Ouf! Difficile pour moi de rester de marbre en postant cet avant dernier morceau d'histoire considérant que je perdrai bientôt ce contact privilégié avec toutes celles qui ont pris la peine - depuis le début ou plus récemment - de m'envoyer des commentaires ou encore de communiquer avec moi en privé. J'ai beau le répéter à chaque fois, je crois que jamais je n'insisterai assez sur l'importance qu'il y a pour moi (comme pour toutes les autres jeunes femmes qui publient sur ce site) de connaître vos impressions et votre ressenti. La grande force d'un site comme celui-ci n'est-il pas justement de permettre les échanges directs entre un auteur et ses lectrices? Que vous le croyez ou non, vous avez voix au chapitre! Vous pouvez même influencer le cours d'une histoire simplement en prenant la peine de livrer vos impressions. Alors je vous en prie, ne soyez pas timides. Faites-vous entendre - faites vous lire. En terminant, je me permets de saluer chaleureusement Mimija dont c'était l'anniversaire de naissance hier. Bonne lecture, Miriamme.
Dix-huitième partie
Quelques années plus tard.
Pendant que George posait délicatement l'urne contenant les restes de son compagnon dans sa petite fosse, je contemplai tristement tous ceux qui s'étaient déplacés pour lui, et me renfrognai en songeant à l'absence de ses parents.
« Les aurais-je prévenus si George ne me l'avait pas suggéré quelques heures avant que Simon nous quitte? » m'interrogeais-je sérieusement. Certainement pas, conclus-je en repensant aux sentiments mitigés qui m'avaient longuement fait hésiter. Il faut dire que contrairement à George, je les connaissais assez bien pour les avoir fréquentés pendant quelques années, j'avais ensuite accompagné Simon à l'heure de la grande déclaration, mais surtout, j'avais été témoin de la réaction en chaîne que celle-ci avait provoquée puis avais même pressenti son aboutissement ou plutôt son développement en rupture définitive. Voilà pourquoi j'étais en mesure d'affirmer que ceux-ci ne saisiraient pas la main tendue et s'abstiendraient de venir faire la paix avec leur fils.
En définitive, si vous voulez mon avis, ce couple gagne haut la main la palme des pires géniteurs au monde. Car fiez-vous à moi, je ne crois pas qu'on puisse utiliser un autre terme que celui-là pour désigner un homme et une femme qui estiment avoir le droit d'AVORTER d'un homme qu'ils ont mis au monde il y a plus de vingt ans et qui plus est, ont osé m'offrir une réponse aussi dénuée d'humanité:
« Pas la peine de nous rappeler pour les funérailles Élisabeth, nous n'irons pas. Pour nous, Simon est mort le jour où vous êtes venus ensemble et où il nous a annoncé qu'il était homosexuel ».
Pour ma part, je ne cherchais même plus à essuyer les larmes qui coulaient le long de mes joues. Le veston de William en avait même absorbé une bonne partie au moment où je m'étais réfugiée dans ses bras. Toutefois, puisqu'une seconde zone humide se trouvait presque à la même hauteur mais de l'autre côté, reflet parfaitement symétrique de ma douleur, je lorgnai du côté de Samuel et sentis mon cœur de mère se serrer en devinant que c'est lui qui m'avait imité.
Après tout, Simon avait été la figure paternelle de ses premières années. Avant qu'il ne rencontre William Darcy évidemment.
Pendant que George dépliait d'une main tremblante une feuille de papier afin de nous lire un extrait de l'hommage qu'il avait écrit pour Simon, je sentis une petite secousse au bas de ma robe noire et baissai la tête pour écouter ce qu'Aurélie tentait de me dire.
-Voir Vincent?
-Pas tout de suite, chuchotais-je avant de voir apparaître une certaine moue sur son visage et la rassurer, mais ne t'en fait pas mon ange, tu auras le temps de voir ton cousin un peu plus tard, terminais-je en écrasant légèrement le bout de son nez.
Mon ami
Mon frère
Mon âme sœur
Simon était celui que j'attendais
Celui qu'il me fallait pour que je puisse me reconstruire.
