Le visage du tribut féminin clôture la soirée, l'arène est de nouveau plongée dans le noir complet. Je m'apprête à m'allonger, tapant sur mon sac pour essayer d'en faire un bon oreiller mais c'est sans compter ma nouvelle « alliée » très bavarde.

-Je suis étonnée que le gars de ton district soit encore en vie, souffle-t-elle.

-Désolé pour le tien, chuchoté-je avant de bailler.

Pas besoin de la voir pour savoir qu'elle me fixe dans le noir.

-Tu es très étrange Chen.

-Pas autant que toi, répondis-je la faisant ricaner.

Je tiens fermement mon arme, depuis que je l'ai récupéré, je ne la quitte plus, la rangeant précieusement dans ma manche.

-On est pareil en fait, dit-elle et je sais de quoi elle fait référence alors je ne préfère pas répondre.

Qu'est-ce que tu attends pour la tuer ? Encore cette foutue voix.

-Est-ce que chez toi ils savent ? Reprends-t-elle non découragée par mon silence.

Un long silence perdure durant lequel il est évident qu'elle attend une réponse, que lui dire ? Que je suis amoureuse de ma meilleure amie depuis que je l'ai rencontrée ? Un peu trop simplet, niais à mon goût. De plus, nous sommes sur écoute, j'aimerais autant emporter mes secrets dans ma tombe.

-Ils savent ce qu'ils doivent savoir, fais le gai et réveille moi quand tu es fatiguée.

-Et ça te va ? S'enquit-elle.

Si ça me va ? Voilà une question que je ne me suis jamais posée, pour moi cela coulait de source que je devais garder ce secret pour moi. Personne dans le district n'est comme moi, je n'ai vus aucunes femmes échangées des mots doux ou des gestes tendres, pareil chez les hommes. Il m'était évident de ne rien dire, ses questions me remettent un peu trop en question. Si je le disais, qu'est-ce que j'y gagnerais ?

Tout, tu gagnerais tout Liu. Laisse-moi prendre ta place.

Je frisonne face à ce son qui se fait de plus en plus présent dans ma tête. Finalement je décide de lui répondre honnêtement :

- danchô no omoi. Cela veut dire que ça me crève le cœur mais je le garde pour moi. Cela doit être la toute première fois où j'évoque ce que je ressens et je me sens un peu plus libre.

Elle s'apprête à me poser une question mais je la coupe :

- Réveille-moi quand tu seras fatiguée.

La conversation est close.

Cette nuit-là, je ne rêvais pas de cadavres, du tribut que j'ai tué sans gêne, non je rêvais de ses lèvres roses, de sa chevelure d'or soyeux au toucher, de ses formes.

Au matin, après mon tour de garde, je réveille Cercia qui a la bouche grande ouverte dans la boue, un long filet de bave décore sa joue. Nous n'avons presque plus rien à se mettre sous la dent, nous ne pourrons pas tenir jusqu'à ce soir, heureusement nous arrivons à bien économiser notre eau.

-Il faut aller à la Corne, il n'y a que là-bas des vivres. Saletés de carrières.

-Non, pas besoin. Dis-je en prenant entre mes doigts un long ver de terre, il y en a des tas dans la boue.

Elle affiche une moue de dégoût, mais ne dis rien, de toute façon elle n'a pas la tête à manger à sa faim dans son District alors elle ne fera pas la fine bouche.

Je place l'insecte dans ma bouche, juste en dessous de mes dents pour le tuer directement, je claque trois fois dessus, c'est pâteux mais pas dégoutant, je l'avale ensuite.

-Alors ? Elle penche sa tête sur le côté attendant ma réaction.

-C'est toujours mieux que mourir.

Elle hoche la tête convaincue et part à la chasse des verres de terres, je suis fière d'avoir suivi l'entraînement sur ces bestioles puisqu'à un moment je tombe sur une sorte de gros cafard couleur jaune, je le sais venimeux. Pour autant, je ne dis rien à Cercia, s'il elle tombe dessus et qu'elle ne sait rien tant pis pour elle et dans le cas contraire tant mieux pour elle.

