Narcissa Malefoy était de ces femmes glaciales, qui paraissent calmes et froides en toute circonstance, même quand elle se trouvait au plus mal. Les seules choses pouvant trahir son inconfort intérieur étaient un léger écarquillement d'yeux, un plissement bref des lèvres, et encore, seul un œil avisé pouvait s'en apercevoir. Cela avait du bon et du mauvais.

Un interlocuteur ne pouvait jamais savoir ses états d'âme, si elle était sincère ou non. De toute manière, pour un parfait étranger, elle était hypnotique. Sa beauté, son allure, sa morgue de reine des glaces, tout incitait à la fois à baisser les yeux en signe d'humilité et à la fixer avec admiration. Alors, les ambassadeurs étaient suspendus à ses lèvres, ayant l'impression d'être des privilégiés par la parole que la dame voulait bien distiller avec une voix tantôt cristalline, tantôt coupante à leurs oreilles. D'autant qu'elle était une parfaite hôtesse et maîtresse de maison.

Les hommes étaient fous d'elle, et les femmes tombaient d'admiration. Narcissa était toute-puissante dans une assemblée. Serpentard jusqu'au bout des ongles, manipulatrice, intrigante, ambitieuse, assoiffée de pouvoir et d'or dont elle était extrêmement bien pourvu, sorcière puissante, rusée, imbue de son sang d'une pureté rare et d'elle-même, charmeuse, inquiétante, il ne manquait à Narcissa que le goût du sang qui coule pour porter avec fierté la Marque des Ténèbres.

Elle était la femme de l'ombre, celle qui paraissait tête haute en public quelles que soient les circonstances, que Lucius soit en faveur ou défaveur. Elle n'aimait que trois personnes au monde : Drago, Bellatrix et elle-même. Elle se montrait une parfaite épouse pour Lucius, mais ne l'appréciait pas. Ils se respectaient, voilà tout et, comme pour le couple Parkinson, une fois qu'ils eurent un enfant, se mirent à faire chambre à part.

Aussi, tout l'intérêt de la fête serait tombé à l'eau si, au moment où se déclencha la bagarre dehors entre les plus jeunes, les ambassadeurs ne s'étaient pas trouvés avec Narcissa Malefoy, dos à la baie vitrée donnant sur le spectacle, Narcissa se tenant devant eux et voyant très bien, elle, les agissements des adolescents dehors.

Aussi, quand elle s'aperçut ce qu'il se passait, elle ne bougea pas d'un cil et finit de la même voix tranquille et pleine de morgue sa phrase, avant de dévier avec élégance le sujet en proposant à un ambassadeur allemand de prendre son bras afin de tous les mener voir des œuvres d'art dans une galerie à côté. Curieux de voir quelques pièces de la fameuse fortune Malefoy, et enchantés par le sourire froidement éclatant de la blonde, ils suivirent sans se retourner, les yeux des hommes sur la chute de reins de leur hôtesse et les femmes surveillant avec jalousie les hommes.

Ainsi, pas un ne vit ce qu'il se passait dehors, et ils quittèrent la pièce.

Les autres, dedans, soupirèrent, soulagés. Narcissa avait sauvé le bal et les apparences.

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Dès que Hermione eut fini sa phrase, plusieurs jets de lumière éclairèrent le groupe de combattants, stupéfixant et désarmant les garçons. Lucius Malefoy, Minerva McGonagall, Kingsley Shacklebolt et Evan Rosier, les visages figés dans la fureur, vinrent côte à côte jusqu'à eux.

-Il suffit, déclara sèchement Kingsley en promenant un regard déçu sur tout le groupe.

A ses mots, Astoria se mit à pouffer.

-Il suffit, répéta plus fort Lucius.

Cette fois, même Astoria se tut.

-Vous avez de la chance, ajouta Rosier d'une voix menaçante, que Narcissa Malefoy ait pu détourner l'attention des ambassadeurs à temps. Je vous préviens. Si vous vous affrontez encore ouvertement ainsi et quel que soit votre camp, nous serons obligés de prendre des mesures. Est-ce clair ?

Un silence.

-Est-ce clair ?

Sa voix claqua avec la puissance d'un fouet dans l'air et les jeunes gens hochèrent rapidement la tête. Méfiants, les adultes s'éloignèrent vers la salle de bal où l'orchestre continuait de jouer, imperturbable.

