Bon... me voilà rendue au bout de mes réserves de chapitres. Le treizième est en chantier... et la fin approche... mais ne vous en faites pas... si vous m'encouragez suffisamment, ma motivation s'en trouvera rehaussée... Bonne lecture. Miriamme.
Douzième partie
La bête était définitivement et indéniablement harnachée. Elle s'était faite « agneau » à la seconde même où j'avais évoqué ses fautes puis avait rendu les armes dans un silence presque religieux lorsque les preuves furent exposées.
Une fois que j'eus glissé dans ma mallette l'enveloppe que la bête avait posée dans ma main (sans même jeter œil à son contenu, car c'eut été m'abaisser à son niveau), je me relevai, lorgnai avec mépris celui qui gardait désormais les yeux rivés au sol puis me dirigea vers la porte. Une seconde avant de la franchir, je repérai un objet familier, esquissai un léger sourire en le reconnaissant, allongeai le bras pour m'assurer qu'il tombât puis échappai un petit rire en songeant à cette autre fois où l'appareil en question s'était retrouvé à ma portée et où une pensée similaire avait traversé mon esprit avant d'être réprimée.
-Oh non ! M'exclamais-je avec emphase, ce que je peux être maladroite. Oh, mais j'y pense monsieur Wickham, repris-je avant de pivoter sur moi-même pour mieux jouir de son air ahuri, vous qui êtes tellement prévoyant… vous avez certainement des assurances.
Jamais sarcasme ne fut plus assumé que celui-lui là. Mais il est vrai que le temps n'était plus à la légèreté. Il appartenait à la vengeance. Mais pas à n'importe laquelle, à la plus satisfaisante d'entre toutes, parce que bien planifiée. Minutieusement préparée.
Bien des heures de recherches avaient été requises et plus d'un collègue avait été sollicité dans le plus grand secret avant que je puisse même songer à mettre mon plan à exécution. Et c'est justement parce que j'avais pris soin d'entraîner ce redoutable ennemi sur mon propre terrain, que j'arrivai à contrôler aussi aisément chacune des étapes de ma vengeance. Qu'il s'agisse de l'écriture du scénario, de la mise en scène ou encore du rôle de bourreau que je m'étais octroyée, j'avais tout réglé au quart de tour, avec la précision d'un horloger.
« La fin ne justifie-t-elle pas les moyens ? » m'étais-je encouragée, une seconde avant de pénétrer dans le bureau de ma victime.
Affirmer que je m'étais « délectée de sa déconfiture » n'est pas totalement faux. Mais il serait plus juste de dire et surtout plus vrai que c'est uniquement parce qu'il me fallut respecter certaines convenances que je ne lui avais pas immédiatement communiqué la raison de ma venue, le laissant tout d'abord s'étonner de ma visite impromptue, amusée de le voir déployer ses charmes pour rien de moins qu'un morceau de fromage exposé dans une souricière. Puis, lorsque la porte fut enfin refermée et que nous nous retrouvâmes assis l'un en face de l'autre, on pourrait dire (et on aurait bien raison) que je profitai de chaque seconde de silence et que son sourire à lui seul aurait dû lui faire comprendre que j'étais là pour lui porter un coup fatal. Mais à qui la faute s'il n'avait rien vu venir, sinon lui-même ? Car, tel le célèbre Al Capone avant lui, Wickham s'était enlisé dans un terreau fiscal frauduleux à cause de toutes ces années (au moins cinq) durant lesquelles il avait omis de déclarer ses revenus à l'impôt.
-Si je vous prends à publier ou encore vendre la moindre image des Darcy, de mon fils ou de moi-même dans le quotidien pour lequel vous travaillez ou même ailleurs, je vais me faire le plaisir de vous dénoncer pour fraude fiscale. Et vous savez comme moi que si Revenu Québec apprend la chose, ils n'hésiteront pas à remonter aussi loin qu'il le faut pour vous faire cracher le morceau, l'avais-je menacé juste avant de m'en retourner, le laissant aussi pâle que je l'avais souhaité.
