Salut tout le monde ! Voici l'épilogue ! Merci d'avoir suivi cette histoire jusqu'à la fin et merci pour vos reviews et favs ! Anonymes, des bisous !
Encore un gros poutou à Nalou sans qui cette histoire n'aurait jamais vu le jour :D
Bonne lecture !
(Attention, violence graphique dans ce chapitre (pas plus que dans la série, certes)).
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Épilogue
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Les sourcils froncés, Will fixe la neige qui tombe de l'autre côté de la fenêtre, sur les petits buissons bien taillés. Il est sorti de l'hôpital depuis deux semaines, il ne boîte presque plus lorsqu'il marche, et il ne pense qu'à une seule chose : que dira Francis Dolarhyde lorsqu'il sortira du coma ?
- Tu étais son psychiatre.
Ça fait bien quinze minutes qu'il n'a pas prononcé une parole, et la phrase n'a aucun lien avec leur conversation précédente, mais Hannibal, assis à sa table de travail en train d'esquisser un croquis, redresse la tête et ne demande pas à qui Will fait allusion.
- C'est exact.
- Tu l'as poussé à choisir ma candidature. C'est la première chose qu'il dira lorsqu'il reprendra conscience. Il t'impliquera. Il racontera à Jack, à son avocat, qu'il m'a choisi parce que tu l'y as poussé, qu'il a su que j'étais un agent du FBI parce que tu lui as dit.
- C'est tout à fait plausible.
Cette fois, Will se tourne vers lui, en colère.
- Merde, Hannibal ! Il va t'accuser ! Dès que les soupçons te toucheront, tu pourras dire adieu à ta bonne réputation de psychiatre, au mieux ! Au pire, tu seras accusé de complicité ! Ça ne te dérange pas, ça ?
- Qui croira aux accusations d'un homme qui a l'esprit suffisamment dérangé pour manger le pénis de ses victimes ?
Will fait une pause – il marque un point, là, mais comme le dit l'adage, prudence est mère de sûreté.
- Même si personne n'y croit, il n'empêche que tu étais quand même son psychiatre. Après l'affaire Tobias Budge, Jack va finir par se rendre compte que quelque chose cloche. Il vaudrait qu'il n'y ait pas d'accusation du tout.
Le silence se fait, et Hannibal, depuis son bureau, fixe Will d'un air intense.
Pour être honnête, Will n'est pas tout à fait certain qu'Hannibal soit un assassin. C'est son instinct qui le lui dit, et son instinct, c'est ce qui fait de lui le profiler qu'il est : il se trompe rarement. Néanmoins, même après avoir appris de quelle façon il a manipulé Francis Dolarhyde, même après l'avoir vu écraser de toutes ses forces une chaise sur son crâne, même alors que ses sens lui crient qu'il n'est pas quelqu'un de recommandable, Will n'a aucune preuve qu'Hannibal n'est pas simplement un psychiatre très, très peu orthodoxe.
Malgré tout, il sait une chose : il ne veut pas que Jack vienne fourrer son nez là-dedans. Quoi que cache Hannibal, il n'a pas envie que d'autres que lui s'y intéressent. Et il est prêt à beaucoup de choses pour protéger ce qui lui appartient, et il a décidé que Satan lui appartenait.
Derrière son bureau, Hannibal se laisse aller contre le dossier de sa chaise, et fait jouer sa mine de plomb entre ses doigts, un léger sourire naissant sur ses lèvres.
- Très bien, Will.
- Très bien quoi ?
- Francis Dolarhyde ne fera aucune accusation.
Will le regarde avec attention. Puis il hoche la tête, sans poser de questions supplémentaires.
Il saura bien à temps.
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Le coup de téléphone lui parvient deux jours plus tard, au soir, alors qu'il est en train de donner à manger à ses chiens sur le perron de sa maison. Dès qu'il voit le nom de Jack s'inscrire sur l'écran de son téléphone, il sait ce que celui-ci va lui annoncer.
Il décroche tout de même.
- Graham.
- Will, mauvaise nouvelle. Dolarhyde a disparu.
- Disparu ? répond Will en s'efforçant de prendre un ton surpris.
- Volatilisé, envolé, évaporé.
