En raison des célébrations du nouvel an et d'une rencontre exceptionnelle orchestrée par mes proches, j'ai dû tarder avant de vous offrir le chapitre suivant. Puissiez-vous ne pas m'en tenir rigueur en commentant moins... Merci à toutes celles qui le font régulièrement. J'adore vous lire. Un merci tout spécial à Calazzi et Mimija (Madame Cadeau et une bonne fée).
Septième partie
Aussitôt après avoir raccroché, la culpabilité répandit son sombre poison dans mon esprit me forçant à reconsidérer ma réaction en tenant compte de la perspective de William Darcy, un peu comme Charlotte m'aurait suggéré de le faire si elle avait été ici.
«Je ne lui en fait pas le reproche évidemment, car n'est-ce pas ainsi qu'une amie se doit d'être? Ne pas nécessairement approuver tout ce qu'on dit ou fait, mais nous dire ce qu'elle en pense réellement et sans se soucier que ce soit agréable à entendre ou pas? »
La première idée qui émergea à la suite de cet exercice, fut que William Darcy n'était pas responsable de la réserve que j'affichais au bureau. Ce n'était pas lui qui avait décidé de ne pas mêler vie privée de professionnelle au point où mes collègues ignoraient l'existence de Samuel.
« Il n'a pas respecté notre entente.. » opinais-je ensuite avant de relâcher le rideau d'un geste rageur, jeter un œil sur le corridor qui était désormais complètement vide, puis retourner vers mon bureau où des colonnes et des colonnes de chiffres m'attendaient.
Mon stylo resta suspendu dans les airs, bloqué par une pensée effrayante : allait-il m'en vouloir au point de couper les ponts avec moi? Comment allait-il composer avec mon insécurité? Allait-il prendre la poudre d'escampette et me planter là?
Quelques minutes avant l'heure du dîner, voulant à tout prix éviter l'interrogatoire serré que Rosa ne manquerait pas de me faire, je me grouillai pour arriver la première dans la salle du personnel afin d'aller ramasser mon lunch. « Une fois n'est pas coutume, songeais-je, je vais manger dans mon bureau».
Comme pour me narguer, disposées harmonieusement dans un vase appartenant à Astrid, le parfum épicé de mes roses embaumait l'espace restreint de la pièce. Détournant le regard pour éviter que mon œil ne me trahisse en se gavant du spectacle, j'ouvris la porte du frigo et repérai mon lunch.
-Je l'savais que tu viendrais avant tout le monde, me fit sursauter Rosa, me prenant la main dans le sac. T'es tellement prévisible quand tu es contrariée… Il faut qu'on parle, me défia-t-elle en me bloquant volontairement le passage.
-J'ai trop de travail, argumentais-je avant de soupirer puis lui offrir la vérité, je ne veux pas parler de William Darcy… je ne suis pas encore prête…
-Très bien…. Bredouilla-t-elle avant de se tasser et me rattraper par le bras pendant que je passais tout près d'elle, écoute Élisabeth, je veux juste que tu saches que je suis là… en tant qu'amie… et que tu peux m'appeler n'importe quand… dès que tu as besoin de moi.
-Merci Rosa, échappais-je dans un souffle, réellement surprise, mais refusant en même temps de me laisser submerger par l'émotion.
Un peu plus tard cet après-midi-là, ce fut au tour de Louis de venir me rendre visite dans mon bureau. Lorsque je compris à son discours tout sauf direct que tout ce dont il se souciait réellement, c'était de m'entendre lui redire que je n'avais pas l'intention de le quitter pour aller travailler pour William Darcy, je le rassurai du mieux que je le pus, puis m'empressai de terminer de mettre la comptabilité à jour.
-Maman? Crois-tu que William va nous appeler ce soir? S'informa Samuel comme nous sortions de table.
-Je lui ai parlé ce matin… il te fait dire bonjour, mais ne nous appellera pas ce soir mon loup. Il est trop occupé, mentis-je. Sam n'avait pas à être mêlé à nos querelles ou comme celle fois-ci, à cause de mon attitude envers son père. Il m'apparut tout à coup très important que ces deux-là puissent créer le plus tôt possible leur propre canal de communication. Qu'ils puissent discuter et même se voir de temps en temps, sans que je fusse nécessairement concernée.
