Chasse aux fantômes

Chapitre 2

Carolina et Aeris parcoururent les rues de Midgar, qui commençaient à s'assombrir alors que le soleil disparaissait peu à peu. L'adolescente pénétra ensuite dans la Tour Shinra et se dirigea sans hésitation vers l'ascenseur, à qui elle demanda « gentiment » de monter jusqu'au dernier étage. En fait, elle donna juste un magnifique coup de poing sur le bouton afin d'activer la surface tactile, puis elle choisit dessus l'étage où elle voulait se rendre en manquant de peu d'exploser l'écran, comme à son habitude. En constatant la lenteur de l'appareil, Aeris ne put s'empêcher de pouffer, amusée.

- Quelle rapidité…

- Ah ben ça, tu peux le dire… marmonna Carolina, les mains dans les poches. La pointe de la technologie, tu peux pas trouver mieux… ajouta-t-elle avec ironie, reprenant une phrase que Reno lui répétait souvent.

La Cetra eut un sourire face à la réaction de la jeune fille. Celle-ci soupira, puis finit par lâcher, les yeux fixés sur l'horizon :

- Alors, pour Rufus… je lui dis quoi, du coup ? La vérité… ?

- C'est-ce que je ferais à ta place, lui conseilla la jeune femme. Après, c'est toi qui vois.

- Ok… Rah, mais il a décidé de battre son record de lenteur ce machin ou quoi ?!

Aeris rit de nouveau, Carolina sautilla quelques instants en grognant, au risque de coincer l'ascenseur, et le long trajet se poursuivit dans le silence… si l'on excepte toutes les injures lancées par la jeune fille.

Une petite dizaine de minutes plus tard, elles arrivèrent au soixante-deuxième étage. Sortant de l'ascenseur, Carolina jeta un coup d'œil autour d'elle. Rien n'avait changé à cet étage depuis qu'elle s'y était rendue tout à l'heure pour faire son rapport au Président en compagnie d'Elena, mais… il y avait un truc qui clochait. Un peu inquiétant.

- Aeris ? souffla-t-elle, soucieuse. T'es passée où ?

- Ne t'en fais pas, je suis toujours près de toi, fit la voix de la Cetra. Je ne suis simplement plus visible à tes yeux, mais tu peux encore ressentir ma présence si tu te concentres suffisamment.

Comme pour Chaos, pensa l'adolescente avec un léger sourire.

- D'accord. Et… mais ça va durer combien de temps ? s'inquiéta-t-elle.

- Aussi longtemps que je le veux, lui répondit Aeris, une pointe d'amusement dans la voix. Regarde.

La fantôme apparut à côté d'elle, puis disparut, avant de se mettre à… clignoter, puis de redevenir totalement invisible une fois de plus. La jeune fille dut se mordre les lèvres pour ne pas éclater de rire. Voir Aeris… clignoter… c'était quand même une grande première pour elle ! Sur Terre, sa PS2 avait certes tendance à buger (la faisant rager pendant des heures, voire des jours lorsque sa partie avait été « accidentellement » supprimée), mais ça n'allait tout de même pas jusque-là.

- Ok, j'ai compris.

Carolina s'approcha de la porte du bureau de Rufus, s'immobilisa face à elle et ferma les yeux, inspirant un grand coup. Elle se sentait un peu stressée. Presque comme la première fois qu'elle l'avait rencontré. Puis elle tendit le bras, frappa, attendit quelques instants et entra. Prête à affronter son destin… et le regard à la fois foudroyant et si troublant du Président Shinra.

- Bon courage.

- Merci, murmura-t-elle.

En entendant frapper à sa porte, Rufus releva la tête et aperçut Carolina qui entrait. Il dissimula un sourire derrière ses mains jointes. Il se doutait qu'elle viendrait bientôt le voir. En la voyant partir vers l'Église des Taudis, il savait qu'elle serait de retour dans peu de temps… et qu'en à peine une heure, quelque chose se serait modifié chez elle.

- Carolina, la salua-t-il avec un signe de tête.