Will se retient de dire à Jack qu'il sait ce que le mot disparu veut dire.
- Il était sous surveillance policière à l'hôpital, fait-il remarquer à la place, curieux de savoir comment Hannibal s'y est pris.
- Les deux hommes qui montaient la garde sont morts. Gorges tranchées. On ne sait pas ce qui s'est passé, les caméras était hors-service à ce moment-là. L'hypothèse la plus probable est que quelqu'un l'ait enlevé, mais il se peut qu'il se soit réveillé de son coma et qu'il se soit échappé de lui-même.
Sans savoir ce qu'Hannibal a prévu, Will n'ose pas émettre d'hypothèse. Il se contente de demander :
- Et maintenant ?
- On part à sa recherche. Encore une fois.
- Je vois. Appelle-moi quand tu auras eu des nouvelles.
Il y a un silence au bout du fil – Will sait que Jack veut lui demander de venir examiner les scènes de crime des deux agents, afin de déterminer ce qui s'est passé, mais Will estime que s'il n'avait pas eu un rôle à jouer dans la disparition, il serait dans son bon droit d'être en colère et de ne pas répondre favorablement à une telle requête. J'ai répondu à son annonce, Jack ! Je me suis fait capturer, Hannibal s'est fait capturer, et tu le laisses s'échapper ?
C'est certainement parce que Jack se dit la même chose qu'il ne pose pas la question et passe directement à la suite.
- À supposer qu'il se soit réellement enfui de lui-même, tu es en danger. Je t'ai assigné, ainsi qu'au docteur Lecter, une garde rapprochée pour te protéger.
Will étouffe un rire de dérision – ce n'est pas la garde rapprochée qui aura empêché Francis de disparaître. Néanmoins, il ne tente pas de protester. Si Jack en dort mieux la nuit, après tout, ça ne changera pas sa vie.
Par ailleurs, il ne doute pas que Francis sera retrouvé bientôt.
Il n'a pas besoin d'attendre longtemps ; dès le lendemain matin, Jack l'appelle à nouveau. Sa garde rapprochée ne sera restée qu'une nuit, finalement, et c'est encore un point qui compte en faveur d'Hannibal, pour être honnête.
- Allô ?
- Will, c'est Jack. On a retrouvé Dolarhyde. Il est mort.
- Où ? Comment ?
Il ne s'attarde pas sur le fait qu'Hannibal ait tué Francis pour le faire taire (ça ne peut pas être quelqu'un d'autre, la coïncidence serait trop grande), plus curieux de savoir comment il s'y est pris.
- Mis en scène, répond Jack d'un ton sinistre, perceptible même à travers la qualité métallique de l'appel téléphonique. On pense que c'est le Ripper.
- Le Ripper ?
Will sent son estomac faire un double flip ; celle-là, il faut bien admettre qu'il ne l'attendait pas.
- J'ai besoin de toi pour confirmer.
- Envoie-moi l'adresse, j'arrive.
Avant même de s'en rendre compte, il a mis son manteau et s'est engouffré dans sa voiture, prenant à peine le temps de vérifier que ses chiens sont bien rentrés dans la maison. Le mot tourne en boucle dans sa tête. Ripper, Ripper, Ripper. Alors que les kilomètres défilent sur l'autoroute I-95, il retrace les meurtres dans sa tête. Il se remémore les détails. Il se rappelle les paroles secrètement admiratives qu'il a adressées à Brian Zeller et à son équipe, quelques semaines plus tôt. Le Ripper veut mettre en scène. Chaque choix brutal a de l'élégance, de la grâce. Ses mutilations cachent la vraie nature de ses crimes.
Élégance. Grâce. Ce sont ses propres mots. Pas un seul instant, il n'a songé à les appliquer à Hannibal. Et pourtant, maintenant que la pièce de puzzle s'est imbriquée par hasard, elle colle tellement bien au reste que Will n'arrive même plus à en discerner les contours.
Hannibal est le Chesapeake Ripper.