Lorsque l'appartement redevint silencieux, je m'installai à l'ordinateur pour effectuer quelques recherches puis ouvris pour finir le fichier word que j'avais créé peu de temps après la naissance de Samuel et dans lequel je résumais les grandes lignes de mes journées. Un journal intime électronique dont le destinataire n'était pas moi-même, mais ma sœur Jane.
Au moment où je réalisais que je venais de taper le nom de William pour la quatrième fois, trois petits coups frappés sur ma porte d'entrée me firent sursauter.
Pendant que je me demandais qui pouvait bien venir me voir à 21h15 alors que je n'attendais aucune visite, je sauvegardai mon fichier, le fermai, me rendis jusqu'à la porte puis penchai lentement mon corps vers l'œil magique afin de connaître l'identité de mon visiteur tardif avant même de décider si j'allais lui ouvrir ou non.
-William, mais qu'est-ce que tu fais ici, l'interpellais-je en arrivant sur le palier, après avoir presqu'entièrement refermé la porte derrière moi.
-Je suis désolé d'arriver chez toi sans m'annoncer… Commença-t-il, je tenais à m'excuser en personne et j'ai préféré attendre que Samuel soit au lit avant de venir…
-Oh… Ce n'était pas nécessaire, bredouillais-je en ravalant ma salive.
-Tu ne me laisses pas entrer, releva-t-il, les deux mains dans les poches.
-Il est tard, lâchais-je, sur la défensive, considérant que je n'avais pas davantage le goût de me justifier que lui le droit de me le demander.
-Très bien… je comprends… je ne te dérange pas plus longtemps… Bonne nuit Élisabeth, me salua-t-il après s'être approché suffisamment de moi pour poser ses lèvres sur ma joue, presser affectueusement ma main puis se détourner.
Comme il atteignait la dernière marche de l'escalier, miss culpabilité, la sœur de cette autre émotion qui s'était développée en moi un plus tôt dans la journée m'ordonna de le rappeler. Je m'entendis alors lui suggérer d'entrer pour prendre un digestif et lui offris même mes lèvres lorsqu'il remonta vers moi pour passer la porte, aussi heureux qu'un enfant à qui on vient d'accorder la permission de veiller tard.
Deux minutes plus tard, je prenais place en face de lui et me mis à l'observer attentivement tandis qu'il fixait le verre de cognac que je lui avais préparé et qu'il s'était empressé de commencer à réchauffer entre ses paumes. Levant finalement la tête vers moi, il me contempla d'un air penaud puis se lança, je … je n'ai jamais réellement fait la cour à une femme avant toi… j'ai toujours été celui qu'on poursuivait… je me suis montré très maladroit… j'espère que tu sauras me pardonner…
-Tu aimais ça toi, recevoir des fleurs au bureau? M'enquis-je en faisant tout pour garder mon sérieux.
-Non, admit-il aussitôt, mais puisque toutes mes amantes m'avaient déjà fait le coup à un moment où à un autre… j'ai présumé que toutes les femmes aimaient ça… sans compter que ce n'est pas le premier bouquet que je t'offre, releva-t-il comme s'il venait tout juste de s'en souvenir et que ça l'étonnait réellement.
-Oui, mais la première fois… je te rappelle que tu étais invité chez moi. C'est donc en tant qu'hôtesse que j'ai accepté tes fleurs… cette fois-ci, ce n'est pas tant les fleurs qui m'ont dérangée… c'est le fait que tu me les envois au bureau… Le voyant hausser les sourcils, je clarifiai, Louis… mon patron, me repris-je en le voyant froncer les sourcils, est devenu complètement parano… Il est désormais convaincu que je vais le quitter pour aller travailler pour toi.
-J'aimerais bien que tu viennes travailler pour moi, admit mon compagnon avant de se reprendre, ce serait plus commode pour nous deux, plaida-t-il.
-Et bien tu vois, je suis en désaccord.
-Tu ne peux pourtant pas nier que chez nous tu aurais un meilleur salaire et de bien meilleures conditions de travail, insista-t-il.
