Bien le bonjour mesdames. Voici la quinzième partie de Pas à pas... Merci à celles qui ne restent pas silencieuses et qui continuent à m'encourager coûte que coûte. Au plaisir de vous lire à mon tour à la toute fin... Miriamme

Quinzième partie

24 heures plus tard.

-J'ai toujours voulu avoir un fils, avoua Gilles au moment où le garçonnet accepta son invitation et vint timidement prendre place sur la chaise qu'il y avait en face de lui dans la cuisine, si tu savais comme c'est étrange de t'avoir ici… d'avoir sous les yeux un mini-moi, ricana-il ensuite avant de froncer les sourcils à cause de l'effort qu'il devait fournir pour interpréter l'expression de Samuel. Associant finalement la bouche grande ouverte et les sourcils haussés de l'enfant à l'incrédulité, Gilles redevint taquin et enchaîna, je sais que c'est difficile à croire parce que je suis très grand aujourd'hui, mais je t'assure que, moi aussi à ton âge, j'étais vraiment petit.

Réalisant ensuite que le regard de Samuel n'arrêtait pas de se poser sur son bol, Gilles sembla soudain reprendre difficilement contact avec la réalité, assez en tout cas pour songer à lui proposer, tu veux des céréales Sam? Y'a rien de mieux pour survivre à toute une journée d'école, se moqua-t-il avant de recommencer à l'examiner attentivement, puis tendre la main pour lui ébouriffer les cheveux, on dirait bien que t'aime pas beaucoup l'école toi? C'est essentiel pourtant. Tu dois aller à l'école si tu veux devenir intelligent! Professa-t-il d'une voix qui n'avait plus rien à voir avec la sienne, un peu comme s'il avait voulu imiter une personne de sa connaissance. Une personne qui lui aurait constamment fait la morale. J'ai toujours haï l'école Sam, renchérit-il d'une voix redevenue normale. Tout le monde se moquait de moi là-bas.

Oh, en passant, je ne sais pas du tout ce que ta mère t'a raconté, mais il est bien important que tu saches que c'est elle qui m'a quitté… et que ça s'est passé bien avant ta naissance, reprit-il en ayant l'air tout à coup extrêmement sérieux. Tiens, essaie cette sorte de céréales là Samuel. C'est vraiment bon, mentionna-t-il ensuite en lui tendant la boite presque vide qui était à côté de lui. Je vais te faire une confidence Samuel. Il s'en trouvera certainement pour me traiter de fou, mais je suis certain de ce que j'avance… je suis convaincu que c'est pour être avec toi qu'il fallait que je retrouve ta mère, opina-t-il pendant que Samuel vidait le reste de la boite dans son bol et allongeait prudemment la main vers le carton de lait. Aïe! Mais t'es gaucher comme moi, S'exclama-t-il joyeusement au moment où Samuel terminait de se verser du lait.

-À partir de maintenant on ne se quittera plus Sam. Ta mère a fait une erreur en croyant qu'elle pouvait rester loin de moi pendant toutes ces années. Mais n'aie pas peur, ça ne se reproduira plus. Je m'en occupe personnellement. On va former une vraie famille maintenant. Pas vrai Sam?

Lorsqu'en guise de réponse, Sam s'empressa de diriger son regard vers la porte de la chambre où la jeune femme était enfermée, Gilles grimaça, fit claquer sa langue contre son palais puis reprit, Oh, ouais c'est vrai, il faut que je te fasse un aveu Sam. J'ai été obligé de punir ta mère hier soir. Elle m'a désobéi, se braqua-t-il soudainement. Et c'est très mal de désobéir Samuel… N'est-ce pas que c'est mal? N'attendant pas vraiment de réponse, Gilles pencha lentement son torse sur la table puis plongea son regard le plus sombre dans celui du bambin, Mais toi, tu ne me désobéiras jamais Sam, hein? Je sais que tu ne le feras pas parce que tu m'aimes déjà. N'est-ce pas que tu m'aimes Sam?

Se souvenant juste à temps de l'avertissement de sa tante : « il ne faut pas le contredire…», Samuel croisa les doigts sous sa table, énonça d'un ton on ne peut plus neutre les mots que Gilles voulait entendre, je t'aime papa, mais dirigeant plutôt ce tendre aveu vers l'autre homme qui était entré dans sa vie depuis peu, qui ne connaissait rien aux échecs, mais qui avait touski fallait.

