié rempli qu'il avait posé sur son lit.

-Je vais voir papa demain… je vais voir papa demain… se mit-il à scander en se remettant à le remplir, me portant un direct au cœur alors que je visualisais l'instant où il pénètrerait chez mes parents et reprendrait cette chansonnette inconscient du malaise que celle-ci ferait naître chez les adultes en présence.

« Il est temps qu'ils sachent la vérité…» me résignais-je, gardant les yeux rivés au sol tandis que je traversais le passage pour aller directement m'écraser sur le divan, le cœur en déroute.

« Oh Jane, évoquais-je cette sœur aînée qui me manquait tant, si seulement tu n'étais pas partie, déplorais-je ensuite ne pouvant m'empêcher de revoir la scène déchirante qui avait non seulement opposé celle-ci à nos parents, mais avait également provoqué une rupture définitive au sein de la famille.

Je revoyais encore la posture fermée de celle-ci alors qu'elle se tenait debout devant mon père. Je pouvais même sentir à nouveau les tremblements de ma mère qui sanglotait dans mon dos tout en s'accrochant à ma robe de chambre. J'entendais encore surtout mon père lancer son ultimatum juste avant que Jane ne lève une dernière fois la main, puis la laisse retomber en même temps que sa réponse, dure, tranchante, ma décision est prise… je… je ne changerai pas d'idée…

Je tremblais maintenant en me remémorant le geste évocateur de mon père offert dans un silence presque religieux, la douleur, la peine puis finalement une franche résignation qui tracèrent un chemin sinueux sur le visage blême de Jane, l'air résignée qu'elle arborait ensuite juste avant de jeter un œil de mon côté et franchir cette porte que le bras le mon père lui désignait depuis tout ce temps.

-J'suis prêt, m'éveilla Samuel en arrivant derrière moi et en posant sa petite valise à côté de la mienne.

Avais-je jamais été plus heureuse d'être interrompue? Certainement pas. Car Dieu sait combien ça faisait longtemps que je n'avais pas laissé ces souvenirs ressurgir.

La présence de Samuel dans ma vie était à elle seule, la preuve incontestable des séquelles que le contexte du départ de Jane avait laissées en moi. En terme clair, n'eut été de l'avortement qu'elle avait subi dans le plus grand secret et sans en parler à quiconque et surtout de la réaction de mes parents à l'égard de cette décision drastique, il est certain que j'aurais moi-même considéré cette option lorsque je fus confrontée au même problème.

Peu importe que leur position face à l'avortement découle directement de l'éducation judéo-chrétienne qui fut la leur, aucun des arguments avancés par Jane - à savoir que le père était un homme violent avec qui elle ne voulait garder aucun lien et qu'elle souhaitait être en mesure de poursuivre ses études en médecine - n'arriva à leur faire accepter la chose. À la lumière de la froide raison, le départ de Jane de notre cellule familiale s'avéra donc inévitable.

N'eut-été ensuite de la mort et de notre frère cadet Michel dont le suicide avait été rapidement récupéré par mes parents, trop heureux d'alléger leur peine en reliant directement son geste à l'avortement de Jane s'assurant que la responsabilité lui incombe plutôt que de regarder la réalité en face et accepter que leur seul garçon eut pu souffrir d'un mal-être quelconque.

-Michel ne se serait jamais donné la mort si Jane n'avait pas décidé de mettre fin à sa grossesse, n'avait d'ailleurs de cesse de professer ma mère chaque fois qu'une personne évoquait le drame.

-Je suis prêt maman, me pressa mon petit homme, heureusement inconscient de la tourmente qui m'agitait et m'avait temporairement scié les jambes.

Un peu plus tard dans l'autobus, quel soulagement ce fut de constater que l'innocent babillage de celui qui avait entrepris de me raconter le film qu'il avait vu la veille au soir, réussissait si bien à me changer les idées que je pouvais maintenant envisager un peu plus sereinement notre séjour chez mes parents.