-Et je passerais pour celle qui a obtenu son poste après avoir couché avec le patron! Rétorquais-je en me renfrognant.
-Il n'y a que toi pour voir les choses comme ça, affirma-t-il alors.
-Non… il n'y a que toi qui ne verrait pas les choses comme ça, m'opposais-je avant de lever le bras pour lui faire signe de se taire, écoute William, soupirais-je en me redressant, voici ce que je te propose… après avoir fini ton verre, tu vas rentrer chez toi… et… demain… à partir de demain, puisque de ton propre chef tu admets ne pas savoir comment t'y prendre avec moi… tu vas te laisser guider par moi…
-Tu veux que je te laisse faire les premiers pas?
-C'est ça oui… d'ailleurs c'est exactement sur ça qu'on s'était entendus, non? Relevais-je.
-Oui, admit-il. Pas de boîtes de chocolat non plus?
-Non… plus aucune improvisation de ta part… tu me laisses mener le jeu, de bonne foi, précisais-je sans le quitter des yeux.
-Tu vas te manifester assez rapidement quand même?
-Lorsque je serai prête… lâchais-je après quelques précieuses secondes.
Nous discutâmes ensuite de Samuel et de la nécessité que celui-ci puisse l'appeler et même le voir en dehors de moi.
-Je ne veux pas que vos échanges passent constamment par moi. Tu auras bien sûr besoin de mon consentement pour le voir seul, surtout s'il s'agit d'un soir de semaine, mais je peux déjà t'assurer que toute demande raisonnable concernant Samuel sera nécessairement acceptée, le rassurais-je finalement.
-Aucun problème. Donne-lui mon numéro personnel. Dis-lui qu'il peut m'appeler quand il le veut. Si je ne réponds pas, il n'aura qu'à me laisser un message.
Dix minutes plus tard, William était reparti. On s'était évidemment embrassés sur le porche avec fougue et passion comme deux adolescents, il m'avait également serrée fermement contre lui afin de me faire sentir à quel point il me désirait, puis m'avait fait éclater de rire en m'apprenant qu'il n'aurait pas le choix de se soulager en arrivant chez lui, à cause de la douleur qui le tenaillait.
Cet aveux offert sans arrières pensées colora tout d'abord mes joues puis me poussa à l'égratigner davantage en lui offrant un baiser qui valait tous les préliminaires du monde. S'arrachant à mon étreinte en gémissant, William avait alors dévalé les marches au pas de course et m'avait négligemment envoyé la main pressé qu'il était de rentrer chez lui pour s'occuper du problème.
J'en riais encore une fois allongée dans mon lit jusqu'à ce que les minutes qui s'étaient déjà égrenées autour de moi me fissent comprendre que j'aurais autant de mal que William à m'endormir. Pour reprendre les propos de Samuel que je jugeais tellement appropriés dans les circonstances, j'avais manqué le dernier train du sommeil. Et à cette heure avancée de la nuit, il n'y avait plus de chef de gare.
Deux jours plus tard, je n'avais pas encore rappelé William. Je savais qu'il en souffrirait bien sûr, mais j'avais au moins autant besoin de le voir que de savoir si je pouvais me fier à sa parole. De son côté, Samuel s'était entretenu avec lui au moins une fois, mais puisqu'il ne m'avait donné aucun détail, je ne savais pas si leur conversation avait été satisfaisante pour lui. Au bureau également tout était rentré dans l'ordre. Il ne fut heureusement plus question de William Darcy. Je pus enfin me détendre en ayant presque l'impression que tout était sous mon contrôle.
Jeudi matin, alors que je consultais ma boîte de courriels afin de vérifier si j'avais reçu le document qui me confirmait les taux d'intérêt actuels de la banque où était déposé le salaire des employés, je remarquai que j'avais également reçu une notification d'un compte google que j'avais créé il y a quelques jours. En cliquant sur le lien qui était joint au message, j'arrivai directement sur le journal électronique de la WD Finances et plus précisément sur un article où le nom de William Darcy était mentionné à trois reprises.