- Rufus, l'imita-t-elle. Je dois vous… il va falloir que je quitte les Turks un moment.

- Pour quel motif ? l'interrogea-t-il, bien qu'il le sache déjà. Tu comprends, rajouta-t-il, l'unité des Turks est particulière… il me faut une bonne raison pour accepter ton départ.

- Oui, je sais…

Elle resta silencieuse un moment, hésitante, tête légèrement baissée, se demandant si elle allait suivre le conseil d'Aeris. Le Président patienta, s'adossant au fond de son fauteuil, jambes et bras croisés. À vrai dire, il était curieux de voir si Carolina allait lui dire la vérité ou non. Et puis, il trouvait… amusant de la voir hésiter ainsi. Bon, c'était peut-être un brin sadique, il le reconnaissait. Mais il aurait fait de même avec n'importe que Turk venant lui annoncer son départ, alors pourquoi pas elle ? Il savait qu'elle était particulière. Dès qu'il avait entendu parler d'elle, avant même de la rencontrer, il avait fait le rapprochement avec sa mère, cette scientifique qu'il avait connue des années plus tôt et qui avait mystérieusement disparue. Sans forcément y croire, il avait entendu des histoires sur Jenifel Harner, cette femme apparemment capable de voir des esprits. Il se doutait bien que sa fille possèderait le même pouvoir… Finalement, l'adolescente redressa la tête et son regard bleu océan déterminé croisa les yeux d'un bleu glacé de Rufus. Elle s'était décidée.

- Vous le savez très bien, lâcha-t-elle. Comme ma mère, je peux voir les fantômes. Certains ont quitté la Rivière de la Vie. Je dois les y renvoyer. Et cette mission est bien plus importante que celles des Turks. Voilà pourquoi je dois quitter mon unité, acheva-t-elle sombrement avant d'ajouter : Mais notez bien que je n'ai rien demandé. Cette décision est indépendante de ma volonté.

Crispée, les poings serrés, elle attendit la réponse du Président. Réponse qui ne tarda pas à venir. Il soupira, l'air résigné. Évidemment, il le savait. Connaissant son pouvoir, il se doutait bien qu'elle ne pourrait pas demeurer longtemps à la Shinra… Mais cela étonna grandement Carolina. Jamais, au grand jamais, elle n'avait vu Rufus résigné. Combatif, déterminé, ambitieux, oui. Résigné… jamais. Et ce regard qu'il lui lançait à cet instant… encore une fois, et ce malgré son départ imminent, il parvenait à la troubler. Elle avait du mal à croire ce qu'elle lisait dans les yeux d'un bleu de glace du Président. Non… était-il réellement… triste de la laisser s'en aller ainsi ? Vraiment ? Ou se mettait-elle soudainement à avoir des hallucinations ?

- Très bien, fit-il simplement. Tu devras cependant laisser certaines affaires ici. Ta tenue de Turk, tes épées, ton arme à feu.

- Je… ?

- Tu pourras tout laisser sur le lit.

- … Et… Pas le portable ? demanda l'adolescente d'une petite voix.

Rufus réfléchit à peine dix secondes et lui répondit tout en esquissant un sourire :

- Non, pas le portable. Tu peux le garder. Après tout… n'était-ce pas également un cadeau d'anniversaire pour tes dix-sept ans ?

Oui… l'un des nombreux « outils » utilisé par les Turks, mais aussi un cadeau d'anniversaire. Offert par Reno le soir même. Lorsqu'il était entré dans sa chambre sans permission et qu'elle lui avait balancé son oreiller dans la figure. Il avait éclaté de rire. Et lui avait offert ce magnifique portable blanc. Ces instants partagés… c'était fini, désormais, pour le moment.

- Merci…

Le Président haussa les épaules, puis se pencha sur le côté et fouilla dans un tiroir. Après quelques instants de recherche, il en sortit une bourse en cuir brun fermée par un lacet noir qu'il tendit ensuite à la jeune fille. Celle-ci la prit timidement, lui murmurant de nouveau un faible « merci » au passage et entreprit de jeter un coup d'œil dans ladite bourse. Elle contenait une énorme quantité de petites pièces dorées. Et, euh… elle était assez lourde.

