Comme cette histoire n'est pas encore terminée, je ne sais pas encore combien de chapitres seront ajoutés. Par contre, je sais que ce chapitre ne devrait pas vous laisser indifférentes. Bonne lecture. Miriamme

Dixième partie

Tout était silencieux autour de moi au moment où j'émergeai des limbes. Puis, tout doucement, vraiment très lentement, mes sens s'éveillèrent, s'additionnant les uns aux autres, me permettant de saisir que contrairement à ce que j'avais tout d'abord évalué, je n'étais pas seule dans la pièce. En effet, je distinguais maintenant très nettement, le mélange de deux voix qui chuchotaient. Celle de William certainement, mais une autre également, une voix certainement féminine que j'associai de préférence à Jane.

-Son patron, à qui je viens tout juste de parler, m'a confirmé ce que votre système informatique vous a déjà permis de découvrir, c'est-à-dire que votre sœur a eu un malaise presque semblable un peu plus tôt dans la journée, évoquait William d'une voix légèrement étouffée, mais tout de même audible.

-Sans compter que dans le rapport des ambulanciers que je viens d'imprimer, c'est écrit noir sur blanc qu'elle a signé une décharge pour ne pas avoir à se rendre à l'hôpital, déplora ensuite la douce voix de Jane. « Ma Jane ».

-Sam…, M'inquiétais-je alors, n'ayant qu'une vague idée du temps qui s'était écoulé depuis que j'étais tombée dans les pommes et désirant savoir quelles dispositions avaient été prises pour celui-ci.

-Élisabeth… te revoilà, s'exclama William en arrivant près de moi et en s'emparant de ma main droite. Tu m'as fait tellement peur… affirma-t-il ensuite.

-Où est Sam ? Insistais-je.

-Chez moi… en compagnie de Charles, m'apprit-il sans me quitter des yeux. Ne t'en fais pas pour lui… on a tout prévu… Charles a fait un saut à ton appartement, a ramassé tout ce dont il pourrait avoir besoin pour ce soir et même pour demain, résuma-t-il tout en dégageant mes cheveux de mon visage et me contemplant amoureusement. Mais toi, tu te sens comment ?

-Qu'est-ce qui m'est arrivé ? Osais-je alors interpeller Jane, parfaitement consciente que mon faciès devait paraître étrange pour ces deux visiteurs qui m'étaient chers. Que ce soit à cause des médicaments qu'on m'avait administrés ou encore en raison de l'euphorie qui me gagnait à cause de la présence de Jane, j'avais l'impression que mon visage devait être scindé en deux. Dans le coin gauche, un clown rouge se préparait au combat, parfaite représentation de l'ivresse qui me gagnait à siroter le visage de celle qui m'avait tant manqué, de l'autre côté, Pierrot le mystérieux clown blanc piaffait d'impatience, symbole de la pression constante que je subissais de la part de William – sans être capable de la réprouver.

-Je n'ai pas encore reçu les résultats des tests que je t'ai fait passer pendant que tu étais inconsciente, mais ne t'en fais pas outre mesure, si ce que monsieur Darcy m'a raconté est vrai et que tu as aussi peu dormi ces dernières nuits…

-Et très peu mangé aujourd'hui, renchérit William en me contemplant sévèrement.

-En fait, le manque de sommeil et une alimentation insuffisante sont deux facteurs qui peuvent favoriser un malaise vagal, mentionna Jane d'une voix que je ne lui connaissais pas, ou plutôt sur un ton neutre que je qualifierais de « professionnel ». Une personne qui fait un malaise vagal peut plus facilement en faire un deuxième dans les heures qui suivent, si des facteurs déclencheurs sont à nouveau réunis. Et comme ça été le cas pour toi, termina-t-elle.

-Est-ce à dire que je vais pouvoir rentrer chez moi dès maintenant? M'enquis-je pleine d'espoir.

-Pas vraiment non, trancha-t-elle fermement m'apparaissant tout à coup bien plus autoritaire que dans mon souvenir. J'ai d'autres tests à te faire passer demain matin. Tant que ce ne sera pas fait, il n'est pas exclus que ton malaise puisse également être d'origine cardio-vasculaire ni même neurologique.