La porte se referma sèchement sur Lucius.

-Mmmmh !

Un cri étranglé sembla s'élever du grand labyrinthe et Hermione crut reconnaître la voix étouffée de Ginny. Et, avec un pincement d'horreur au cœur, elle réalisa en se tournant vivement vers le groupe que Blaise avait profité de la débandade pour s'enfoncer dans les profondeurs verdoyantes...avec Ginny.

-Merde, beugla Ron avant de se jeter aveuglément dans le labyrinthe.

-Ron, non !

Luna avait crié en entraînant Neville par la main à la suite de Ron.

-Il va se perdre là-dedans ! Je suis certain que ce labyrinthe est piégé, hurla Lee en galopant à leur suite, sans oublier de saisir une Hermione toujours figée par le dépassement par le bras.

Drago et son groupe regardèrent, béats, les autres s'enfoncer dans le casse-tête à taille humaine. Puis, un sourire carnassier prit place sur ses fines lèvres.

-Vous connaissez les chemins et les pièges, siffla-t-il.

Pansy poussa un cri de joie pervers en se dandinant et ils suivirent Drago dans le labyrinthe en courant.

La chasse à l'homme avait commencé.

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Lucius prenait un instant loin de ses invités pour respirer un peu en sirotant un verre de vin, debout devant la baie vitrée. Il avait vu son fils s'élancer, cinq minutes plus tôt, dans le labyrinthe à la suite de Granger, Weasley et compagnie. Il espérait qu'ils mettent la main sur la Sang-de-Bourbe. Il pourrait s'amuser avec avant de la tuer.

Le bruit de talons qui s'approchaient lui parvinrent aux oreilles. Il ne dit rien quand une chevelure brune apparut dans son champ de vision.

-Lucius, susurra Bellatrix. Ne touche pas à cette sale moldue.

Lucius leva un sourcil amusé.

-Tu m'interdis de jouer avec nos proies, maintenant, Bella ?

-Ma sœur n'a pas apprécié que tu regardes Granger de cette manière, Lucius, et je suis sérieuse.

-Narcissa est consciente que j'ai des maîtresses.

-Ce qu'elle ignore, mon cher, est que la moitié de ses prétendues amies sont du lot. Mesdames Parkinson, Zabini, Nott, Greengrass...si tu avais autant de succès en mission qu'au lit, tu irais loin, se moqua ouvertement Bellatrix.

-Silence, gronda doucement Lucius.

Le sourire narquois de la favorite de Voldemort s'agrandit.

-Mais certainement. En attendant, si tu touches à cette gamine, tu auras à m'en répondre personnellement.

Lucius déglutit et Bellatrix, satisfaite, s'éloigna. Mais il n'avait pas l'intention de laisser Granger tranquille. Elle était un appel à la baise, et il allait la baiser.

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Blaise Zabini avait profité de l'intervention des adultes pour sauter littéralement sur Ginny, lui bâillonnant la bouche et l'entraînant dans le labyrinthe. La jeune rousse n'était pas de taille, sans arme, contre le beau métis qui savait parfaitement où il allait dans les couloirs de haies, lançant de temps à autre un sort ou un maléfice, quand il savait qu'un danger régnait dans les environs. Ils purent entendre au loin les cris des amis de Ginny quand ils se rendirent compte de sa disparition. Celle-ci, furieuse, se débattait de toutes ses forces, mais à aucun moment Blaise n'ôta sa main de devant sa bouche, se laissant mordre sans flancher, ni ne lâcha son bras qu'il avait tordu dans son dos.

-J'aime quand tu te débats, Ginny, souffla-t-il à l'oreille de sa captive. Tu m'excites.

Ginny hésita brièvement entre se laisser mener et continuer à se débattre, mais opta pour cette dernière solution. Il rit doucement et resserra son emprise avant de souffler,

-Tu vois, Ginny ? Nous arrivons à l'unique sortie du labyrinthe. Devine ce que nous ferons une fois dehors ?

