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Chasse aux fantômes
Chapitre 16
Le motard arrêta son moteur et retira ses lunettes d'une main, ébouriffant un peu plus ses cheveux blonds et révélant un étonnant regard bleu Mako. Pas de doute, c'était bien lui. L'adolescente ne s'était pas trompée.
- Carolina ? fit-il avec surprise en la reconnaissant également.
Il y eut un court silence, puis ils marmonnèrent tous les deux en chœur en évitant le regard de l'autre :
- Désolé.
- Tes livraisons ? demanda ensuite la jeune fille, tentant de deviner la raison de la présence du mercenaire dans ce coin paumé.
- Bingo, lâcha-t-il. Enfin... je viens de finir. J'allais repartir à Midgar... Et toi, tes fantômes ?
Elle coula un regard en direction des deux esprits qui l'accompagnaient et se contenta d'un bref hochement de tête, préférant ne pas trop s'étendre sur le sujet. Tout comme pour son père, mieux valait ne pas prévenir Cloud de la présence à ses côtés du fantôme de Sephiroth... quoique question réaction, il fallait avouer qu'elle faisait quand même plus confiance à l'ex-SOLDAT qu'à son pilote de père. Euh, enfin… ouais, ça pouvait se discuter, à bien y réfléchir. Parce qu'après tout, il s'agissait quand même de Sephiroth.
- Qui ?
- Kadaj.
Les yeux de Cloud s'assombrirent et ses mains se crispèrent involontairement sur le guidon de sa moto. Ce n'étaient certainement pas de bons souvenirs qui remontaient à la surface en cet instant. Il détourna le regard, remit en route le moteur de son engin, puis lança sur un ton peut-être un peu plus dur qu'il ne l'aurait voulu :
- Faut que j'y aille. Bon courage…
- Salut, Cloud. Hé, euh... tu mangeras avec nous, ce soir ?
- Ouais, t'inquiète.
- Cool, c'est Marlène et Denzel qui vont être contents, commenta Caro avec un sourire. Bon, alors à ce soir.
- Salut.
Le blond la quitta, ne laissant derrière lui qu'un nuage de poussière qui s'éleva dans les airs et la fit éternuer. Aeris et Sephiroth se rapprochèrent d'elle.
- Toujours le même, commenta simplement l'argenté, un sourire narquois au coin des lèvres.
- C'est-à-dire ? l'interrogea Carolina.
- Une tête de hérisson apeuré.
- Pas apeuré, corrigea la Cetra en réprimandant son compagnon fantôme du regard. Tête de hérisson suffira.
- Soit...
Carolina laissa échapper un rire. Il faut dire que cette description convenait parfaitement à Cloud. Et à l'époque d'« Advent Chlidren », le mot « apeuré » aurait lui aussi convenu... mais cette époque était révolue. Se tournant vers l'ancien Général, elle l'interrogea finalement, redevenant sérieuse :
- Seph, tu peux voir où est Kadaj, s'il te plaît ?
- À une condition.
- Hm ?
- Que tu arrêtes de m'appeler Seph, marmonna l'ancien Première Classe en la foudroyant du regard.
- Oh... pourtant ça te va bien, regretta-t-elle. Tu préfères peut-être que je t'appelle... Sephy ? Ou bien Sephounet ? Non, attends, je sais... Sephynouchet ! rajouta-t-elle avec un grand sourire un brin moqueur, ne pouvant résister à l'envie de le taquiner un peu.
- ... Hum... Finalement, Seph suffira... se résigna-t-il dans un soupir excédé avant de fermer ses yeux félins.
Aeris et Carolina échangèrent un regard amusé, mais avant qu'elles ne puissent émettre un seul commentaire, Sephiroth leur fit savoir avec une pointe de contrariété dans la voix :
- Il n'est plus ici... il se dirige vers Midgar.
Un grand silence accueillit sa déclaration.
- Et merde ! finit par lâcher l'adolescente en donnant un coup de pied dans une petite pierre qui passait par là. Eh ben, direction Midgar ! En avant toute, les amis !
Et, sans plus accorder une once d'importance à la petite ville dans laquelle elle se trouvait toujours, Carolina fit volte-face et se dirigea à grands pas vers la sortie du village. Les deux fantômes la suivirent sans un mot. Aeris espérait secrètement qu'elle allait bientôt se calmer, parce que là, elle avait quand même l'air très énervée. Et ça, c'était mauvais signe, généralement. Sephiroth, quant à lui, répéta dans sa tête les derniers mots que la brune leur avait lancés, n'en croyant pas ses oreilles.
