Attention mesdames... toutes celles qui ont l'âme sensible devraient s'abstenir de lire ce chapitre... Maintenant, pour celles qui sont encore là, veuillez accepter mes plus humbles excuses... J'admets avoir oublié de vous prévenir que je partais en vacances et qu'à cause de cela, je ne serais pas en mesure de publier aussi rapidement de d'habitude. Toutefois, puisque le quinzième chapitre n'est pas encore écrit, il se peut que j'aie également besoin de plus d'une semaine pour vous le livrer... alors soyez indulgentes... Mes plus sincères remerciements à celles qui continuent à m'encourager de leurs commentaires. N'allez pas croire que çe ne change rien. Au contraire, chaque commentaire est reçu comme un cadeau. Bonne lecture... miriamme.
Quatorzième partie
« Me murer dans le silence ». S'ordonna-t-elle, prisonnière de cet espace-temps infinitésimal qui prend place alors qu'on sait très bien ce qui s'en vient, mais qu'on refuse de l'appréhender. Toutefois, au lieu de la souffrance attendue, une sensation nouvelle et surtout totalement inconnue la submergea tandis que Gilles commençait à « besogner » avec son corps. Ses cris et sa rudesse avaient beau être à l'image de toutes ces autres fois, en ce qui la concernait toutefois, rien ne fut vécu, ni ressenti de la même manière. Aussi brusques que furent ses attouchements, Jane ne se sentait ni diminuée, ni honteuse.
« Comment expliquer cela… » S'interrogea-t-elle alors tandis qu'elle relevait les indices tangibles de sa situation, que ce soit la tête de lit qui heurtait brusquement le mur, le matelas qui couinait tel un métronome ou encore elle-même qui en toute connaissance de cause, prenait une bonne bouffée d'air chaque fois qu'elle se trouvait libérée du poids de son ancien amant.
« Qu'est-ce qui a changé en moi pour que l'insupportable me paraisse presque facile », se demanda-t-elle, pendant que Gilles haletait bestialement, signe que la délivrance approchait. La douleur était omniprésente bien sûr, tout comme l'horreur de se savoir souillée, mais ô soulagement, aucun de ces désagréables symptômes n'engendrait l'écrasement psychologique qui l'avait autrefois conduite sur le chemin de la soumission.
Tout en étant certaine que les longs mois de thérapie pendant lesquels elle s'était appliquée à soigner l'être meurtri qui s'était réfugié au fond d'elle-même avaient tout à voir avec sa guérison, ceux-ci lui avaient également permis de comprendre que si elle s'était enfoncée aussi profondément dans cette dynamique, au point de s'y perdre finalement, c'est tout bonnement parce qu'au moment de sa rencontre avec Gilles, la maladie dont il souffrait était à peine perceptible, voire même en dormance.
-Sans doute était-il même médicamenté à l'époque… lui avait même suggéré son thérapeute lorsqu'elle lui avait décrit les prémisses de leur relation, déclinant plusieurs exemples pouvant faire foi du comportement irréprochable de Gilles.
-Selon toute apparence, ses symptômes se sont manifestés de manière suffisamment progressive pour qu'une forme d'interdépendance ait le temps de s'installer entre vous deux…avait-il évoqué par la suite avant que l'expression interrogative de sa patiente lui suggère d'utiliser un exemple concret, puisqu'il était heureux avec vous, il a très certainement fini par se convaincre qu'il pouvait réduire sa médication. Voilà pourquoi vous n'avez rien vu venir… Puis, lorsque le problème est devenu plus évident et que vous avez essayé de le mettre au pied du mur, Gilles a réagi comme un homme sur le point de se noyer et a essayé de vous entraîner avec lui.
-Cette fois Jenna, tu ne réussiras pas à m'échapper, la fit sursauter la voix rauque et encore légèrement essoufflée de Gilles alors qu'il exhibait une paire de menottes, la lui passait au poignet puis l'accrochait à l'une des colonnes de la tête de lit. Je n'ai plus confiance en toi… et comme j'ai besoin de dormir… termina-t-il avant de se relever pour aller s'installer sur le petit lit de camp qu'il y avait dans la même pièce.