Il faut dire aussi que j'avais bien hâte de voir Charlotte, à qui j'allais certainement causer un grand choc lorsque je lui parlerais de ma rencontre avec William Darcy et surtout que j'envisageais de le fréquenter sur une base régulière.

La vérité sort de la bouche….

Évidemment, nous n'étions pas aussitôt entrés dans la maison de mes parents que Samuel lâchait ma bombe. Celle-ci explosa tout d'abord au visage de ma mère, mais puisqu'elle s'empressa d'appeler son époux, j'eus tout juste le temps de suggérer à Sam de se rendre dans le sous-sol avant que mon père n'arrive à son tour. Il se retint juste à temps d'interpeller celle qui avait osé le déranger alors qu'il était dans son atelier, mais se reprit aussitôt que j'eus refermé la porte derrière Sam.

-C'est à cause de Samuel, se justifia alors ma mère, il dit qu'il va voir son père demain, ajouta-t-elle l'air hagard.

-Alors… tu vas nous laisser languir longtemps? M'enligna mon père en s'accotant sur le mur, mâchoire serrée, bras croisées.

-C'est très simple en fait… j'ai rencontré cet homme par hasard vendredi dernier… dans un restaurant. C'est lui qui m'a reconnue… relatais-je sachant que le seul détail qu'ils ignoraient concernant la conception de Sam c'est que je connaissais l'identité du père.

Relatant l'essentiel de nos discussions, je leur résumai succinctement la situation en indiquant tout simplement qu'il s'agissait d'un homme d'affaire et qu'il souhaitait créer des liens avec Samuel.

-Et bien… pour un revirement… c'est tout un revirement, intervint ma mère qui commençait à reprendre des couleurs.

-Et quand as-tu l'intention de nous l'amener ce fameux père? Insista mon père avant de m'arrêter d'un geste de la main pour reprendre, en passant, j'aimerais bien savoir son nom… Détail que tu ne nous as pas encore révélé, je te signale… me reprocha-t-il sans me quitter des yeux.

-Et bien… me raclais-je la gorge… C'est que… à vrai dire… il ne s'agit pas de n'importe qui… Il est très connu dans le monde des affaires…

-Oh mon Dieu… il est déjà marié, s'exclama ma mère, haussant ses mains jusqu'à sa bouche pour la couvrir.

-NON, m'empressais-je de protester.

-Qui est-ce? M'intima mon père, bouche serrée et sourcils froncés.

L'agressivité qui colorait sa voix me fit réagir au quart de tour. Je déclinai le nom complet du père de Sam aussi crûment que possible puis gardai mes yeux braqués sur mon père en attente de sa réaction. Une seconde plus tard, celui-ci haussa les sourcils puis me jeta ce fameux regard qui précédait la plupart de ses emportements.

-Tu crois réellement que son père est William Darcy? M'agressa-t-il.

-OUI, me braquais-je.

-Elle parle bien de l'homme qui… celui qui est riche comme crésus? Vérifia ma mère en s'adressant à son époux.

-OUI, rétorquais-je à nouveau.

Un long silence régna dans la pièce pendant que chacun était perdu dans ses pensées.

-Bon! Alors maintenant… quelles sont ses intentions envers toi et Sam? Reprit mon père à deux doigts du pragmatisme.

-Il veut qu'on se marie… qu'on forme une famille… mais… répondis-je trop vite, m'en mordant les lèvres une seconde plus tard.

-Il n'y a pas de mais qui tienne. Il faut qu'elle accepte, trancha ma mère.

C'est alors que je les arrêtai d'un geste de la main.

« Mieux vaut tard que Jamais », m'encourageais-je avant de reprendre la parole beaucoup calmement et commencer par les arguments que j'avais eu le temps de préparer dans l'autobus. Lentement, prudemment, j'insistai sur le fait que tout plaisant qu'il soit, il n'en restait pas moins que je ne connaissais que très peu William Darcy. Je ne fus pas surprise de voir mon père passer de l'hostilité la plus complète à un degré plutôt acceptable d'approbation. Tout ça parce que je fus assez maligne pour choisir dans les propos de William les plus susceptibles de lui plaire ou à tout le moins de le rassurer sur ses intentions. Je terminai mon long monologue en leur apprenant que William avait également accepté qu'on prenne notre temps.