-Fichtre, jurais-je avant de jeter un œil contrit vers William.

-Je me suis déjà occupé de prévenir ton patron que tu ne seras pas au bureau demain, mentionna William en réponse à mon interrogation muette.

-Par contre, après une bonne nuit de sommeil et une fois que les autres causes seront écartées, les chances sont bonnes que tu reçoives ton congé en fin d'avant-midi, résuma-t-elle.

-Docteur Arbour, voici la collation que vous avez commandée, annonça un préposé de la cuisine une fois que Jane l'eut invité à entrer.

-Hum, ça m'a l'air bien plus nourrissant que ton gâteau aux carottes de tantôt, se moqua William.

-Tousk-il me fallait pour me remettre, blaguais-je, avant de me redresser et réaliser que j'avais présumé de mes forces puisque tout se mit à tourner autour de moi.

-Ne va pas trop vite Lizzie, intervint Jane, se précipitant vers moi pour me forcer à me rallonger, laisse-nous d'abord mettre ton matelas dans la bonne position, m'ordonna-t-elle ensuite avant de se mettre à expliquer à William ce qu'il fallait faire pour redresser la tête de mon lit.

Lorsque je commençai à manger, sous l'œil bienveillant de William, Jane ne m'étonna guère en annonçant qu'elle ne pouvait rester auprès de nous puisqu'elle se devait de reprendre sa tournée des patients admis à l'urgence pour la nuit.

Je la suivis des yeux, cherchant vainement une excuse pour la retenir, lorsque Simon se rappela à moi. Réalisant alors qu'elle avait omis de me donner de ses nouvelles, je jetai le nom de cet ami en pâture juste comme elle arrivait près de la porte et fus très étonnée de sa réaction. Non seulement ne se retourna-t-elle pas immédiatement, mais encore la vis-je prendre appui sur le cadre de la porte avant de tourner lentement la tête dans ma direction pour me répondre, on en discutera demain matin, veux-tu ? Pendant que je cherchais encore une raison de la retenir auprès de moi, je l'entendis exhaler un profond soupir, la vis saisir son stéthoscope à deux mains puis lâcher derrière un sourire forcé, tout ce qui compte pour l'instant… c'est que tu reprennes des forces…

Le bal…

-Tu es certaine que ça va aller Élisabeth ? Me sourit Jane en arrivant près de moi, suivie de très près par Charles et par une troisième personne que j'aurais préféré ne pas revoir de sitôt, Tu connais la sœur de Charles, je crois, s'enquit ensuite Jane après que je l'eus rassurée d'un léger signe de tête.

-Nous nous sommes déjà rencontrées en effet, me contentais-je de répondre, lui offrant ma main à serrer et un sourire de convenance.

Avant que William revienne du vestiaire où il était allé accrocher nos manteaux, je ramassai le bras de ma sœur puis m'adressai à celui qui l'accompagnait puis-je vous l'arracher une seconde Charles ?

-Tant que vous me la rendez pour la danse et pas trop fripée, ça me va, blagua-t-il avant de se pencher bien bas vers l'avant pour nous saluer.

Après nous être engagées dans une conversation à teneur médicale dans le but de la rassurer et lui permettre de passer une soirée où elle n'aurait pas à me surveiller sans arrêt, je trouvai enfin le courage d'aborder le sujet on ne peut plus délicat qui nous avait tenues à l'écart l'une de l'autre pendant de nombreuses années.

-Jane, j'aimerais que tu prennes le temps de lire le document word qui porte ton nom sur cette clé usb, la priais-je en baissant le ton.

-S'agit-il du fichier dont tu m'as parlé ce matin ? S'enquit-elle en jetant un œil ému en direction de l'objet que je venais de déposer dans sa main.

-Celui-là même. Tu me feras signe quand tu l'auras lu… si tu veux qu'on en parle évidemment, ajoutais-je avant de capturer le regard de William qui arrivait dans son dos.