« Rien de moins que ce que tu as toujours fait… même quand tu n'avais rien à me reprocher, tu ne me faisais pas confiance…» Marmonna-t-elle tandis que ressurgissaient de sa mémoire, comme des bouts de films qu'on aurait raboutés les uns aux autres, des souvenirs douloureux tirés des nombreuses scènes de jalousie qu'elle avait dû supporter, tout de même forcée de reconnaître que la paire de menottes, constituait en soi une entrave majeure à sa liberté et que cela l'empêcherait de mettre à exécution le plan qu'elle avait commencé à échafauder.
24 heures plus tard…
-Je suis désolé Lizzie, reprit mon père en me contemplant d'un air affligé, mais tu fais erreur… contrairement à ce que tu crois, vous mentir à tous m'a demandé de nombreux efforts.
-Papa, le brusquai-je, je ne pourrai jamais oublier cette scène entre Jane et toi … Et puis, était-ce vraiment nécessaire que nous assistions tous à ça ?
-Lizzie, reprit-il la tête maintenant coincée entre ses deux mains. Ne t'est-il donc jamais arrivé de prendre une mauvaise décision?
Puis, avant même que mon orgueil me pousse à lui jeter au visage que selon moi la question n'était pas là (même si j'en connais au moins un sur le dos duquel j'avais cassé plus de sucre que nécessaire) il reprit de plus belle, d'un autre côté, tu dois tout de même admettre que si notre famille a pu être préservée pendant toutes ses années, c'est justement à cause…
-Préservée? Notre famille PRÉSERVÉE? M'insurgeais-je dressée sur mes deux pieds. Tu vis dans le déni ou quoi? Comment peux-tu dire ça alors qu'après le départ de Jane maman est devenue deux fois plus anxieuse, Michel s'est suicidé et moi…. Et moi? Moi… Et bien tu m'as laissée tomber… Vas-tu également nier m'avoir tourné le dos à moi aussi? L'intimais-je trop en colère pour essuyer les larmes qui dévalaient mes joues.
-Lizzie…ma chérie… loin de moi l'idée de nier quoique ce soit… intervint-il avec émotion, abaissant au moins aussi lentement qu'il les avait haussés, les bras le long de son corps. Tout ce que je te demande … c'est d'essayer de te mettre à ma place. À la place d'un père désespéré qui voulait tout autant mettre sa fille aîné à l'abri que protéger le reste de sa famille... Sans doute préoccupé par mon absence de réaction, il revint à la charge, Lizzie, maintenant que tu as toi-même un fils… ose dire que tu ne serais pas prête à tout pour le protéger?
-Bien sûr que je serais prête à tout pour lui! Explosais-je, mais en ce qui me concerne justement, sache que pour arriver à le protéger adéquatement, encore aurait-il fallu que je sache que nous courrions un danger.
-Mais enfin, blêmit-il tout à coup, n'as-tu pas lu ma lettre?
-Nous y voilà, le lorgnais-je avec mépris, parlons-en de ta lettre. Y aurais-je trouvé quelques informations au sujet de cet homme que j'aurais peut-être pu faire quelque chose? Mais non, tout ce qu'elle m'offrait ta maudite lettre, ce sont des menaces…
-Ça alors Lizzie, ma contempla-t-il d'un air ahuri, le contenu de ma lettre n'avait aucune importance… c'est LA PHOTO que je voulais que tu voies… termina-t-il d'une voix devenue tout à coup très lasse. Celle où Jane apparaissait à côté de toi dans un endroit public.
-Je sais très bien de quelle photo tu parles puisqu'elle a été prise par George Wickham au bal de…. M'arrêtais-je aussi brusquement qu'il me fut possible de le faire dans les circonstances en raison de la sensation étrange qui me saisit au moment où la vérité me frappa de plein fouet aussi efficacement qu'une gifle. Comment t'es-tu procuré cette photo? Vérifiais-je alors, le cœur battant et les mains moites.
-Elle m'a été envoyée par Gilles Lacasse voyons. J'ai cru que tu le devinerais… car en ce qui me concerne, il n'y a pas de doute possible, c'était une menace, l'entendis-je poursuivre sur sa lancée. C'était même loin d'être la première….
Lui faisant face, bouche ouverte, je me précipitai sur la porte de la chambre, l'ouvris puis marchai d'un pas décidé vers la cuisine où le détective Fraser était assis. Debout, dans le coin de la pièce, une tasse de thé presque vide à la main, William sourit en m'apercevant puis, décodant l'air grave et préoccupé que j'affichais, s'approcha à son tour en fronçant les sourcils suivi de près par Charles.
