Salut à tous ! Merci beaucoup pour vos reviews, alertes et favoris du chapitre précédent ! Ravie qu'il vous ait plu.

Sans plus tarder, en avant pour ce deuxième chapitre !


Chapitre 2

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«Cher Will,

Merci pour votre réponse ; je suis ravi de voir que vous partagez mon avis quant au fait d'apprendre à se connaître. Vous m'avez demandé quel était mon dessein. Ayant lu l'annonce, vous devez bien sûr savoir quel est mon but ; toutefois, il me semble important de vous faire savoir que rien n'est pour moi gravé dans la pierre, et que l'émasculation peut très bien n'être qu'un tremplin vers d'autres choses, dans la mesure de ce qui nous plaira à tous les deux. Car si je retiens votre candidature, Will, vous ne serez pas juste un participant passif ; j'attends de vous une participation à hauteur de la mienne.

Vous devez certainement comprendre, vu la conjoncture actuelle, que je souhaite garder l'anonymat. Vous serez en mesure de refuser tout ce que je vous propose jusqu'au moment où nous devrons nous rencontrer ; passé ce délai, je considérerai que vous savez dans quoi vous vous engagez et agirai en conséquence si vous décidez de revenir sur votre décision, au détriment de ma sécurité.

De la même façon, je ne chercherai en aucune façon à connaître votre identité, à moins, bien sûr, que vous ne souhaitiez me la révéler.

Vous me parliez, dans votre message précédent, de vos inquiétudes quant à savoir si votre corps serait honoré à sa juste mesure dussiez-vous aller jusqu'au bout. Permettez-moi de lever ces inquiétudes en vous affirmant que vous ne pourriez trouver de mains plus aimantes, plus reconnaissantes que les miennes pour accepter le cadeau que vous me faites. Je ne compte pas vous gâcher, Will, vous pouvez en être assuré.

J'attends avec impatience votre réponse.

Avec mes plus sincères sentiments,

Le Maître Boucher."

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La conversation évolue bien, dirait Will ; il semble déjà avoir gagné, sinon la confiance, du moins l'intérêt du Maître Boucher. Toutefois, il ne peut empêcher un frisson glacé de parcourir sa colonne vertébrale chaque fois qu'il relit le message.

- Je ne sais pas dans quoi je m'embarque, dit-il à Hannibal ce soir-là lors de sa séance de psychiatrie. Ce type est fou. Jack est fou. Je suis fou. Je suis en train de discuter avec un homme sur internet pour savoir de quelle façon il pourra profiter de mes parties génitales !

- Vous a-t-il dit de quelle façon ?

- Non, répond Will, les sourcils froncés. Il n'est pas allé jusque là, mais ses allusions étaient suffisantes pour me donner des cauchemars. Il doit forcément les manger… Je n'ai aucun moyen d'en être sûr, mais c'est ce que mon instinct me dit.

- Votre instinct a rarement tort.

- C'est bien ce qui m'inquiète.

Il pousse un long soupir, avant de se frotter le visage dans ses mains, et redresse la tête vers Hannibal, assis sur l'autre fauteuil de cuir en face de lui, qui le dévisage, comme toujours, avec une expression où la neutralité le dispute à la curiosité. Will se demande s'il regarde tous ses patients de la même façon, ou s'il s'agit de quelque chose qui lui est réservé. Il ne demande pas, bien sûr.

- Mon seul espoir, c'est que l'équipe informatique finisse par trouver d'où ce type poste ses messages ; à tous les coups, ce ne serait même pas suffisant pour l'arrêter, mais au moins, on pourrait essayer. Mais c'est bien plus dur d'arrêter un tueur en série lorsqu'il se cache sur internet... Et il n'est pas bête. Il sait comment ça marche. Il ne fait pas ça sur une impulsion, par passion, non ; c'est réfléchi, préparé, organisé, il sait ce qu'il doit faire, et il agit en conséquence, avec détachement et lucidité. C'est quelqu'un de plus intelligent que les meurtres et l'annonce ne le laissent penser ; il ne se laissera pas attraper si facilement.

En face de lui, Hannibal l'observe, et durant la brève demi-seconde pendant laquelle Will ose rencontrer son regard, il croit y lire de l'amusement et surtout, de l'émerveillement. Mais lorsqu'il prend le temps d'analyser ce qu'il vient de voir et qu'il relève les yeux pour confirmer, Hannibal est à nouveau un mur de neutralité et d'intérêt distant.

