Coucou tout le monde !
Stariella : j'espère que ça ira mieux aujourd'hui, sinon, ben lis pas la suite, tout simplement x'D désolée :(
Bonne lecture :D
Des rayons de soleil chatouillaient les paupières clauses du Docteur endormi. Leurs ailes de lumières, volant tranquillement du store mal fermé jusqu'à ces dernières, tirèrent notre Seigneur de son confortable sommeil. Sans leur en tenir rigueur, déjà de bonne humeur, ce dernier étendit le bras dans l'espoir de rencontrer le corps de sa femme. Mais il ne perçut que le vide d'une place froide.
Surpris, le Gallifreyien ouvrit un œil, puis le second et remarqua qu'il était seul dans ce grand lit blanc. Il prit alors sa robe de chambre, enfila ses pantoufles et se leva du lit, guère défaitiste.
– Rose ? Appelait-il dans chaque pièce de la maison.
Mais elle n'était nulle part. Après avoir remarqué la disparition de ses chaussures, des clés et une pénurie de lait dans le frigo, il comprit qu'elle était partie faire des courses de dernières minutes. Non sans lâcher un soupir de désespoir, il brancha la chaîne hi-fi et se dirigea vers la salle de bain en dansant : au moins, il échappait à l'affrontement matinal pour savoir qui irait se laver en premier !
Se savonnant tranquillement, il fredonnait chaque chanson que la radio recrachait, les connaissant toutes plus ou moins. Aujourd'hui, il faisait beau, sa femme était enceinte, il était tout simplement content. Content, heureux, comblé même.
Puis il sortit de la douche et s'habilla joyeusement, toujours en chantant, toujours en dansant. Un inconnu, un proche aussi, l'aurait pris pour un idiot. Ses réactions n'étaient pas communes mais il s'en fichait. Il s'en fichait royalement.
Pour chasser le temps, l'ennuie surtout -lui qui n'était jamais seul-, le quadragénaire éplucha les annonces immobilières sur internet : l'appartement n'aura pas la capacité d'accueillir quelqu'un d'autre. Alors pourquoi ne pas quitter le centre-ville ? Leur famille pourrait s'épanouir dans une maison de campagne, loin de la pollution, loin du bruit. Ils auraient leur nid, leur jardin, leur bonheur et rien ni personne pour briser cette sérénité.
Heureux, il songea au futur, à cet enfant qu'il n'aurait jamais espéré avoir. Si elle savait ce qu'elle venait de lui offrir ! Son sourire ne tombait pas. Il mangeait sa banane, brisa sa tasse préférée -Docteur maladroit?- mais son sourire ne perdit son intensité. En fait, même une fin du monde ne pourrait anéantir sa joie. C'était tellement beau. Tellement... Fantastique. Même si fantastique n'était plus son mot fétiche.
Pourtant, le temps continuait de tourner et toujours aucune nouvelle de Rose ; dix heures fit place à onze heures, puis à midi. Le Docteur put faire le ménage -c'était son tour, aujourd'hui-, préparer le repas et entendre passer trois fois la même musique sans que sa compagne ne soit rentrée.
Sa patiente poussée à bout, il décida d'appeler la jeune femme. Allumant donc son téléphone, il savait qu'il allait devoir faire face aux messages furibonds de Pete : beau-fils ou pas, ce dernier détestait les employés faisant école buissonnière. Mais il s'en moquait bien, de son avis : il allait être papa ! Et pour le moment, la disparition de Rose l'inquiétait plus que la colère de son patron.
Ignorant toutes les notifications, l'homme de neuf cents ans composa le numéro de cette dernière. Mais il tomba automatiquement sur son répondeur. Son front se plissa, il tenta une seconde fois de la contacter, attendit dix minutes et la rappela une troisième fois ; en vain. Pourtant, elle devait bien se douter qu'après plus de trois heures d'absence, il allait tenter de la joindre ? Son portable était peut-être déchargé. Alors, en attendant, il s'occupa comme il le pouvait et prépara leurs deux valises.