« Comment disposer des négatifs maintenant ? » se demandais-je alors que j'arpentais les rues du centre-ville en direction de la bouche de la bouche de métro la plus près. Le plus tôt ceux-ci seraient entre les mains de William, le mieux se serait. Le problème c'est que je ne me se sentais pas encore prête à le revoir.
Mes sentiments envers lui n'étaient pas ici remis en cause. J'étais amoureuse de lui et me mourait de le voir, mais il est aussi vrai que je ne parvenais pas à oublier que c'est justement en raison de sa collaboration avec Wickham que mon ami Simon avait été attaqué. Pas question non plus de faire abstraction du fait que le mystérieux ennemi de William Darcy aurait très bien pu s'en prendre à Samuel et à moi-même n'eut été de l'intervention de ce même ami.
…Quatre jours plus tôt…
-Puisque tu me demandes si gentiment mon avis, je vais te le donner, mais je te préviens, tu n'aimeras pas, m'avait d'ailleurs grondé Simon au moment où je lui avais fait part de mon intention d'aller confronter George Wickham. Selon moi, c'est à William Darcy de conclure la chose avec cet homme. Pas à toi.
-Je sais…
-Qu'est-ce que tu attends alors ?
-Je ne suis pas prête, m'étais-je défendue avant que le silence se prolonge, que je rougisse davantage et reprenne, je n'arrive pas à lui pardonner… pas seulement pour ce qui t'est arrivé, mais aussi pour m'avoir caché certaines choses…
-Tout le monde fait des erreurs Élisabeth, l'avait défendu mon ami après que j'eus déverrouillé la porte de mon appartement et me fut écartée pour le laisser passer. Mais rares sont ceux qui ont assez de courage pour l'admettre, avait-il ajouté une seconde avant de poser un baiser furtif sur ma joue gauche. À mon avis, tu es bien trop contente d'avoir trouvé une faille dans sa cuirasse…
-Voilà que tu parles comme Charlotte maintenant, m'étais-je insurgée d'un ton boudeur.
-La voie est libre… tu peux y aller, avait-il repris quelques secondes plus tard avant de se laisser tomber dans un fauteuil aussi mollement qu'il avait l'habitude de le faire lorsque pour s'assurer de ma sécurité, il m'accompagnait.
-Quand je pense que je ne peux plus entrer dans mon propre appartement sans être accompagnée… M'en étais-je justement plainte avant de me pencher pour ramasser mon courrier, traverser le corridor puis jeter la pile de lettres à mon ami. J'en ai pour cinq minutes maximum, l'avais-je prévenu tandis que je me dirigeais vers ma chambre et y entrais en laissant la porte entrebâillée.
-Tu ne trouves pas ça étonnant que les policiers ne t'aient pas encore donné le feu vert pour rentrer chez toi ? Avait-il opiné en haussant le ton pour être certain que je puisse l'entendre de sa chambre.
-Ils disent que l'enquête n'a rien donné jusqu'à maintenant, m'étais-je étiré le cou pour lui répondre, en ce qui concerne Wickham en tout cas… Ils m'ont dit qu'ils devaient encore fouiller du côté de William avant de clore l'affaire et fermer le dossier, avais-je résumé en revenant vers lui et en posant un sac de vêtements sur le sol.
-Petite cachottière… m'avait alors agacé Simon en me désignant une enveloppe qu'il venait d'extraire de mon courrier, tu ne m'avais pas dit que tu avais prévenu ton père à propos de Jane…
-Pourquoi t'en aurais-je parlé puisque je ne l'ai pas fait… avais-je rétorqué en revenant sur mes pas pour lui arracher la lettre des mains. Oh, mon Dieu, j'aurais dû y penser, avais-je lâché une fois que je l'eus décachetée et en eus pris connaissance. Merde, des photos bal ont été publiées… pourquoi n'y ai-je pas pensé…
-Wickham ? Avait suggéré Simon.