Grâce à lui, j'ai appris à aimer qui je suis
Sans lui, je n'aurais jamais eu de seconde chance
Oh, mais j'y pense. Je vous dois des excuses. En fait, je suis impardonnable, vraiment! Comment pourriez-vous connaître ma fille puisque je ne vous ai jamais parlé d'elle. Et bien, sans plus tarder et pour faire une histoire courte, sachez que petit ange a été conçu la nuit où William et moi avons fait la paix pour de bon. La veille de cette fameuse rencontre avec les policiers. La rencontre que Charles, William et moi avons pris l'habitude de nommer « la rencontre de tous les espoirs » puisque c'est à partir de ce moment-là que les choses se sont accélérées ou si vous préférez, que le vent a définitivement tourné.
Ce matin-là, au lever, je me sentais étrangement nauséeuse, mais comme j'avais déjà éprouvé un malaise presqu'identique auparavant et que les deux causes identifiées à ce moment-là s'étaient également répétées (je manquais de sommeil et avait peu mangé), je n'ai donc pas songé un seul instant qu'il pouvait s'agir d'autre chose. Alors encore moins d'une grossesse. En fait, il aurait fallu pour cela que je prenne conscience d'avoir, depuis quelques temps, négligé de prendre mes anovulants. Mais, trop de choses s'étaient produites et en si peu de temps.
Je vous remercie en son nom d'être là pour assister à son grand départ
Car vous êtes sa famille, sa vraie famille
Celle qu'il a choisie et à laquelle il tenait comme à la prunelle de ses yeux
Adieu Simon, je t'aime et t'aimerai toujours
Je n'oublierai jamais que je te dois tout
Ni que c'est en te côtoyant que je suis devenu meilleur…
Je pinçai les lèvres pour ne pas recommencer à pleurer et m'arrimai au visage blême de Jane qui se tenait debout à la gauche de Charles avec son nouveau-né dans le bras. Le fameux cousin qu'Aurélie ne se lassait pas de contempler.
Les dernières paroles de George me revinrent à la mémoire : « c'est en te côtoyant que je suis devenu meilleur… » J'esquissai un sourire en me disant que personnellement, je n'aurais jamais cru la chose possible. Et je n'étais pas la seule évidemment. Mais c'était arrivé pourtant. Toutefois, en ce qui me concerne, ce n'était pas la première fois que j'étais témoin d'une telle transformation chez un homme. Charlotte Lucas la première m'avais surprise en réussissant la même chose avec son époux. J'estime toutefois que George se distingue de William Collins en ce sens qu'il a su faire preuve d'une humilité remarquable en rendant à César ce qui lui revenait ou si vous préférez, en prenant publiquement le temps de remercier Simon devant tous ses proches. C'est-à-dire devant « sa vraie famille» pour reprendre sa judicieuse expression.
-Tu étais un saint Simon, termina George sur le souffle, prêt à s'écrouler.
-Et toi George, son premier miracle, me souffla William à voix basse tout contre mon oreille.
William avait raison bien sûr, mais il n'en demeure pas moins que jamais Simon n'aurait pu connaître une fin aussi agréable si George n'avait pas été auprès de lui. S'il n'était pas resté dans sa vie envers et contre tous, car Dieu m'est témoin que nous lui avons fait la vie dure au début. Et ce, à compter du jour où je l'ai surpris nu sortant de la chambre de mon ami.
Mais assez de détours, revenons-en justement à cette inoubliable fin de matinée et plus précisément au moment où William était venu me cueillir aux abords du parc Lafontaine et où il m'avait annoncé extrêmement tendu, que le détective Fraser nous convoquait de toute urgence.
-Il t'a dit quelque chose? L'ai-je pressé, même si la tête me tournait et que j'avais mal au cœur.
-Non… il m'a seulement dit que c'était urgent.
-Charles? M'inquiétais-je alors, encore trop confuse pour deviner que William s'était déjà chargé de le prévenir.
-Il nous attend chez nous… poursuit-il, me prenant tellement par surprise que je ne pus que ravaler ma prochaine question. D'ailleurs, au cas où, à l'instar de William vous ayez pensé que mon étonnement était dû à la présence de Charles, sachez que mon ébahissement avait plutôt tout à voir avec l'expression utilisée par William et qui me prouvait que, par défaut, il m'associait à son foyer.