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Un agrandissement de la photo sur laquelle Jane était apparue au bal de charité était épinglé directement au centre du long mur qui surplombait à la fois le salon et la cuisine de la petite maison de ville de monsieur Gratton. Un assortiment d'images et de bouts de journaux étaient disposés tout autour suivant une logique qui ne devait être évidente que pour son auteur, du moins était-ce ce que je crus tout d'abord.

Jetant un regard plus analytique sur les quelques dates qui étaient inscrites directement sur le bois à l'aide d'un crayon feutre noir et plus particulièrement sur celle qui correspondait au jour où Jane et mon père nous avaient joué la grande scène, je révisai quelque peu cette première impression : Gilles Lacasse avait tenté de classer ses informations en suivant l'ordre chronologique.

-C'est une ligne du temps, murmurais-je alors avant m'éloigner du mur pour aller explorer ce qui restait des lieux.

En tout et partout, la maison de ville dans laquelle le détective avait consenti à nous laisser entrer ne comptait que trois pièces et demie, dont le salon à aire ouverte où nous nous trouvions tous un peu figés. Tous? Non pas réellement, puisque William avait dû nous fausser compagnie le temps de faire un saut au bureau pour s'occuper de quelques dossiers et signer un bonne quantité de lettres.

Après avoir contourné Charles qui était resté en orbite autour du portait de Jane, je me déplaçai en direction de la section du mur qui traversait la cuisine et eut un haut le cœur au moment où mes narines se remplirent de l'odeur nauséabonde des restes de repas qui étaient collés dans des assiettes abandonnées un peu partout, mais surtout à cause des vers blancs et bestioles de tout acabit qui avaient élu domicile dans l'évier lui-même.

Je ne tardai pas à rebrousser chemin afin de retourner examiner plus attentivement encore les différentes images qui étaient disposées un peu partout autour du portrait de ma sœur de même que les articles qui les accompagnaient. À la lecture de ces derniers, j'eus bien évidemment le sentiment de revivre des moments clés de ma vie bien que ce fut à travers les yeux d'un autre.

Un frisson me parcourut l'échine une fois que j'eus terminé de réexaminer la ligne du temps constituée par Gilles Lacasse et acquis la certitude qu'il m'avait dans la mire depuis un certain temps déjà. Depuis que mon nom avait été cité dans le journal pour la toute première fois en fait, conclus-je en retraçant l'article en question. Puis, lorsque mes yeux s'accrochèrent à une photo qui représentait mon appartement, je repensai à Simon, à son séjour à l'hôpital bien entendu, mais grimaçai surtout en me remémorant que cette photo avait été prise peu de temps avant le cambriolage. Je frissonnai à nouveau, mais uniquement de dégoût cette fois en évoquant cet homme en train d'arpenter mon espace personnel en quête d'indices pouvant corroborer la présence de Jane autour de moi.

« Heureusement que je n'avais rien à cacher à ce moment-là et que Gilles ne s'est pas manifesté quelques jours plus tard », me félicitais-je tandis que je laissai ma main gauche suivre une flèche qui descendait vers le bas.

« Papa… » M'attristais-je en découvrant des photos de mon père remontant de cette époque où le poivre de ses cheveux avait encore l'avantage sur le sel, moments d'autant plus précieux puisqu'ils me ramenaient instantanément à ces années où j'avais encore un père.

Lorgnant à nouveau vers le centre pour éviter de m'attendrir, je me déplaçai ensuite vers la droite et dû à nouveau contourner Charles qui était désormais scotché devant un cliché le représentant alors qu'il sortait de l'immeuble de Jane, la veille de l'enlèvement.

-Ça fait peur, hein? L'encourageais-je, ne sachant toujours pas comment interpréter sa réaction plus que stoïque.

-Je ne peux pas m'empêcher de me demander comment une jeune femme autonome et responsable comme Jane a pu laisser un individu aussi dérangé entrer dans sa vie? Mentionna-t-il tout en tendant de discipliner sa chevelure rousse.

-Alors, me fit sursauter le détective Fraser en arrivant derrière nous, comment interprétez-vous ce que vous voyez ici?