En avant toute, les amis... ? Nous ne sommes plus que des fantômes. Des esprits immatériels qu'elle est la seule à pouvoir distinguer. Et elle nous considère comme des amis ? Pour Aeris, passe encore, elles ont l'air de se connaître depuis un bout de temps. Mais pour moi… ?
Pendant que l'adolescente dévorait son sandwich tout en discutant avec Aeris (la bouche pleine, bien sûr, ce qui lui valut une nouvelle réprimande de la Cetra), l'ancien première Classe réfléchissait. Il était plus déstabilisé par ces paroles qu'il ne le laissait paraître. Il trouvait cela étrange. Mais ce qu'il ne savait pas, ou à peine, c'était que Carolina le connaissait presque aussi bien qu'il se connaissait lui-même. Qu'il était l'un de ses personnages préférés. Qu'elle était compatissante envers lui, à cause de tout ce qu'il avait subi. Et qu'elle avait tendance à s'attacher très vite aux personnes qu'elle aimait. Conséquence de son enfance esseulée, sans doute. Alors... il était un ami, pour elle. Son cœur se serra. Les seuls qu'il avait autrefois pu appeler de ce nom étaient Angeal et Genesis. Peut-être Zack, aussi. Trop peu de personnes. Si vite disparues, sans crier garde.
Très bien. En route pour Midgar, Carolina. Mon… amie.
Et, sans qu'il sache exactement pourquoi, il sentit son cœur se serrer. Oui, elle était son amie, désormais. Elle comptait sur lui. Et il ne trahirait pas sa confiance. Parole de SOLDAT. Et un SOLDAT n'a qu'une parole.
- Attention, lâcha soudain l'adolescente brune aux mèches blonde d'un ton sombre.
- Quoi ? demandèrent les deux fantômes, aussitôt sur le qui-vive, à l'affût du moindre danger.
- Bouchez-vous les oreilles. Je vais hurler.
Aeris eut à peine le temps de faire signe à l'argenté d'obéir que la jeune fille mettait sa menace à exécution. La Cetra esquissa un sourire. C'est qu'elle commençait à bien la connaître, sa Carolina... et elle avait raison : là, l'ex-Turk était vraiment très TRÈS énervée. Et elle le fit savoir à... à peu près tout le monde. Enfin... personne, plutôt. Complètement seule dans les plaines de la région de Midgar avec pour seuls et uniques compagnons deux fantômes, l'adolescente hurla à s'en casser la voix, maudissant ce dernier fantôme d'Incarné qui lui donnait dix fois plus de fil à retordre que tous les autres réunis. Oui, Yazoo avait été particulièrement chiant à trouver, mais lui, c'était pire. Et tant pis si en gueulant ainsi comme une demeurée, elle attirait tous les monstres du coin. Au moins, ça la défoulerait.
- KADAJ, JE T'EMMEEERDE ! beugla-t-elle aussi fort qu'elle put.
Et leur route se poursuivit tranquillement... enfin, tranquillement... seulement si l'on excepte le fait que la jeune fille ne manquait pas d'imagination lorsqu'il s'agissait d'insulter des gens. En particulier un certain fantôme d'Incarné...
Son père tout craché, tiens... songea Aeris avec résignation tout en étouffant un soupir.
OOOOO
Une fois de retour à Midgar... et une fois que Carolina se fut calmée... la chasse au fantôme reprit. Alternant une fois de plus entre Sephiroth et elle, ils tentèrent de localiser le revenant, mais la tâche s'annonçait bien plus difficile qu'à Kalm. Midgar était une grande ville, beaucoup plus grande que le petit village paumé d'où ils venaient. Et Kadaj, bon joueur (peut-être même un peu trop...), ne cessait de se déplacer, faisant enrager l'adolescente.
- Si je l'attrape... il va morfler ! gronda-t-elle.
- C'est un fantôme, tu ne pourras pas lui faire grand-chose mis à part le renvoyer d'où il vient, objecta Aeris, qui malgré cette chasse harassante, n'oubliait pas que le jeune homme n'était pour rien dans les sombres manigances de Jénova.
- M'en fous. Y va crever cet enfoiré.
La Cetra soupira. Carolina était tellement à cran qu'elle ne réfléchissait même plus à ce qu'elle disait. Kadaj était un fantôme, il ne pouvait pas mourir une seconde fois. Le plus sage serait peut-être de tout arrêter pour aujourd'hui et de recommencer la poursuite demain... mais il n'en était pas question pour la jeune fille, qui, trop aveuglée par la rage qu'elle éprouvait en cet instant pour l'Incarné, ne sentait même pas sa fatigue qui montait peu à peu. Sephiroth sentait lui aussi la colère l'envahir petit à petit, mais pourtant il se contrôlait et conservait son calme. Lui aussi voulait poursuivre cette chasse. Il était temps que cela finisse. Ah, ça oui, on pouvait dire que Kadaj jouait bien avec leurs nerfs... mais pourtant, tout comme la jeune femme brune habillée de rose, il savait que l'adolescente s'épuisait vainement. À courir ainsi après l'argenté, ils n'obtiendraient aucun résultat, et pourtant... il voulait y croire... Ils voulaient tous y croire.