Il faut qu'il voie la scène pour en être certain, mais le profil correspond tellement bien qu'il en oublie presque de respirer, à mesure qu'il coche mentalement les cases de critères. Homme. Chirurgien. Intelligent. Prudent. Artiste. Esthétique. Théâtral. Il se rappelle la façon dont il a demandé à Hannibal d'observer les photos de meurtres, lorsqu'il est venu le retrouver à Quantico après son rendez-vous manqué. Résumer le Ripper en si peu de mots ? avait-il dit. Il avait sorti la photo du bras de Miriam Lass parmi tant d'autres, comme s'il tirait un lapin d'un chapeau magique.
- Le Ripper n'avait aucune raison d'humilier Miriam Lass, avait dit Will.
- Il me semble pourtant qu'il veut humilier quelqu'un.
- Il veut humilier Jack.
Perdu dans ses pensées, Will doit faire une embardée pour éviter une voiture, qui le klaxonne avec fureur.
Tout colle. Tout colle tellement bien que Will a l'impression qu'il vient d'atteindre la béatitude, le nirvāṇa du savoir. Tout le reste (et en particulier ce qu'il devrait ressentir, en tant que profiler du FBI, en apprenant que le plus recherché des tueurs en série s'est joué de lui depuis leur rencontre – et pourquoi pas même avant, il en croirait Hannibal capable), tout le reste est secondaire. Une nouvelle fois, Will ne peut pas en vouloir à Satan de jouer avec des règles qui lui sont propres.
Lorsqu'il arrive à la scène de crime, toute l'équipe scientifique est déjà réunie, et s'écarte pour le laisser passer ; au fond, le Graal. Will sent son cœur accélérer son rythme lorsqu'il découvre la façon de Francis Dolarhyde est présenté.
C'est beau. C'est la première chose qui lui vient à l'esprit, et il n'arrive même pas à se sentir coupable d'éprouver de l'admiration. C'est beau, comme tout ce que fait Hannibal, et Will sent son cœur se dilater. Chirurgie, psychiatrie, cuisine, dessin, musique, littérature, meurtre ; y'a-t-il un seul domaine dans lequel Hannibal soit médiocre ? Non, bien sûr. Pas quand on est plus qu'un homme.
À côté de lui, loin de partager son exaltation, Jack lui jette un regard sombre.
- Alors ?
- Une minute.
Will s'avance. Jack crie aux autres de se reculer. Le pendule se balance, et Will voit ses collègues disparaître, les affaires de la police scientifique s'évanouir, les tâches de sang disparaître. Il voit Francis Dolarhyde, allongé sur le sol, et se voit le soulever pour le crucifier au panneau indicateur. Lower Slaughter, 15 miles. Il n'a jamais pu résister à une touche d'humour, et même si ses plaisanteries sont la plupart du temps incomprises, celle-ci ne pourra pas ne pas toucher son public. Un peu crasse, peut-être, en dessous de son standing, mais peu importe. L'important n'est pas là.
Francis se laisse attacher au panneau sans rien dire, et c'est bien normal, puisqu'il ne se réveillera plus de son coma. C'est dommage. Il est en train de rater le spectacle de sa vie. Son abdomen est ouvert, ses côtes sont écartées, ses organes sont enlevés. Il n'aura plus besoin de son estomac, maintenant. À la place, dans le creux béant, bien en vue sur les intestins, il dépose son pénis fraîchement coupé et ses testicules sanglantes. Ce n'est pas un hommage, c'est une humiliation.
Ses mains sont coupées ; elles ont fait trop d'erreurs. Ses lèvres sont cousues : qu'il le veuille ou non, il ne dira plus rien.
C'est son dessein. Leur dessein.
Will ouvre les yeux, et s'efforce de ne pas trembler. Il peut sentir le fantôme de sa présence flotter autour de chaque geste du Ripper ; le meurtre a été exécuté seul, mais c'est comme s'ils étaient à deux.
- Alors ? répète Jack, s'avançant à ses côtés lorsqu'il le voit ouvrir les yeux.
- C'est lui, dit Will.
À ce stade, inutile de le cacher.
- Pourquoi le Ripper s'en prendrait-il au Maître Boucher ? Il n'est pas un justicier. Il n'a aucune raison de faire ça.
- Il n'avait pas plus de raison pour toutes ses autres victimes. Francis Dolarhyde est… différent. Il a offensé le Ripper, d'une certaine façon.