-À part que cet homme est fou vous voulez dire? Ironisa Charles avant de se ressaisir, se souvenant juste à temps que l'homme qui nous questionnait était loin d'avoir le sens de l'humour. En fait… à vrai dire… personnellement, tout ça ne m'évoque pas grand-chose…

-Il n'a jamais cessé de chercher Jane, lâchais-je pour ma part en revenant m'installer devant la photo autour de laquelle tout le reste avait l'air de tourner comme les planètes autour du soleil, il a commencé à planifier son enlèvement le jour où il a réussi à obtenir la photo que George avait prise et a découvert son nouveau nom, déduisis-je aussi aisément qu'un enfant peut faire des liens à partir des pages d'un album avant même de savoir lire.

-Quoi d'autre, m'encouragea le détective avant de se tourner lui-même face au mur, parlez-moi de tout ce qui vous semble anormal ou étrange, me pressa-t-il ensuite me donnant pour la première fois l'impression d'aimer son métier.

-William n'est pas en cause, lui confiais-je après avoir pris le temps de tout examiner une troisième fois, tout est uniquement lié à Jane.

-Rien d'autre? Me pressa à nouveau le détective en venant s'installer directement à ma droite afin d'avoir le même point de vue que moi.

-Il y a bien quelques dates à gauche que je n'arrive pas à associer à ma sœur, lui expliquais-je en désignant les deux premières inscriptions, mais toutes les autres sont assurément liées à elle.

-Mais vous même détective? J'imagine que vous avez une idée de ce que ces dates peuvent représenter? Soupira Charles.

-J'en ai effectivement une petite idée, admit-il volontiers avant de reprendre, une idée concernant laquelle j'aimerais bien vous consulter, termina-t-il tout de se dirigeant là où il avait posé sa mallette en arrivant.

Pendant que le détective fouillait activement dans son sac, je lui confiai un dernier détail concernant la ligne du temps qui était exposée devant nous trois, Samuel aussi a été enlevé, commençais-je, pourtant, contrairement à Jane, il n'est représenté nulle part? Est-ce à dire que lui non plus n'était pas une cible? Le questionnais-je pour finir.

-Disons que nous commençons à l'envisager… céda-t-il au moment où il sortait une grande enveloppe brune de son sac et nous faisait signe de nous approcher, voilà ce que je veux vous montrer, nous annonça-t-il avant d'exposer des photos bien à plat devant nous sur la table, maintenant dites-moi si vous avez déjà vu ces deux femmes quelque part?

Bien qu'il ait tout d'abord haussé les sourcils en les contemplant, Charles finit par secouer silencieusement la tête avant d'affirmer que celles-ci ne lui disait rien.

-En fait… estimais-je de mon côté cherchant encore comment formuler adéquatement l'idée qui m'avait traversé l'esprit et que Charles semblait avoir partagée avec moi, chacune d'elles ressemble à Jane. Mais différemment. Celle-ci…

-A ses cheveux et presque la même forme de visage, me coupa Charles.

-Exactement… alors que la seconde a les mêmes yeux, poursuivis-je.

-Et la même bouche, compléta Charles avant de rougir.

-Laissez-moi vous les présenter officiellement, annonça le détective. Après avoir retourné une première photo, il mentionna, la première se nomme Maria Gosselin et… s'arrêta-t-il volontairement parfaitement conscient que nous ne pouvions pas être davantage suspendus à ses lèvres, elle est disparue le 8 juin 2012.

Aurions-nous pu intervenir que nous en aurions été incapables de toute façon, et voici Dolores Stevens qui de son côté a quitté le domicile familial le 8 septembre 2013 et n'a pas encore été retrouvée à ce jour.

-Ça alors, s'exclama Charles avant de faire volteface, franchir les quelques pas qui le séparait du mur puis prier le détective de répéter chacune des dates.

-Seigneur, ce sont les mêmes… m'écrasais-je sur la seule chaise qui se trouvait près de la petite table où les deux photos étaient encore exposées. Que leur est-il arrivé? M'inquiétais-je alors avant d'être saisie d'un malaise à force de lutter contre la peur et les symptômes qui viennent avec.

-Et bien, comme ces deux femmes n'ont pas encore été retrouvées… pour l'instant, nous n'écartons pas l'hypothèse qu'elles puissent avoir été enlevées par celui qui était à la recherche de votre sœur. Surtout après ce que… Oh pardonnez-moi! S'arrêta-t-il brusquement pour saisir un objet dans sa poche. Après avoir identifié son interlocuteur, il s'excusa auprès de nous, répondit à l'appel en lâchant une formule de politesse d'une neutralité exemplaire puis fila dans la salle de bain afin de poursuivre sa conversation.

