Nous commençons à entrer dans le vif du sujet...bonne lecture.
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L'entrée de Drago Malefoy et de sa clique fut presque aussi impressionnante que celle de l'ambassade de l'union, soit une dizaine de personnes. Les seuls sorciers en sécurité, ici. Drago fit en sorte de paraître entouré de ses amis, comme si ceux-ci montaient une garde loyale devant leur astre céleste.
L'arrivée du célèbre fils de Lucius déclencha des murmures dépités et dédaigneux dans les rangs de l'Ordre. Ron renifla bruyamment à l'oreille de Hermione.
-Regarde-le se pavaner, comme s'il était une sorte de divinité ou je ne sais pas quoi.
Hermione hocha la tête en détaillant son ennemi qui resplendissait ce soir. Cela, évidemment, elle ne l'aurait dit à personne. Il était magnifique. Elle frémit en réalisant réellement sa pensée.
-Il n'a pas changé depuis Poudlard, soupira-t-elle simplement.
-Oh que si, nota Ginny qui foudroyait le blond du regard. En pire.
Ron hocha vigoureusement la tête. Lui et sa sœur cadette se mirent alors à marmonner des insultes à l'égard de Malefoy fils, tandis que Hermione, pensive, suivait le blond du regard. Il marchait avec une nonchalance étudiée, saluant ici et là froidement les invités de l'Ordre du Phénix et les Mangemorts. Lucius, à l'autre bout de la salle, l'attira à lui pour le présenter aux ambassadeurs. Une sorcière allemande dans le lot fondait littéralement. Quand il lui baisa les doigts avec un sourire en coin, elle eut l'air d'être prête à s'effondrer sous l'émotion. Ron ricana en glissant un bras protecteur autour de la taille de Hermione.
À ce moment précis, comme s'il n'attendait que cela pour se manifester, Drago Malefoy pivota la tête vers eux. Il coula un regard rapide et dégoûté sur Ginny et les autres, offrit à Ron une œillade assassine, puis ses yeux heurtèrent ceux de Hermione.
Elle n'aurait su dire ce qui se passa exactement à ce moment-là, mais elle comprit mieux la sorcière allemande. Elle avait devant elle un meurtrier, un Mangemort effroyablement mature pour son âge, le disciple de Voldemort en personne disait-on, et pourtant elle ne voulait qu'une chose. Qu'il ne la quitte plus jamais des yeux. L'échange fut bref, mais d'une intensité rare. Puis, lentement, doucement, comme au cœur de l'horreur, Hermione vit un sourire étirer ses lèvres pâles et minces. Un sourire à faire froid dans le dos. Carnassier. Elle frissonna en comprenant ce qu'il voulait. Ce soir, elle serait sa proie.
Hermione répugnait quelque peu à tuer son ancien camarade d'école, mais il allait falloir qu'elle frappe avant lui. À ce moment-là, elle regrettait presque les yeux glaciaux du père de sa Némésis qui la mettaient à nu.
Drago lui fit un clin d'œil dévastateur de charme et de vice quand il fut certain qu'elle avait compris. Et se détourna vers Parkinson qui minaudait. D'ordinaire il l'aurait réprimandée pour l'interrompre, mais elle lui fournissait une excellente excuse pour se détourner en premier de Granger, et laisser celle-ci mariner dans son jus.
-Par les caleçons de Merlin, jura doucement Ron en resserrant son emprise sur la taille de sa petite amie, c'était quoi, ça ?
-Tu as vu, toi aussi ? Fais attention à lui, Hermione, ajouta Lee Jordan dans un souffle inquiet.
Hermione se contenta de hocher la tête puis, tout le monde se tourna vers Lucius Malefoy qui venait de se tapoter la gorge avec un « Sonorus » puissant.
-Chers amis, commença-t-il d'une voix doucereuse. Je vous remercie d'avoir répondu à notre invitation au Manoir Malefoy. Mais je ne veux pas vous retenir avec des discours interminables. Aussi, je vous souhaite de passer une excellente soirée !
Il leva son verre de Champagne pétillant avec un sourire hypocrite décoché envers l'ambassade.
La foule applaudit poliment. Le Bal était lancé. La fin arrivait. La fin de toute une époque.
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Décidant que l'union fait la force, Hermione, Ron, Ginny, Lee, Neville et Luna décidèrent de rester ensemble. Ils grignotèrent quelques petits-fours en buvant un verre, sans aller vers la piste de danse, quand ils virent le professeur McGonagall, vêtue d'une robe écossaise, se précipiter vers eux.
-N'oubliez pas que vous avez comme obligation de côtoyer les Mangemorts, souffla-t-elle doucement. Je vous supplie de faire bonne impression devant l'ambassade...mais de faire attention à vous.
-Vous voulez que nous allions vers les Mangemorts, se révolta Neville à voix basse.
Minerva leur offrit un regard perçant par-dessus ses lunettes.
-C'est exactement ce que je veux, Londubat. Nous sommes ici pour cela. Ne vous perdez pas de vue les uns des autres. Clair ?
Un silence buté lui répondit et elle plissa les yeux, profondément menaçante.
-Est-ce que c'est clair ?
-Oui professeur, marmottèrent-ils sans enthousiasme.
Minerva hocha la tête et dit,
-Le plus avisé serait que vous commenciez par ceux de votre âge. Allez-y maintenant.
Ils s'éloignèrent en traînant des pieds et Minerva soupira en vidant d'une traite son verre de whisky. Elle en avait besoin. Qui sortirait vivant de ce sarcophage de masse ?