-Et Samuel lui… il en pense quoi? Intervint ensuite mon père après avoir jeté un œil en direction de la porte du sous-sol.

-Il est content… admis-je. Il est ravi de l'avoir pour père… mais c'est un enfant… et c'est bien connu que les enfants s'adaptent rapidement à toutes les situations… en apparence du moins, nuançais-je avant de poursuivre, voilà pourquoi, je crois qu'il est important que nous prenions tout notre temps… assez en tout cas pour que William puisse faire ses preuves.

-Et nous là-dedans? Protesta ma mère avant de reprendre pour se justifier. Personnellement, j'aimerais beaucoup le rencontrer…

-Chaque chose en son temps, la contrais-je.

-Tu te rends compte mon chéri… quelle prise, s'exclama-t-elle.

-Pour ma part, je ne suis pas impressionnée par son argent… rétorqua mon père, je pense comme Lizzie, je préfère attendre de bien le connaître avant de porter un jugement sur lui.

Suite à cette affirmation faite sur un ton bourru, ni ma mère ni moi ne ressentîmes le besoin d'ajouter quoique ce soit. Notre conversation changea ensuite totalement de cap, nous permettant de déterminer le programme du reste de mon séjour et de faire l'inventaire des activités que ce couple on ne peut plus disparate réalisait depuis la retraite.

Au souper, la conversation fut habilement dirigée par mon père et permit à mes parents d'entendre ce que Samuel pensait de William Darcy. Tout en les écoutant d'une oreille distraite, je m'attardai à analyser les changements qui s'étaient opérés dans notre famille depuis et qui semblaient effectivement avoir comme point de départ, la décision de Jane d'interrompre sa grossesse.

Depuis notre plus tendre enfance, de nous trois (Jane, Michel et moi), Jane avait toujours été la plus douce, la plus pondérée. Elle était de cinq ans mon aînée et très autonome. Michel et moi n'avions que deux ans de différence, mais étonnement, je n'étais pas très portée à aller jouer avec lui. En fait, on pourrait dire que Michel était aussi près de ma mère que je le fus de mon père. De plus, c'est moi et moi seule qui ai donné du fil à retordre à mes parents à l'adolescence, alors que Jane et Michel ont su rester sages peu importe la période.

Toutefois, après cette crise qui se conclut par le départ définitif de cette sœur aînée à laquelle je me comparais sans arrêt et qui m'aidait à me définir en m'offrant presque le contraire de moi-même, un changement s'est opéré en chacun de nous, lentement bien sûr, mais tangible par contre. Ma mère et Michel, toujours liés, tombèrent dans les eaux tumultueuses de la dépression, s'accrochèrent aux médicaments avec le succès que l'on connaît dans le cas de ma mère et dans l'apparence de la guérison pour mon frère.

« Serait-il encore en vie s'il n'avait pas arrêté sa médication? » Osais-je me demander avant de me secouer et replonger dans cette analyse que je m'autorisais enfin à faire.

Mon père quant à lui avait peu changé. Je crois bien que c'est moi en fait qui ai eu le réflexe de m'en éloigner à ce moment-là. Après tout, n'avais-je pas perdu mes repères avec la disparition du miroir contrasté que m'offrait Jane au quotidien?

Je m'arrachai à mes souvenirs uniquement lorsque nous sortîmes de table, entrai ensuite dans la routine du soir et donc dans cette longue liste de gestes que Sam et moi posons soirs après soirs depuis qu'il est tout petit.