-Wow! M'exclamais-je, réellement impressionnée et heureuse de constater que le service auquel je m'étais abonnée au moment où j'avais effectué des recherches sur William Darcy et Anne Debourg et qui devait me donner la possibilité de recevoir une notification chaque fois que quelque chose serait publié sur lui, fonctionnait réellement.
Jetant un œil sur les photos qui accompagnait le compte rendu d'une campagne de financement qui avait eu lieu la veille, je constatai que William était en compagnie de la même jeune femme sur au moins deux photos. Elle apparaissait à son bras sur la première et alors qu'elle dansait avec lui sur la seconde. L'article était titré comme suit : Darcy aurait-il enfin succombé au charme de notre mannequin préféré?
-Voilà pourquoi son visage me disait quelque chose, compris-je en reconnaissant le nouveau visage de Chanel.
J'avais beau savoir que William était un homme d'affaire connu et que chacune de ses apparitions publiques étaient nécessairement couvertes par les médias, je ne pus passer à autre chose et m'empressai de parcourir les cinq paragraphes qui étaient consacrés à l'événement dans l'espoir de trouver un élément déterminant qui pourrait me convaincre qu'il s'agissait d'une fausse nouvelle.
Après tout, n'avait-il pas mentionné lui-même que le web regorgeait d'articles mensonger le concernant.
-Au moins, il ne s'agit pas de Anne Debourg, ironisais-je après avoir refermé mon portable et désormais décidée à aborder directement le sujet avec lui aussitôt que j'en aurais l'occasion. Ce soir si possible.
J'attendis toutefois d'être rentrée chez moi avant d'essayer de joindre William, mais tombai malheureusement sur sa boîte vocale. Après une légère hésitation, je lui laissai un message, lui demandant de me rappeler à son retour, en autant bien sûr qu'il ne rentrait pas trop tard puis retournai m'asseoir avec Sam afin de l'aider à terminer ses devoirs.
-Excuse-moi Élisabeth, je sais que je te rappelle un peu tard… mais je viens de rentrer, me fit-il sursauter en me rappelant autour de 22h00 alors que j'avais même l'impression d'avoir cessé d'y penser.
-J'étais au lit, mais je ne dormais pas encore, lui appris-je avant de m'enquérir, grosse journée?
-Plutôt oui… je sors d'une réunion d'actionnaires… toujours aussi pénible… sans compter que je me suis couché tard hier également à cause d'une soirée bénéfice…
-Oui… je sais… je t'ai vu au bras de cette superbe femme, l'agaçais-je en essayant de conserver un ton léger.
-Ah oui, la photo, commenta-t-il avant de laisser échapper un petit rire.
-Oui… les deux photos, le narguais-je, le moins que l'on puisse dire c'est qu'elle est très belle!
-Serais-tu jalouse? Osa-t-il me demander.
-Non, ripostais-je avant de l'agacer à mon tour, je sais que les femmes te trouvent toutes irrésistibles…
-Même toi? Rattrapa-t-il.
-Je ne fais pas exception à la règle… mais contrairement à toutes ces autres femmes, je n'ai pas l'intention de me jeter à ta tête…
-Je sais… et c'est bien dommage, soupira-t-il avant de reprendre son sérieux, alors, si tu m'expliquais la raison de ton appel?
-Oui… bien entendu… je voulais tout d'abord savoir si tu voulais venir manger avec nous demain soir?
-Avec plaisir, me ravit-il.
-Peux-tu être là pour 18h00?
-Ça me convient parfaitement… j'apporte le vin et le dessert?
-Bonne idée…
Nos réponses étaient un peu espacées, courtes et prononcées uniquement du bout des lèvres. Un peu comme si aucun de nous ne voulait être le premier à laisser transparaître son empressement.
-As-tu déjà pensé à ce que tu voudrais faire en fin de semaine? Me brusqua-t-il ensuite.
Heureusement que William ne pouvait pas me voir, car sa question avait amené une vive rougeur sur mes joues et un vilain rictus sur mes lèvres.
-Oui et non, lâchais-je une seconde plus tard, mais on en reparlera demain soir si tu veux bien, l'avertis-je.
-Très bien… on en reparlera demain alors, bonne nuit Élisabeth.
-Bonne nuit à toi aussi.