-J'arrive de chez Simon, me ressaisis-je, toujours aussi émue par ailleurs, mais déterminée à prendre les grands moyens pour me changer les idées. La surprise que m'avait réservée Simon avait d'excellentes chances de me permettre d'y arriver.
-Après ou avant être allée dans ton logement?
-Après… Il… Simon n'était pas seul, l'appâtais-je, me demandant encore s'il se souvenait de m'avoir confié quelque chose à ce sujet.
-Il t'a dit pour Wickham? Jeta-t-il alors un œil inquiet dans ma direction.
-Je l'ai vu… Il était chez Simon, lui appris-je, soulagée que l'attention soutenue que requiert la conduite m'eut épargné de lui expliquer pourquoi je devins subitement rouge.
-Ça ne durera pas ces deux-là! Professa-t-il alors.
Un silence s'installa entre nous deux, mais comme l'anxiété s'en nourrissait, je me mis immédiatement en quête d'un nouveau sujet de conversation.
-Maman! Trouvais-je alors.
Après avoir exhalé un second soupir, William m'apprit qu'il avait assisté à son départ, Ton père est venu la chercher vers 10h00. Je lui ai cédé mon bureau à son arrivée et une heure plus tard ils en sortaient tous les deux apparemment réconciliés et se déclarant prêts à quitter la maison pour rentrer à Sutton. Ils venaient juste de partir d'ailleurs quand j'ai reçu l'appel des policiers. Et c'est mieux ainsi je crois, car s'il en avait été autrement, je suis certain que ton père aurait voulu rester.
-Seigneur! Commentais-je en roulant des yeux, c'est heureux qu'ils soient partis. Je suis sincèrement désolée que tu aies rencontré ma mère alors qu'elle traversait une crise. Ses crises sont toujours épiques. En fait, pour être plus juste avec elle, je dois admettre que lorsqu'elle est médicamentée, elle agit de manière «presque normale», quoiqu'elle demeure un peu fragile. Par contre, chaque fois qu'elle finit par se convaincre qu'elle n'a plus besoin de prendre sa médication, alors là, elle devient franchement… insupportable.
-Ne t'en fais pas pour moi, m'offrit-il un sourire moqueur, je travaille avec des femmes au quotidien.
En temps normal, je lui aurais fait payer ce genre de remarque. Je l'aurais certainement chatouillé, ou du moins aurais-je essayé, mais là, avec le cœur au bord des lèvres et incapable de penser à autre chose qu'à cette intrigante convocation, je me contentai de sourire et poser ma main sur sa cuisse. De manière très possessive, je l'admets.
-Et au bureau ça s'est passé comment? Tu as pu voir Louis? Changea-t-il de sujet à son tour.
-J'ai surtout discuté avec Nicolas Grimard, celui qui me remplace. Louis n'était pas là quand je suis arrivée. Mais comme il s'est montré avant mon départ, j'ai pu discuter avec lui pendant quelques minutes. Mais je ne suis plus inquiète. Nicolas est un bon comptable. Idex est entre de bonnes mains.
En arrivant à la maison, nous semblions tous les deux beaucoup plus sereins, mais certainement seulement en apparence. La première personne que nous vîmes en pénétrant dans le vestibule fut Charles et comme celui-ci alla frapper trois petits coups secs sur la porte derrière laquelle nous attendaient les policiers, nous comprîmes qu'il s'agissait d'un code – préalablement convenu entre Charles et le détective Fraser - pour l'informer de notre arrivée.
-Ils t'ont dit quelque chose ? S'informa William pendant que de mon côté, je luttais contre le vertige en fixant un point précis sur la porte qui nous séparait de l'information.
-Non, entendis-je Charles chuchoter pendant que monsieur Miron s'inclinait devant moi pour m'offrir un rafraichissement.
J'eus à peine le temps de le prier de me préparer une petite collation que le détective Fraser se manifestait pour nous demander de se joindre à lui.
-Je passerai prendre ma collation dès que j'en aurai l'occasion, prévins-je celui qui me contemplait tristement, ayant sans doute compris bien avant moi que je n'aurais pas le temps de me sustenter.