-Non, monsieur. Ce ne sera plus nécessaire, l'avons-nous ensuite entendu rétorquer distinctement à travers la mince cloison de la pièce où il venait de s'enfermer. Oui monsieur le Juge, c'est exactement ça, nous avons déjà investi le domicile de monsieur Gratton. Après avoir porté attention aux propos de son interlocuteur, nous entendîmes le policier reprendre, non, nous n'avons rien à voir avec ça. Ce sont les policiers du poste 22 qui se sont présentés sur les lieux après avoir reçu un appel anonyme. Mais… Quoi? S'étonna-t-il par la suite avant de reprendre d'un ton légèrement boudeur, Non. Comme je vous l'ai déjà expliqué sur votre répondeur, l'informateur a refusé de s'identifier. Toutefois, il a suffisamment inquiété les policiers du poste 22 pour qu'ils envoient une équipe sur place immédiatement. Pardon? S'enquit-il avant de reprendre, oui, c'est précisément ça. Ceux-ci n'ont pas eu à entrer par effraction puisque la porte était déjà ouverte. Un nouveau silence, plus long celui-là régna avant que nous l'entendions reprendre la parole, affirmatif monsieur, c'est le chef du poste 22 qui m'a contacté lorsque ses hommes ont identifié Jane Bennet sur la photo. Oui c'est ça. C'est uniquement suite à cela que nous sommes intervenus… Oui, vous avez raison… c'est certainement un effet de l'alerte Amber. Promis. Très bien monsieur le Juge. Je m'en occupe.

J'eus tout juste le temps de faire signe à Charles de garder le silence avant que le détective ressorte de la petite pièce.

-Je vous retrouverai tous les deux au domicile de monsieur Darcy, ce soir, vers 19h00, nous annonça-t-il alors, sans perdre une seconde.

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-N'y pense même pas Jenna, l'intima Gilles comme la main de celle-ci s'arrêtait au-dessus du couteau qu'il avait négligemment laissé traîner près du pain. Je l'savais, je savais que je ne pouvais pas avoir confiance en toi, poursuivit-il en ramassant le couteau et l'en menaçant.

-Aie! S'écria-t-elle tout à coup en levant les deux bras dans les airs.

-Mon Dieu, mais tu saignes Jenna, s'inquiéta-t-il l'instant d'après en apercevant le mince filet rouge sang qui partait du pied de la jeune femme et qui s'écoulait lentement en contournant un éclat du verre que Samuel avait fait tomber en sortant de table un peu plus tôt. Je croyais que tu avais tout ramassé, ne l'étonna-t-il même pas en passant aussi rapidement de l'inquiétude à la colère. Tu aurais dû tout ramasser tout à l'heure.

-Ça va aller Gilles, insista-t-elle en toute connaissance de cause, préférant de loin que sa colère soit nourrie par son incompétence à ramasser des éclats de verre que par le couteau dont elle avait réellement songé à s'emparer Ce n'est qu'une toute petite entaille.

-Montre-moi ça, insista-t-il en reposant le couteau sur la table et en lui ordonnant de s'asseoir sur la chaise qu'elle venait pourtant tout juste de quitter.

-Va donc plutôt me chercher la trousse de premiers soins que tu gardes dans la salle de bain. Je dois avant toute chose m'assurer de bien nettoyer la plaie…

Soulagée de le voir se mettre en mouvement sans attendre, Jane se redressa prudemment puis tendit la main vers la table. Toutefois, comme elle n'avait toujours pas entendu la porte de la salle de bain s'ouvrir, Jane suspendit son mouvement, tourna la tête pour vérifier où se trouvait Gilles puis le découvrit en train de l'observer, un sourire moqueur sur les lèvres.

-Quand le chat n'est pas là….

-La souris fait le ménage, prétendit Jane en utilisant le fait que sa main s'était arrêtée juste à côté du balai pour le saisir, le ramener vers elle puis l'échapper à nouveau en déclarant, oups, meilleure médecin que femme de ménage j'espère, blagua-t-elle souhaitant ainsi détourner son attention de l'arme blanche qu'elle espérait bien qu'il laisserait derrière lui.