-Vous m'accordez cette danse jeune damoiselle, s'exclama-t-il en me tendant sa main. Je posai ma main par-dessus la sienne, patientai le temps qu'il salue Jane comme il se doit puis le suivi docilement en direction de la piste de danse où une douce balade venait de commencer. Quelques secondes avant de laisser ma tête descendre contre son épaule, je me retrouvai dans la mire du regard mauvais de Caroline alors qu'elle sirotait une coupe de champagne en compagnie d'une Dame d'un certain âge que je reconnus comme étant Catherine DeBourg.

-Ils forment un beau couple, n'est-ce pas ? Mentionna William au bout d'un certain temps en désignant Jane et Charles du menton.

-Pourquoi ce n'est pas eux qu'on photographie alors ? Bougonnais-je après qu'un troisième flash eut éclaté à quelques mètres de moi me forçant à me cacher le visage dans le cou de William.

-Détend-toi Lizzie, ces gens ne font que leur travail, plaida-t-il avant de me désigner au moins un autre couple qui vraisemblablement constituait une seconde cible intéressante pour les Paparazzis : Anne DeBourg et son mari.

Momentanément débarrassée de ces agaçants moustiques, je me laissai longtemps bercer par la musique heureuse de ne plus être brassée par ces turbulences photographiques, jusqu'à ce que je sois tiraillée par un pincement au cœur à cause de cet ami qui, contrairement à moi, était toujours à l'hôpital.

« Pauvre Simon », me révoltais-je en revoyant son visage enflé, mais surtout en repensant à cette tristesse mêlée de culpabilité qui avait traversé son regard à l'instant où par soucis d'honnêteté, je lui avais annoncé que j'étais au courant de ses problèmes de santé. Et quel problème en effet.

-Ton ami est séropositif Lizzie, l'avais-je moi-même appris de la bouche de Jane après que j'eus bénéficié d'une bonne nuit de sommeil et une fois qu'elle eut acquis la certitude (avec preuves à l'appui) que je ne souffrais d'aucune des pathologies qu'elle avait énumérées la veille.

-Il a le sida !? M'étais-je alors effondrée.

-Non, s'était-elle opposée, il n'a pas encore développé la maladie sous sa forme active… mais il est vrai que son système immunitaire est atteint… avait-elle terminé son explication.

-Est-ce à dire que… avais-je rougi puis blêmi un instant plus tard, Simon et moi on a été ensemble pendant quelques années, y a-t-il une chance pour que moi aussi…

-Aucune vraiment, rassure-toi, m'avait-elle coupé la parole. Ton ami a évoqué la chose aussi… mais ne t'en fais pas Lizzie, tu n'as rien à craindre. C'est pendant qu'il séjournait à Boston qu'il a contracté la maladie… son dernier partenaire était séropositif.

-Ça alors ! M'étais-je exclamée, soulagée. Combien de temps lui reste-t-il ?

Le rire de Jane s'était alors levé, aussi chaud que le soleil levant, « Dieu comme celui-ci m'avait manqué », les traitements ont beaucoup évolués Lizzie. À vrai dire, Simon pourra presque vivre une vie normale s'il prend soins de lui et si on trouve le médicament qui lui convient le mieux.

-Tu es certaine ?

-Oui... Toutefois, j'admets que les choses seraient bien plus faciles s'il était entouré de sa famille… mais après en avoir discuté avec lui un peu plus tôt ce matin, j'ai cru comprendre qu'il avait rompu tout contact avec eux, avait-elle terminé d'une voix un peu éteinte. Tu es la seule personne avec qui il m'a autorisé à discuter de son état.

-Ses parents… pfff ! N'avais-je pu me retenir de grimacer avant de laisser ma hargne s'exprimer, parlons-en de ses parents, ils n'ont jamais accepté son homosexualité. Ils sont même allés jusqu'à me blâmer moi, peux-tu imaginer ça ?

Un lourd silence nous avait alors séparées. Et la faute m'était imputable assurément. Nos propres parents n'avaient-ils pas fait preuve de la même étroitesse d'esprit à son égard, l'obligeant à briser les liens qui l'unissaient à ceux qui auraient pourtant dû la soutenir ? Moi la première évidemment. Et là, encore maintenant, après toutes ces années à déplorer son absence, je ne trouvais rien de mieux à faire que de me plaindre de la réaction des parents de Simon à mon égard ? Quel manque de considération. Désormais morte de honte, je baissai la tête et n'osai plus croiser son regard.