Elle ne m'apporte rien, je n'ose pas l'attaquer pour la simple raison qu'elle mesure au moins trois têtes de plus que moi, une taille moyenne en somme mais je suis très petite alors elle me paraît comme une géante. Même avec mon arme, je doute que je puisse la tuer.

Liu, Liu, moi je peux le faire. Laisse-moi m'occuper d'elle.

Tais-toi, pensé-je.

Je peux t'aider, reprit-elle avec plus de véhémence dans la voix.

Tais-toi, pensé-je de nouveau agacée.

Je peux te faire gagner.

TAIS-TOI !

-Mais c'est quoi ton problème ? Siffle Cercia en me poussant légèrement.

-Quoi ? Aboyé-je ne comprenant pas pourquoi elle m'agresse.

-Tu me cries de me taire et tu me demandes ce qu'il y a ?

Elle pose ses mains sur ses hanches, elle a l'air très énervée. Je ne m'étais même pas rendu compte que j'avais pensé à haute voix. Liu, reprends toi.

-Ok, il n'y a pas de problèmes. Je pensais à un truc, c'est tout. Dis-je simplement en essayant d'être aussi convaincante que je le suis d'habitude mais pas cette fois-ci, ses lèvres forment une ligne me montrant qu'elle est perplexe.

Un coup de canon.

Mais nous nous n'en préoccupons pas, nous défiant du regard.

-Tu me fais vraiment flipper, cassons-nous d'ici. On est là depuis beaucoup trop de temps, faut rester en mouvements.

J'acquiesce et la suit dans le labyrinthe infernale, les murs ne cessent de se mouvoir et de m'énerver au plus haut point, avec l'habitude nous ne faisons même plus attention au bruit de la pierre raclant la boue. J'ai découvert hier que les murs revenaient tout le temps à la même place, mais encore une fois ceci est un secret que je ne garde rien que pour moi. D'autres tributs doivent l'avoir découvert, notamment les carrières qui surplombent l'arène et qui ont dus voir que les mouvements étaient répétitifs. Nous arrivons à un endroit où la boue nous arrive pratiquement aux genoux, mais nous continuons notre route.

Jusqu'à ce que Cercia émet un son étranglé, je me retourne et la voit qui n'avance plus.

-Je suis bloquée, glapit-elle. Bêtement j'amorce un pas dans sa direction et me retrouve aussi bloquée, je me débats contre la boue mais rien, mes jambes sont immobiles, la boue est maintenant au-dessus de mes genoux, nous nous enfonçons. Merde. J'essaie de sauter hors du trou que je viens de former avec mon corps mais mes pieds semblent coller au sol, je n'abandonne pas, gigotant dans tous les sens. La boue arrive à la taille de Cercia, elle pleure maintenant en essayant de sortir de là, encore heureux qu'elle ne se met pas à crier révélant ainsi notre position.

-Arrête de bouger, dis-je alors que je suis épuisée.

-Je ne veux pas crever, répond-elle en sanglotant, elle enlève la boue de ses mains mais cela ne sert strictement à rien. Par contre, ma courte pause m'a permis de remarquer que moins je bouge, moins je m'enfonce.

-Aide moi, aide moi. Pleurniche-t-elle alors que la boue l'a pratiquement englouti, arrivant au niveau de sa poitrine.

Je me penche en avant, claquant mon tronc sur la boue, je prends appuie dessus et essaie de surélever mes jambes. Une personne musclée, un carrière aurait tout de suite réussi à s'en sortir avec ma technique mais je n'ai aucune force dans les bras.

-Fais comme moi, lui conseillé-je entre deux grandes inspirations.

Elle m'imite mais même s'il elle est plus forte que moi, elle s'est trop fatiguée à cause de sa bataille contre la boue et ses pleurs, sa tête reste juste collé au sol, elle n'arrive même pas à y plaquer son tronc.

A l'aide de mes bras, je m'extirpe petit à petit du sol, je sens que mes jambes reprennent leurs mobilités.

-Allez Liu ! Je m'encourage.

J'arrive à sortir ma jambe droite en premier puis la gauche, j'essaie de reprendre ma respiration après cet effort surhumain pour ma petite carrure.

- Aide-moi Liu, supplie-t-elle.