- Des gils… ? Vous êtes sûr que… commença-t-elle, mais il l'interrompit rapidement.

- Oui. Tu t'es remarquablement bien débrouillée durant cette dizaine de jours où tu as travaillé ici.

Il ajouta d'un ton indifférent en désignant la bourse :

- Au moins deux mille. Peut-être plus, je n'ai pas réellement compté, à vrai dire…

- D… Deux mille… ?! s'étrangla l'adolescente brune aux magnifiques reflets dorés. Mais...

C'était plus d'argent qu'elle n'en avait jamais possédé de toute sa vie. Elle n'osait même pas y croire. Il lui donnait vraiment deux mille gils, comme ça, tranquillement, comme si de rien n'était ? Il était fou ?

- Être Turk ne présente pas que des inconvénients… et puis, disons que c'est également… pour t'aider à accomplir ta nouvelle mission, justifia-t-il.

- Très bien… murmura-t-elle en serrant la bourse contre elle. Alors… merci beaucoup, Rufus. Merci. Et… à bientôt.

Elle lui adressa un dernier regard puis se retourna vers la porte. Alors qu'elle posait sa main sur la poignée, elle entendit encore une fois derrière elle la voix du Président.

- Si jamais tu te trouves dans une situation délicate et que tu as besoin d'aide, n'hésite pas, appelle. Et… Carolina ?

- Oui ? souffla-t-elle sans oser se retourner.

Elle craignait vaguement ce qui allait suivre. Il sembla hésiter un instant.

- Si un jour ta mission s'achève et que tu ne sais plus quoi faire… sache qu'il y aura toujours une place pour toi parmi les Turks, dit-il doucement. Peu importe ce qu'en disent les autres. Même Elena. Tu seras toujours la bienvenue à la Shinra.

Mais oui bien sûr, songea-t-elle amèrement. Toujours le même refrain…

Pourtant, au plus profond de son cœur, elle sentait que Rufus était sincère, cette fois. Alors elle hocha simplement la tête et quitta la pièce. Après son départ, le Président se remit au travail, mais ses pensées étaient ailleurs. Il souhaitait à la jeune fille bien du courage pour s'occuper de ces fantômes. Il savait que sa tâche serait compliquée, peut-être plus qu'elle-même ne le pensait. Car les morts ne reposaient pas toujours en paix.

OOOOO

À bord de l'ascenseur, Carolina redescendit jusqu'au quarante-deuxième étage et pénétra dans la sixième chambre du couloir. Aeris apparut soudainement, tranquillement assise sur le lit, la faisant sursauter.

- Pas mal, ta chambre, dis donc ! lui lança-t-elle sur un ton enjoué.

- Je trouve aussi, répondit l'adolescente avec un sourire triste tout en récupérant ses vêtements dans un placard. Dommage de la quitter, je m'y plaisais bien…

- Tu n'as pas le choix.

- Je sais, fit simplement Carolina, un tas de linge dans les bras. Bon, je vais me changer dans la salle de bains… Tu rentres pas, s'te plaît ?

- Bien sûr, ne t'en fais pas, la rassura la fantôme en voletant autour de la pièce. Je ne m'appelle pas Cid.

- Papa rentrerait ? s'alarma Carolina dans l'autre pièce tout en enfilant son jean.

- Oh que oui, lui apprit Aeris sur un ton amusé, élevant un peu la voix afin qu'elle puisse l'entendre. Et sans frapper, en plus de ça.

- Eh ben… c'est bon à savoir… grommela la jeune fille en retirant sa chemise blanche de Turk.

- Comme tu dis.

Après s'être changée et avoir donc remis son T-shirt, son jean et ses baskets terriennes, Carolina sortit de la salle de bains et retrouva ainsi la Cetra, qui l'attendait patiemment et était revenue s'asseoir sur le lit. Elle posa ses habits ainsi que ses deux épées et son revolver.