-Je suis désolée Jane, avais-je finalement repris faisant de nombreux efforts pour sourire, même si le mal était fait, la douleur ravivée.

-Docteur Arbour, nous avait alors interrompu un préposé, nous offrant une issue salutaire car force m'était de reconnaître que le moment n'était pas encore venu de me réconcilier avec elle. Que ce serait même sans doute beaucoup plus difficile que ce que je croyais.

Sans rien connaître des motifs pour lesquels elle avait troqué le nom de Bennet pour Arbour, il m'apparaissait maintenant très clair qu'elle ne s'était pas seulement départie d'un nom, mais qu'elle avait également renoncé à une partie d'elle-même.

Les dernières notes s'étiolèrent lentement m'obligeant à me séparer de William. Sensible au fait que loin de lui, je me sentais vide, voire incomplète, je l'écoutai patiemment me résumer le programme habituel de ce type de soirée, mais fus rapidement distraite par la présence d'un autre visage familier, aperçut au travers de la foule. M'excusant auprès de William dès que ce fut possible, je me mis en quête de cette personne que je n'avais pas vue depuis quelques temps, mais dont la présence était toujours gage de plaisir.

-Charlotte ? M'exclamais-je la trouvant enfin près du buffet et en arrivant devant elle. Depuis quand es-tu en ville ?

-Lizzie ! J'étais justement moi-même à ta recherche, m'apprit-elle avant d'ajouter après avoir assimilé mon air étonné, C'est Catherine DeBourg qui vient de m'apprendre que tu étais ici ce soir.

-Si je comprends bien ton mari a donc fait le saut et accepté de travailler pour elle, estimais-je, me souvenant que cette possibilité avait été évoquée lors de notre dernière rencontre. Je croyais pourtant que ce projet ne t'emballait pas….

J'eus tout juste le temps de voir un rictus lui déformer les lèvres avant d'entendre son époux m'interpeller de loin.

-Élisabeth Bennet, quelle joie de te revoir, m'accapara-t-il, comme lui seul en avait le secret.

-Salut Collins, déclinais-je à voix basse, sachant très bien que ça ne lui ferait pas baisser le ton. J'avais déjà tenté le coup si souvent et en vain que s'en était risible.

Dès que j'obtins de mon amie la promesse que nous nous verrions au cours du week-end, je pris congé d'eux et me mis en quête de l'autre William, celui qui avait bouleversé ma vie, la remplissant au quotidien d'amour et d'imprévus.

Après avoir repéré Jane et son compagnon assis côte à côte à l'autre extrémité de la piste de danse, je pris la décision d'aller les rejoindre, présumant que William serait en leur compagnie ou à tout le moins certainement près d'eux. Mais c'était sans compter sur le léger malaise qui me surprit chemin faisant. Craignant de perdre connaissance avant d'arriver jusqu'à eux et alors que j'étais entourée d'inconnus, je me remis en mouvement mais me dirigeai plutôt à pas lents vers la terrasse où je savais que l'air frais me ferait le plus grand bien.

Aussitôt que possible, je m'accotai sur le bord du mur puis me concentrai sur ma respiration.

-Élisabeth Bennet ! Retentit alors une voix masculine dans mon dos. Comme celle-ci ne m'était pas du tout familière, je me retournai et fus très étonnée de voir apparaître devant moi le paparazzi de tout à l'heure, mais surtout de constater qu'il s'agissait du même homme que celui qui nous avait également photographiés tous les trois au Château Montebello.

Repensant alors à cette phrase lâchée par William un peu plus tôt, « ils ne font que leur travail…», je retins juste à temps la réplique acerbe qui montait dans ma gorge et me contentai de sourire.

Celui-ci continua son avancée, posa un appareil photo qui devait valoir une petite fortune sur le muret, exhala un profond soupir, puis se retourna vers moi pour me jauger pensivement.

« Vous voulez ma photo » Aurais-je désiré l'agresser, mais encore une fois, je ravalai mes paroles et demeurai prudemment silencieuse. Je n'étais plus étourdie, j'avais même repris des couleurs, mais ne me sentais pas encore prête à retourner dans la salle.