- Je suis certain que vous y arriverez, Will. J'ai foi en vous.

Durant le reste de l'heure, Hannibal aide Will à composer une réponse au Maître Boucher. Will se demande ce que Jack dirait en apprenant l'implication d'Hannibal dans l'affaire, avant de songer qu'Hannibal consulte lui aussi de temps en temps pour le FBI, et que Jack souhaiterait certainement avoir une tête (et bien faite, si possible) de plus sur cette affaire.

Par ailleurs, entre les séances de thérapie de Will payées par le FBI et le secret professionnel qu'ils bafouent allègrement (Will n'est pas idiot au point de s'imaginer qu'Hannibal ne raconte pas à Jack tout ce qu'il a envie de savoir sur leurs séances), il suppose que le respect des règles ne fait pas partie de leurs principales caractéristiques et qu'il ne risque pas grand-chose en parlant à Hannibal des détails de l'enquête.

D'autant que sa perspicacité lui est précieuse : par le passé, ses avis sur certains sujets ont déjà poussé Will vers la bonne direction – comme un berger guidant ses agneaux innocents, se dit-il brutalement, ou un dieu dirigeant ses fidèles ; car Hannibal, c'est un fait, tient plus du dieu que du berger.

Will s'oblige à penser à des pénis tranchés pour éviter de s'imaginer à genoux devant son Dieu, en train de recevoir la Sainte Communion. Hannibal ne remarque rien. Du moins, il l'espère.

Dieu est omniscient, après tout.

.oOo.

Le jour où l'horrible idée débarque pour la première fois dans le cerveau de Will, c'est lorsqu'il reçoit un nouveau mail du Maître Boucher. La conversation avance sur de bons rails ; l'homme semble prendre plaisir à lui parler, à discuter de son art, et Will en tire tout ce qu'il peut, ce qui n'est pas grand-chose, car le Maître Boucher est quelqu'un d'extrêmement prudent, au grand désespoir de Jack.

Quoi qu'il en soit, Will lit l'e-mail, et, tout compte fait, c'est peut-être tout simplement dû aux sentiments embarrassants et encore à moitié indistincts qu'il ressent pour son psychiatre ; néanmoins, une tournure de phrase lui rappelle Hannibal (non qu'il ait vraiment besoin de ça pour penser à lui, certes), et l'idée lui envoie comme un choc électrique dans tout le corps.

Et si c'était Hannibal ?

Il ne sait même pas pourquoi il pense à ça. Hannibal est quelqu'un de calme, de décent, et l'idée de l'imaginer en train de découper des pénis ressemble à une mauvaise blague à faire après avoir bu un peu trop d'alcool. Il secoue fermement la tête pour que la pensée s'échappe et se concentre sur le mail.

Mais l'idée est parasite. Toute improbable qu'elle soit, elle se loge dans les recoins du cerveau de Will, les replis de sa matière grise, et y accroche ses petites pattes crochues. Will n'en parle pas à Jack, évidemment. Si lui-même a du mal à croire à sa ridicule théorie, Jack risque de lui décrocher un billet aller-simple pour l'asile.

Ce qui ne l'empêche pas d'y penser. Si ridicule que ça, vraiment ? Hannibal, et ses costumes si tape-à-l'œil qu'on ne remarque même plus l'homme dernière. Le Maître Boucher, si prudent. Hannibal, ex-chirurgien, cuisinier accompli. Le Maître Boucher, qui découpe avec précision des testicules et des pénis pour les manger. Hannibal, qui aide à Will à construire ses emails de façon à ce qu'ils séduisent le Maître Boucher. Le Maître Boucher, qui répond avec des tournures semblables à celles d'Hannibal.

Hannibal, Hannibal, Hannibal.

Will ne dit rien à personne. Il ne peut pas. Mais il y pense. Il y pense le matin lorsqu'il se lève, le soir lorsqu'il se couche, et la nuit lorsqu'il est incapable de dormir.

Le plus étrange de tout, peut-être, c'est que l'idée qu'Hannibal puisse être un tueur en série ne le perturbe pas autant qu'elle le devrait. Peut-être à cause des familières ténèbres qui se cachent derrière le marron-rouge des pupilles du docteur et au coin de son minuscule sourire. Peut-être parce qu'il considère toujours sa propre théorie comme une vaste blague.

Peut-être parce qu'il est déjà un peu trop ancré dans sa foi en Dieu.

Malgré tout, comme il ne peut pas se débarrasser de l'idée, il décide d'observer Hannibal avec un peu plus d'attention.