«C'est vrai, me souvins-je tout à coup, une fois au lit, William avait effectivement mentionné qu'il se donnait le droit de continuer à me faire des propositions… et que j'aurais toujours le loisir de les accepter ou de les refuser ».
Ma seule préoccupation pendant que j'essayais de m'endormir fut d'imaginer le nombre de fois qu'il serait possible de refuser ses invitations avant qu'il se lasse. Cette procédure – proposée par lui au moment où nous avions conclu notre première entente – avait comme principal défaut ou limite majeure – de me donner le mauvais rôle. Je sombrai dans le sommeil, uniquement après que j'eus enfin reconnu puis accepté que la dernière chose au monde que je voulais, c'était de le décevoir justement.
La journée du lendemain passa beaucoup trop lentement à mon goût. Louis était exceptionnellement absent à cause d'un rendez-vous à l'extérieur et Rosa me laissa tranquille non seulement au bureau mais également durant notre dîner hebdomadaire. Dans le cas de Rosa plus précisément, je n'étais pas sans ignorer qu'il suffirait de presque rien pour qu'elle revienne à la charge et se transforme en monstrueuse inquisitrice. Tout ça pour mon bien évidemment.
Après avoir survécu à un dîner complet en sa compagnie et aux deux heures de travail qui me furent nécessaire pour fermer les livres de compte, je quittai le bureau bien plus tôt qu'à mon habitude. Pour un vendredi en tout cas. Avant de passer ramasser Samuel au service de garde, je fis un arrêt obligé au marché d'alimentation afin d'acheter ce dont j'avais besoin pour préparer le second plat préféré de ce petit garçon en pleine poussée de croissance. Une recette qui avait toutes les chances de plaire à William également : des morceaux de poulets sautés dans un Wok, couchés sur un lit de nouilles aux œufs et couverts d'une sauce maison.
En pénétrant dans l'appartement, je n'eus pas à argumenter très longtemps pour convaincre Sam de prendre son bain avant le souper. Dès que je lui fis prendre conscience que les précieuses minutes qu'il gagnerait ainsi pourraient être consacrées à son père, il fila dans la salle de bain et commença son rituel de nettoyage.
-William a bien hâte que tu lui donnes un autre cours d'échecs, mentionnais-je à Samuel tout en lui faisant signe de se lever.
-Je sais… il me l'a déjà dit… grimaça-t-il avant de hausser ses deux bras haut dans les airs afin que je puisse commencer à l'essuyer… il n'est pas doué…
-Tu pourrais être surpris Sam… la dernière fois William était trop nerveux à l'idée de te rencontrer pour porter attention à ce que tu lui disais, lui expliquais-je avant de l'entraîner vers le mur où j'avais pris l'habitude de le mesurer chaque vendredi, tu veux bien lui donner une autre chance? Repris-je avant de marquer d'un trait noir le nouvel endroit où arrivait sa tête.
-Ok, lâcha-t-il, pressé de vérifier s'il avait grandi.
Une seconde avant que son œil ne se pose sur l'affichette où j'avais indiqué sa taille, je fis descendre mon doigt deux pouces plus bas et eut beaucoup de mal à garder mon sérieux lorsque je le vis froncer les sourcils puis accuser le coup en écarquillant les yeux et en ouvrant la bouche toute grande.
-J'ai quand même pas rapetissé? Bégaya-t-il en se renfrognant. MAMAN, protesta-t-il une seconde plus tard, le doigt posé sur la ligne que j'avais ajoutée tout en haut et qui correspondait effectivement à sa taille actuelle.
Pendant que Samuel se remettait de ma petite taquinerie et était allé mettre son pyjama dans sa chambre, je regagnai la cuisine pour vérifier la cuisson de mes morceaux de poulet. Rassurée, je refermais le feu sous le wok lorsque la sonnette de l'entrée retentit.
Jetant un œil sur ma montre par réflexe, je vérifiai la concordance de celle-ci avec l'heure qui était affichée sur le cadran du poêle puis fronçai les sourcils en réalisant que ces deux instruments me confirmaient que mon invité était en avance.
-Salut Élisabeth, m'accueillit un visage souriant qui n'appartenait pas à celui que j'attendais.