- Offensé le Ripper ? Comment ?
- Je ne connais pas les détails. C'est juste ce que je retire de ce tableau. Le pénis à la place de son estomac est une humiliation. Ses mains sont coupées. Il ne les méritait pas. Sa façon de faire était probablement trop grossière pour le Ripper.
- Pourquoi aller jusqu'à le soustraire à une escorte policière pour le tuer ?
Will ne répond pas. Il voulait juste voir Dolarhyde réduit au silence ; il ne s'attendait pas à ce que le Ripper revendique le meurtre. C'est dangereux. Presque aussi dangereux que de le laisser en vie.
Une voix féminine se fait subitement entendre derrière eux.
- Peut-être à cause de ça ?
D'un même mouvement, Will et Jack se tournent vers Beverly, qui tient à la main un iPad. Alors même qu'elle se tient à deux mètres de lui, Will peut distinguer sur l'écran le rouge sanglant de la bannière du site Tattlecrime.
Jack s'empare de la tablette.
- Le Maître Boucher est-il le nouveau Chesapeake Ripper ? lit-il à voix haute, avant de soupirer. Freddie Lounds.
Will soupire également – mais son irritation pour la journaliste se teinte de soulagement. Avec un nouvel article comparant les deux, elle lui offre une excuse supplémentaire.
- Le Ripper ne veut pas être comparé, dit-il. Et surtout pas avec quelqu'un qu'il trouve médiocre. Il considère que son œuvre est unique. C'est une vengeance.
- Pourquoi ne pas s'en prendre à Freddie Lounds ? demande Jack.
- Rien ne dit qu'elle ne fait pas partie de ses cibles.
Pour être honnête, il ne serait pas trop dérangé par le fait d'être appelé par Jack, un jour, pour venir analyser la scène du meurtre de Freddie. Mais on ne peut pas trop en demander d'un coup, il suppose.
Les épaules de Jack s'affaissent, enfin, et Will sait que la partie est gagnée.
- Trouvez-moi tout ce que vous pourrez sur cette scène de crime, lance-t-il à son équipe, avant de quitter le lieu à grands pas.
Will le regarde partir, vaguement soulagé de ne pas subir de rétribution immédiate au fait d'avoir menti comme un arracheur de dents. À côté de lui, Beverly soupire.
- C'est le Ripper. On ne retrouvera rien.
C'est bien ce que Will espère, de toutes ses forces.
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Le soir même, il est invité à dîner par Hannibal. Il sait d'avance qu'il s'agit d'un repas de célébration, et en conséquence, il met sa plus belle chemise, et décide d'oublier son after-shave. Lorsqu'Hannibal lui ouvre, son sourire plisse les coins de ses yeux.
- Bonsoir, Will.
Avec toutes les nouvelles informations qu'il a rajouté à son profil personnel du docteur Lecter, Will est obligé, une fois à l'intérieur, de s'arrêter pour observer son psychiatre. C'est donc ça, le visage d'un assassin. Le masque du Ripper. Hannibal se prête de bonne grâce à l'observation, un sourcil presque inexistant haussé dans une expression de légère surprise (ainsi qu'une lueur de méfiance si minime qu'elle serait probablement indiscernable pour n'importe qui d'autre que Will), mais Will ne répond pas à sa question silencieuse. Il se contente de sourire.
- Qu'est-ce que vous nous avez préparé de bon, ce soir, docteur ?
Hannibal sourit, la lueur de méfiance toujours présente au fond de ses yeux sombres, et l'entraîne vers la cuisine.
- En entrée, roulés à la saucisse et au fromage, saucisson truffé brioché, et en plat principal, saucisse de porc en risotto. Encore cinq minutes de cuisson, et ce sera bon.
- Je sens comme un thème récurrent dans ce repas.
- L'occasion s'y prêtait.
- Dis-moi juste que le dessert ne suit pas le même schéma...
- Il s'agit d'un Sanguinaccio Dolce, avec lait d'amande, chocolat noir et sang de cochon.
Cette fois, Will ne peut s'empêcher de sourire.
- Je ne peux pas dire que ça m'étonne.