Leur relation, tout compte fait, a toujours été un peu chaotique depuis le début. Will l'a engueulé dès leur première rencontre (et encore maintenant, lorsqu'il se remémore l'expression fascinée du regard d'Hannibal posé sur lui, il hésite un peu entre le trouble et la colère) ; lors de leur deuxième rencontre, alors qu'Hannibal avait fait à manger pour lui, il lui a lâché qu'il ne le trouvait pas intéressant.

Lorsque les séances de thérapie ont été décidées, arpentant le bureau aux longs rideaux rouges et gris et au mobilier ostentatoire, il a éprouvé tour à tour de l'incrédulité, de la colère, de la révolte, de l'abattement. Puis, petit à petit, son ressentiment s'est calmé, sans qu'il sache pourquoi, et il a accepté de laisser entrer le docteur Lecter dans sa psyché. Et l'y a laissé faire un certain bout de chemin, inconsciemment ; mais à présent, c'est consciemment qu'il s'intéresse à lui.

Hannibal est quelqu'un d'étrange. C'est quelque chose qui frappe dès la première rencontre. Peut-être ses pommettes aiguisées, son type Européen et son accent assorti, sa distance réservée, son style vestimentaire unique, son intelligence aiguë – quoi qu'il en soit, il marque les esprits. Soit de la bonne manière, soit, comme Will, de la mauvaise.

Et pourtant, au fil du temps, Will a de plus en plus l'impression qu'il ne s'agit que de la pointe émergée de l'iceberg. Il est prêt à parier que sous ses airs de psychiatre respectable et de chef cuisinier talentueux, Hannibal cache un gouffre profond. Will en perçoit des éclairs, parfois. Des recoins de son regard où le néant est si profond que la lumière elle-même n'y passe plus. Il n'en a jamais pensé grand-chose, avant. Avant l'Idée.

Le gouffre pourrait-il cacher un tueur en série ? Tout le monde a sa part de ténèbres, Will en est bien conscient, mais ténèbres ne signifie pas forcément criminel.

- Quelque chose ne va pas, Will ?

Will sursaute – perdu dans ses pensées, ça fait quelques minutes qu'il regarde Hannibal droit dans les yeux, sans même s'en rendre compte. Celui-ci le fixe en retour, la tête légèrement inclinée sur le côté, un amusement à peine perceptible dans son regard, et un sourire presque invisible au coin de ses lèvres.

Will bafouille.

- Non, je, euh... Je... Je suis désolé, j'étais distrait...

- Je serais curieux de savoir la nature de votre distraction, étant donné les efforts que vous faites sans cesse pour éviter les contacts visuels. Ou alors, est-ce que cela signifie que vous commencez à vous sentir à l'aise en ma compagnie ?

Will ne peut bien sûr pas lui avouer la nature de sa distraction, il n'est pas assez fou – et il n'est pas non plus particulièrement à l'aise en sa compagnie. L'inverse, plus généralement.

- Je me demandais simplement si vous aviez des choses à cacher.

Il voit l'étonnement naître dans les yeux d'Hannibal, bien visible, celui-là, et réalise que ce n'était pas du tout ce qu'il comptait dire ; mais trop tard, maintenant. La surprise, pendant un bref instant, fait place à la délectation, puis disparaît, comme tout le reste.

- Tout le monde a toujours des choses à cacher, dit Hannibal. C'est le propre de la nature humaine.

C'est une réponse étonnamment honnête à laquelle Will ne s'attendait pas, persuadé qu'il recevrait une autre question en réponse à la sienne, comme d'habitude. Hannibal est très doué pour ça. C'est ce qui le rend si horripilant, parfois.

- Avez-vous des choses à cacher, Will ?

Will se lève et se met à arpenter la pièce. En tant que psychiatre, c'est Hannibal qui est censé être le récipiendaire de tous ses secrets, et lui fournir en échange une oreille attentive et compatissante. Mais Will n'a jamais été très doué pour se mettre à nu, et encore moins maintenant, alors que la possibilité de voir basculer l'expression au sens propre plutôt qu'au sens figuré se précise de plus en plus.

Si tant est qu'il n'ait pas tout imaginé, bien sûr.

Pendant un instant, il pèse ses options. La première semble la plus logique : un rapprochement entre Hannibal et lui bouleverserait leur relation docteur-patient, mettrait Alana en colère, rendrait Jack furieux, et Will perdrait le soutien de sa thérapie pour quelque chose qui n'est peut-être, au fond, qu'une création de son esprit.