Mais le temps passait et toujours rien. Une quatrième fois, il composa son numéro. Une quatrième fois, la voix robotique de son répondeur lui répondit. Ce n'était pas possible. Elle ne pouvait pas être si longue pour de simples courses. Regardant alors ses SMS, il constata enfin qu'elle lui avait laissé un message vocal. Mais c'était en plein milieu de la nuit. À deux heures du matin. Que faisait-elle dehors, à une heure si tardive, avec la voiture ? Malgré le soleil et la température ambiante plutôt correct, le Docteur frissonna. Et son allégresse perdit de son intensité.
Un sixième sens appréhendait quelque chose qui le dépassait largement. Incertain, il effaça les messages de ses collègues sans même les écouter et arriva à celui qu'il craignait ; pourquoi son voyant rouge interne s'allumait-il aussi expressément ?
– Hey, murmura la voix cassée de la Londonienne. C'est moi. Je voulais juste te dire que je partais. Ne t'en fais pas, tout se passera bien. Pour toi, pour moi, pour nous. C'est juste une fin. Rien de plus. Puisqu'on ne se reverra plus, puisque je ne te reverrai plus, je te promets d'honorer ma promesse et d'être encore là, derrière toi. Jamais tu ne seras seul. Puis nos souvenirs sont si... Merveilleux. Je n'aurais pu rêver une meilleure histoire. Tu m'as amenée si loin, tu m'as fait voir tant de belles choses. Et de toute mon existence, je n'ai pas un seul regret. Sauf celui que tout se termine aussi précipitamment. J'ai oublié que le temps passait, j'ai déjà du mal à me faire à l'idée qu'on est ensemble alors... Imaginer une fin à ça était inconcevable. Pourtant, on en est là aujourd'hui, si près et si loin l'un de l'autre. J'ai besoin que tu saches à quel point je t'ai aimé et à quel point je t'aime, là, maintenant. Je veux être sûre que tu le comprennes et que tu t'en souviennes. Parce que ça va être dure. Ça va être très dure, j'en suis consciente. Et je te demande pardon. Te dire que je suis désolée n'y changera rien mais mon intention n'était pas de te blesser. Ni même de te faire du mal. Je n'y peux rien, c'est... N'essaie pas de comprendre plus que tu ne le dois. Laisse tout ça de côté, ça n'en vaut pas la peine. Relève-toi, renforce-toi, surpasse-toi. Prouve-nous que tu vaux mieux que moi. Et n'oublie pas que tu es quelqu'un de bien. Tu as rendu tellement de gens heureux, moi la première. Tu as tout bouleversé dans ma vie et je t'en remercie sincèrement. Être avec toi dépassait la limite des espoirs que je me bâtissais, enfant. L'espace, les extra-terrestre, l'amour, tout. C'était... Wouah. Il y a un énième mur entre nous, un énième monde. Et brûler un soleil ne suffira pas pour se retrouver. Pas cette fois. Il n'y a plus rien que nous puissions faire maintenant, puis je te l'interdis ! Je te promets d'être forte. Pour ces dernières minutes, je te promets d'être forte. Ne fais pas de bêtises. Ne fais pas d'écart, reste fidèle à tes convictions. Fais attention à toi et... Et aies une vie fantastique, Docteur.
Fin de la transmission. "Salut, c'est fini entre nous ! C'était cool, merci et vis bien !". Un ouragan passa, emportant avec lui ses sourires, ses rêves, ses espoirs. L'air lui manquait. Que racontait-elle ? De quoi parlait-elle ? Où était-elle ? La gorge sèche, il but un verre d'eau et ignora un énième appel de Pete.
La seule chose qui comptait, là, maintenant, c'était comprendre ce charabia. Il écouta une deuxième fois ce message assassin. Une trois fois, une dixième fois. Quelque chose lui échappait. Elle ne pouvait pas l'abandonner comme ça. Elle ne pouvait pas le quitter après le mariage, après le bébé. Ce n'était pas possible. Ce n'était pas logique. Son cœur se cassait la gueule dans sa poitrine et tentait pitoyablement de s'accrocher à ce qu'il pouvait.