-Non, Wickham était trop près de moi au moment où cette photo a été prise, avais-je observé en lui tendant la feuille pliée que mon père avait annexée à son court message, Mon père l'aura certainement trouvée sur cyberpresse, avais-je ajouté en me basant sur les nombreuses heures qu'il s'était mis à passer sur internet après que Jane eut quitté la sphère familiale. Oups, écoute ça maintenant…. M'étais-je rembrunie en poursuivant ma lecture.
« Comme en témoigne cette photo, je n'ai aucune peine à m'imaginer la joie qui fût la tienne au moment de vos retrouvailles, je me permets toutefois de t'informer qu'en ce qui concerne ta sœur, il ne saurait être question d'un retour en arrière. Je te rappelle qu'elle a quitté le domicile familial de son plein gré et qu'elle s'était engagée à ne jamais y remettre les pieds. Pour terminer et la mort dans l'âme, je t'informe qu'il n'y a que lorsque tu auras mis fin à ta relation avec elle que Samuel et toi serez de nouveau reçus chez nous.
Ps : J'ai confiance en ton jugement, je n'ai aucun doute que tu sauras prendre la bonne décision.
Ton père…»
-Join the club ! Avait ironisé Simon les yeux toujours rivés sur la photo que je lui avais remise. Je n'ai plus le monopole de la famille au comportement le plus étrange….
-Alors là… J'en reviens tout simplement pas, avais-je échappé en ressentant un urgent besoin de m'asseoir à son tour.
Pendant que Simon relisait attentivement la lettre que je venais de lui tendre à sa demande, j'avais alors repensé à son dernier séjour chez ses parents et surtout à l'émotion que j'avais décelée sur le visage de mon père au moment où je l'avais surpris dans son bureau. Avec le recul et bien entendu à cause du court message que je venais de recevoir, je me demandai alors si ce que j'avais à ce moment-là pris pour de la gêne, n'avait pas plutôt tout à voir avec la culpabilité. Comment expliquer autrement qu'il eut brusquement rabattu le couvercle de son portable ?
L'incompréhension ou plutôt le malaise que cette question faisait naître chez moi s'ajoutait à l'ambivalence qui m'empêchait de prendre « the decision » à l'égard de ma relation avec William et m'incita à accélérer le processus et de mettre en application le projet sur lequel je travaillais depuis quelques jours et qui, s'il était couronné de succès, me permettrait non seulement d'éliminer un être hautement nuisible mais également de venir en aide à la jeune sœur de William.
« Je n'ai besoin de l'approbation de personne…» décidais-je, songeant plus particulièrement à Simon et Charlotte que j'avais consultés et qui avaient tout fait pour me dissuader d'entreprendre cette délicate opération. Qu'à cela ne tienne, Wickham ne perdait rien pour attendre, j'étais déterminée à obtenir son entière reddition en même temps que les négatifs de la séance photos de Georgianna. Après tout, il ne me restait plus qu'à imprimer les documents financiers que l'un de mes anciens collègues m'avait envoyés et je serais prête à partir en chasse.
…Quelques jours plus tard…
-Monsieur Darcy ! Le fit sursauter monsieur Miron au moment où William envoyait la main à Samuel et le regardait partir en compagnie de leur chauffeur. Cette enveloppe est arrivée pour vous pendant que vous preniez votre petit déjeuner. J'ai préféré attendre que votre fils soit en route pour l'école avant de vous la remettre…
-Vous avez bien fait, répondit William en ramassant l'enveloppe, la décachetant puis jetant un œil à son contenu…
Une seconde plus tard, il rattrapait son domestique, lui demanda d'aller prévenir Georgianna qu'il souhaitait la voir et se rendit directement dans son bureau où il tenta pour la énième fois de joindre Élisabeth sur son portable.