-Je peux vous poser une question ? Finis-je par craquer.

-Wickham, répondit-il, arborant un air séducteur qui aurait pu me donner la nausée, mon nom est George Wickham.

-Votre présence à Montebello était-elle due au hasard? M'enquis-je alors, consciente d'être très directe, voire impolie.

-Je ne crois pas au hasard… Affirma-t-il, arborant un sourire qui me parut artificiel.

Un silence s'installa entre nous.

-Et pour mon fils... ? Commençais-je finalement sans trouver le courage de formuler autrement ma question.

Après avoir lâché un petit rire que j'aurais bien aimé lui faire ravaler, il me dévisagea avec gourmandise puis commença, Voici ma suggestion mademoiselle Bennet… demandez-vous qui avait le plus à gagner à la parution de cet article? Et si ce n'est pas suffisant pour vous mettre sur la piste…. Effectuez donc une petite recherche afin de découvrir quelle compagnie est propriétaire de la maison d'édition qui publie la revue Affaires?

Sans même attendre ma réponse, celui-ci haussa son appareil à la hauteur de mon visage et immortalisa ma réaction. Fermant les yeux une seconde trop tard, surprise par l'éblouissement qui allait de pair avec le flash, je ne fus même pas étonnée de découvrir qu'il en avait profité pour s'en retourner et me laisser seule.

Combien de temps restais-je là, incapable de me décider à rentrer ? Je ne saurais le dire. Car ce n'était plus la chaleur que je redoutais, ni même de défaillir à nouveau puisque mon malaise était bel et bien terminé, mais plutôt la crainte de pas être capable de jouer le jeu devant William. De faire semblant. Je n'avais jamais été capable de faire ça.

« Mais dois-je pour autant accorder foi aux propos de cet homme ? » Me demandais-je.

« Personne d'autre que lui n'était au courant de notre présence là-bas… » Me rappelais-je ensuite.

« De plus, William ne m'avait-il pas incitée – plus d'une fois d'ailleurs – à ignorer ou plutôt à réagir avec indifférence aux articles qui paraissaient sur nous ? » Ajoutais-je dans la balance.

Jamais je ne m'étais sentie à ce point inapte à distinguer le vrai du faux alors que l'Ange et le Diable qui hurlaient dans ma tête s'évertuaient à débattre de la possibilité que tout ce qui m'était arrivé depuis la parution de l'article fût le résultat d'un savant « calcul » de la part de cet homme qui avait affirmé ne vouloir que mon bien et m'aimer.

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-Ça va Élisabeth ? S'inquiéta Jane au moment où je revins dans la salle et m'écrasai sur la chaise qu'il y avait à sa droite.

-Ça va mieux depuis que je suis allée prendre l'air. J'ai eu un étourdissement, mais tout est rentré dans l'ordre maintenant.

-Aimerais-tu rentrer? Me proposa-t-elle alors en se penchant vers moi pour m'examiner attentivement.

J'eus à peine le temps de lui sourire et agiter la tête de gauche à droite avant que Charles intervienne et nous fasse signe de regarder en direction des coulisses du côté où William venait tout juste d'écarter le rideau.

-Vous arrivez juste à temps mademoiselle Bennet, William va bientôt prendre la parole.

Une quinzaine de photographes, massés devant la scène, surveillaient la lente progression de l'organisatrice de la soirée, tandis qu'après après avoir brièvement serré la main de William, elle écartait le rideau d'un geste étudié puis avança jusqu'au micro qu'elle s'empressa de cueillir d'une main décidée afin de souhaiter la bienvenue à tous et chacun.

Impressionnée par l'énergie et l'autorité qui suintaient de sa personne, je repoussai d'un mouvement de tête la reprise de l'offre de Jane, trop curieuse d'entendre ce que cette femme d'affaire reconnue pour sa combativité avait à raconter.

Après avoir fait l'inventaire des activités de bienfaisance auxquelles sa compagnie allait remettre la somme qui serait amassée au cours de la soirée, Catherine DeBourg remercia personnellement chacune des compagnies qui avaient répondu à son invitation avant de se tourner vers les coulisses, tendre cérémonieusement son bras chargé de bracelets puis décliner fièrement : Je cède maintenant la parole à l'un des plus généreux donateurs de cette soirée, monsieur William Darcy, PDG de la WD Finances.