J'en eus pour ma part l'intime conviction uniquement lorsque nous pénétrâmes dans le salon et découvrîmes non seulement les deux agents auxquels nous nous étions accoutumés, mais cinq officiers de police supplémentaires possédant chacun un titre différent. Deux d'entre eux étaient affublés de casques d'écoute et étaient assis devant un microphone fixé à un appareil de communication hautement sophistiqué.
-Mais qu'est-ce…
-Asseyez-vous ! Nous ordonna le détective sans perdre une seconde, ni même s'excuser d'avoir coupé la parole au propriétaire de la maison. Voilà où nous en sommes, car même depuis ce matin, les choses ont grandement évoluées.
Tandis qu'il nous entraînait vers le divan où nous avions l'habitude de nous asseoir, une tension soudaine gagna le corps de William, passa de sa main à la mienne, se développa en une vilaine grimace et aurait pu franchir mes lèvres sous forme d'un cri de douleur si mon compagnon n'en avait pas pris conscience et n'avait pas aussitôt relâché sa prise. Charles de son côté, non moins nerveux et debout sur ses deux pieds, commençait à arpenter la pièce de long en large tout en se passant la main dans les cheveux.
-Je vous suggère de vous asseoir monsieur Bingley, le prévint le détective, avant de renchérir et le lui ordonnant.
-Pardonnez- moi, s'excusa le pauvre homme en s'asseyant à mes côtés, Je vous écoute.
-Ce matin à la première heure, un homme est entré en communication avec mes hommes en passant par le numéro des renseignements que nous avions publié en même temps que l'offre de récompense, nous étonna le détective Fraser.
Inutile de vous dire qu'après cette entrée en matière, nous étions tous suspendus à ses lèvres.
-Cet homme s'est ensuite présenté à nos bureaux, mais uniquement une fois que je lui eus assuré qu'il ne ferait l'objet d'aucune poursuite. Je n'eus aucun mal à le lui promettre et avais l'intuition que ses informations pourraient nous mener là où Gilles Lacasse garde en otage le docteur Arbour et le petit Samuel.
-Vous pensiez qu'il s'agissait d'un complice ? S'enquit Charles le premier.
-En effet. D'ailleurs avant que je vous parle cet homme plus en détails, sachez qu'il nous a fourni l'adresse exacte du chalet où il est allé déposer Gilles, sa femme et son fils, car c'est en affirmant que le docteur Arbour et lui-même étaient mariés que le suspect a réussi à convaincre notre informateur.
-Avait-il aussi quelque chose à voir avec les deux autres enlèvements et le meurtre de monsieur Gratton ? S'intéressa alors William.
-Nous en reparlerons un peu plus tard si vous voulez bien, lui répondit-il avant de reprendre, là, tout de suite, ce qui importe, c'est la mission qui est en cours…
-Monsieur ? L'interpella l'un des deux agents qui portait un casque d'écoute. Identité confirmée, précisa-t-il ensuite avant de retirer son casque et le tendre en direction du détective, Le Sergent Brière attend vos instructions, monsieur.
Après avoir exhalé un profond soupir, le détective se dressa sur ses deux pieds puis enfonça le casque d'écoute sur sa tête afin de s'adresser à l'agent. Lorsque nous l'entendîmes ordonner à son interlocuteur de répartir ses hommes autour de la résidence afin de s'assurer en tout premier lieu de la présence des deux otages, je sentis mon estomac se retourner et me précipitai dans la salle d'eau attenante afin de rendre le peu que celui-ci contenait.
-Lizzie, ça va ? S'inquiéta William qui m'avait suivi de près et qui m'aida ensuite à me rendre à peu près présentable, une fois que je l'eus rassuré en lui apprenant que je m'étais sentie nauséeuse depuis le début de la matinée.
-Je dois avoir mal digéré notre souper d'hier soir, trop peu dormi aussi, affirmais-je pour finir, lui emboîtant déjà le pas pour retourner là où j'estimais que notre présence était non seulement souhaitée, mais requise.
-Jane et Samuel sont là, nous apprit Charles aussitôt que nous revînmes dans la pièce. Le contact du détective vient de le lui confirmer.