-Une mauvaise nouvelle, présuma sa sœur en arrivant au pas de course et en remarquant l'air sombre qu'il affichait en rabattant le couvercle de son téléphone.
-Non…, rétorqua-t-il mystérieusement avant de lui faire signe de venir s'asseoir auprès de lui.
-Qu'est-ce que c'est ? L'interrogea-t-elle en recueillant l'enveloppe qu'il lui tendait.
Après avoir exhalé un soupir d'exaspération en comprenant qu'il ne lui répondrait pas, celle-ci plongea la main dans l'enveloppe et fixa d'un œil intrigué les négatifs tandis qu'ils s'accumulaient sur ses genoux.
-Oh mon Dieu, s'exclama-t-elle enfin. Est-ce vraiment ce que je pense ? S'agit-il des négatifs avec lesquels George nous faisait chanter ?
Après avoir laissé un autre moment de silence régner entre eux, William finit par hocher lentement la tête de haut en bas puis éclata de rire au moment où Georgianna se jeta sur lui pour l'attraper par le cou et l'embrasser sur la joue. Merci William. Oh, mais comment es-tu arrivé à le convaincre… il a fini par accepter l'argent que tu lui proposais ?
-Certainement pas! Tu sais très bien qu'il ne s'intéressait qu'aux « scoops » qu'il pouvait obtenir grâce à notre petit arrangement, rétorqua-t-il d'un ton sarcastique, Mais pour répondre à ta question… ce petit cadeau ne vient pas de moi, lui apprit-il ensuite, pour moi aussi il s'agit d'une surprise….
-C'est impossible que tu n'y sois pour rien ? Tu avais mis quelqu'un d'autre au courant? Se rembrunit-elle en se détachant de lui.
-Jette un œil sur ça… tu vas comprendre, l'invita-t-il bien qu'il eut des réticences à se départir du petit billet auquel il s'accrochait comme un noyé depuis qu'il l'avait lu. Car rien, pas même la brièveté du message dont il était porteur ne l'empêcherait désormais de se raccrocher à l'espoir qui se développait à nouveau en lui et qui se trouvait même grandement amplifié par le geste posé par la jeune femme dans le but de les libérer du joug de George Wickham.
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10 jours, 10 longs jours s'étaient écoulés depuis le bal. Depuis que j'avais coupé les ponts avec... LUI. Une routine s'était tranquillement installée dans ma vie bien que je n'eus toujours pas réintégré mon appartement. Samuel et moi avions beau habiter en permanence chez Jane, l'isolement et la solitude ne furent pas très longs à s'incruster dans mes veines. Que ce soit en raison des nombreuses heures de travail de Jane (qui s'évertuait à répartir équitablement entre Charles et moi-même, le peu de temps libre qui lui était accordé) ou bien à cause des nuits où Samuel avait choisi d'aller dormir chez son père (les deux dernières en fait), je trouvai refuge dans le travail et éprouvai même une vive reconnaissance envers mon patron lorsque celui-ci me proposa de l'accompagner à Toronto où il devait assister à un autre congrès et surtout recevoir un prix pour l'excellence de la gestion organisationnelle et financière de sa jeune compagnie. La veille de mon départ, je profitai du moment où j'allais cueillir Sam pour faire ajouter le nom de ma sœur sur la liste des adultes autorisés à venir le chercher, puis me résignai à contacter William afin de lui demander s'il pouvait aller prendre Samuel le vendredi soir, compte tenu que Jane serait de garde à cette soirée-là.
-Mon train va arriver à la gare Bonaventure à 11h45 samedi, lui appris-je d'une voix chevrotante après lui avoir résumé le problème d'horaire que je rencontrais. Je passerai le ramasser chez toi en début d'après-midi.
-D'accord, tu peux compter sur moi, me soulagea-t-il avant de se réfugier dans le silence.
-Merci William… je savais… je sais que je peux toujours compter sur toi, bégayai-je.
-À la prochaine alors, me salua-t-il un peu brusquement.