-Simon, m'exclamais-je joyeusement en lui passant les bras autour du cou pour le serrer contre moi, mais qu'est-ce que tu fais ici?
-J'arrive tout juste de Boston, m'expliqua mon ex-petit ami en se reculant pour m'examiner attentivement, je suis arrivé hier soir en fait… et je me suis dit que je passerais te saluer… où est Sam? Enchaîna-t-il aussitôt.
-En train de s'habiller dans sa chambre…
-Hum… ça sent bon, rétorqua-t-il en pénétrant dans la pièce. Oh, tu fais notre recette de poulet…
-Oui… j'ai un invité ce soir, lui confiais-je en rougissant, je pensais d'ailleurs que c'était lui qui arrivait quand tu as sonné.
-Un rendez-vous galant? Me contempla-t-il les yeux ronds comme des soucoupes.
-Presque… enfin… oui, je crois qu'on peut dire ça, cédais-je enfin.
-Wow, il était temps… je ne resterai pas alors…
-William n'arrivera pas avant 18h00… alors attend un peu… va donc surprendre Samuel dans sa chambre… il sera tellement content de te voir.
-Très bien… mais en revenant d'être allé le saluer…. Il faut que tu me parles de cet homme mystérieux que tu attends…
Deux minutes à peine après que Simon eut déserté à pièce pour aller rejoindre Samuel dans sa chambre, la sonnerie de la porte d'entrée se fit de nouveau entendre. Plus ou moins embêtée à cause de la présence de Simon, j'ouvris à mon invité, le contemplai tandis qu'il pénétrait dans mon appartement, devinai qu'il me faisait un commentaire sur la bonne odeur, l'aidai à se débarrasser de son manteau et des présents qu'il nous apportait avant de l'attraper par le col de sa chemise pour sauter sur ses lèvres. J'avais envie de cet homme. Enfin, mon corps avait sa propre volonté, communiquait avec le sien sans que j'aie mon mot à dire. J'étais une marionnette entre ses mains. Mon cerveau cessait de transmettre mes ordres à mes membres. Une mutinerie s'organisait à l'intérieur de moi.
Le rire de Samuel dût s'associer aux raclements de gorge de Simon pour qu'on s'écarte l'un de l'autre, aussi honteux que des gamins pris en faute.
Se remettant le premier, William enregistra la présence de Simon, serra la mâchoire, mais se reprit aussitôt pour cueillir Samuel qui avait pris son élan et entrepris de l'escalader.
-Je vais maintenant te laisser avec ton invité, intervint Simon à qui l'animosité de William n'avait pas échappé.
-Darcy, je me nomme William Darcy… Rétorqua William en tendant finalement la main à Simon.
-William Darcy, oui… Je vous connais de vue… Je me nomme Simon Labrie… je suis un vieil ami d'Élisabeth et de Samuel, bredouilla Simon en même temps qu'il échangeait une poignée de main avec William.
-Enchanté… vous êtes certain que vous ne voulez pas rester manger avec nous ? M'étonna William.
-Oh, oui Simon, reste, reste s'il te plait, s'excita Samuel en descendant des bras de son père.
-Je ne peux pas, non. Désolé… Je n'ai pas encore fini de défaire mes bagages…
-Simon revient de Boston… où il y a passé les six derniers mois, expliquais-je à William.
-Boston… une bien belle ville en tout cas, commenta ce dernier juste avant de passer un bras possessif autour de ma taille.
-Oui, une belle ville effectivement… reprit Simon, les yeux rivés sur moi avant de reprendre, mais je dois admettre que certains de mes amis me manquaient trop. Bon alors… il y est temps que j'y aille… bonne soirée Élisabeth… au revoir monsieur Darcy, le salua-t-il respectueusement, ne se sentant apparemment pas assez à l'aise pour lui tendre la main à nouveau. Tu m'appelles dès que tu es libre Élisabeth ? On cassera la croûte…?