Dans les yeux d'Hannibal, la légère méfiance laisse place à une agréable surprise, mais il ne fait pas de réflexion. Ils attendent d'être à table pour parler du meurtre, et Will s'étonne d'arriver à maîtriser son impatience.
- Dolarhyde a été retrouvé, annonce-t-il tout à trac entre deux bouchées de saucisson en croûte.
- C'est ce que j'ai entendu, répond Hannibal d'un ton léger. Que s'est-il passé, au juste ?
- Le Ripper l'a tué.
Will l'observe porter la fourchette en ancien argent à sa bouche comme si de rien n'était, et s'émerveille intérieurement de la puissance de son contrôle sur lui-même.
- Le Ripper ? répète Hannibal, une fois sa bouchée posément avalée.
- Lui-même. Je ne peux pas dire que je m'y attendais.
- Et qu'est-ce qui te fait penser qu'il s'agit du Ripper ?
- Oh, son style est inimitable.
Hannibal repose ses couverts.
- Il me suffit d'arriver à une scène de crime, continue Will, et je sais que c'est lui. C'est un artiste. Il a une patte bien distinctive. En dehors de ça, j'ai souvent l'impression que ses œuvres me parlent à un niveau personnel, ce qui rend l'analyse plus facile.
- Un niveau personnel ?
Will note avec plaisir qu'il s'est complètement désintéressé de son assiette ; c'est plutôt Will, en face de lui, qui semble le faire saliver – pour autant que ce soit visible dans ses micro-expressions. Will en sourirait presque.
- C'est ridicule, je sais, mais en voyant ses tableaux, j'ai parfois l'impression d'en faire partie. Comme ce matin. J'avais l'impression de sentir ma présence autour de lui, comme un fantôme. Comme si j'avais assisté au crime… Ce risotto est vraiment délicieux.
Les derniers mots semblent arracher Hannibal à sa transe, et il se lève brutalement.
- Je vais chercher le dessert.
Cachant son sourire devant l'agitation du psychiatre, Will se montre serviable en ramenant les assiettes vides à la cuisine. Hannibal est en train d'orner deux assiettes dans lesquelles une orange évidée de sa pulpe a été remplie de chocolat sanglant, mais Will parvient à lire la distraction dans les gestes de ses mains. Il ne fait toutefois aucun commentaire, et retourne s'asseoir à sa place ; deux minutes plus tard, Hannibal revient, assiettes en main.
- Sanguinaccio Dolce, répète-t-il en plaçant l'assiette devant Will. Dans certaines parties d'Europe, il s'agissait d'un dessert traditionnel de mariage. La moitié du sang venait du fiancé, l'autre moitié venait de la fiancée. Partager le dessert était considéré comme un symbole d'appartenance entre les deux amants du jour de leur mariage jusqu'à celui de leur mort.
Will sent son cœur rater un battement, et relève les yeux vers Hannibal.
- Je n'ai pas donné mon sang.
- Ni moi le mien, mais ça ne veut pas dire qu'il n'y aura pas d'autres occasions par la suite, sourit Hannibal.
Ce n'est qu'à cet instant, vraiment, que Will réalise à quel point il est amoureux de lui.
Ils mangent leur dessert de mariage en silence, un silence tranquille que Will n'arrive jamais réellement à atteindre avec n'importe qui d'autre, même Beverly Katz ou Alana Bloom, et lorsqu'Hannibal repose sa cuillère, il reprend la parole.
- Francis avait les lèvres cousues. Il ne parlera plus jamais.
- Je sais, répond simplement Hannibal.
- Qu'est-ce que tu as fait de ses organes ?
Hannibal le regarde sans répondre, et brutalement, Will réalise qu'il connaissait déjà la vérité, avant même de s'en rendre compte. Hannibal, paraît-il, le rend aveugle sur beaucoup de points.
- Il n'a pas été gâché, répond-il à sa propre question.
- Non, sourit Hannibal.
- Le sang…?
- Il est toujours préférable d'avoir du sang frais pour un Sanguinaccio Dolce.
- Qu'est-ce que ça signifie, lorsque les mariés consomment le sang d'un meurtre qu'ils ont prémédité et commis ?