Après avoir aidé ma mère à s'occuper de la vaisselle, j'envoyai Sam passer quelques minutes avec mon père – partie d'échecs oblige – et me rendis dans la salle de bain pour commencer à remplir la baignoire. Pendant que ma mère cherchait son livre de contes dans la bibliothèque, je m'empressai d'appeler mon amie Charlotte afin de la prévenir que j'irais faire un tour chez elle un peu plus tard. Ayant elle-même des enfants à mettre au lit et un époux dont elle devait également tenir compte, nous convînmes de nous retrouver dans un petit café situé sur la rue principale de la ville de Sutton, à cinq minutes de chez mes parents.

-Je serai devant chez tes parents vers 20h00, me répéta-t-elle avant de raccrocher.

Juste avant d'aller rejoindre Charlotte dans sa voiture, je passai par la chambre de Sam et le découvrit en train de lire tout seul le livre de contes que ma mère ressortait toujours pour lui. Ils offraient un spectacle très attendrissant ainsi installés tous les deux, Sam tenant le livre ouvert devant lui alors que ma mère dormait à ses côtés.

Après avoir imité Sam en collant mon index devant ma bouche pour lui montrer que j'avais bien jugé de la situation, je posai un léger baiser sur le bout de mes doigts et le lui envoyai en soufflant dessus.

Dès que j'eus refermée la porte de sa chambre, je me rendis dans le salon où je trouvai mon père assis devant son ordinateur. J'eus tout juste le temps d'apercevoir un certain visage sur son écran avant qu'il n'abaisse le couvercle de son portable.

-Maman s'est endormie sur le lit de Sam…

-Je m'en occupe, m'assura-t-il en se levant pour venir me faire la bise, passe une bonne soirée avec Charlotte. Dis-lui de saluer ses parents pour moi.

-Très bien… Bonne nuit à toi papa, le saluais-je à mon tour. Oh, à propos…au cas où tu te poserais la question, cette histoire de fiançailles entre William Darcy et la fille de Catherine DeBourg… c'est de l'histoire ancienne, commentais-je en lui tournant le dos.

Jamais je n'avais bu autant de tisane de ma vie. Jamais autant parlé non plus. À tour de rôle Charlotte et moi avions évoqué notre quotidien, puis nous étions gavées de nos grosses nouvelles. Sans pouvoir rivaliser avec ce que j'avais à lui apprendre et qui aurait tout lieu de monopoliser notre conversation pour un bon moment encore, Charlotte réussit à me surprendre en m'apprenant que la compagnie d'aménagement paysager de son époux venait de signer un important contrat avec l'un des plus grands importants bureaux d'architectes de Montréal.

-Vous allez revenir en ville, m'excitais-je avant de réaliser à son air renfrogné que l'idée était loin de lui faire plaisir.

-Ça te plairait toi de changer Sam d'école en plein milieu d'une année scolaire? Alors que tout va si bien?

-Non, c'est sûr… ce n'est certainement pas le meilleur timing…

-En tout cas… William doit donner une réponse à Catherine DeBourg dans deux jours…

-L'offre lui vient de Catherine DeBourg? La contemplais-je éberluée.

Avant que la tristesse et le découragement ne lui permettent de se rendre compte qu'il était déjà tard, j'abordai cet autre sujet pour lequel j'estimais qu'elle me devait tout de même quelques explications.

Il me fallut toutefois attendre qu'elle ait évacué une bonne partie des onomatopées dont elle seule connaissait le secret et qui ressemblaient étrangement aux émoticons qu'elle joignait toujours à ses courriels avant d'en venir à l'essentiel.

-Je me souviens de cet homme… ce détective, admit-elle enfin en me contemplant tristement. Il s'est présenté chez moi peu de temps avant qu'on emménage ensemble toi et moi.

-Pourquoi tu ne m'en as pas parlé? M'enquis-je aussitôt.

-Mais je l'ai fait Lizzie… enfin peut être pas aussi directement que je l'aurais dû… mais… s'arrêta-t-elle avant de poser sa tasse, soupirer puis se reprendre autrement. Tu te souviens de cette journée où tu avais rencontré Jane par hasard au CLSC lorsque ton obstétricien t'a obligé à faire un test sanguin?