Elle tenta de lui mettre un coup de pied dans les parties intimes, mais il esquiva et la traîna hors du labyrinthe. Ils se trouvaient dans le fond du jardin, et Ginny faillit soupirer de contentement. Mais Blaise l'approcha du portail et murmura quelques mots à voix si basse qu'elle n'en entendit rien et, quand ils traversèrent le rideau de fumée, ils se retrouvèrent dans une grande chambre sombre, avec des meubles austères et un grand lit à baldaquin. Blaise sortit une baguette de sa poche de cape, et d'un geste, ligota Ginny au lit. Elle lui jeta un regard profondément mauvais alors qu'il ricanait en faisant le tour de la pièce lentement, avec sadisme, pour allumer une à une plusieurs bougies.

-Et maintenant, mon ange, nous allons nous amuser un peu...

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Pendant que tant de drames se produisaient d'un bout à l'autre de la propriété, Anna Parkinson boudait ouvertement du rejet de Lucius. De plus, Stanley semblait mécontent de son changement d'humeur, qu'il attribuait à la présence de membres de l'Ordre au Manoir Malefoy. Aussi avait-il décidé de ne plus la quitter d'une semelle. Il avait un mauvais pressentiment.

Anna surveillait étroitement Lucius. Elle le vit parler avec Bellatrix, qui finit de s'éloigner dans la foule. Puis, Lucius termina son verre et il sortit d'un pas ferme de la pièce, par la même porte que Narcissa avait emprunté pour montrer les trésors du Manoir aux ambassadeurs. Anna plissa les yeux et décida de le suivre. Elle attendit quelques instants et s'engouffra à sa suite, sans voir son mari qui la suivait à son tour.

Elle débarqua dans un grand couloir froid, en pierre, faiblement éclairé. Des portes s'alignaient le long du couloir et elle décida d'avancer jusqu'à l'intersection à l'autre bout, pour voir si son amant y était allé. Le bruit de ses hauts talons résonnait contre les murs et elle prit soudain peur. Elle fit demi tour...uniquement pour foncer dans la poitrine de son époux.

-Stanley ? Que fais-tu ici ?

-Pourquoi suivais-tu Lucius ?

Anna se figea, sans répondre, perdue. L'apparition de Stanley l'avait déboussolée et les traits de celui-ci se durcirent.

-Je m'en doutais. Je savais que tu avais un amant...mais Lucius, tout de même ! Le mari de ton amie ! Comment oses-tu, espèce de petite putain ? Son fils épousera notre fille et toi, tu couches avec ! Monstrueuse femelle, tu ne vaux pas mieux qu'une moldue, tu...

Sa diatribe enflammée fut coupée par le bruit de la porte de la salle de bal qui s'ouvrait et le couple se détourna vers deux personnes qui venaient de pénétrer dans le couloir sans les remarquer.

-Nous devons nous occuper de Lucius Malefoy...

-Tu es sûre qu'il est venu par ici, ma chérie ?

-Absolument, je...

La voix féminine se brisa en remarquant le couple Parkinson.

Stanley et Anna Parkinson firent lentement face à Arthur et Molly Weasley. Il y eut un instant de flottement indécis et surpris, puis un sourire méchant se plaqua sur les lèvres de Stanley.

D'un coup, les Parkinson sortirent leurs baguettes et deux sorts fusèrent vers les Weasley, aussitôt bloqués sans peine par Molly. Arthur, lui, n'avait pas de baguette. Sa femme portait celle d'Alicia Spinnet, la première victime de la soirée, que les membres du Phénix se passaient dès que l'un d'eux sortaient de la salle. Arthur sortit donc une invention fabuleuse en remerciant Merlin que les moldus aient un esprit aussi ingénieux. Il pointa sans réfléchir l'arme à feu vers Anna, et tira, la touchant en plein cœur d'une détonation qui résonna dans tout le couloir. Celle-ci arbora une mine horrifiée, puis s'écroula avec un gargouillis sinistre. Morte.

Le hurlement de Stanley, inhumain, remplit l'espace vide et il pointa sa baguette droit vers Arthur.

-Avada...

-Avada Kedavra !

La lumière verte explosa de la baguette de Molly, et, un moment illuminé sans grâce dans la lueur verdoyante, Stanley Parkinson chuta aux côtés de sa femme. Il y eut un silence, puis Arthur se précipita pour prendre Molly, tremblante, dans ses bras.

-Molly, chérie, allons-nous en. Retournons dans la salle...

Un rire glacial s'éleva derrière eux.

-Je ne crois pas, non.