- Cela signifie qu'ils sont unis par un lien inviolable.
Will se lève et s'avance, et Hannibal a à peine le temps de relever la tête vers lui avant de voir ses lèvres se faire happer.
Il sait dans quoi il s'engage. Hannibal est le Ripper, il dévore les organes de ses victimes, et pourtant, Will ne peut rien imaginer d'autre que de laisser ses lèvres courir sur sa peau. C'est toujours mieux que d'offrir son pénis en victime en réponse à une annonce internet.
- La chambre. Maintenant, murmure-t-il entre ses lèvres.
Hannibal ne se fait pas prier. Will n'est jamais monté à l'étage de sa maison, mais il n'a pas le temps d'admirer la décoration ; autour de son poignet, la main d'Hannibal l'entraîne avec fermeté à travers escaliers et couloirs.
Il devrait se douter qu'Hannibal n'est pas aussi propret, aussi imperturbable qu'il y paraît ; et pourtant, lorsque le psychiatre le jette, presque, sur son lit au boutis de velours bleu nuit, Will en a le souffle coupé.
En trois mouvements, Hannibal est à quatre pattes au dessus de lui, et il fixe Will comme s'il avait devant lui le plus délicieux des mets qu'il pourrait jamais déguster – dans un sens peut-être plus littéral qu'il ne le voudrait, songe Will avec un petit rire.
Mais lorsqu'Hannibal commence à défaire lentement les boutons de sa plus belle chemise, Will sent sa respiration se bloquer dans sa poitrine. Les cheveux d'Hannibal tombent sur son front, et d'accord, Will fait certainement une fixation dessus, mais il ne peut pas s'empêcher de frissonner. Hannibal est beau. Comme pour la révélation de sa véritable nature, c'est un fait dont il a toujours été conscient, mais sur lequel il n'a jamais vraiment concentré son entière attention avant ce soir.
Il est concentré, maintenant. Fasciné par la beauté démoniaque d'Hannibal.
- J'ai l'impression d'être en train de passer un pacte avec le diable, murmure-t-il alors que les lèvres d'Hannibal glissent dans son cou.
- Ce n'est pas un pacte, répond Hannibal. Pas encore.
- Tu ne nies pas la comparaison avec le diable, note Will.
Hannibal relève la tête pour planter son regard dans celui de Will, et sourit.
- Je la trouve plutôt flatteuse.
- Évidemment.
Il frissonne lorsque les mains d'Hannibal glissent sur ses hanches, et ne peut s'empêcher de demander :
- Qu'est-ce que tu aurais fait, si Francis m'avait tué ?
- Je ne l'aurais pas laissé faire, répond simplement Hannibal en faisant courir ses lèvres sur le ventre de Will.
- Mais si jamais ?
Hannibal se redresse pour le regarder.
- Je ne l'aurais pas laissé faire, répète-t-il d'un ton sans réplique.
Il y a une telle irrévocabilité dans son regard, un tel sérieux, à la limite de la menace, que Will se surprend à avoir envie de se mettre une nouvelle fois en danger pour tester sa réaction. Il se rend compte, à retardement comme toujours, que sa fascination pour Hannibal n'a d'égale que celle qu'il suscite chez lui en retour.
- Pourquoi moi ? murmure Will. Qu'est-ce que tu veux faire de moi ?
- Je ne veux rien faire de toi. Je souhaite simplement être là pour assister à ton évolution.
- Tu veux que je devienne comme toi, se rappelle Will. Et si je n'évolue pas ?
- Tu as déjà commencé. Et je n'attends pas que tu deviennes comme moi... Tu es ta propre créature, Will, et je sais que tu ne cesseras jamais de me surprendre.
Et c'est pour ça que tu m'aimes, a envie de dire Will, mais il reste silencieux. Aimer semble être un mot bien faible pour qualifier leur vénération mutuelle. Par ailleurs, Hannibal reprend ses baisers sur la peau fine de ses hanches, et Will commence à se dire que le reste de leur conversation pourra attendre un peu.