Le sol est maintenant à son menton, je ne peux prendre le risque de m'approcher d'elle. Heureusement, je me souviens que dans mon sac se trouve une corde assez longue, je la sors et la lui lance sous son regard incrédule.

-Si tu veux vivre, attrape-la et bouge toi. Sifflé-je énervée de devoir m'occuper d'elle. Je ne lui dois rien.

Elle attrape le bout de corde mais la lâche à peine au bout de quelques secondes lorsque je la tire.

-Je suis crevée Liu, aide moi, reprends-t 'elle.

Abandonne-la.

-Attrape cette foutu corde et tiens là, pousse sur tes pieds. Et bon sang ferme la !

Nous faisons une deuxième tentative peu concluante mais la troisième semble être la bonne, j'arrive à faire sortir pratiquement tout son abdomen. Cette fois-ci c'est moi qui lâche la corde, je suis beaucoup trop épuisée pour continuer.

C'est un boulet Liu, abandonne-la. Si elle meurt, elle ne pourra dire à personne notre secret.

- Liu, sanglote-t-elle, me ramenant à la réalité.

-Tu vois comment j'ai fait tout à l'heure ? Fais-le.

Elle écarquille les yeux sous mon ton autoritaire, elle comprend qu'elle doit se débrouiller seule, que je ne l'aiderais pas.

- Sayônara.

Sans un mot de plus, je jette mon sac sur mon dos et pars dans un lieu plus sûr, j'entends encore quelques sanglots puis je suis trop loin.

C'est bien Liu.

-La ferme toi. Dis-je à bout de nerf.

Grâce à moi tu t'es débarrassé de ce boulet, écoute moi plus souvent.

Un coup de canon retentit dans l'arène, serait-ce Cercia ?

J'espère.

Malheureusement, je l'espère aussi.


Salut les lecteurs/lectrices ! J'espère que ce chapitre vous a plus même si Cercia et Liu ont pris deux chemins différent. Nous ne savons pas encore si Cercia est encore en vie ou non, ça seras la bonne ou mauvaise surprise du prochain chapitre.

De plus, je tiens à signaler que j'ai finis la fiction 72 HG Une renaissance, il manquait deux chapitres que j'ai publié. J'ai hâte de savoir ce que vous en pensez.

(Attention Spoiler 71 HG + 72 HG) Arya : Waouw, je vais faire en sorte de faire une réponse structurée mais ça va s'avérer compliqué. Par où commencer ? Winter is comming, me semble un bon début entre fan de la même série. Je fais confiance en tes goûts puisque Arya est l'un de mes personnages préférées. J'avoue ne pas avoir été tendre avec Lana qui est mon personnage préféré dans les trois fictions, j'ai moi même versé quelques larmes en écrivant le dernier chapitre, mais en quelque sorte tu l'as ton happy-end ! Elle est plus qu'heureuse lors de l'épilogue et si tu lis la fin des 72 HG peut-être que tu l'auras aussi. En tout cas, je te remercie beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup x1000 pour ton commentaire très instructif ! Vraiment ! Et ça me fait plaisir que toi aussi tu as remarqué le "Chen " et "X", des petits clins d'oeil que peu peuvent voir. Comme dans les 72HG où le nom de famille d'Alexander est Stark (GoT quand tu me tiens), enfin dans mes fictions j'ai des tas de clins d'oeil que seul moi peut comprendre ou d'autres qui sont plus universelles que tu as vu. Et pour finir, j'ai 0% d'origine japonaise mais tu as bon sur le fait que les prénoms sont bien chinois, d'ailleurs Xiao est à la base masculin mais j'ai décidé d'en faire un mixte (ma fiction je fais ce que je veux, fuck), mais les citations sont bien japonaises, la plupart je les trouve sur internet, il faut savoir que la traduction que je mets à chaque fois en français n'est pas la vraie mais l'équivalant qu'elle aurait sinon très peu de personne comprendrait et j'aurai l'air d'une folle. Fin bref, j'espère que j'ai répondu à toute tes questions, si j'ai oublié des choses ou si tu en as d'autres, je suis à ta disposition. Bisouuus mielleux !

A bientôt,

FleurEncre