La deuxième est la plus tentante. Tout comme les lèvres d'Hannibal.

- Will ?

Hannibal s'est levé à son tour, et s'est approché de lui alors qu'il était perdu dans ses pensées. De si près, Will peut sentir le vétiver de son aftershave, et il a envie de rire en repensant à la façon dont Hannibal se moque toujours du sien. Il peut voir les taches bordeaux dans le marron de ses yeux, et surtout, il peut voir ses lèvres, qui articulent probablement des sons qui n'arrivent plus jusqu'à l'ouïe de Will.

Il n'est peut-être pas vraiment dieu, finalement. Peut-être qu'il se rapproche plus du diable, même sans la nouvelle théorie de Will. Et c'est probablement pour ça que la tentation est si forte, si forte qu'il n'arrive même plus à décoller les yeux de sa bouche, jusqu'à l'exact moment où il est trop proche pour continuer à la fixer.

À travers ses lèvres, il peut sentir la stupéfaction d'Hannibal, et c'est une sorte de petit triomphe pour Will, d'avoir réussi à dérouter Dieu ; puis le triomphe s'efface, parce que Will réalise que c'est lui qui s'est fait piéger, parce que maintenant qu'il est en train de l'embrasser, il doute d'avoir un jour la force de se reculer à nouveau, ne serait-ce que pour reprendre sa respiration.

Peut-être que ce serait plus simple si Hannibal ne réagissait pas, s'il le repoussait, s'il lui remettait les points sur les i ; mais il ne le fait pas, bien sûr, parce que Will n'a pas entièrement imaginé l'attraction physique de leur relation. Au contraire, il glisse une main sur sa hanche, une autre dans son cou, sa langue sur ses lèvres, et Will se demande si c'est vraiment lui qui a émis le son qui vient de sortir de sa bouche.

Dieu ou diable, peu importe ; ce n'était absolument pas ce que Will avait prévu de faire de sa séance de psychothérapie, mais maintenant qu'il y est, il n'a plus envie d'en bouger. Il veut faire sa profession de foi.

Mais dans la salle d'attente, une porte s'ouvre et se referme en claquant un peu trop fort, quelqu'un s'installe sur un fauteuil qui grince légèrement, et Will récupère enfin assez de neurones pour réaliser qu'il est en train de bécoter son psychiatre comme un adolescent maltraité par ses hormones, et il se recule brutalement, les yeux écarquillés.

Hannibal le fixe. Il a les lèvres rouges, le souffle court et les cheveux en désordre – de toute évidence, Will n'a pas réussi à résister à l'envie d'y passer ses mains – et il est bien plus diable que dieu, en cet instant. Dieu n'est pas censé donner un début d'érection. Il a l'air tout aussi étourdi que Will, une expression que celui-ci savourerait probablement un instant de plus s'il était capable de le faire. En l'état, il jette au psychiatre un regard horrifié, et se dirige vers la porte de sortie sans un mot supplémentaire, en faisant un détour par le canapé pour récupérer sa sacoche.

Hannibal ne tente pas de le retenir. Will ne sait pas s'il doit s'en sentir soulagé ou désespéré.

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Cher Will,

Vous m'avez demandé si j'avais déjà vécu une expérience telle que celle que je m'apprête à vivre avec vous. La réponse est oui, et puisque vous semblez éprouver de la curiosité, je vous dirai juste que ce n'est pas la première fois que j'envoie une annonce et qu'on y répond. Ne vous sentez pas blessé dans votre fierté pour autant ; chaque candidat est unique, je vous l'assure.

Bien à vous,

Le Maître Boucher.

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Cher Maître Boucher,

Bien au contraire, votre expérience dans le domaine me rassure. De cette façon, je suis certain de ne pas laisser mon corps aux mains d'un homme inexpérimenté. Avez-vous déjà une idée sur ce que vous comptez faire de moi ? Je suis assez curieux de connaître le sort qui m'attend.

Amicalement,

Will.

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Cher Will,

J'ai songé à plusieurs options. Si vous souhaitez profiter de vos organes une dernière fois avant l'émasculation, je suis ouvert à toute possibilité sexuelle, sachez-le. Lors de mes annonces précédentes, certains en ont éprouvé le besoin, et j'ai toujours à cœur d'offrir une dernière expérience qui restera gravée dans les mémoires.

Pour le reste, j'ai pris l'habitude de cuisiner ce qu'on m'offre et de le manger avec celui qui me l'a offert. Si cette option ne vous convient pas, toutefois, je savourerai votre présent seul en pensant à vous.