Pendant que les applaudissements crépitaient autour de nous et que William s'offrait aux regards de tous, une légère pression sur mon bras me fit sursauter, ramenant instantanément l'attention de Jane sur moi et surtout son air inquiet. Reconnaissant Charlotte Lucas et son compagnon, je les invitai à s'asseoir sur les deux chaises qui étaient encore libres à mes côtés avant de répondre à l'appel de mon amie en penchant la tête.

-T'as enfin réussi à oublier un peu les chiffres, se moqua-t-elle avant de désigner la scène du menton.

Pendant que je cherchais quoi lui répondre, j'eus tout juste le temps d'apercevoir George Wickham, armé de son capteur d'images et m'étonner du fait que contrairement aux autres photographes, il se tenait tout au fond de la salle.

-Mesdames et messieurs bonsoir… Reprit alors la voix charismatique de William.

J'écoutai attentivement la suite de son laïus, subjuguée par son aisance bien sûr, mais surtout amusée par l'incongruité des pensées folichonnes qui me traversaient l'esprit pendant qu'il énumérait à titre d'exemple, de quelle manière ses employés s'étaient montrés créatifs en organisant des activités de financement qui n'avait jamais été tentées auparavant et avaient rapporté des sommes substantielles.

Je repensai alors à cette affiche installée dans le hall de l'hôtel où avait eu lieu notre aventure et rougit en me souvenant que c'était ce soir-là que Samuel avait été conçu. À cause de cette force qui nous avait inexorablement poussés l'un vers l'autre, comme une vague vers un récif.

Un sourire désormais plaqué sur mon visage à cause de cette prise de conscience, je levai les yeux vers celui qui alimentait autant mes pensées que mes fantasmes et fus très étonnée de constater que lui-même avait les yeux rivés sur moi. Je l'entendis alors mentionner mon nom en entier, puis ajouter deux mots qui provoquèrent le retournement de toutes les têtes dans ma direction mais surtout, l'envolée immédiate du troupeau de mouettes affamées qui l'entouraient.

-….MA FIANCÉE.

Mais le premier et surtout le seul voleur d'images qui fut assez rapide pour attraper ma réaction, la vraie, et j'ai nommé LA CONSTERNATION fut nul autre que George Wickham.

-Lève-toi et souris, m'ordonna Jane à deux pouces de mon oreille une seconde après qu'elle eut repoussé cet agresseur et son objectif et m'eut forcée à me lever me permettant ainsi de sauver la face à défaut d'être capable de me débarrasser des autres photographes qui me mitraillaient incessamment depuis que William avait annoncé mon « couronnement ».

Je supportai difficilement la salve d'applaudissements de même que le brouhaha irrégulier qui régna tant et aussi longtemps que William n'eut pas repris la parole pour rétablir l'ordre. Mais il était trop tard évidemment. Le mal était fait. William avait beau avoir dompté le chaos médiatique auquel il avait volontairement donné naissance, j'étais cernée de toutes parts, cachée derrière le mur protecteur que formaient Charlotte, Jane, Charles et William Colins tandis que les journalistes me bombardaient de questions.

Malgré la tourmente, un masque neutre sur le visage, je m'intéressai encore une fois à George Wickham, le cherchai des yeux et m'arrêtai lorsque je le découvris assis sur un tabouret près du bar, un sourire satisfait sur les lèvres.

Une question récurrente émergea des flots écumants qui percutaient inlassablement les berges de mon esprit : Savait-il ? William avait-il prévenu George de son intention d'annoncer nos fiançailles ?

Je songeai ou plutôt compris qu'il n'y avait que cette hypothèse qui expliquerait pourquoi ce journaliste avait déserté les autres paparazzis se retrouvant ainsi aux premières loges, tel un chasseur dans son mirador.

« N'était-ce pas justement ce qu'il avait tenté de me faire comprendre sur la terrasse, lorsqu'il m'avait balancé : Je ne crois pas au hasard… ».