-Je crois que vous devriez envoyer une patrouille à l'adresse que je vous ai donnée hier, m'exclamais-je à bout de souffle et très énervée.
-Chez monsieur Gratton? S'étonna l'agent Mercier, mais voyons, on vous l'a dit hier qu'on ne se rendrait pas chez cet homme puisqu'on n'a rien sur lui… il est sans histoire, protesta-t-il.
-Je crois… commençais-je avec je l'espérais juste ce qu'il fallait d'assurance pour ébranler la certitude des deux policiers, NON… JE SAIS, pris-je la peine de préciser avant de livrer le fruit de ma toute récente révélation, qu'il s'agit d'un faux nom.
-Comment ça un faux nom? Intervint Charles avant de faire un signe discret à mon père qui m'avait discrètement suivi hors de la chambre pour l'inviter à s'asseoir sur la chaise qui se trouvait à la droite du détective Fraser.
-Va au bout de ton idée Élisabeth? M'encouragea William tout en posant sa tasse sur le comptoir.
J'en profitai alors pour revenir sur l'étrange conversation qui s'était tenue entre George Wickham et moi-même 24 heures plus tôt et qui concernait les photos du bal de charité - celles dont je possédais maintenant les négatifs puisqu'il me les avait remis en même temps que les autres. Je passai évidemment sous silence que j'avais été jusqu'à utiliser une forme de chantage pour qu'il accepte de se départir des négatifs qui impliquaient la sœur de William et me concentrai sur l'essentiel, c'est-à-dire attirer leur attention sur cet homme qui était allé rendre visite à George et qui s'était montré très intéressé aux clichés qu'il avait pris de notre tablée.
-Il disait travailler pour une nouvelle revue à potins. J'imagine qu'il a dû me montrer sa carte de presse autrement je ne l'aurais jamais pris au sérieux, m'avait mentionné George Wickham d'entrée de jeu, « à ce moment-là, j'avoue avoir songé qu'il insistait sur ce détail davantage pour bien paraître que parce que c'était la vérité», mais la raison de mon appel ne se situe pas là, avait-il poursuivi me mettant à ce point la puce à l'oreille que je jugeai bon de ravaler mon sarcasme. Ce qui est réellement important et qui concerne votre fils c'est que ce journaliste m'a offert une somme plus que généreuse pour que je lui remette – non pas les négatifs - mais l'unique exemplaire de toutes les photos que j'avais prises pendant le bal de charité, s'était-il bruyamment raclé la gorge, alors voilà, j'avoue n'avoir songé qu'au profit avant de les lui remettre.
-Pourquoi n'en avez-vous pas parlé aux policiers lorsque vous étiez dans leur bureau, me souvins-je l'avoir écorché par la suite, incapable avant aujourd'hui de saisir à quel point l'air de rien, George venait peut être de nous offrir un indice très important.
-Je comprends fort bien que vous puissiez me détester… n'ai-je pas tout fait pour cela?
-Je ne vous le fais pas dire, n'avais-je pu me retenir de le mépriser.
-Ce qu'il y a c'est que… je ne veux pas qu'il arrive malheur à votre fils… surtout pas à cause de moi… avait-il précisé, laissant un long silence s'installer entre nous. Euh, êtes-vous encore là? Avait-il repris alors avant d'ajouter un détail qui prend tout son sens aujourd'hui si l'on tient compte de l'éclairage que mon père vient tout juste de me permettre de jeter sur les événements. Ah oui, c'est vrai, j'oubliais… monsieur Gratton m'a également demandé de lui nommer chacune des personnes qui étaient assises à votre table, ce que je me suis empressé de faire. Le soupir que je lâchai fût sans doute ce qui l'obligea à se justifier, En tant que photographe, je sais que les journalistes se font très souvent taper sur les doigts parce qu'ils oublient de vérifier l'orthographe des noms de ceux qu'ils citent. J'ai donc trouvé monsieur Gratton très professionnel parce qu'il l'a fait.
« Je sais maintenant de quelle manière Gilles Lacasse avait appris le nouveau nom de Jane » songeais-je en levant les yeux pour dévisager les cinq hommes rassemblés devant moi et qui attendait toujours que je débute ma narration.
-Pouvez-vous ressortir la photo que je vous ai donnée hier et qui m'avait été envoyée par mon père? Priais-je le détective Fraser, devinant qu'il valait mieux partir de cette pièce majeure pour leur envoyer le reste.