Lorsque je l'entendis reprendre son souffle et se préparer à raccrocher, j'échappai son prénom et paniquai la seconde d'après ne trouvant rien qui put justifier que je l'eus interpellé….
-… Oui, s'impatienta-t-il alors.
-Oh oui, William… pardonne-moi, j'étais dans la lune, mentis-je avant de faire le tri dans mes idées et trouver le courage de lui proposer, à mon retour de Toronto… on… on prendra le temps de discuter toi et moi… Si tu y tiens toujours évidemment, terminai-je.
-On fera comme tu veux Élisabeth, se contenta-t-il de répondre après avoir exhalé un profond soupir.
-À la prochaine alors…
-À la prochaine.
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Cette courte discussion et surtout ses brèves réponses échappées du bout des lèvres, je les connaissais par cœur. Tandis que je voyais défiler devant moi tous ces visages d'hommes d'affaire armés de tablettes, cellulaire et autres gadgets électroniques en tout genre, je ne pensais qu'à ça et ne voyait que lui. Jamais William ne m'avait autant manqué que depuis que je me trouvais à Toronto. Samuel me manquait aussi bien entendu, mais c'est vers William que mes pensées s'envolaient, ce sont ses traits que je cherchais au travers de la foule.
Combien de fois n'avais-je pas littéralement fondu lorsque mon oreille avait décelé un timbre de voix s'apparentant au sien. Combien de fois également n'avais-je pas frissonné et ne m'étais-je pas figée lorsque l'un ou l'autre des présentateurs se passait nerveusement la main dans les cheveux ou bien encore, à la toute fin de cette première journée quand Louis posa galamment la main derrière mon coude afin de me soutenir pour me frayer un chemin dans la salle.
Après que j'eus décliné son offre de me joindre à lui et à deux autres collègues qu'il appréciait particulièrement pour souper, prétendant que j'avais un rendez-vous téléphonique avec mon fils, je m'arrêtai au restaurant de l'hôtel, me commandai un plat de pâtes puis regagnai ma chambre où je m'installai subito presto pour déguster tranquillement mon repas devant la télévision. Puisqu'il était encore un peu trop tôt pour m'entretenir avec Samuel, je me fis violence, mais réussis tout de même à patienter jusqu'à 18h00, avant de sortir mon portable, l'ouvrir puis consulter la liste des appels entrants en fronçant les sourcils. Bien que mon cellulaire eût été éteint toute la journée, il n'y avait aucun message sur ma boîte vocale.
« À quoi t'attendais-tu ? » m'auto-flagellai-je avant de presser sur la touche mémoire correspondant au numéro privé de ma sœur.
« Ouais vraiment, à quoi tu t'attendais ? » m'attristais-je à nouveau dix minutes plus tard en réalisant que bien que je me sois entretenue avec Samuel et Jane, mon humeur ne s'était pas amélioré.
« Mais n'est-ce pas là une preuve irréfutable de la complexité et de l'inconstance de l'âme humaine ? Éternelle insatisfaite je suis et resterai ? M'affolais-je en songeant que depuis le bal de charité, et plus spécifiquement depuis les aveux que William m'avait adressés par écrit, j'avais changé d'idée au moins une centaine de fois, réussissant même à passer d'un pôle à l'autre avec une rapidité qui frisait la folie.
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Le dernier conférencier de cette seconde et dernière journée n'en finissait plus. Je gardais les yeux rivés sur l'horloge qui surplombait la scène, pestant contre les aiguilles qui n'avançaient pas assez vite. Finalement, alors que je considérais avoir épuisé toute ma réserve de patience, Louis me vint en aide en fronçant les sourcils puis en jetant un œil sévère dans ma direction. Il faut dire que sans m'en rendre compte, j'avais laissé échapper une série de jurons qui ne laissaient aucun doute sur ce que je pensais de la situation.
-Pardon, rougis-je violemment une fois que celui-ci m'eut fait signe de me taire, je ne pensais pas m'être exprimée à voix haute.