-Très bien Sergent. Je vous confie la direction des opérations. À vous de choisir la meilleure façon de vous y prendre pour les sortir de là, ordonna le détective avant de saisir son casque entre ses deux mains, s'adresser une dernière fois à son interlocuteur afin de lui rappeler de le prévenir en cas de problème, retirer ses écouteurs puis revenir vers nous.
-Où sont-ils exactement ? Lui demanda William sans plus attendre.
-Dans un village appelé Val-David, nous apprit le détective pendant qu'il faisait signe à son compagnon de ramasser ses affaires.
-Dans les Laurentides ?
-Oui. Lacasse a pris possession d'un chalet qui est abandonné depuis trois mois, continua-t-il pendant qu'il reboutonnait sa veste.
-Est-ce loin d'ici ? M'enquis-je alors, tout en me demandant ce que le détective allait faire de nous.
-Le village de Val-David est situé au nord de Montréal, à environ 80 kilomètres, m'expliqua-il avant de me faire baisser mon anxiété d'un cran en nous prévenant, si nous partons maintenant, d'ici une heure maximum, nous serons sur place.
Une fois que William eut prévenu Georgianna qu'il la laissait en charge de la maison avec monsieur Miron, que le détective eut terminé de donner ses instructions à son collègue de même qu'aux agents supplémentaires qui étaient là depuis le début de la matinée, nous prîmes tous place à bord de la fourgonnette de la sûreté du Québec.
Pendant une bonne dizaine de minutes, ni Charles, ni William, ni moi-même n'osâmes prendre la parole. Nous étions captivés par les brefs échanges codés que s'échangeaient régulièrement le détective Fraser et celui qui le représentait sur les lieux.
Au bout d'une quinzaine de minutes, le Sergent Brière s'adressa au détective une dernière fois pour lui apprendre qu'il allait maintenant libérer les ondes se considérant prêt à tenter d'entrer en communication avec le suspect. Lorsqu'il précisa que son objectif était de convaincre Gilles Lacasse de libérer ses otages, je frissonnai malgré moi et serrai fermement la main de William.
Comme le silence était en train de faire son nid dans l'habitacle et que mon anxiété enflait à vue d'œil, je priai le détective d'utiliser le temps qui nous restait pour nous expliquer comment leur informateur s'était retrouvé complice de Gilles Lacasse.
-Il a rencontré le suspect dans un bar, débuta-t-il son récit. Ils ont rapidement sympathisé, se découvrant plusieurs points communs. Toutefois, malin comme un singe, Gilles a fini par convaincre notre homme de l'aider à retrouver sa femme. Il a prétendu ne pas avoir eu l'occasion de s'expliquer avec elle avant son départ et estime avoir été injustement traité à cause de cela.
-N'importe quoi… Échappa Charles.
-Ils se seraient perdu de vue pour un certain temps, mais puisque Lacasse avait pris soin de recueillir les coordonnées de notre homme, dès qu'il a cru avoir mis la main sur Jane, il l'a contacté pour lui rappeler sa promesse. Presque satisfait de constater qu'au moins l'un d'entre nous réagissait en roulant des yeux, en l'occurrence William, l'enquêteur laissa échapper un petit rire sec puis reprit, puisque notre homme était déjà connu des policiers, il nous a été facile d'établir que jamais il n'aurait pris part à un enlèvement sans avoir été largement dédommagé.
-Surtout qu'il a récidivé par la suite… opina Charles.
-Bonne observation. Ah oui, j'ai oublié de vous mentionner que j'ai également tenté de lui tirer les vers du nez afin de connaître l'identité du troisième complice, mais à cet égard, il est resté muet comme une taupe. Par contre, il prétend que c'est en apercevant les photos des deux premières victimes qu'il a décidé à nous appeler.
-Tu parles… c'est plutôt on voyant l'annonce de la récompense, renchérit Charles d'un ton aussi méprisant que le détective avant lui.
-En fait non. Cette fois vous vous trompez monsieur Bingley. Car tout ce que souhaite notre homme ou plutôt ce qu'il exige, c'est de ne pas être embêté par la police. En un mot, il souhaite obtenir notre pardon, mais ce qui est encore plus étonnant, notre protection.