Une fois que le détective l'eut repérée puis ôtée de son épais dossier, je la tournai vers eux, la leur passai lentement devant leurs yeux et leur rappelai que celle-ci avait été prise par George Wickham.
-Vous m'avez dit hier pourquoi vous étiez certaine qu'il s'agissait de l'une de ses photos, mais j'en ai oublié la raison, intervint l'agent Mercier avant tous les autres.
-Tous les autres photographes étaient près de la scène alors que monsieur Wickham était juste à côté de nous, répétais-je avant de tourner la tête en direction de William et m'émouvoir du regard complice avec lequel il me contemplait.
-Alors, me ramena tout à coup le détective dont le menton, fortement haussé pointait en direction de la photo que je tenais toujours haut dans les airs.
-Ah oui… pardon. George Wickham m'a confirmé hier en avoir imprimée une seule copie… qu'il a ensuite remise à monsieur Gratton….
-Ouais, mais puisqu'il possède les négatifs, il peut très bien en avoir développé d'autres, protesta le compagnon du détective, me permettant de lui clouer le bec en rétorquant, non puisque c'est moi qui les ai...
Cinq paires de sourcils se haussèrent de concert et me dévisagèrent avec consternation. Et oui, même celles de William à qui je n'avais pas eu le temps de confier quoique ce soit encore.
-Donc, si je vous ai bien comprise, vous dites que la photo qui figure au dossier et qui vous a été envoyée par votre père… est la même photo que celle qui est passée des mains de George Wickham à ce journaliste Normand Gratton? Formula très judicieusement le détective en refermant son dossier.
-Précisément…
-Monsieur Bennet? Intervint William en s'approchant de lui, avez-vous une idée de l'identité de celui qui vous a envoyé cette photo?
-Oui, elle m'a été transmise par Gilles Lacasse en même temps qu'une lettre de menaces…
Un grain de poussière aurait pu tomber sur le sol et les faire tous sursauter tant chacun était perdu dans ses pensées.
-Changement de cap alors, émergea le détective d'une voix soucieuse et relativement ferme, il nous faut donc laisser tomber l'hypothèse d'un enlèvement pour entrer dans le monde obscur du drame familial avec ou sans conditions aggravantes comme une maladie mentale, déclina-t-il avant de lever son index en direction de son subalterne. Toi, tu vas immédiatement rappeler monsieur Wickham. Je veux qu'il nous fournisse la description physique de monsieur Gratton. Tu verras ensuite avec monsieur Bennet si celle-ci peut correspondre à l'ex-petit ami du docteur Arbour.
En ce qui me concerne, s'adressa-t-il à nouveau à moi, si vous me le permettez, je vais réquisitionner de nouveau le salon afin de passer quelques coups de fils. Une fois que j'eus acquiescé, il ramassa son dossier et poursuivit, car, avant même d'envoyer une équipe chez ce monsieur Gratton ou Lacasse, j'aimerais bien avoir un mandat de perquisition. Sans ce document, il nous sera impossible d'en franchir le seuil, termina-t-il juste au moment où il atteignait la porte de la seule pièce de cet appartement où l'odeur de Samuel était encore perceptible.
L'éloignement des deux agents me laissa tout le loisir de me réfugier dans les bras de William. Complètement lovée contre lui, je le laissai jouer avec mes cheveux et me réconforter, me sentant finalement assez isolée des autres pour mouiller sa chemise. Telle une élève qu'on aurait envoyée dans le coin d'une classe avec des oreilles d'âne, la honte et le désespoir s'écoulaient le long de mes joues.
-Tu tombes de fatigue Lizzie… allez viens, on va aller essayer de dormir un peu…
Puisqu'il ne rencontra aucune résistance de ma part, William m'entraîna avec lui. Une seconde avant que nous disparaissions dans la chambre de Jane, je m'inquiétai pour mon père.
-Charles va lui laisser la chambre d'amis, me confirma William, cette nuit, il va retourner dormir chez lui, mais il sera de retour demain matin à la première heure.
Une fois que nous fûmes couchés l'un contre l'autre, que j'eus confié à William les grandes lignes de ma « tout sauf satisfaisante » discussion avec mon père, je me souvins qu'en raison de toute cette pagaille, je n'avais pas encore pris le temps de lui rapporter les résultats de ma longue réflexion concernant sa longue lettre en plus d'une foule d'autres choses.