Quelques minutes plus tard, lorsque le mot FIN ne put plus être perçu par tous autrement que comme une franche délivrance et que la horde d'hommes et des femmes d'affaire se leva d'un même mouvement pour applaudir, je savais déjà qu'il ne me serait pas possible de prendre congé aussi facilement que la veille. Que ce soit pour me conformer à la bienséance ou encore parce que je ne parvenais pas à trouver une excuse aussi valable que celle que j'avais utilisée la veille, le fait que Louis fut monté sur scène, y eut connu un grand succès et s'y fut même distingué de la masse, termina de me convaincre que je ne pouvais pas échapper au souper qui avait été organisé pour clôturer l'événement et qu'il m'y faudrait même faire bonne figure.
Et pourtant, que n'aurais-je pas donné pour avoir le droit de retourner à ma chambre afin de m'entretenir avec mon fils. Non pas que je fus inquiète pour lui alors qu'il était avec William. Absolument pas. Je savais à quel point celui-ci était déjà très attaché à Samuel et combien mon fils le lui rendait bien. Non, en réalité, pour être honnête, c'est avec William que j'avais le goût de discuter.
« Il me manque tellement » avais-je compris puis accepté, obligée que je fus de reconnaître que Simon le premier serait fier d'apprendre qu'au terme de la dernière nuit de sommeil, je m'étais conformée à son souhait et avais décidé de pardonner à William, ou plus précisément de lui donner une seconde chance. Et à vrai dire, étonnement, depuis que c'était fait, je me sentais beaucoup plus légère et même au meilleur de ma forme.
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Des mets sans goût et certainement aussi fades que les sujets abordés par les hommes et les femmes qui les entouraient se succédaient. Comme le serveur veillait à ce que les coupes restent pleines, les esprits s'échauffaient à une vitesse effarante. Plusieurs convives avaient depuis longtemps perdu leurs repères et ramenaient constamment les mêmes sujets de conversation. Mon patron n'échappait malheureusement pas à cette règle. Qu'il s'agisse du vin ou du succès, l'un comme l'autre lui étaient définitivement montés à la tête, conférant à son tempérament habituellement réservé une audace aussi désobligeante qu'inappropriée.
-J'vous l'dis les gars, rien de tout ça ne serait arrivé si je n'avais pas engagé… Élisabeth Bennet… Levons notre verre à la santé de la meilleure comptable au monde ! Se redressa-t-il pour la troisième fois, au risque de tomber sur celle qu'il voulait justement honorer.
-Élisabeth Bennet ! Scandèrent mollement tous ceux qui nous entouraient.
-Élisabeth Bennet ? Élisabeth Bennet ? M'intrigua une voix qui se distinguait du lot pour sa clarté.
-Excusez-moi madame… Êtes-vous Élisabeth Bennet ? Répéta une voix d'homme désormais parfaitement audible puisque les autres s'étaient tues.
Reconnaissant l'employé qui nous avait accueillis à l'entrée du restaurant, je haussai les sourcils puis lui répondit qu'il ne se trompait pas.
-Pardonnez-moi, mais on vous demande au téléphone, me pressa-t-il en me tendant la main.
-Très bien, je vous suis, lui assurai-je avant de rouler des yeux en réalisant que la tête de Louis reposait dans son assiette. Il venait de perdre son combat contre l'alcool.
…Une heure quinze plus tôt…
-Monsieur Darcy ? S'étonna l'éducatrice de Samuel en le découvrant devant la porte du service de garde. Qu'est-ce que vous faites ici ?
-Je viens chercher Samuel… c'est moi qui doit le ramasser aujourd'hui…
Compte tenu que la jeune femme le dévisageait maintenant d'air franchement ahuri, il se passa la main dans les cheveux puis reprit, Sa mère ne vous a pas prévenue ?