-Oh... oui bien sûr que je m'en souviens… je me sentais tellement mal… imagine… t'as pas vu ta sœur depuis presque trois ans… tu sais qu'elle s'est brouillé avec sa famille en décidant d'interrompre sa grossesse et tu la revoies par hasard alors que toi-même tu es enceinte… on est loin de la situation idéale, conclus-je en baissant définitivement les yeux.

-Et bien… ce soir-là… quand tu m'as rapporté cet incident… te souviens-tu de la question que je t'ai posée?

-Oui… ça me reviens… tu m'as demandé comment je réagirais si j'apprenais que William Darcy voulait me revoir, énonçais-je tandis que ma réponse remontait également de ma mémoire…et moi je t'ai répondu que je ne voudrais rien savoir de lui…

-C'est ça oui…

-Pas étonnant que tu aies menti au détective après ça, commentais-je.

-C'est ça oui… je lui ai même montré une photo de mon petit ami et moi…

-Quand William Collins et toi êtes allés faire du ski à votre tour, complétais-je à sa place en repensant aux nombreuses photos qu'elle avait prises au cours d'un repas qui s'était déroulé dans le même hôtel que notre bal de finissants.

Une fois que j'eus satisfait sa curiosité en lui racontant l'essentiel des événements entourant la fulgurante entrée de L'homme dont il était question dans ma vie, Charlotte s'intéressa ensuite à Sam, s'inquiétant des répercussions que ce grand changement pourrait avoir sur lui.

-Et lui, comment se comporte-t-il avec Samuel? M'interrogea-t-elle ensuite après que je l'eus rassurée en lui résumant ce que Sam pensait de son père.

-Il s'en tire bien… très bien même... À vrai dire, sans le savoir, William semble avoir compris qu'il a tout à gagner à suivre le rythme que lui impose Sam… En l'occurrence, je dois admettre que – pour l'instant du moins – ça semble être la meilleure chose à faire…

-Oh oh, intervint-elle en me contemplant attentivement, je me demandais aussi où était passée madame la pessimiste…

-Ben quoi! M'offusquais-je, on est jamais trop prudent non?

À cet instant, Charlotte ne pouvait pas savoir que c'est à la mauvaise expérience de Jane que je faisais référence et qu'à elle seule, elle aurait pu justifier que moi aussi je sois devenue méfiante avec les hommes.

-Alors là… je ne te comprends pas… laisse-moi m'amuser à résumer ta situation dans mes propres mots d'accord, réattaqua-t-elle. Le père biologique de ton enfant affirme non seulement être tombé amoureux fou de toi après avoir passé une seule nuit en ta compagnie, mais également t'avoir fait rechercher? Et toi? Reprit-elle après avoir estimé qu'en baissant la tête, j'approuvais ces propos, tout ce que tu trouves à répondre à ça lorsqu'il réapparaît dans ta vie six ans plus tard, c'est qu'il faut prendre son temps… et user de prudence…

-C'est vrai que présenté comme ça, on pourrait me juger capricieuse, admis-je, refusant toutefois de joindre mon rire au sien.

-Mets-en!

Ayant endossé le rôle de l'avocat du Diable pendant encore une bonne demi-heure, Charlotte en vint à la conclusion que : j'avais beau être à l'aise avec les chiffres, en ce qui a trait aux relations humaines, je n'étais rien de moins qu'une trouillarde.

-C'est pas pour rien que tu en as fait ton métier…

-Tu exagères Charlotte, m'étais-je opposée avant d'esquisser un bâillement, gagnée par la fatigue.

-Le problème avec les nombres, c'est que aussi variés qu'ils peuvent être… aucun d'eux n'arrivera jamais à te satisfaire sexuellement!

Cette blague là, poussée juste au moment où j'ouvrais la portière après avoir pris congé d'elle, m'obligea à la refermer pour éviter que mon rire soit entendu par mes parents qui dormaient toujours la fenêtre ouverte. Il était 11h30 et toutes les lumières étaient fermées dans la maison à l'exception de celle qui éclairait le portique.