Continuant sa marche, tous ses sens en alerte et son esprit focalisé sur cette cible sans cesse en mouvement, Carolina ne remarqua pas qu'elle commençait à trembler. Le regard fiévreux mais déterminé, elle faillit tomber et s'appuya sur un mur. Cela ne l'arrêta pas et elle poursuivit sa route, obstinée mais chancelante sur ses jambes. Kadaj la poussait à bout. Il était si proche, et l'instant d'après... elle le localisait à l'autre bout de la ville. Elle le haïssait. Elle voulait le faire disparaître. Et rien ni personne ne l'en empêcherait... jamais. Elle serra les dents.
Jamais, jamais, jamais.
Oui, mais c'était sans compter sur les deux fantômes qui l'accompagnaient, et qui veillaient sur elle. Inquiète quant à son niveau de fatigue, Aeris s'était alarmée lorsque l'adolescente avait trébuché. Elle n'avait fait qu'échanger un simple regard soucieux avec Sephiroth, et celui-ci s'était empressé de hocher la tête. Il était grand temps d'arrêter la brune et de la faire regagner le Septième Ciel. Elle était si épuisée que cela devenait trop dangereux pour elle de continuer ainsi.
- Carolina...
À nouveau appuyée contre un mur pour se maintenir debout, la jeune fille tourna la tête et observa la douce Cetra. Ses yeux bleu océan s'étaient assombris et brillaient d'une fatigue qu'elle s'obstinait à ne pas ressentir. Elle vacilla et dut vraiment forcer sur ses jambes pour ne pas s'effondrer au sol. Cependant, elle lui lança d'une voix sèche, énervée de devoir s'interrompre dans ses recherches :
- Quoi ?
- Tu devrais rentrer te reposer.
- Non, je continue. Il n'est pas loin, marmonna-t-elle en serrant les dents.
- Carolina, je t'en prie, insista la jeune femme, les mains sur les hanches et l'air mécontent. Sois raisonnable. Rentre.
- Non !
Un cri de rage avait jailli de sa bouche. Elle le sentait, Kadaj était juste là, il se moquait d'elle et de sa faiblesse ! Elle allait le retrouver et lui en faire voir de toutes les couleurs ! Elle n'était pas la fille de Cid Highwind pour rien, bordel ! Alors il allait crever, cet enfoiré d'Incarné ! Ignorant Aeris, mâchoire serrée, l'adolescente voulut poursuivre sa route. Mais incapable d'effectuer un pas de plus, elle s'effondra contre le mur quelques mètres plus loin, une étincelle de fureur scintillant dans son regard sombre et troublé. La fantôme soupira et secoua doucement la tête, bénissant le fait qu'ils se trouvaient dans une ruelle isolée et donc peu fréquentée.
- Aussi bornée que son père, fit-elle, avec un léger sourire tout de même. Sephiroth, s'il te plaît ?
L'ancien Première Classe hocha de nouveau la tête, comprenant aisément la demande de la Cetra, et vint se planter devant l'adolescente. Celle-ci, les yeux mi-clos, ne distingua face à elle qu'une paire de bottes noires. Ce qui ne la fit penser qu'à une seule personne, sur laquelle son esprit était focalisé non-stop depuis plus de quatre heures.
- Kadaj... grogna-t-elle.
Elle se frotta les yeux, réalisant peu à peu son état de fatigue. Lorsqu'elle finit par se rendre compte que l'argenté qui venait de s'accroupir face à elle était Sephiroth, et non Kadaj, elle se sentit honteuse. Honteuse de les avoir confondus, tous les deux. Ils étaient pourtant si différents. Honteuse de ne pas les avoir écoutés, lui et Aeris. Oui, elle mourait de fatigue, et ce n'était que maintenant qu'elle s'en rendait compte ! Mais quelle idiote ! Quelle… conne ! Même Cid n'aurait pas été obstiné jusque-là... enfin... peut-être que si, en fait. Son regard clair et lumineux plongé dans celui, obscur et tourmenté de la jeune fille, Sephiroth lui murmura d'un ton qu'il voulut le plus doux possible, quoiqu'un tantinet réprobateur, quand même :
- Carolina, tu es exténuée. Nous avons passé la journée à le chercher. Rentre. Nous continuerons demain et nous le retrouverons, je te le jure. Mais pour le moment, tu dois te reposer, c'est clair ?