– Réfléchis ! Criait-il à lui-même.
Elle l'aimait. Elle ne serait pas volontairement partie puisqu'elle l'aimait. Alors qui la manipulait, la menaçait ? Qui se servait d'elle ? Son visage sombre devint ténébreux : quel était l'inconscient qui pensait pouvoir s'en prendre à sa Rose ? Entre humains jaloux, fous et extra-terrestres revanchards, assoiffés de sang et de pouvoir, la liste était longue.
« Répondez ?! » hurlait les messages de Pete. Il les effaça.
Merde. Docteur idiot. Depuis quand une grossesse provoquait des malaises ? Ce n'était qu'une excuse, qu'un prétexte. Peut-être même, un mensonge. Et lui, stupide copie, il avait été assez candide pour croire aveuglément chaque mot qui sortait de sa bouche. Que lui avait-elle caché, pourquoi lui avait-elle menti ? Qu'avait-elle fait ?! Il n'avait rien vu venir et à cause de sa crédulité, ils en étaient là, à subir les conséquences : lui, coincé à Londres, elle, peut-être sur Terre, ce qui l'arrangerait, peut-être dans l'espace, loin, loin, loin. Rien n'était certain et il n'avait aucun indice pour savoir par où commencer. Tout ça pour quoi ? Pour le protéger, très certainement. Venant de Rose, il n'avait aucun doute sur la réponse. Mais de qui ? C'était si bien et si mal le connaître. Parce qu'elle le préservait au prix de quoi ? De sa liberté. Et peut-être pire. Non. Tout sauf ça.
Une colère montait en lui, une haine profonde. Et une déception immense. Rose, Sa Rose, n'avait pas cru en lui. Une absence de confiance, un doute, une... Elle n'avait pas cru en lui, le résultat était là. Le pire, c'est qu'elle osait lui interdire de la retrouver. Par quel décret, par quelle loi ? Elle rêvait. Son effrontée n'avait rien à exiger de lui. Pas après ses mensonges, pas après ce départ sans explication. S'enfonçant de colère, les ongles dans la main, il se jura de partir à sa recherche et d'arriver avant que quiconque n'ait pu poser un doigt, une griffe, un tentacule, un laser sur elle.
Il repassa le message, encore et encore. Ce n'était pas possible, elle se foutait de lui. Il avait raté quelque chose, c'était une surprise, une blague de très mauvais goût.
Pete le rappela encore mais cette fois, il décrocha : Torchwood pourrait l'aider à la localiser ; sur Terre, comme dans les étoiles, ils étaient plutôt doués.
– Allô, fit-il froidement.
Silence.
– Pete ? Appela-t-il plus calmement.
C'était bizarre. C'était étrange. Il se passait quelque chose : pourquoi ces sirènes derrière lui ? Écoutant attentivement, il entendit l'homme d'affaire renifler : pleurait-il ?
– Je suis désolé, tellement... C'est... Rose. Rose...
– Elle a disparu, je sais. J'allais justement vous appeler pour vous en parler. Mais comme d'habitude, rien ne vous échappe ! Vous avez des nouvelles ?
L'espoir revint fleurir en lui : ses ravisseurs avaient peut-être laissé un message, une demande de rançon ?
– Elle est morte, John.
L'interpellé expira bruyamment, pas sûr de comprendre ce qu'il venait d'entendre.
– Quoi ?
– Elle est morte. Mon Dieu...
Dans sa poitrine, son unique cœur battait la chamade.
– Quoi ? répétait-il.
Il écouta ce que son beau-père avait à dire, sans penser, sans parler, sans respirer. Quelque chose se brisa en lui, insidieusement. Et ce quelque chose assassina sournoisement les sentiments qui l'égayaient, quelques minutes plus tôt.