Après avoir repris le contrôle de la situation, je la saluai une dernière fois, m'extirpai de sa voiture, jetai un bref regard sur celle-ci tandis qu'elle quittait notre entrée, puis pénétrai chez mes parents.

« C'est pas vrai! Paniquais-je, cachée derrière la porte de mon bureau, une seconde avant de rabattre le sombre et poussiéreux rideau qui couvrait l'unique vitre que chaque bureau possède et que Louis préfère qu'on garde ouvert en tout temps. Qu'est-ce qui lui a pris de me faire livrer des fleurs au bureau? » Ne cessais-je de me demander, toujours et encore en état de choc à cause de la scène qui s'était produite dans le hall d'entrée du bureau.

« Aurais-je laissé échapper quelque chose hier devant William qu'il eut pu prendre comme une invitation à s'annoncer officiellement comme mon petit ami, voire mon amant? » M'inquiétais-je en repassant en accéléré ces moments de pur bonheur que Sam et moi avions passé en sa compagnie hier après midi à notre retour de Sutton.

Non seulement Samuel avait passé de longues minutes dans la piscine, mais il avait même fait une sieste suffisamment longue pour nous permettre de nous perdre à nouveau dans les bras l'un de l'autre. Me laissant ainsi toute la latitude pour… « Oh non! Comment ai-je pu faire ça, moi? » Songeais-je en me décomposant.

Il faut dire que les gestes initiés par William pendant que nous pataugions tous les trois dans la piscine, avaient orienté mes pensées dans une direction que je n'aurais jamais osé prendre autrement. Il faut dire que le simple fait d'effleurer le corps de William dans l'eau m'avait rendue toute chose, me permettant – dans mes pensées uniquement évidemment - de lui donner autant de plaisir que j'avais pu en prendre lors de mon dernier séjour chez lui.

Puis, il m'avait fallu prendre mon mal en patience avant de passer à l'attaque. Attendre que nous eûmes tous pris une douche pour nous débarrasser de l'excès de sel (William utilisait un système de purification de l'eau par le sel au lieu d'un mélange chlorique), que nous eussions avalé une légère collation (préparée par sa cuisinière que je rencontrais pour la première fois) puis que Samuel se soit finalement endormi, cinq minutes à peine après le début du film d'animation « James et la pêche géante » que j'avais pris soin d'apporter avec moi.

Alors là… enfin… sans dire un mot, pendant que je couvrais Sam de sa couverture préférée, William s'était rendu dans son bureau et en était revenu avec deux appareils de surveillance qu'on appelait capteurs de sons. Dès qu'il en eut placé un sur la table basse qui se trouvait devant la télé puis gardé l'autre dans ses mains, je l'attrapai par le bras puis l'entrainai à ma suite, les paupières rendues aussi sombres que les siennes.

Les joues rendues rouge d'indignation et de colère, au bord des larmes, toujours cachée derrière la porte de mon étroit bureau, même si personne ne pouvait me voir à cause du rideau qui couvrait maintenant la vitre – je sentais se mélanger en moi la gêne que j'éprouvais tout de même en repensant aux limites que j'avais encore une fois repoussées avec William en lui offrant une fellation (chose que je m'étais toujours refusé de faire auparavant) puis la vive contrariété de savoir que conséquemment, il m'imposait de ramasser les dégâts qu'il avait causés sur mon lieu de travail à cause de cette initiative qu'il avait prise et qui m'était arrivée sous la forme d'une belle douzaine de fleurs.

« Des roses rouge en plus! » M'exclamais-je à voix haute, pausant aussitôt ma main droite sur ma bouche pour m'assurer qu'aucun mot ne franchirait plus mes lèvres.

Pas étonnant que Rosa et Astrid se fussent emparées du bouquet lorsque le fleuriste était arrivé, puis qu'elles eussent décacheté l'enveloppe sur laquelle aucun nom n'était inscrit, avant même que le commis ne leur apprenne le nom du destinataire.