-Tu veux vraiment qu'on en discute maintenant? Vérifia-t-il. Tu ne préfères pas attendre d'être bien reposée? Suggéra-t-il, m'offrant une dernière et ultime porte de sortie.
-Non… je suis prête, affirmais-je avec davantage d'assurance que ce que je ressentais réellement, j'ai eu amplement le temps de réfléchir à ma situation pendant que j'étais à Toronto. Et j'ai pris une décision dont je dois absolument te faire part puisqu'elle te concerne directement, terminais-je pour le mettre en situation.
-Oh… Très bien… alors je t'écoute, se prépara-t-il en se calant plus confortablement dans le lit.
-Promets-moi de ne pas m'interrompre… Exigeais-je d'entrée de jeu. J'attendis même qu'il ait acquiescé avant de poursuivre, avant tout, il est essentiel que tu acceptes que je ne suis pas encore prête à me projeter dans le futur. Surtout alors que nous vivons des heures aussi sombres, formulais-je volontairement, par contre, là, maintenant, je ne voudrais pas que tu sois ailleurs qu'ici. Une fois que sa main eut agrippé la mienne et qu'elle l'eut serrée pour exprimer autrement que par des mots à quel point cet aveu le comblait, je poursuivis, en fait, c'est justement pendant que j'étais seule à Toronto que j'ai compris qu'en ce qui me concerne, on forme déjà une famille. Je ne peux plus penser à Samuel sans penser également à toi. De plus, au risque de te paraître inconstante, j'ai également changé d'idée concernant ta maison de Westmount. Je suis désormais de ton avis. Je crois aussi que c'est là que nous devrions vivre tous les trois… en autant bien sûr que tu me donnes carte blanche pour réaménager certaines pièces, le sentant sur le point d'intervenir tout juste après avoir acquiescé silencieusement, je levai le seul index que j'avais encore de libre et lui rappelai sa promesse, bon, maintenant, pour terminer… en ce qui a trait au trafic d'informations auquel tu te livrais avec Wickham… et bien, je n'ai rien à te pardonner, tranchais-je définitivement, je sais que ton unique souci était de protéger Georgianna.
-Ne me fais pas meilleur que je ne le suis, protesta-t-il avec ferveur en ramenant l'une de mes boucles derrière mon oreille. J'ai pourtant failli… N'ai-je pas perdu la bataille contre ce démon malfaisant qui me poussait à profiter de la situation pour te faire fléchir? Si ça se trouve Lizzie, je ne vaux pas mieux que….
-Ne te compare pas à lui William, le prévins-je. Mon père n'avait….
-Ton père? S'étonna-t-il aussitôt, j'allais dire Wickham… mais tu as raison, j'aurais tout aussi bien pu évoquer ton père.
-Oh non! Vraiment pas William. Tu n'as rien à voir avec lui, professais-je alors. En ce qui te concerne, tu n'as rien fait de plus que profiter des miettes laissées par un autre, mon père lui est allé plus loin que ça. C'est lui qui a préparé le repas et mit la table, si tu me permets cette métaphore. Et tout cela avec la complicité de Jane. Il nous a donc non seulement menti, mais en plus, il a totalement changé d'attitude avec moi après son départ. Il est devenu froid, distant. Quelque chose dans le regard de mon compagnon me poussa à en rajouter, demande à Samuel ce qu'il pense de ses grands-parents et tu verras. Tu verras que je ne suis pas la seule à trouver que mon père est froid.
-Loin de moi l'idée de te contredire Élisabeth, mais ne t'est-il jamais venu à l'idée que ton père pourrait avoir pris ses distances – ou être devenu froid comme tu dis – uniquement parce qu'il se serait senti juger par toi? Tandis que je le dévisageais en écarquillant les yeux et craignant sans doute que je m'emporte définitivement, William leva la main pour me faire signe d'attendre puis reprit, n'étais-tu pas en désaccord avec sa prise de position sur l'avortement?
-Oui et avec raison puisque ça ne lui ressemblait pas du tout, me replaçais-je tout en m'installant sur le côté, la tête désormais soutenue par mon bras droit.
-Ensuite, telle que je te connais, je présume que tu en as profité pour lui livrer le fond de ta pensée?