Mes sentiments respectueux,

Le Maître Boucher.

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Cher Maître Boucher,

Je ne suis en aucune façon fermé aux suggestions que vous me proposez, bien que j'imagine qu'il s'agira surtout d'une décision prise sur le moment. Permettez-moi donc de ne pas vous donner de réponse pour le moment.

Au regard de ces nouvelles informations, je suis particulièrement impatient de savoir si je suis le dernier volontaire en lice, et si oui, quand nous pourrons nous rencontrer pour procéder à l'acte.

Cordialement,

Will.

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Cher Will,

Je suis navré de ne vous avoir toujours pas donné de réponse définitive. Peut-être considérez-vous que notre échange traîne en longueur, mais lorsqu'il s'agit d'une affaire si délicate, j'aime prendre le temps de savoir si j'ai affaire au candidat idéal.

En espérant ne pas trop abuser de votre patience,

Le Maître Boucher.

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Cher Maître Boucher,

C'est tout à fait logique de vouloir prendre ses précautions avant un tel acte, et je ne vous en tiens pas du tout rigueur. J'espère simplement que ma candidature est toujours digne de votre attention, et que vous me le diriez dans le cas contraire. Ou suis-je simplement le second choix ?

Cordialement,

Will.

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Cher Will,

Ne vous en faites pas. Vous n'êtes jamais le second choix.

Avec mes meilleurs sentiments,

Le Maître Boucher.

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Les mains de Will tremblent.

Hannibal, Hannibal, Hannibal.

Il relit une dernière fois la phrase.

Vous n'êtes jamais le second choix.

Il se rappelle d'un tupperware offert par le psychiatre dans sa salle de cours, et il a à peine le temps de se lever de sa chaise (en la renversant par terre), et de courir aux toilettes avant de rendre son dernier repas.

Les mains accrochées si fort à la banquette que ses phalanges blanchissent, il se repasse la conversation avec le Maître Boucher dans sa tête. Je suis ouvert à toute possibilité sexuelle. Je savourerai votre présent seul en pensant à vous. Vous n'êtes jamais le second choix.

Hannibal est le Maître Boucher. Hannibal est le Maître Boucher, il découpe des pénis avant de les cuisiner et de les manger, et Will avait sa langue dans sa bouche à peine deux jours plus tôt.

Pire, il s'en doutait déjà à ce moment-là.

Pire, même alors qu'il s'en doutait, c'est lui qui a initié le baiser.

Pire, un baiser qu'il a tellement apprécié qu'il aurait été prêt à donner son âme en échange.

Il n'a pas eu de nouvelles d'Hannibal depuis, et il n'a pas non plus cherché à le contacter. Mais au vu de la situation, impossible de savoir si c'est parce qu'Hannibal est simplement embarrassé de ce qui s'est passé entre eux, ou parce qu'il lui laisse du temps pour digérer la situation, ou parce qu'il est le putain de Maître Boucher, et qu'en perspective, un baiser n'a pas dû bouleverser sa vie.

Pas comme il a bouleversé celle de Will.

Et pourtant, Will ne dit rien à Jack. Les raisons sont logiques ; Jack ne le croirait pas. C'est sa parole contre celle d'Hannibal, et il est le profileur instable qui se met dans la tête des tueurs en série alors qu'Hannibal est un psychiatre respecté, ancien chirurgien. Il n'a absolument pas de quoi prouver sa théorie, et rien de moins ne poussera Jack à accepter l'idée.

Alors il garde le silence. Il se contente de montrer son échange d'e-mails à Jack et de demander, comme toujours, si l'équipe informatique n'a rien trouvé, pour s'entendre répondre que non, comme toujours. Et Will comprend, maintenant. Hannibal n'est pas négligent ; il suffit d'un clin d'œil pour s'en rendre compte. Il connaît le petit jeu de l'ennemi ; il restera sur ses gardes jusqu'au bout.

D'un autre côté, Will n'a plus à s'inquiéter de voir sa candidature acceptée ou non. Si Hannibal est le Maître Boucher, il était le seul à avoir une chance ; Hannibal a juste pris le temps de jouer avec sa nourriture. Littéralement.

Plus que le fait qu'il mange les pénis des gens, c'est peut-être ça qui rend Will le plus furieux.

Dr Lecter veut jouer ? Très bien. Will jouera.

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Et voilà pour ce chapitre, mes amis.

On se voit au prochain !