-Euh… oui… en effet, elle nous en avait glissé un mot, affirma-t-elle, mais puisque Samuel n'est pas venu aujourd'hui…
Comme son vis-à-vis écarquillait les yeux, elle jeta un œil à droite, puis à gauche avant de reprendre, il n'était pas à l'école non plus…
-…
-Je lis ici que la secrétaire n'a pas réussi à joindre sa mère… mais qu'elle lui a laissé un message, poursuivit l'éducatrice après avoir consulté la base de données que partageaient l'école et le service de garde.
-Vous êtes certaine ?
-Oui, lui confirma-t-elle tout en faisant signe à un autre parent d'attendre son tour. En ce qui concerne votre fils, la dernière information entrée dans notre système remonte à hier, 16h15. C'est écrit noir sur blanc ici que Samuel a quitté le service de garde en compagnie de sa tante Jane Arbour.
Refusant de céder à la panique devant elle, William plaqua un sourire de convenance sur ses lèvres, la rassura poliment en lui expliquant que Jane lui avait sans doute laissé un message qu'il avait négligé de prendre, s'excusa pour le dérangement puis quitta l'école Élan le cœur en déroute.
Puisqu'il ne possédait ni le numéro de téléphone de la sœur d'Élisabeth, ni même son adresse, William se mit au volant puis utilisa le système Bluetooth de sa voiture pour joindre Charles.
-Pardonne-moi ma rudesse Charles, mais j'ai besoin de ton aide et il s'agit d'une urgence ! Le brusqua-t-il aussitôt que retentit la voix toujours joyeuse de ton ami.
-Qu'est-ce qui se passe ? Changea-t-il évidemment de ton.
-J'ai besoin de savoir si tu as eu des nouvelles de Jane aujourd'hui ?
-Aujourd'hui ? Euh… non... pas encore.
-Quand l'as-tu vu ou lui as-tu parlé pour la dernière fois ? Le bouscula-t-il à nouveau.
-Hier soir, vers 21h00, répondit-il d'une voix beaucoup plus assurée, elle m'a téléphoné immédiatement après avoir mis Samuel au lit… Ah, oui ! C'est vrai, j'ai oublié. Je l'ai appelée cet après-midi également, mais je suis tombé sur son répondeur. Par contre, je sais qu'elle travaille ce soir. Elle vient sans doute tout juste de commencer d'ailleurs, ajouta-t-il après avoir consulté l'heure sur son tableau de bord.
-Seigneur ! S'exclama William une fois que ses excellents réflexes furent mis à contribution et lui permirent d'éviter la voiture qu'il était allé rejoindre dans la voie inverse à cause du stress.
-Qu'est-ce qui se passe ? Le fit sursauter la voix inquiète de son ami, une fois qu'il se fut lui aussi arrêté sur le côté du chemin.
-J'arrive de l'école… je viens d'apprendre que Samuel n'y est pas allé aujourd'hui…
-Il était peut être malade…
Déjà presque convaincu que quelque chose de grave était arrivé puisqu'il n'y avait que cela qui pouvait expliquer que Jane ne l'eut pas prévenu (il tenait d'Élisabeth que Jane possédait ses coordonnées), William pria son ami d'essayer de la contacter par téléphone.
-Si tu tombes sur son répondeur, ne prend pas la peine de me rappeler, rends-toi directement à son appartement. Tu me lâcheras-moi un coup de fil une fois rendu là-bas termina-t-il avant de lui apprendre que de son côté, il s'arrêterait à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont pour vérifier si Jane était au travail.
Une seconde avant de raccrocher, Charles reprit la parole et s'enquit, à quel moment comptes-tu prévenir Élisabeth ?
Songeant à toutes ces fois où il avait composé son numéro et avait écouté son message d'accueil avant de raccrocher, William exhala un profond soupir puis se résigna à lui répondre, la mort dans l'âme. Je vais tenter de la joindre aussitôt qu'on aura raccroché.