Comme son rire tardait à fuser, elle comprit que son intention avait été décelée. Elle serra les dents derrière le sourire fabriqué qu'elle arborait constamment, l'observa alors qu'il ramassait la paire de menottes, lançait négligemment le couteau dans l'évier puis exposait à sa vue le révolver qu'il gardait sur lui en tout temps, Après toi ma belle Jenna…

« Une heure à la fois », s'encouragea-t-elle, parfaitement consciente qu'avant même de tenter quoique ce soit, advenant le cas où une occasion se présenterait, il lui faudrait tenir compte de la présence de Samuel. En finir avec la petite vie qu'elle avait porté dans son sein avait déjà été assez pénible, elle ne voulait pas de surcroit que le fardeau de la mort de Samuel pèse sur sa conscience.

« Tôt ou tard, il faudra bien que Gilles s'occupe du ravitaillement… songea-t-elle tandis qu'elle sautillait sur un pied afin de ne pas marcher sur sa blessure, à moins qu'il ait déjà chargé ses complices de s'en occuper… »

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-C'était tellement déroutant William… lui confiais-je en m'asseyant à côté de lui, cet homme avait tout exposé sur son mur. Toutes les pistes qu'il a explorées pour retracer Jane s'y trouvaient. Il s'est constitué une ligne du temps dont le point central était ma sœur. On y voyait la date du départ de Jane puis celle du bal de charité de la Debourg Construction. Ensuite, grâce à la couverture photo, Charles et moi on a pu constater qu'il s'était déjà rendu à l'hôpital où Jane travaille puisqu'il disposait d'une photo de celle-ci alors qu'elle discutait avec un patient.

Comme William gardait le silence pendant que j'énumérais l'ensemble de mes observations, mon intuition me souffla que quelque chose ne tournait pas rond dans sa réaction. Il n'en avait aucune en fait. J'allai lui en demander la raison lorsque Charles intervint en reprenant le récit là où je m'étais arrêtée.

-Il y avait aussi quelques photos de moi prises à l'instant où je prenais congé d'elle à l'hôpital… Hey, mais maintenant que j'y pense Élisabeth, fut-il bien obligé de m'interpeller directement puisque mon attention était désormais fixée sur William dont je cherchais à m'expliquer le détachement, il ne possédait aucune photo de l'appartement de Jane… C'est à croire qu'il ne connaissait pas encore son adresse…

-Bonne observation monsieur Bingley, rétorqua le détective me permettant de continuer à observer mon compagnon, c'est également ce que nous en avons déduit.

-Ça expliquerait entre autre chose pourquoi il a essayé de passer par Samuel et moi pour la retrouver, m'en mêlais-je finalement avant de continuer à chercher le détail qui aurait le plus de chance de faire réagir William, ah oui, j'ai oublié de te dire que Gilles Lacasse avait plusieurs clichés de mes parents… et plusieurs photos récentes de l'école Élan… Croyant enfin posséder une nouvelle possédant les qualités nécessaires pour lui permettre d'exprimer autre chose que cette étonnante résignation, je lui résumai alors l'histoire des deux jeunes femmes dont le détective nous avait montré les photos et qui étaient toujours manquantes.

-J'allais justement vous en parler aussi monsieur Darcy, intervint le détective en lui passant les deux images en question.

À l'instar de Charles et de moi-même, le visage de William passa de l'étonnement à l'incrédulité, je ne crois pas avoir déjà vu ces deux femmes auparavant.

-On se croirait dans un cul-de-sac, lâcha l'agent Mercier le moins loquace des policiers que je connaisse, corroborant ainsi mes pires craintes alors que nous étions tous assis dans ce salon lugubre que je détestais maintenant pour une raison encore plus viscérale puisque c'est dans celui-ci que le détective Fraser et son équipe nous tenaient informés de l'évolution de la situation.