Ses chaussures tombent au pied du lit, suivie par son pantalon et sa chemise, et c'est un témoignage de l'empressement d'Hannibal de le voir jeter les habits en boule sur le sol sans même prendre la peine de les plier correctement. En un rien de temps, Will se retrouve nu comme au premier jour, sous le regard intense, presque avide, d'Hannibal.
Il est encore tout habillé, remarque Will. C'est un inconvénient auquel il lui semble préférable de remédier de suite, mais lorsqu'il tend les bras, Hannibal lui saisit délicatement les mains. Il dépose un baiser à l'intérieur de ses poignets, là où les fines veines bleues palpitent avec excitation au rythme de son cœur, et l'oblige à placer ses doigts autour des barreaux de la tête du lit.
- Ne bouge pas, murmure Hannibal. Laisse-moi faire.
Will ne demande pas mieux, en vérité. Il sent son cœur battre douloureusement dans sa poitrine quand Hannibal trace des motifs sans signification sur sa peau avec le bout de sa langue, et laisse sa tête s'enfoncer dans l'oreiller lorsqu'il sent sa respiration chaude au niveau de son entrejambe.
- Si tu fais une seule blague, prévient-il, je...
Mais sa bouche s'assèche et son cerveau se vide lorsqu'Hannibal passe sa langue sur lui, et malgré tous les efforts qu'il fait pour retenir son gémissement, il ne peut s'empêcher de lâcher un petit «oh» de plaisir étouffé.
C'est loin d'être une surprise, finalement, mais Hannibal est tout aussi doué pour le sexe que pour le reste. Les jointures de ses doigts blanchissent de serrer si fort les barreaux de la tête de lit, et il se mord la lèvre pour rester silencieux – sans grand succès. Il ferme les yeux pour ne pas jouir comme un adolescent, ce qui n'arrange pas vraiment la situation ; il n'a pas besoin de voir Hannibal pour l'imaginer la tête entre ses jambes.
- Ah, Hannibal...
Hannibal semble particulièrement heureux de l'entendre s'exprimer, à en croire la façon dont sa langue s'active autour de lui en guise de récompense. Pendant un bref instant, Will songe aux deux hommes qui ont répondu à l'annonce de Francis ; qui, au nom du ciel, est assez fou pour se priver volontairement d'une telle chose ? Et pourtant, Will n'a jamais été particulièrement porté sur les fellations avec ses ex-partenaires.
D'un autre côté, ses ex-partenaires n'étaient pas Hannibal, et ça joue sans doute énormément.
- Hannibal !
C'est le seul mot qu'il peut crier en guise d'avertissement, avant que les étoiles n'explosent dans sa tête et dans la bouche d'Hannibal, qui ne s'est pas reculé d'un pouce. Il oublie jusqu'à son nom, un instant ; et lorsqu'il se souvient qu'il existe, et qu'il relève la tête, Hannibal s'est redressé et le regarde avec un sourire victorieux.
- Tu as un goût délicieux, Will.
Malgré son esprit embrumé par l'orgasme, Will lève les yeux au ciel.
- Pas de blagues, j'ai dit...
Mais Hannibal persiste.
- Contrairement à Francis, je préfère de loin te dévorer au sens figuré.
- Venant de la part d'un tueur en série cannibale, je suis touché, sourit Will.
Sa main endolorie, marbrée de tâches blanches, lâche le barreau de la tête du lit, et lorsqu'Hannibal se penche, il la pose sur sa joue pour l'attirer à lui et l'embrasser. Il peut sentir son goût salé sur la langue d'Hannibal et ses lèvres chaudes, et il glisse ses mains dans ses cheveux défaits.
- Je préfère aussi quand tu me dévores métaphoriquement, murmure-t-il entre ses lèvres. Et je t'encourage à recommencer aussi souvent que possible.
Hannibal a ce petit éclat d'amusement dans ses yeux, au coin de ses paupières, et ce sourire qui n'apparaît qu'au coin de ses lèvres – mais Will sait qu'il est profondément satisfait.
- J'en prends bonne note, murmure-t-il en se penchant pour embrasser son cou, et Will soupire de plaisir.
Satan ne sera plus jamais seul.
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Fin
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Merci à tous pour votre soutien et vos nombreuses reviews :D
A bientôt pour une nouvelle histoire !