Aussitôt que Simon eut quitté l'appartement, l'humeur joyeuse de Samuel m'offrit une distraction plus que bienvenue depuis qu'entre William et moi régnait une tension d'une nature bien moins agréable que celle de toute à l'heure, dans laquelle j'aurais tout bonnement accepté de me perdre. Ramassant des mains de William la bouteille de vin qu'il me tendait de même qu'une petite boîte de carton contenant des pâtisseries qu'il m'affirmait avoir ramassées en chemin, je lui offris un petit rire pas tout à fait convainquant jusqu'à ce que Samuel l'entraîne avec lui. Je les suivis les yeux tandis qu'ils pénétraient dans le salon, j'entendis Sam lui proposer un nouveau cours d'échecs puis me dirigeai à nouveau vers la cuisine pour m'occuper de la cuisson des pâtes et ouvrir la bouteille de vin que William nous avait apporté.
20 minutes plus tard, au moment de servir les plats, ils étaient tous les deux si absorbés par leur partie que je dus m'y prendre par deux fois avant de réussir à attirer leur attention. Pénétrant dans la cuisine le premier, Samuel sur les talons, William se laissa guider et ravala la boule qui lui montait de la gorge lorsqu'il constata que son fils lui réservait la place qu'il y avait entre nous deux.
-Alors, cet homme, ce Simon, il travaille dans quoi ? Me demanda William au moment où son nom fut de nouveau évoqué par Sam.
-C'est un éducateur… Samuel était sous sa responsabilité de deux à cinq ans, lui expliquais-je en finissant mon assiette.
-Il est génial… Il est venu rester avec nous pendant quelques temps, relata innocemment Samuel, sans savoir qu'il jetait de l'huile sur le feu.
-Ah !
Pendant que Samuel reprenait la parole pour expliquer à sa façon qui était Simon à son père, je ne pus m'empêcher d'en profiter pour observer attentivement le profil de William. Je ne le connaissais pas assez pour mesurer adéquatement son taux de contrariété à partir des traits de son visage, mais n'importe qui je crois aurait pu deviner qu'il était tendu. Il n'avait pas apprécié trouver un autre homme chez moi à son arrivée et ne semblait pas en mesure de penser à autre chose.
Pour ma part, je ne demandais pas mieux que d'avoir l'occasion de m'expliquer avec lui, car s'il était un type d'amoureux dont je ne voulais pas dans ma vie, c'était d'un homme au tempérament jaloux et possessif.
-Élisabeth, cette recette, c'est vraiment quelque chose, me confia William tout en sortant de table pour aller rincer son assiette et la mettre dans le lave-vaisselle.
-C'est la recette de Simon, lui apprit Samuel toujours aussi innocemment.
Un lourd silence nous enveloppa pendant quelques secondes.
-Je peux aller regarder la télé maman ? William ? Nous demanda finalement Samuel.
-Oui… mais seulement après nous avoir aidés à débarrasser la table…
Dès qu'il eut terminé de retirer son couvert, Samuel nous quitta pour aller s'installer devant la télévision, tout heureux d'attraper le début de son dessin animé préféré. Pour ma part, je continuai à m'activer, passai les gants à vaisselle puis plongeai l'une de mes mains dans l'eau chaude pour commencer à laver les deux chaudrons que j'avais utilisés. Une seconde plus tard, je sentis les deux bras de William m'envelopper tandis qu'il se collait dans mon dos et accotait sa tête au-dessus de la mienne.
-J'imagine qu'il me faudra accepter de composer avec ça aussi, commenta-t-il après avoir exhalé un profond soupir.
-Avec quoi au juste ? Osais-je m'enquérir, alors que je savais fort bien à quoi ou plutôt à qui il faisait allusion.
-Avec tous ces hommes qui te tournent autour…
-Personnellement… je n'en ai vu qu'un ces jours-ci et il se nomme William Darcy, mentionnais-je d'un ton moqueur.
-Combien de temps avez-vous été amants Simon et toi ? Trouva-t-il enfin le courage de me questionner.
-Pas plus d'un an et demi… et ça fait déjà trois ans…
-Je comprends mieux pourquoi tu avais à ce point besoin de savoir qui était ces femmes dont ton amie t'avait parlées. Ne pas savoir à quoi s'en tenir, c'est vraiment désagréable, se déplaça-t-il pour ramasser le chaudron que je venais de placer sur le séchoir et commencer à l'essuyer, jamais j'aurais pensé être jaloux, moi.