-Ça alors ! M'exclamais-je une seconde avant mes deux compagnons.
-Il a peur de Lacasse. Car, si ce qu'il nous a confié est vrai, il aurait été contacté par le troisième complice pas plus tard qu'hier soir. Celui-lui affirmait avoir reçu des menaces de mort de la part du Lacasse lui-même.
-Lacasse l'a menacé de lui faire la peau s'il parlait, précisa le compagnon du détective, tout en conduisant le véhicule.
Un long silence régna dans l'habitacle le temps que la fourgonnette sorte de l'autoroute puis s'engage sur un petit chemin de campagne.
-Que va-t-il se passer quand nous arriverons là-bas ? Qu'attendez-vous de nous ? Intervint finalement William après avoir exhalé un profond soupir et avoir jeté un œil dans ma direction.
-En fait, vous devrez attendre ici même à bord de ce véhicule. Mais, s'il advenait que j'aie besoin de l'un de vous pour une raison ou pour une autre, j'enverrai un homme vous chercher, nous expliqua-t-il avant de prendre son portable et rappeler le Sergent Brière pour l'informer de notre arrivée.
Quand notre véhicule eut franchi la barrière de voitures de police et croisé les deux ambulances qui avaient été envoyées sur les lieux en cas d'urgence, il s'immobilisa enfin. Après nous avoir mentionné à nouveau ce qu'il attendait de chacun de nous, le détective descendit de la fourgonnette pour aller s'entretenir avec celui que nous identifiâmes comme étant le Sergent Brière en raison tout d'abord du gilet pare-balles qui couvrait son uniforme, mais surtout fortement impressionnés par l'autorité qui se dégageait de toute sa personne.
-Bonjour Madame Bennet, me salua-t-il en dernier lieu lorsqu'il vint se présenter à notre petit groupe et nous expliquer ce que son équipe et lui s'apprêtait à faire. Il est possible que j'aie besoin de vous dans quelques minutes, car j'ai bon espoir que le suspect accepte de libérer votre fils.
Tardant à lui répondre tant le cœur me débattait, je m'empressai de hocher la tête puis de balbutier un vague remerciement.
Lorsqu'il fut reparti et que nous nous retrouvâmes seuls tous les trois, l'air ambiant se chargea d'électricité tant nous étions anxieux, mais aucun de nous n'osa briser le silence, craignant sans doute que cela contribuerait à détourner notre attention de ce qui se passait à l'extérieur. Nos souffles, nos mouvements, nos soupirs, tout était amplifié, tout était souligné au gros trait.
Jusqu'à ce que…
Jusqu'à ce que la porte avant de la maison s'ouvre et que j'aperçoive mon fils. Le temps s'était alors étrangement figé autour de moi, le sang pulsait extraordinairement lentement dans mes veines et j'avais volontairement arrêté de respirer. Les yeux rivés sur Samuel, je m'étonnai de le voir regarder derrière lui, mais me rassurai en m'imaginant que c'était pour écouter Jane, qui de l'intérieur, l'encourageait à poursuivre son chemin.
C'est alors que William requerra mon attention vers l'endroit où se trouvait le Sergent Brière. Celui-ci gesticulait tellement qu'on n'aurait pu croire qu'il dansait sur place. Fronçant les sourcils, j'ordonnai à mon cerveau de recommencer à traiter l'information et compris que puisqu'il se tenait en retrait des forces de l'ordre, le Sergent me faisait tout simplement signe de venir le rejoindre. Sans plus attendre, je détachai ma ceinture puis quittai le véhicule pour marcher vers lui.
-Maman ! Entendis-je la voix de mon fils se rapprocher comme j'arrivais derrière la barrière de policiers. Samuel me sauta alors dans les bras, éclata en larmes puis m'entraîna dans une danse sans fin, la tête complètement scotchée dans mon cou, sans cesser de scander mon prénom.
-Emmenez-le avec vous, m'ordonna le détective qui arrivait en même temps que moi près du chef de l'opération.
-Il nous reste encore un otage là-dedans, me fit remarquer le Sergent Brière tandis que je rebroussais chemin et m'éloignais d'eux.