« J'arrive » disait son patron. Il ne l'entendit qu'à peine, se focalisant sur son rythme cardiaque. Rose, morte ? Un sourire se dessina sur ses lèvres et ce sourire devint un rire étranglé. Quel était ce jeu stupide ? Qui se foutait de lui ? Non. Non, il allait se réveiller. C'était un cauchemar ! Un cauchemar, oui.
Espérant maintenant sortir de cet interminable songe, il baissa la musique et se pinça très fort. Il cria, se cogna la tête contre le mur. Mais la douleur ne disparaissait pas. Et sa vie, Londres, ces dernières nouvelles prenaient un peu plus de sens. Semblaient un peu plus réel.
Pete ne fut pas long. Et lorsque le Docteur vit son visage tremblant, tout s'effondra en lui ; le décalage qu'il y avait entre ses convictions et la réalité fut remis sa place.
– Ce n'est pas vrai ? Demandait-il, sa voix luisant d'un espoir malsain.
L'homme le prit dans ses bras et pleura simplement.
C'était comme si la foudre venait de s'abattre sur le Gallifreyien. Il était paralysé, brûlé de l'intérieur. Une tornade saccageait jusqu'au moindre recoin de son âme, lui montrant tout ce que la jeune femme lui avait donné et tout ce que son départ allait lui arracher. Qu'allait-il faire, sans elle ? C'était ça, la question : comment pourrait-il vivre dans un monde où sa présence lui faisait défaut ? Il n'avait pas pu, dans l'autre univers. Avec Martha, avec Donna, avec le TARDIS, il n'avait pas réussi. Ou, par dépit, il s'y était accommodé, avait construit une façade de sourires et de longs monologues pour cacher son désespoir. Maintenant qu'il n'avait plus rien, ni ses amis, ni son identité, comment pourrait-il faire ? À qui mentir ? Où fuir ?
– Ce n'est pas vrai ? Chuchotait-il inlassablement.
"Donnez-moi une illusion sur laquelle me rabattre" voulait-il dire.
– Toutes mes condoléances, John...
Il ne pouvait y croire. Il ne le voulait pas. Ce n'était pas possible. Pas sa Rose. Tout, mais pas sa Rose.
Pourtant, lorsqu'il vit son corps sans vie en fin d'après-midi, lavé, prêt pour l'autopsie, le Docteur dût faire face à la réalité. Elle était belle et bien morte. Belle c'était certain. Morte aussi, ironiquement.
Dévasté, le solitaire s'approcha d'elle, posant une main hésitante sur son bras glacé.
– Dehors, murmurait-il. DEHORS !
Ne sachant que dire ou que faire, chaque individu présent quittèrent précipitamment la pièce. Et plus personne n'approcha le couple. Le Gallifreyien rejetait toute compagnie, toute parole réconfortante.
Néanmoins, il ne se laissa pas défaire ; pas complètement. Malgré ce qu'elle ait pu lui dire, lui "interdire", une intuition le poussait à démêler le vrai du faux. Alors, soigneusement, essayant de ne pas se dire que c'était la chair et les entrailles de sa femme qu'il découpait, il ouvrit, analysa, étudia tout ce que son corps avait à dire. Elle était morte d'une crise cardiaque. C'était évident. Mais celle-ci avait été provoqué. Par quoi, c'était ça la question. Et c'était là que son diagnostic devenait incertain. Si sa fausse couche était plus une conséquence qu'une cause, ses organes montraient de nombreuses lésions, du sang inondait son cerveau et ce même sang attestait irrémédiablement une carence en fer, en vitamines, en oxygène, en... Beaucoup de choses, en fait. Ses forces semblaient l'avoir quitté brusquement, entraînant une rupture dans tout son corps. Mais c'était impossible. L'énergie vitale ne pouvait pas s'évanouir comme ça, même avec la meilleure des technologies. Puis que faire avec cette énergie ? À un moment, il soupçonna le Méchant Loup mais rejeta sèchement cette hypothèse ; s'il restait une trace en elle, l'entité, totalement dépendante, était encore plus faible qu'un fœtus et ne pouvait pas se réveiller.