-Tout n'est pas encore joué, intervint le détective tout en jetant un œil mauvais en direction de son compagnon, il nous reste quelques cartes à jouer…

-Lesquelles? Me fit sursauter William que le positivisme du détective semblait avoir définitivement éveillé, à ce que je sache, rien de ce que vous avez fait jusqu'à maintenant n'a porté fruit? Intima-t-il directement le détective, ni l'alerte Amber, ni l'appel à la population, ni les interrogatoires, ni le porte à porte, ni même la fouille de l'appartement du principal suspect…

-William! Échappais-je malgré moi, trop choquée par son comportement mais également trop impliquée pour reconnaître chez lui l'un des effets possibles de la peur. Ce ne fut qu'au moment où Charles se dirigea vers la fenêtre devant laquelle William s'était arrêté de marcher pour lui tendre un mouchoir que je repris suffisamment contact avec la réalité pour m'extraire du divan et marcher vers lui.

-Hum, hum, entendis-je l'un des deux agents se racler la gorge dans notre dos.

-Monsieur Darcy, intervint ensuite le détective d'une voix professionnelle qui me semblât tout à coup impossible à concilier avec l'émotion que nous venions tous trois de relâcher, si vous voulez bien tous les trois bien revenir vous asseoir près de moi, je dois maintenant vous consulter sur de la possibilité d'offrir une récompense…

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« Chère Jane,

Pour la seconde fois dans ma vie, je suis obligée de pallier à ton absence par l'écriture de ce journal électronique. Voilà bientôt cinq jours que vous êtes disparus Samuel et toi. Cinq jours et cinq nuits sans nouvelles. Pendant que les policiers mettent tout en œuvre pour vous retrouver, je m'occupe comme je le peux, mais le cœur n'est pas là. Le vide laissé par l'absence de Samuel dans cette vie que j'estimais si bien rangée (avant l'arrivée de William à tout le moins) est désormais impossible à combler. Alors imagine un peu comment je peux me sentir maintenant que s'ajoute à tout cela, la douleur de t'avoir perdue alors que je venais à peine de te retrouver. Alors que je commençais à peine à te re-connaître.

Loin de moi maintenant l'idée de te faire la morale, surtout pas après avoir visité l'appartement où vivait l'homme qui a partagé ta vie assez longtemps pour croire que tu lui appartenais, mais tu ne peux m'empêcher d'être convaincue que papa et toi ayez pris la pire décision qui soit à l'époque et une autre encore après en choisissant de garder toute cette histoire pour vous. À quoi servent nos proches sinon à partager nos peines?

C'est d'ailleurs exactement concernant ce même sujet que William et moi venons de nous disputer violemment. Tu n'as pas idée comme il peut être exaspérant par moment. Surtout quand son opinion diffère de la mienne en sûr… mais bon. Là, cette fois, il a dépassé les bornes. Oser jeter une brique de cette taille sur le mur d'espoir que je venais à peine d'ériger autour de moi.

Voilà que je m'emballe encore. Comment peux-tu comprendre mes propos puisque je brûle sans cesse les étapes? Bon, laisse-moi te raconter ce qui s'est produit dans le moindre détail.

Ça s'est passé ce soir au moment où le détective Fraser nous a tous consultés pour savoir si nous étions d'accord pour promettre une récompense à toute personne qui pourrait faire avancer cette enquête.

Une fois que nous nous fûmes tous ralliés à cette excellente idée, j'ai pu constater un changement d'humeur – à la hausse tu t'en doutes bien – chez la plupart d'entre nous, sauf chez William. Par respect pour lui toutefois, je jugeai bon d'attendre que les policiers soient repartis chez eux avant de le questionner à ce sujet.

-William? Puis-je savoir pourquoi tu ne sembles pas partager notre enthousiasme? Lui ai-je alors demandé en choisissant exprès un mot qui exprimait bien plus que ce que je ressentais réellement dans le but de le faire réagir.

-Est-ce ma faute si vous êtes assez naïfs pour croire que ça va donner quelque chose? S'est-il empressé de me répondre, me mettant aussitôt le cœur et l'esprit en déroute.

-Mais pourquoi t'en prends-tu à moi? Ai-je finalement réussi à rebondir en allant me placer directement devant lui, les deux mains sur les hanches, non sans avoir fourni au préalable et dans les circonstances un effort considérable pour le confronter ainsi devant son ami.

-Bon sang Élisabeth! Ne comprends-tu pas que tout ce que les policiers vont recueillir ce sont des milliers d'appels, de même qu'une quantité inimaginable d'informations totalement inutiles qui nous ferons perdre un temps précieux, m'intima-t-il rudement avant de se passer la main dans les cheveux et commencer à arpenter de long en large cette pièce haïe que les policiers venaient à peine de libérer de leur présence.