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Il sentait son cœur tambouriner dans sa cage thoracique et avait parfois l'impression de le sentir jusqu'au bout de ses doigts. Il faut dire que depuis quelques minutes il n'entendait que cela. Une fois qu'il se fut également concentré sur les images floues que faisait naître le bandeau qui lui couvrait les yeux et qui changeaient constamment de formes, le jeune garçon banda les muscles de ses avant-bras, cherchant dans ce geste, à réveiller la douleur qui lui confirmerait que ses mains étaient toujours nouées dans le dos. Il fit la même chose une seconde plus tard avec le reste de son corps et acquit la certitude qu'il était encore allongé à même le sol.
N'ayant plus que ses sens à qui se fier depuis qu'une personne était venue chercher la jeune femme qui avait été enlevée en même temps que lui, Samuel essaya de lutter contre la distorsion temporelle en tentant de reconstituer le fil des événements, à partir de ses souvenirs.
Tout s'était passé très vite. Trop vite même pour qu'il ait le temps d'avoir peur. Il se remémora avoir perçu la peur de sa tante avant même de remarquer la voiture qui s'était arrêtée au bord du chemin et les deux hommes qui l'avait interpellé.
Quelque chose avait ensuite changé la perception de Jane puisqu'elle s'était ensuite accroupie devant lui pour le prier de la suivre, garder le silence et rester calme. Le garçonnet se souvint alors avoir été très étonné par la lueur sombre qui était apparue dans ses prunelles puis par la fermeté de sa poigne tandis qu'elle marchait avec lui en direction de la voiture.
Il se souvint s'être installé sur la banquette arrière avec Jane puis avoir imité celle-ci en commençant à se débattre lorsque les deux individus revinrent vers sur eux munis de ce qu'il fallait pour les réduire au silence. Puis, lorsque sa tante s'immobilisa définitivement pour les laisser lui nouer les mains dans le dos et lui passer une cagoule noire sur la tête, Samuel avait hésité quelques secondes avant de capituler à son tour.
Combien de temps dura le déplacement ? Sam aurait été bien embêté de répondre à cette question. Comme tous les enfants de son âge, il avait l'habitude de compter les jours en termes de DODO et les heures, d'une élasticité peu commune, découlaient directement du plaisir ou non qu'il éprouvait au moment même où on lui posait la question.
Il estima donc avoir passé un temps exagérément long écrasé à côté de Jane sur la banquette arrière de la voiture avant qu'elle ne s'arrête, que les hommes les forcent à en sortir, qu'ils les fassent marcher sur une courte distance sur une surface aussi bruyante que du gravier puis les entraînent à l'intérieur d'une maison à l'intérieur de laquelle l'air était franchement glacial et dont le plancher craquait sous leurs pas.
Revenant au temps présent, Samuel pensa à sa mère, à William puis sombra tranquillement dans le sommeil.
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-Élisabeth, c'est moi William ! Commença-t-il après avoir entendu ma brève réponse.
-Qu'est-ce qui se passe ? M'enquis-je, comprenant qu'il n'y avait qu'une situation d'urgence qui put justifier qu'il eut fait autant d'efforts pour me retrouver.
-Il faut que tu rentres Lizzie, allongea-t-il avant de reprendre son souffle puis ajouter, j'aimerais tellement mieux ne pas t'apprendre une nouvelle aussi grave au téléphone…
-Ne me dis pas qu'il est arrivé quelque chose à Samuel ? Le suppliais-je un sanglot dans la voix.
-Pas seulement à Samuel… Je suis avec Charles. On vient tout juste d'entrer dans l'appartement de Jane… nous attendons les policiers. Samuel a été enlevé alors qu'il était en compagnie de ta sœur, s'arrêta finalement William à cause des larmes qui s'étaient mises à couler le long de ses joues.
… À suivre…
Petite question... comme mes premières lectrices (que je remercie du fond du coeur) ne s'entendent pas sur l'identité du ou des ravisseurs... dites-moi donc à qui vous pensez... et pour quel motif?
Miraimme