-Si ça peut contribuer à vous rassurer monsieur Darcy, l'agaçais-je, sachez que l'homme qui était ici tantôt m'a quittée pour un autre homme… il est sorti du placard une bonne fois pour toute.
-Hein ? C'est possible ça ? Déglutit-il en lâchant sa serviette après avoir essuyé le dernier des deux chaudrons.
-Faut croire que oui…
-J'aurai jamais cru ça…
-C'est pourtant ce qui nous est arrivés.
-Est-il en couple présentement ?
-Non… il a eu un petit ami pendant quelques mois… mais ça n'a pas marché, d'où son retour de Boston.
-Je vois…
-J'avais raison tu sais…
-À propos de quoi ?
-On s'connait vraiment pas toi et moi… me moquais-je affectueusement.
Lâchant un petit rire de dépit, William tendit la main vers moi et m'attira tout contre lui.
Après quelques baisers, il me confia tout penaud, j'aime pas ça savoir qu'il reste tout près de toi… qu'il vit tout à côté…
-Qu'il possède une clé de chez moi, ajoutais-je ensuite, nullement étonnée de le sentir se raidir la seconde d'après, puis déglutir.
-Il a sa propre clé ?
-Je lui en ai confié une pour des raisons de sécurité…
-Je n'aime pas ça… je n'aime pas ça du tout, affirma-t-il en s'éloignant assez de moi pour se mettre à marcher de long en large en se passant nerveusement la main dans les cheveux.
-William… l'arrêtais-je en me plaçant directement devant lui. Je t'assure qu'à la seconde où Simon saura qu'on est ensemble toi et moi, il viendra de lui-même me porter sa clé.
Deux idées distinctes se disputaient en lui, la première était aussi agréable que la seconde l'effrayait. Dans les deux cas toutefois, un frémissement l'avait traversé. La clé qui était toujours chez Simon le troublait au moins autant que le fait de m'avoir entendue admettre qu'on était ensemble.
Voulant effacer l'air malheureux qu'il affichait malgré tout, je m'approchai doucement de lui, embrassai le bout du nez et ajoutai : allez viens maintenant. Il est temps qu'on aille tenir compagnie à Samuel. On reparlera de tout ça quand il sera au lit.
En arrivant dans le salon, quelle ne fut pas notre surprise de trouver Samuel déjà profondément endormi devant le poste de télévision. Après avoir laissé échapper un petit rire, je m'approchai de lui pour le ramasser, commençai à le soulever délicatement, jusqu'à ce qu'il ouvre les yeux et ait un petit mouvement de recul en me reconnaissant.
-Allez viens mon petit bonhomme… je t'emmène dans ton lit, affirmais-je avant de me pencher pour le ramasser complètement.
-Non, protesta-t-il alors me faisant presque tomber sur le divan, j'veux qu'ce soit papa qui m'emmène dans ma chambre, gémit-il, inconscient du choc qu'il causait aux deux personnes qui se trouvaient dans la pièce avec lui. L'une qui avait l'impression d'avoir perdu toute valeur à ses yeux et l'autre qui n'en revenait pas d'être passé d'un partenaire d'échecs exécrable à « père » en une seule soirée.
Je ne saurais dire comment j'y arrivai, mais toujours est-il que je réussis à attendre qu'ils aient tous les deux disparus avant de m'écraser sur le divan et pleurer à chaudes larmes.
Ma vie avec Samuel était pleine et parfaitement équilibrée avant que cet homme ne nous tombe dessus. Non content de me bousculer en tentant de gagner mon cœur, ce qu'il n'était pas loin d'avoir réussi, il avait corrompu celui pour qui j'avais toujours été la seule référence, le seul pilier depuis le jour de sa naissance jusqu'à aujourd'hui.
Et là, tout de suite, je ne voyais pas comment j'allais faire pour arriver à surmonter cet écueil. En fait, je doutais même que ce fut possible.
… à suivre…
Et vous mesdames... croyez-vous que ce soit possible?
J'ai hâte de vous lire... Miriamme.