-En effet… quoique cette discussion n'ait rien donné. Il y a mis fin très abruptement pour aller s'enfermer dans son bureau, narrais-je en repensant à toutes ces autres fois où il avait trouvé refuge dans la pièce où je n'avais plus osé entrer après départ de Jane.
-Pour ma part, je crois qu'il s'est tout bonnement appuyé sur ton attitude envers lui pour ériger la sienne…
-Autant dire que c'est de ma faute? Me braquais-je, n'arrivant pas à déterminer dans quel camp se situait William.
-Une relation ne s'établit pas à sens unique Élisabeth. Je sais très bien que tu as réagi comme tu le pouvais suite à la crise provoquée par le départ de Jane. Mais qu'en est-il de ton père? Tu sembles croire que c'est parce qu'il ne supportait pas ta prise de position qu'il s'est éloigné de toi… en ce qui me concerne, j'ai plutôt l'impression qu'il a fait ce choix autant pour éviter de souffrir que pour te protéger.
-Suis-je donc si dure? Si coriace? Me décomposais-je, sentant un poids énorme faire pression sur mes épaules.
-Cette détermination fait partie de ton charme au moins autant que de tes défauts. Toutefois, puisque tu veux tout savoir, sache que moi aussi j'estime que ton père aurait dû tout te raconter depuis longtemps… surtout que… dans une crise comme celle que nous traversons, ça aurait peut-être pu faire toute la différence…
-Ou ne rien changer du tout, me décourageais-je tout à coup.
-Ou ne rien changer du tout, répéta-t-il en soupirant.
Sentant la panique me gagner et avec elle ressurgir la honte de me découvrir tout sauf courageuse, je serrai les lèvres et ne put retenir mon cri, Arrrh! Pourquoi c'est si long… pourquoi il ne se passe rien, gémis-je en rabattant brusquement la couverture que William avait posée sur mes jambes. Je n'en peux plus d'être enfermée ici à rien faire pendant que Samuel est je ne sais où entre les mains de cet homme.
Une seconde avant que William tende la main vers moi, je sautai hors du lit, me dressai sur mes deux pieds puis commençai à arpenter la chambre de droite à gauche, suivie par le regard soucieux de mon compagnon. Et puis, qu'est-ce que ça donne de chercher lequel d'entre nous est directement ou indirectement responsable de ce qui est arrivé? Cela ne nous rendra pas Samuel. Sans compter que, m'arrêtais-je pour reprendre mon souffle. Et si on faisait tout ça pour rien? Et s'il était déjà mort hein? Craquais-je, en me couvrant le visage de mes deux mains.
-Eh! Ne dis pas cela Élisabeth! Intervint immédiatement William avant de profiter de l'instant où je passais tout près du lit pour me saisir les mains, m'entraîner vers lui et me serrer fermement contre lui. Samuel ne peut pas être mort Lizzie, intervint-il d'une voix chevrotante, N'oublie pas qu'il n'est pas seul avec cet homme. Jane est avec lui. Tu peux être certain qu'elle veille sur lui.
-Tu sembles oublier que même elle a peur de lui… Elle a changé de nom pour le fuir, argumentais-je, espérant de tout cœur qu'il allait continuer à me contredire.
-Chut! Lâcha-t-il, m'exhortant à me taire, cesse d'envisager le pire Lizzie, tu ne fais de bien à personne…
Doucement, tranquillement, son discours finit par se frayer un chemin vers la partie de mon cerveau qui était encore contaminée par la peur. Pendant qu'il m'embrassait le visage, me caressait les cheveux et continuait à m'abreuver de paroles réconfortantes, il eut finalement gain de cause et réussit à m'apaiser suffisamment pour que la fatigue me rattrape et que je m'assoupisse.
00oo0o0o0oo0o0o0
Une lame de couteau enfoncée dans l'épaule gauche, juste à côté d'une artère principale, Jane serrait les lèvres pour éviter de crier.
« Ne bouge pas, ne bouge surtout pas!» S'ordonnait-elle n'ignorant rien du risque qu'elle courrait si l'arme blanche sectionnait l'artère principale qu'elle frôlait déjà.
« Ne pas crier, surtout ne pas crier! » S'exhortait-elle ensuite se doutant bien que si son neveu l'entendait, il quitterait la pièce où elle l'avait laissé pour venir à son secours. Et s'il y en avait une qui savait de quoi leur bourreau était capable, c'était bien elle.