- Pff… j'aurais bien aimé les garder celles-là… soupira l'adolescente en désignant ses armes. Mais bon… on y va, Aeris ?

- Fais comme tu veux, je te suis, lui répondit la jeune femme.

- Ok, ben alors… en avant.

Après avoir balayé une dernière fois sa chambre de Turk du regard et avoir laissé ses yeux posés peut-être un peu plus longtemps qu'il ne l'aurait fallu sur son pistolet noir et brillant qu'elle s'apprêtait à abandonner temporairement, Carolina quitta la pièce, accompagnée par la fantôme qui avait décidé de redevenir invisible. Elle repartit à l'ascenseur et, les mains dans les poches de son jean bleu foncé, observa distraitement le paysage qui défilait. Elle pensait à tous les autres Turks. Comment réagiraient-ils face à son départ ? Elena n'en serait pas fâchée. Non, elle en serait même carrément ravie. Rude, aucune idée. Elle ne l'avait pas beaucoup côtoyé depuis son arrivée. Tseng serait peut-être mécontent de perdre un membre de son groupe. Surtout qu'apparemment, il trouvait qu'elle ne se débrouillait pas si mal que ça, d'après les échos qu'elle avait entendu récemment. Quant à Reno… il allait râler, évidemment. En une dizaine de jours, ils avaient eu le temps de faire connaissance et de s'apprécier… Carolina le considérait comme son meilleur ami. Et, oui, elle était effectivement… triste de le quitter. Oui, elle l'avouait, elle était triste à l'idée de quitter pour une durée encore indéterminée cet espèce de pignouf roux qui la faisait souvent marrer et qu'elle appréciait beaucoup, mine de rien et malgré toutes ses conneries. Mais à vrai dire… elle n'était pas mécontente de ne croiser personne maintenant. Imaginer leurs réactions, ça pouvait aller. Mais se retrouver face à eux alors qu'elle s'en allait… non. Sûrement pas. Et puis, de toute façon, elle avait toujours détesté les adieux et les aux revoir. Peut-être d'ailleurs était-ce à cause de cela qu'elle avait eu tant de mal à se remettre de la mort de Jenifel. Elle avait eu du mal à accepter son départ et à lui dire adieu.

Parvenue finalement au rez-de-chaussée de la Tour Shinra, l'adolescente brune aux mèches blondes quitta les lieux et se mêla à la foule. Une fois à l'extérieur, elle interrogea sa camarade fantôme, à voix basse afin de ne pas passer par une folle en parlant toute seule :

- Direction le Septième Ciel ?

- Bonne idée. Je te suis, répondit simplement la Cetra.

- Ok alors c'est parti.

Et la jeune fille se dirigea vers le bar de son amie Tifa, situé quelques rues plus loin. Eh oui, car désormais, elle était tout à fait capable de se diriger dans Midgar. Enfin, presque. Contrairement à ses premières sorties où elle ne cessait de se perdre. En y repensant, l'adolescente esquissa un sourire amusé. Ça n'avait pas été simple, au début… mais maintenant, ça pouvait aller. Et à vrai dire, elle s'améliorait de jour en jour. Elle commençait à s'habituer à ce monde. Et d'ailleurs c'était tant mieux, vu les aventures qui l'attendaient…


Bonjour, bonsoir ! Voilà le second chapitre de "Chasse aux fantômes", j'espère qu'il vous a plu ! N'hésitez pas à laisser une review pour donner votre avis (bon ou mauvais) ! :-)

Merci de votre lecture et rendez-vous vendredi prochain pour le chapitre trois ! Ciao tout le monde et bonne semaine à tous ! :-)


Réponses aux reviews du chapitre 1 :

Yasu : Désolée pour Sephy, mais cette histoire d'aile, j'ai pas pu résister ^^ Et Rufus n'a pas fait une tête si bizarre que ça, finalement... ;-)

Melior : Ne t'inquiète pas, je comprends tout à fait ^^ En tout cas, contente de te revoir ! :-) J'espère que ces nouvelles aventures te plairont !