-Etire toi, me conseille Miller s'asseyant dans un coin de la pièce. Je m'exécute, ma tenue me permet de faire des larges mouvements, je porte une combinaison dite « camouflage » par Polux, passant dans toutes les teints de verts et de marrons elle me permettrait de passer inaperçus dans divers paysages. Sixte m'a fait une queue basse, maintenant mes cheveux dans mon dos pour ne pas qu'ils me gênent.
Je sautille encore quelques instants sur place avant de prendre place sur la plateforme, Miller me sourit lève un verre de scotch dans ma direction et le bois cul sec, il s'approche de moi remplissant de nouveau son verre, cette fois-ci je ne fais pas semblant, j'avale le liquide fort qui me réveille.
-Profiter de mes moments de faiblesses pour me soutirer des informations est intelligent ou très inapproprié, dit-il sincèrement.
Ca y est, nous allons enfin parler de cette fameuse soirée. A quelques minutes du commencement.
-Vous allez donc tout me dire à quelques secondes de ma mort, pour que j'emporte votre secret dans ma tombe, soufflais-je pas du tout surprise.
Il me sourit tristement.
-Malheureusement je ne peux pas le faire, il y a plus que deux paires d'oreilles ici.
Nous sommes sur écoute, il fallait sans douter. Liu tu es stupide. Il continue :
-J'aurais cru que ta grand-mère te l'aurait dit.
-M'aurait dit quoi ? M'enquis-je surprise, l'évocation de Xiao a piqué mon plus grand intérêt.
-Tu ne sais donc rien, il se gratte le menton pensif.
-Dites-moi ! Repris-je mais il est trop tard, une paroi en verre s'initie entre nous.
-Miller ! Criais-je en espérant qu'il m'entende, mais il n'entend rien, il met sa main sur la vitre et j'y colle la mienne de l'autre côté de suite.
-Isaac je vous en prie, chuchotais-je entre deux sanglots.
La plateforme s'élève, Isaac recule et me lance un regard rempli de confiance, je n'y lis pas des adieux.
Mon odorat est le premier sens mis à rude épreuve, une odeur répugnante m'arrive aux narines puis je suis assez haute pour apercevoir l'arène. Il n'y a rien. Ce premier constat me choque. Mon deuxième constat est de voir la Corne d'abondance situé sur une grosse colonne de pierre à plusieurs mètres du sol. Qu'est-ce que c'est que cette arène ? Le sol est boueux, l'odeur doit venir de là, je ne peux la comparer, elle est totalement nouvelle, je dirais une odeur de pourriture sous une forte température alors qu'il ne fait ni vraiment chaud ni vraiment froid, la température semble ambiante. A ma droite, le tribut masculin du quatre semble aussi perdu que moi, à ma gauche le tribut masculin du deux regarde la Corne avec envie. T'inquiète pas mon petit, je te la laisse. Hors de question de participer au bain de sang. Le compte à rebours est lancé, la tension est plus que palpable, dans moins d'une minute les premiers corps vont tomber, peut-être moi ? Non, je m'enfuis. Liu tu t'enfuis, me souffle une voix. Liu, ne va pas au bain de sang. Mais comment survivre sans rien ? Il n'y a rien. Ni verdure, ni eau. Rien.
9 secondes.
Je ferme les yeux.
7 secondes.
Prends une grande respiration malgré l'odeur.
4 secondes.
J'expire, vidant tout l'air de mes poumons.
2 secondes.
1.
Mon sang pulse dans mes veines, mon cerveau ne contrôle plus mes mouvements, je n'avais même pas conscience d'avoir sauté de ma plaque maintenant je coure, je fuis. Un mur de pierre de plusieurs mètres de hauts apparaît soudainement devant moi, j'arrive à m'arrêter avant de me le prendre en pleine figure et tente de le contourner, mais un deuxième mur sort du sol m'y en empêchant, je pars de l'autre côté mais à peine quelques mètres parcourus, le même scénario se déroule, je tente de m'enfuir par la gauche mais là encore un mur me contraint de faire demi-tour. Les murs me font un chemin vers la Corne, là où les cris se font entendre, j'essaie de voir bêtement si je peux passer par au-dessus repérant le plus petit des murs mais entends des pas derrière moi. Je me retourne et prends panique en voyant le tribut féminin du onze arrivé vers moi à vive allure, les mains vides, les yeux en larmes. Un mur s'élève entre nous, lui barrant le chemin. Je souffle de soulagement, à ma droite un mur s'enfonce, je ne perds pas de temps et m'enfuit dans cette direction.
-Par-là ! S'écrie Cercia qui est à quelques mètres de moi.
Je m'arrête dubitative, ce temps d'arrêt permet à de nouvelles parois de s'élever autour de moi. Le seul chemin possible est celui qui mène à la Corne, à la mort. Je suis contrainte de le prendre, le mur dans mon dos me poussant en avant. Mais qu'est-ce que c'est que cette arène, bon sang ?!