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Cinq minutes.
C'était tout ce dont elle avait besoin.
Les hostilités n'étaient pas encore lancées et tout le monde était pour l'heure trop occupé à se remplir l'estomac et à frotter l'ambassade dans le sens du poil pour faire attention à une seule personne. N'est-ce pas ?
Alicia Spinnet déglutit, baguette en avant, en s'enfonçant plus avant dans les profondeurs du Manoir Malefoy. Une pause pipi s'exigeait en vitesse. Elle avait demandé le chemin du petit coin à l'elfe, Pinky, qui lui avait rendu sa baguette pour s'illuminer le temps de s'y rendre, mais elle s'était trompée dans sa course, affolée d'être découverte en dehors des lumières festives et trompeuses de la salle de bal. Et ce Manoir était immense.
Ici il faisait noir. Les rares portraits dormaient. Ses petits talons claquaient en rythme sur les dalles glaciales et son souffle saccadé, plus par l'angoisse que par sa course étaient les seuls bruits à rompre le silence. Une goutte de sueur coula de son front, se perdant dans son cou. Elle pouvait humer l'odeur de peur qu'elle dégageait, comme un animal traqué.
Et pourtant elle était seule. En apparence du moins.
Sa baguette éclairait faiblement le pénombre. Son cœur frappait douloureusement contre sa poitrine. L'avait-on suivie ?
Soudain, elle reconnut, en débouchant dans un nouveau couloir, la porte à battants noire que Pinky avait détaillé comme étant les toilettes.
Parfait.
Alicia accéléra sur les derniers mètres jusqu'à sprinter, tant la pression se faisait forte sur sa poitrine. Elle allait mourir de peur si elle n'y arrivait pas...
Enfin ! Elle se rua comme une bête dans le premier cabinet à sa disposition et s'effondra sur la cuvette en bouclant la porte d'une bonne dizaine de sorts. Elle resta là longtemps. Combien de temps ? Elle ne savait pas. Sa respiration sifflante se calma lentement, mais la boule dans son estomac ne partirait pas tant qu'elle ne revenait pas dans la salle de bal.
Autour d'elle le silence régnait. Elle était persuadée d'être seule, mais il fallut tout son courage de Gryffondor pour enfin, déverrouiller la porte en un cliquetis qui résonna péniblement dans le noir, et sortir à pas discrets. Elle se posa devant le miroir et entreprit de se laver les mains, le cœur reparti à cent à l'heure. Elle était blême, presque fantomatique tant la terreur était forte, et son maquillage avait coulé sous l'effet de larmes qu'elle ne se souvenait pas d'avoir versées dans sa course contre la mort.
Elle rebaissa le regard sur ses mains tremblantes et mouillées, et s'efforça de les stabiliser. Au retour, elle prendrait le bon chemin. Elle se souvenait duquel à présent.
Alicia releva les yeux vers son reflet maladif et lâcha un hurlement qui se répercuta dans tout l'espace de la pièce et dans le couloir toujours vide et isolé.
Derrière elle se tenait Rabastan Lestrange, souriant d'un air dément à son reflet. Avant qu'elle puisse lever sa baguette pour se défendre, il leva la sienne et siffla,
-Sectumsempra !
Alicia s'écroula avec un faible gémissement, regardant avec horreur les entailles apparaître sur son corps et commencer à répandre son sang. Rabastan, avec un sourire méprisant, lui mit un coup de pied dans le poignet. Celui-ci craqua dans un son à donner la nausée tandis qu'il se brisait, et la baguette de la jeune femme roula loin d'elle. Fiévreuse, Alicia se sentit trembler, se vidant lentement de son sang, sa substance vitale. Et le visage affreusement fou de Rabastan Lestrange au-dessus d'elle s'effaça peu à peu.
Pourquoi suis-je venue aux toilettes seule ?
Ce fut sa dernière pensée avant de sombrer dans le néant de l'évanouissement. Rabastan sourit encore en quittant les lieux, laissant le presque cadavre là.
Les hostilités étaient ouvertes.
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Hermione s'arrêta brièvement alors qu'ils se dirigeaient lentement vers Drago et sa bande. Arthur et Molly venaient de revenir dans la salle de bal d'on ne sait où et se dirigèrent précipitamment vers Minerva qui avança près d'eux, un air inquiet tendant ses traits. Molly sembla, de là où Hermione était, étouffer un sanglot pudiquement, et la fureur était aussi palpable qu'elle était rare chez son époux. Ils échangèrent quelques mots à voix basse et Minerva dut se tenir à la table de buffet derrière elle pour se stabiliser.
-Qu'est-ce que...commença Hermione.
Minerva se mit soudain en alerte et les trois adultes se séparèrent pour se rendre près des membres de l'Ordre qui eurent plusieurs réactions colériques ou tristes, mais pas étonnées.
-Que se passe-t-il ? demanda Ginny en remarquant à son tour l'agitation à peine perceptible.
Finalement, Remus Lupin, dents serrées, vint à leur encontre.
-Nous venons de retrouver Alicia Spinnet, morte, chuchota-t-il à toute vitesse. Ne sortez pas d'ici et si vous devez le faire, toujours en groupe, compris? Essayez de garder un adulte à portée de vous.
Et Remus s'élança vers les jumeaux Weasley pour leur faire part de la nouvelle.
Hermione et les autres échangèrent un regard sombre. Dix minutes que Lucius avait officiellement ouvert le bal et déjà une morte.
Mais l'Ordre du Phénix comptait bien venger Alicia Spinnet.