Lorsque la voix de William s'éteignit et que des applaudissements fusèrent à nouveau, je sentis la panique me gagner et réalisai que j'ignorais totalement comment réagir à cette extraordinaire annonce d'autant plus que je ne me souvenais pas avoir été consultée ? J'avais beau savoir pour l'avoir entendu de sa propre bouche qu'il avait pour politique personnelle de ne pas accorder d'importance à ce qu'on écrivait sur lui, je n'avais pas l'heur de comprendre comment il avait pu prendre cette initiative alors qu'il savait qu'en ce qui me concerne, non seulement je m'opposais à toute intrusion dans ma vie privée, mais que par ailleurs, j'étais encore plus préoccupée par les effets pervers de ces écrits sur Samuel.

Heureusement pour moi, William fut si accaparé par tous et chacun que je disposai de tout le temps nécessaire pour me calmer avant qu'il ne réapparaisse devant moi.

«Je lui parlerai lorsqu'on sera rentrés » décidais-je en le laissant prendre mes lèvres et me serrer un bref instant contre lui.

-Élisabeth a eu un malaise un peu plus tôt, lui apprit finalement Jane en se penchant vers lui pour lui faire la bise à son tour.

-Je vais bien ne t'en fais pas William, mais il est vrai que si c'est possible pour toi, j'aimerais bien ne pas rentrer trop tard, précisais-je en soupirant, n'ayant définitivement plus assez de force pour continuer à jouer la carte du bonheur parfait alors que les deux personnes qui comptaient le plus pour moi, ne cessaient de parler en mon nom.

Malheureusement pour moi, en tant que fiancée officielle de William Darcy, je ne pus échapper aussi facilement à cette fête et dus également supporter les interminables échanges de bons procédés servis au moment du départ.

« Dans la voiture alors ?» Évaluais-je tout en écoutant William me rapporter les commentaires plus que positifs qu'il avait entendus à mon sujet. Tout le bien que ses amis avaient pensé de moi également.

-Je sais que nous n'avions pas encore établi de quelle manière nous allions en faire l'annonce, mais admet que nous n'aurions pu trouver un meilleur tremplin, me tendit-il la perche au moment où nous arrivions devant chez lui.

-J'ignorais qu'on en cherchait un, échappais-je malgré moi, consciente que si nous ne changions pas de sujet, le bouchon que j'avais jusqu'à maintenant réussi à garder sous contrôle, risquait fort de lui exploser au visage, libérant du coup un gigantesque geyser d'émotions.

-Nous nous étions mis d'accord pour en faire l'annonce, non ? Releva-t-il après avoir détaché sa ceinture et s'être tourné vers moi.

-Peut-être… mais certainement pas sur la manière, rétorquais-je en me calant davantage sur mon siège.

C'est en l'entendant exhaler un soupir d'impatience que le barrage céda en moi et que je lâchai tout ce que j'avais sur le cœur.

Toutefois, lorsque je lui posai LA QUESTION - celle qui me taraudait depuis tant d'heures – et qu'au lieu d'y répondre il se décomposa et demeura coi, je pris peur et préférai sortir de la voiture.

Je devinai qu'il me poursuivait puisque je l'entendis accélérer le pas tout juste après avoir entendu le claquement sec de sa portière.

-Élisabeth, attend ! Me pria-t-il une seconde après que j'eus appuyé sur le bouton de la sonnette.

-Alors ? Me retournais-je pour le défier du regard, me demandant s'il allait se risquer à me répondre alors qu'il ne pouvait ignorer que son domestique serait là d'une seconde à l'autre.

-C'est vrai. C'est bien moi qui ai parlé de Sam à George Wickham…

J'aurais presque préféré m'évanouir plutôt que de l'entendre admettre cette vérité lourde de conséquences pour nous deux. Pour notre avenir.

-William ! Retentit un cri joyeux dans mon dos.

-Georgie ! Répondit William, le visage spontanément éclairé par un sourire sincère et ouvrant les bras pour recevoir celle qui dévalait les marches, me dépassait puis s'agrippait à lui.

À suivre…

Qui veut la suite? ou plutôt qui peut prédire la suite? Miriamme... à vous la parole.