En quelques foulés je suis devant la colonne de pierre qui maintient la Corne en hauteur, je distingue des silhouettes là-haut, un corps tombe à quelques pas de moi dans un bruit sourd, les intestins lui sortant de l'abdomen.
Je ne peux pas monter là-haut.
Non, je ne peux pas.
Je subirais le même sort.
-Aide moi, chuchote une voix. Il s'agit du corps, le garçon tremble, il n'est donc pas encore mort. Sur ses épaules je remarque des bretelles d'un sac. Je plaque ma main devant ma bouche pour m'empêcher de vomir, pas à cause de l'odeur mais à cause de ce que je vais devoir faire.
J'avance prudemment de lui, ses yeux rougis m'implorent de l'aider, je m'agenouille à ses côtés, ses tremblements ne s'arrêtent pas.
Liu, il faut que tu le fasses.
J'attrape la première bretelle et la fait glissé le long de son bras sous son regard ahuri, je fais la même chose avec la seconde bretelle.
-Pitié, souffle-t-il, ses yeux commencent à se fermer.
-Désolé. Dis-je sincèrement. Je tire d'un coup le sac à dos qui se trouve sous lui, il a l'air bien mince mais je ne peux pas perdre plus de temps, je le lance sur mon dos et sans un dernier regard pour le mort, je m'en vais. Cette fois-ci les murs s'écartent sur mon passage, le Jury voulait que j'ai un avant-goût des Jeux avant de m'enfuir peut-être. Après quelques kilomètres il me semble, je me pose derrière un mur d'une assez grande hauteur pour me cacher même s'il peut disparaître en moins de deux secondes. Le sac contient une gourde pleine, une corde assez longue et rigide et une sorte de boîte à conserve que je ne peux pas ouvrir sans couteau. D'où je suis, j'entends encore des cris et évidemment toujours ce même bruit de pierres qui raclent le sol inlassablement.
Je me pose diverses questions, où aller ? Nulle part. Avant l'apparition des murs il n'y avait ni forêt, grottes ou autres cachettes habituelles des Jeux. Peut-être qu'entre temps ces cachettes sont apparues comme les murs ? Je reste dubitative. Rester derrière ce mur est inutile, celui-ci va s'enfoncer dans le sol à n'importe quel moment me mettant à découvert, surtout que les carrières ont pris pour siège la Corne, en hauteur. Ils doivent avoir une vue imprenable sur toute l'arène, s'ils me voient ils peuvent débarquer en peu de temps. Il faut que je continue de m'enfuir, mettre le plus de distance possible entre moi et la Corne.
Après avoir couru, je décide de marcher, m'épuiser et me déshydrater dès le premier jour me serait fatal. N'ayant qu'une gourde et aucun point d'eau je vais devoir économiser, fort heureusement je ne suis pas une personne qui se laisse dicter par ses désirs, j'ai un grand contrôle sur moi-même grâce à de nombreuses heures de méditations avec Xiao.
Ce souvenir me vole quelques sanglots, aucun esprit même préparé ne peut faire face aux Jeux. Je n'arrive toujours pas à croire que je suis ici, seule, condamnée à cause du passé, à cause du Capitol et de Panem tout entier qui se soumet.
Plus j'avance, plus la quantité de boue augmente, m'arrivant au-dessus des chevilles, où vais-je dormir ? Le visage plaqué dedans.
Le coup de canon retentit une première fois et ce son monstrueux se répète sept fois de suite. Huit morts. Seize survivants.
Le ciel gris s'enfuit lui aussi pour laisser place à un plafond noir sans étoile, je n'y vois rien alors je me stoppe instantanément. La douce mélodie du Capitol résonne dans l'arène, un écran géant prends place au-dessus de nous, les visages des morts vont défiler. Des visages d'enfants pour la plupart que je n'ai même pas pris en considération, dont je n'ai pas fait attention. Les carrières sont encore en complet, Clamed et Cercia sont eux aussi en vie.
Je m'assois à terre tout juste avant que les ténèbres reprennent place.
Je m'allonge dans la boue, mon sac comme oreiller, mon col remonté pour les odeurs, un coup de canon est encore tiré.
Cela va être une longue nuit.
Hey ! Les 73ème HG ont commencé !
Que pensez-vous de l'arène et de ce bain de sang ? Satisfaits ou pas ?
PS : Je réponds à toutes les review évidemment, ceux qui ont des comptes par messages et ceux qui n'en possèdent pas je réponds à la fin des chapitres. Alors n'hésitez pas à poser vos questions, vos doutes etc ...
Corinne : Je te remercie, mes épreuves se sont très bien passés, je suis contente de mes résultats. J'espère que les tiens vont être tout aussi bon. Alors je t'avoue que malgré quelques bases en Japonais, je ne le parle pas du tout, je m'aide d'internet pour les répliques de Liu pour être sûre de ne pas faire d'erreur. Comme les deux autre fictions, ce n'est pas parce que j'écris du point de vue de Liu que c'est elle qui gagnera, peut-être que c'est comme tu le souhaites et que son acolyte gagnera.
A bientôt,
FleurEncre