-Laisse-moi t'apprendre une chose William Darcy, me suis-je emportée à mon tour profondément vexée, si tu étais venu visiter l'appartement de monsieur Gratton avec nous hier matin au lieu d'aller te cacher dans ton bureau, ai-je besoin d'ajouter ici que ses yeux lançaient des éclairs, tu saurais pour avoir entendu le détective s'entretenir avec un Juge que s'ils ont pu d'investir les lieux si tôt, c'est justement grâce à l'un de ceux que tu écrases à l'avance de ton mépris : un informateur.

-Élisabeth a raison William, a alors bredouillé Charles avant de rougir puis reprendre, à propos de l'appel anonyme je veux dire.

C'est alors que, contre toute attente, William s'est décomposé sous nos yeux devenant soudainement si blême que je jugeai bon de modérer quelque peu mes propos en y ajoutant une pincée de positivisme, ne vois-tu pas William qu'il y a d'excellentes chances pour que cet informateur se manifeste à nouveau… surtout qu'il l'a déjà fait une fois… Alors imagine ce qu'il pourrait faire maintenant… une fois qu'on lui aura brandi une carotte aussi appétissante sous le nez… il va appeler de nouveau, c'est certain.

-Mais oui c'est vrai, renchérit encore Charles, croyant également bien faire, s'il s'agit d'un complice, la récompense promise devrait le convaincre de parler.

C'est alors que William nous estomaqua en nous apprenant que c'était lui qui avait placé l'appel après être entré chez Gratton par effraction. Il se justifia en nous expliquant que s'il avait pris l'initiative de se rendre là-bas en pleine nuit, sans nous en parler, c'était non seulement pour faire accélérer les choses, mais également afin d'être le seul à devoir en assumer les conséquences advenant le cas où quelqu'un l'aurait aperçu se rendant là-bas.

Ô Jane, je déplore tellement que tu ne me connaisses pas encore assez pour savoir que ce n'est pas tant ce qu'il a fait ce soir-là qui m'a dérangé puisqu'au contraire je lui en suis plutôt redevable, mais bien davantage son refus de reconnaître qu'il aurait dû m'en informer.

Se sentant de trop et sans doute bien moins surpris par le geste de son ami de toujours que j'avais pu l'être, Charles s'est finalement excusé auprès de nous puis nous a quittés pour rentrer chez lui, me laissant seule dans la pièce avec cet homme que j'aimais de toute mon âme, mais devant lequel je me tenais résolument de dos et le plus loin possible.

Le silence qui régnait dans la pièce était d'une telle lourdeur que je ne pouvais que rester là sur place, statufiée.

Je dois avouer à mon corps défendant qu'à ce moment-là, je me croyais l'avatar de la victime et qu'à cet égard, j'estimais que c'était à lui de faire le premier pas. De prendre la parole. Ce qu'il ne fit pas évidemment. Ou plutôt pas comme je l'aurais voulu, souhaité.

Lorsqu'au bout d'un temps interminable je l'entendis exhaler un profond soupir, je fis volteface certaine que mon silence en était la cause, puis le suivi des yeux tandis qu'il se dirigeait vers le bar et se servait un verre de Whisky.

Si la froidure de son regard ne m'avait pas déjà chassée de la pièce, cette phrase à elle seule peut suffire à expliquer ma fuite, tu avais raison semble-t-il… toi et moi… ça va trop vite.

Juste avant de fermer la porte derrière moi, je le vis porter son verre à ses lèvres, le regard perdu dans la contemplation du feu qui brûlait continuellement dans l'âtre, envieuse de sa gorgée d'alcool, puisque celle-ci, contrairement à moi, avant d'être engloutie, avait pu sentir une dernière fois la chaleur de sa paume…. »

Incapable de poursuivre ma lettre à cause de la peine qui m'anéantissait, je rabattis le couvercle de mon portable pour éviter de l'inonder, laissai mes sanglots rythmer mon déplacement jusqu'au lit, me glissai sous les couvertures déconcertée par mes propres gémissements puis m'agrippai désespérément au pyjama de mon fils avant de le porter jusqu'à mes narines.

-Où es-tu mon loup?

À suivre…

D'après vous... leur couple est-il assez solide pour résiter? Mais plus important encore, Samuel s'en sortira-t-il?