J'entendais encore la voix accusatrice de mon patron qui m'avait lancé : il t'a offert un emploi c'est ça? Tu me quittes pour aller travailler chez lui, au moment même où j'entrais à mon tour et les découvrais tous les trois en train de spéculer.

-Je l'savais, s'était même exclamée Rosa, je l'savais qu'il s'est passé quelque chose entre vous deux!

-Tu as couché avec William Darcy? S'était exclamé Louis et Astrid en même temps, l'une sur un ton admiratif et l'autre extrêmement réprobateur.

Encore à l'instant je les entendais deviser à voix basse et me félicitais de les avoir quittés sans dire un mot, sans ajouter foi à leur allégation.

-Tu sais William, la prochaine fois que j'irai voir ma mère… j'aimerais bien que tu nous accompagnes… m'étais-je même laisser allée à lui proposer au moment où il était venu nous déposer chez nous, 30 minutes avant l'heure du dodo de Samuel.

-Tu es sérieuse? M'avait-il contemplé amoureusement avant de me rendre ma main sur laquelle ses lèvres s'étaient attardées.

-Totalement, avais-je de surcroît insisté.

-Quant allons-nous nous revoir? M'avait-il alors demandé. Nonobstant le fait que je cherche encore à comprendre comment j'ai pu parvenir à esquiver la question, je mettrais ma main à couper que c'est en partie pour se conformer à notre première règle de fonctionnement que William a profité de mon hésitation pour faire ses adieux à Samuel, étirant ceux-ci suffisamment longtemps pour me laisser l'occasion de changer de sujet.

Aurait-il insisté d'ailleurs que j'aurais nécessairement cédé. Dire que je me faisais même une joie de l'appeler ce soir pour prendre rendez-vous avec lui. Tant par reconnaissance que parce que j'éprouvais une réelle envie de le voir. Mais il avait fallu qu'il jette un bouquet entre nous.

Chassant d'un geste brusque les larmes que je sentais monter, je ramassai mon téléphone et signalai le numéro personnel de celui que je jugeais responsable de mon état, de ce drame qui se déroulait présentement en moi et dans mon bureau.

-William Darcy, entendis-je sa voix joyeuse me répondre.

-Qu'est-ce qui t'as pris de m'envoyer des fleurs ici? L'agressais-je aussitôt.

Un long silence régna entre nous deux.

-J'en conclus que tu n'as pas apprécié…

-Moi non…. et mes collègues beaucoup trop! Lui expliquais-je.

-Je suis désolé… mon intention n'était pas de te mettre dans l'embarras…

-C'était quoi alors hein? C'était quoi ton intention? Insistais-je avant de pousser un profond soupir puis affirmer froidement, ma vie était simple avant que tu viennes tout chambouler William…

-….

-Et puis… j'aime pas… j'aime pas les complications…

-Est-ce à dire que sortir avec moi en est une… une complication? C'est ça que tu essaies de me dire? S'enquit-il, toujours aussi calme.

-Oui, surtout si ça fait de moi la petite amie du célibataire le plus connu de Montréal, m'enflammais-je.

-Que dirais-tu d'être sa femme alors? Rétorqua-t-il sans hésitation.

La surprise me fit échapper le récepteur par terre. Une seconde plus tard, je fus gagnée par un fou rire incontrôlable.

-Tu sais quoi William? Repris-je finalement la parole, pas encore totalement remise de mes émotions, mais estimant tout de même qu'il avait assez attendu, je ne doute pas une seconde que tes intentions sont excellentes… mais saches que tes fleurs tout comme ta demande en mariage, ne sont pas plus appréciées qu'acceptées À vrai dire… pour moi, présentement, elles ne représentent que ton empressement…

-Je voulais seulement te faire savoir à quel point j'avais apprécié la journée d'hier…

-Un simple coup de téléphone aurait suffi!

Je raccrochai, consciente d'être très impolie, mais je ne voyais pas comment mettre fin à cette conversation sans me mettre à pleurer.

À suivre…

Défoulez-vous... je suis là pour ça... soyez indulgentes quand même... surtout si vous voulez la suite...

Miriamme