-Sam ! S'affola William qui émergea de la fourgonnette au moment même où nous l'atteignions.
-PAPA ! S'écria Samuel tout en projetant le haut de son corps dans sa direction au risque de me déséquilibrer.
Imbriqués, agglutinés, emmêlés les uns sur les autres, William et moi franchîmes le peu d'espace qui nous séparait encore de la fourgonnette, pénétrâmes dans l'habitacle, notre fils fermement accroché à nos deux cous, trop émus pour entendre raison, mais tout de même pressés de le savoir loin de tout ça.
-Content de te voir Samuel, l'accueillit Charles lorsque nous eûmes refermé la porte de la fourgonnette.
-Salut Charles, bredouilla celui-ci avant de revenir se blottir entre nous.
-Tatie Jane m'avait prévenue… elle m'avait dit que vous alliez venir…mentionna-t-il pendant que nous comblions notre besoin viscéral de le toucher et de le humer, ivres de bonheur et débordant d'émotion.
-Comment aurions-nous pu faire autrement mon loup, fondis-je en larmes.
-On n'a jamais arrêté de te chercher. De vous chercher, tous les deux, compléta William tout en laissant ses larmes se perdre dans la chevelure bouclée de son fils.
Trois coups frappés sur la vitre avant de la fourgonnette, nous fit tous sursauter. Lorsqu'il réalisa que c'était avec lui que le détective souhaitait s'entretenir, Charles s'empressa de sortir du véhicule pour aller le rejoindre à l'avant. Le voyant rebrousser chemin très rapidement, je le suivi des yeux pendant qu'il ouvrait la portière du véhicule et l'écoutai attentivement lorsqu'il s'adressa à moi, le détective Fraser souhaite que vous repartiez le plus vite possible en emmenant Samuel avec vous. Il craint que la situation s'envenime, si vous voyez ce que je veux dire…
-Oh ! Réagis-je la première avant de froncer les sourcils, mais… qu'en est-il de Jane ? C'est ma sœur, ajoutais-je,certaine que Charles pourrait comprendre mon dilemme.
-Je vais rester moi… je serai là pour m'occuper d'elle, m'annonça-t-il. Occupez-vous prioritairement de votre fils.
-Très bien, déglutis-je avant de ramasser la main qu'il me tendait déjà et la porter à mes lèvres pour l'embrasser.
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-Après avoir passé plus d'une heure à tenter de convaincre Gilles de se rendre, j'ai bien failli baisser les bras, reprit Jane lorsqu'elle commença à rapporter sa version des faits au détective Fraser, le lendemain des événements. Puis, lorsque votre négociateur l'a menacé d'utiliser les grands moyens, je l'ai senti fléchir suffisamment pour m'essayer de nouveau. C'est à ce moment-là que je lui ai fait la promesse de l'aider à se soigner. Je suis même allée jusqu'à prétendre qu'une fois médicamenté, il pourrait vivre presque normalement, continua-t-elle, d'une voix chevrotante, entrecoupant chacune de ses idées de sanglots silencieux.
« Ils vont me tirer dessus, c'est certain », a-t-il prétendu alors, « J'ai vu la haine dans leurs yeux quand j'ai ouvert la porte pour laisser partir Samuel », a-t-il ajouté ensuite, presque entièrement replié sur lui-même.
C'est alors que je me suis abaissée à son niveau. Lui ramassant les deux mains avec lesquelles il se couvrait entièrement le visage, j'ai ajouté, « fais-moi confiance Gilles. Au nom de cet enfant que nous avons perdu quand j'ai fait ma fausse couche, sortons ensemble… comme une vraie famille », ai-je même bluffé, priant pour que mon affirmation soit assez convaincante.
Et ça a marché, reprit-elle sa narration. Gilles s'est levé silencieusement, m'a fait signe de passer devant lui. Alors ensuite, marchant un pas derrière moi, il m'a suivi tandis que j'ouvrais la porte d'entrée et me glissais à l'extérieur où on aurait pu entendre une mouche voler.
Lorsque mes yeux eurent terminé de s'ajuster à la lumière crue du soleil, j'ai réalisé que l'un des vôtres braquait son arme dans notre direction et n'ai pas hésité une seconde à hausser les bras puis à vous prier de ne pas tirer puisque nous nous rendions.