-Tu sais à quel point je déteste les mensonges, la ramena brusquement Gilles en lui redressant la tête. Il y a deux jours, je t'ai vue sortir de ton appartement en compagnie d'un homme. Un grand rouquin… oseras-tu encore prétendre que ce n'est pas ton amant? La menaça-t-il en exhibant la lame d'un second couteau devant ses yeux.
-C'est un médecin… un collègue de l'hôpital, chuchota-t-elle avant de recevoir une gifle assez forte pour que sa tête aille heurter violemment la tête de lit et que la lame déjà plantée dans son épaule pénètre encore plus profondément dans sa chair.
-Aie! Ne put-elle retenir son cri.
-Tatie Jane? Entendit-elle Samuel l'interpeller de l'autre côté de la porte.
-Comment a-t-il pu s'échapper celui-là? S'insurgea Gilles tout en se dirigeant rapidement vers la porte, l'ouvrir puis contempler gravement le garçonnet.
-Sauve-toi Sam! Tenta de le prévenir Jane, mais certainement pas assez vite.
-Dis-moi la vérité où je le tue ici devant toi? La menaça Gilles une fois qu'il se fut emparé de Samuel et l'eut traîné de force jusqu'au lit au bout duquel Jane était encore menottée, qui est l'homme avec qui tu étais il y a deux jours?
-Je te l'ai dit Gilles, c'était un médecin comme moi, murmura Jane sans quitter son neveu du regard.
-Qui me dit que tu ne me mens pas encore?
-Je ne t'ai jamais menti… c'est toi qui….
-Si tu m'as menti… et plus d'une fois! L'intima-t-il.
-Quand?
-Quand tu m'as assuré que tu ne me quitterais jamais!
-….
-Ne t'avais-je pas dit que tu me quitterais?
-Si… tu l'avais dit….
-Alors… maintenant… je te pose la question pour la dernière fois… qu'était cet homme pour toi?
-….
-Samuel, jappa Gilles tout en forçant le garçonnet à lui faire face, ne dit-on pas que la vérité sort de la bouche des enfants, ricana-t-il avant de resserrer la prise qu'il avait sur ses bras et lui demander, tu vas parler toi, hein Sam. L'homme roux qui était avec ta tante hier, dis-moi de qui il s'agit?
Désormais certaine que son neveu allait lâcher le morceau, Jane prépara sa riposte, parfaitement consciente qu'elle n'avait pas le choix, déterminée à tout miser sur l'espoir aussi minime fut-il qu'en entendant le nom du père de celui-ci, Gilles se montrerait intéressé par sa fortune et changerait son fusil d'épaule, arrête donc de penser à cet homme. Il n'a aucune importance pour moi. Intéresse-toi donc plutôt au père de Samuel.
Il s'agit de William Darcy.
Le temps resta figé pendant quelques secondes avant que survienne l'indescriptible. L'horreur suprême.
Il faut dire que le projet resta en suspension quelques instants dans l'œil sombre de Gilles. Samuel aussi dut le sentir, à tout le moins percevoir l'instant où la décision fut prise puisque c'est précisément à ce moment-là qu'il se mit à gémir et à s'agiter.
Alors… pour ne rien voir… pour ne pas accepter cette réalité en la gobant par les yeux, Jane ferma solidement les paupières et serra les lèvres jusqu'à ce que…
Jusqu'à ce que ses autres sens la trahissent, se mettent de la partie et lui renvoient en la reconstruisant une image assez précise du moment où Gilles ramassa Samuel par le cou, la bouche déformée par le même rictus cruel que seuls les adolescents malicieux peuvent posséder une seconde avant de briser le cou de la poupée préférée de leur sœur.
-SAM! Ne put retenir Jane à la seconde où elle comprit que c'était le corps mou et flasque de son neveu que Gilles venait de laisser retomber sur ses jambes.
0o00o0o0o0o00o
-Élisabeth, ÉLISABETH, réveille toi! M'interpella la voix anxieuse de William que je découvrais penché vers moi, un air interrogateur sur le visage.
-Dieu merci, c'était un cauchemar, m'exclamais-je avant de laisser ma tête retomber sur mon oreiller et de lui faire signe de s'asseoir tout près de moi afin que je puisse terminer de reprendre mes esprits et lui raconter le rêve horrible que je venais de faire.
…À suivre…
Alors... des questions? des commentaires? des... insultes? Miriamme