- Oui... souffla-t-elle sans baisser les yeux.
- Très bien. Dans ce cas... je ne peux pas te contrôler pour te ramener moi-même au Septième Ciel...
- T'as plutôt… pas intérêt.
- ... mais à la place, je peux faire ça, lâcha l'argenté.
Il tendit le bras et sa main gantée de cuir noir s'enfonça dans le corps de la jeune fille, à l'endroit même où battait son cœur. Au même moment, elle sentit une douce chaleur l'envahir, comme si elle venait de se plonger dans un bain. Elle avait l'impression qu'un autre liquide que du sang coulait dans ses veines, un fluide magique, qui lui redonna force, courage et espoir. C'était une incroyable sensation que jamais elle n'avait eu et que jamais elle ne devrait ressentir à nouveau. C'était un cadeau de la part de Sephiroth. Un précieux cadeau… de la part de son ami.
- Que… Qu'est-ce que tu m'as fait ? l'interrogea-t-elle tandis qu'elle parvenait à se relever.
- Disons que je t'ai... transmis un peu de mon énergie, lui expliqua l'ancien SOLDAT tandis qu'un frêle et discret sourire se profilait sur ses lèvres. Pour que tu puisses regagner le bar sans encombre et tenir jusqu'à ce soir.
Elle l'observa sans un mot. Elle trouvait ce geste incroyable, même venant de sa part. Elle jeta un coup d'œil autour d'elle tandis qu'elle faisait demi-tour, mais aucune trace d'Aeris. Sans doute avait-elle voulu les laisser seuls pour le moment.
- Merci, Sephiroth... lui dit-elle.
- Je t'en prie.
- Tu vois, ne put-elle s'empêcher de le taquiner, j'avais raison.
- Hm ?
Tandis qu'il voletait à ses côtés, il lui lança un regard en coin étonné. De quoi parlait-elle ?
- Quand Jénova ne te contrôle pas... tu es quelqu'un d'admirable. En qui on peut avoir toute confiance. Tu es un homme bien... Seph, rajouta-t-elle avec un clin d'œil.
Sincèrement troublé par ces paroles, il demeura silencieux, esquissant à peine un sourire lorsqu'elle l'appela ainsi par ce surnom au sujet duquel ils avaient déjà eu une discussion récemment. Non, elle avait tort... elle se trompait... peut-être était-ce le cas auparavant, mais il ne serait plus jamais « quelqu'un de bien » après ce qu'il avait subi et fait subir à cause de Jénova. Et pourtant, ce que venait de lui dire l'adolescente remettait tout cela en question. Si, à ses yeux, il était réellement « quelqu'un d'admirable », comme elle le prétendait... alors sans doute n'était-elle pas la seule à le penser ? Peut-être pourrait-il être pardonné... Peut-être un jour serait-il expié de ses crimes passés. Peut-être enfin pourrait-il vivre en paix sa vie de fantôme dans la Rivière de la Vie. Peut-être pouvait-il... recommencer à espérer. Peut-être n'était-il en réalité pas si mauvais qu'il ne le croyait.
Tant de « peut-être ». Si peu de réponses. Mais l'espoir renaissait en lui. Lentement, mais sûrement. Grâce à elle.
- Merci, lâcha-t-il finalement alors qu'ils s'approchaient enfin du Septième Ciel après de longues minutes de marche silencieuse.
- De quoi ? s'étonna Carolina.
- De m'avoir ouvert les yeux...
Et voilà le chapitre 16 de "Chasse aux fantômes", j'espère que ça vous a plu ! Merci de votre lecture et n'hésitez pas à laisser une petite review ! ;-)
Excusez-moi pour le retard, mais il se trouve qu'hier, mon ordinateur a décidé de bouder et de ne plus m'ouvrir mes documents Word... enfin bon, on a eu une petite discussion "amicale" et tout est rentré dans l'ordre :-)
Je vous donne rendez-vous vendredi prochain pour le prochain chapitre de "Chasse aux fantômes" (le dernier avant les vacances !) et je vous souhaite en attendant un(e) bon(ne) matinée / après-midi / soirée / journée / nuit / week-end / semaine !
Bisous et à bientôt ! :-)
Réponses aux reviews du chapitre 15 :
Yasu : "Kadajifié"... à quand l'ajout de ce mot dans le dictionnaire ? x') En tout cas, ta Crevette n'en a pas fini de nous faire rager, crois-moi ;-)