Baissant la tête pour exhaler un profond soupir, Jane ramassa le verre d'eau que lui avait servi le détective en arrivant puis en avala une bonne gorgée avant de reprendre, évidemment, à ce moment là vous ne pouviez pas savoir que si je m'exprimais ainsi, c'était pour me conformer au personnage que j'avais été obligé de jouer pour Gilles. Celui que j'ai été forcée d'endosser après qu'il eut trouvé la copie du journal sous le lave-vaisselle. C'est-à-dire, le rôle d'une femme qui est prête à quitter le pays avec son amoureux et en kidnappant l'enfant de sa sœur.
-Si je me fie sur ce que nous a déjà confié le Sergent Brière dans son rapport, c'est exactement à ce moment-là qu'il se serait replacé devant vous en position de tirer.
-Oui… C'est d'ailleurs pour ça que je me suis adressée à lui d'un ton haineux et que je me suis arrêtée de marcher pour lui répéter qu'il n'était pas nécessaire de tirer sur nous puisque nous acceptions de nous rendre, reprit-elle son récit en se raidissant sensiblement.
-Ce à quoi le sergent aurait répondu : « Qu'il vous laisse d'abord partir », releva alors le détective.
-« Je suis là de mon plein gré », ai-je rétorqué de mon côté, « Gilles ne m'a fait aucun mal », ai-je ajouté ensuite sans me rendre compte que j'avais baissé les bras pour les placer le long de mon corps.
-Geste que le Sergent dit avoir interprété comme une menace de votre part. Il nous a confié que c'est pour ça qu'il a osé vous narguer en mentionnant les deux femmes que Gilles avait enlevées avant vous. Celles dont on a retrouvé les corps et qu'il avait ensevelies sous la maison d'un homme dont il s'est également débarrassé, termina le détective, nullement étonné de voir la jeune femme qui lui faisait face se décomposait à nouveau. Après tout, n'avait-elle pas eu exactement la même réaction devant le Sergent ? N'était-ce pas justement le choc d'apprendre que Gilles était un assassin qui l'avait fait vaciller alors, offrant ensuite une excellente opportunité au Sergent pour tenter d'atteindre le suspect ?
Incapable de rependre la parole, Jane sentit son estomac se nouer comme la scène se reconstituait devant elle, au ralentit. Elle se souvint d'être tombée à genoux, d'avoir entendu la porte de la maison se refermer brusquement, puis d'avoir entendu le Sergent ordonner à ses hommes de l'éloigner de là afin qu'ils puissent investir les lieux et arrêter le suspect.
Toutefois, au-delà de la terrible colère qu'elle avait ressentie en apprenant que Gilles avait osé prendre trois vies, c'est la culpabilité qui l'emporta définitivement lorsque le bruit sourd d'un coup de feu retentit de l'intérieur de la maison et qu'elle comprit qu'il s'était donné la mort.
-Je l'ai détesté pour ce qu'il avait fait… bien que je n'aie pas souhaité sa mort, éclata-t-elle en larmes, mais je ne voulais pas non plus qu'il vive, compléta-t-elle.
-Bien docteur Arbour, reprit le détective après avoir apposé sa signature au bas du document et l'avoir retourné pour le placer devant la jeune femme, quand vous aurez apposé votre signature au bas de ce formulaire… pourrez aller rejoindre votre sœur et votre ami, lui apprit le détective en lui tendant une boîte de papiers mouchoirs.
Dédaignant les mouchoirs, Jane redressa la tête, ramassa le stylo puis griffonna son nom au bas du rapport que le policier venait de rédiger à partir de son verbatim. Dans un parfait silence, elle s'essuya les yeux, ramassa son sac à main puis se dirigea vers la sortie.
-Euh, docteur Arbour ? Vous oubliez votre copie du rapport ? La poursuivit le détective en arrivant derrière elle avec un duplicata.
-Je n'ai besoin de rien pour me souvenir de ce que s'est passé là-bas, lâcha-t-elle avant de franchir la porte.
…À suivre….
L'épilogue viendra d'ici quelques... quelques commentaires... Lol.
Miriamme...