Fatigué, au bord de la crise de nerf, totalement affligé, le Docteur recousit ses cicatrices, peigna ses longs cheveux blonds, mit de la couleur sur ses joues et sur ses lèvres, puis resta près d'elle jusqu'au petit matin. Jamais il ne la quitta du regard. Le sommeil l'attaqua, la faim aussi mais il ne toucha ni au repos, ni à son assiette. Impuissant, il contemplait les ruines de son bonheur. Il était seul, maintenant. Et ça faisait mal.
« N'essaie pas de comprendre, ça n'en vaut pas la peine ». Que voulait-elle dire ? Sa mort n'était pas naturelle mais n'était pas provoquer par un être vivant, par une machine. Pourtant, cette phrase avouait bien l'inverse, non ? Pour la première fois en neuf-cent ans, il faisait face à quelque chose qui le dépassait totalement. Mais il s'en moquait. Il s'en moquait parce qu'il l'avait définitivement perdue.
L'enterrement eut lieu trois jours après. C'était horrible. Pour la famille Tyler, pour les proches, pour John Smith, c'était horrible. Et la chaleur soudaine n'arrangeait rien. Puis ce dernier ne supportait plus ces larmes, cette tendresse écœurante. Son âme devenait de glace et la rage le consumait un peu plus. Il détestait sa vie, détestait ce monde, détestait le Docteur aux deux cœurs, détestait Rose, se détestait. Pourquoi elle, tout simplement ? Qu'avait-elle fait de mal pour devoir vivre seulement trente ridicules années ?
Chaque seconde était une torture. Chaque jour, un éternel supplice. Il était comme Icare sauf que sa douloureuse chute ne se terminait jamais. Au début, l'idée de mourir le traversa. Sur cette résolution, il appela la Faucheuse et se laissa dépérir. Mais même elle ne voulait de lui. Alors, par dépit, il arrêta de manger, de boire, de se laver, de dormir, de parler, de pleurer, de penser ; il se contentait de fixer le vide, comme une coquille morte.
Les premiers mois, il les passait avec sa famille adoptive, dans le grand manoir londonien. Pour les aider, parce qu'après tout, c'était leur fille, leur sœur, il se taisait et faisait semblant d'aller mieux, semblant de sourire. Mais, très rapidement, il abandonna. Pourquoi se soigner, pourquoi porter un masque, maintenant qu'il n'avait plus rien ? Plus aucun devoir, plus aucune raison de vivre ? Le Docteur l'avait laissé ici, dans le but de donner à son amie, la plus merveilleuse des aventures ; sa mission était un échec total. Et ce déboire l'oppressait, le dévorait. Puis le visage de Jackie faisait resurgir de sa mémoire, son passé heureux, son passé si parfait : Mickey, le TARDIS, Powell Estate, tout lui revenait. Et tourments indomptables, tout se retournait contre lui.
Alors il quitta Torchwood. Puis, le manoir des Tyler. Puis Londres. Puis le Royaume-Uni. Chaque blonde lui rappelait Rose. Chaque fleur lui rappelait Rose. Chaque chanson lui rappelait Rose. Même parler anglais lui rappelait Rose. Il s'installa près de Paris. Près de Berlin. À Johannesburg. Lorsque son dévolu se jeta sur Rio, il y resta. De toute façon, où qu'il allait, une ombre clandestine, jaune et rose, s'agrippait à lui. Lassé de tout, de la vie plus que de la douleur, il cessa de fuir.
Imitant minablement les héros pathétiques des films dramatiques, John Smith se mit à boire, à fumer ; il se droguait pour oublier et glissait à son cou, une corde de haine, de peine. Les conséquences n'étaient plus importantes ; à qui rendrait-il des comptes, à sa femme ? Elle était morte. Au Docteur ? Qu'il aille au diable.
Son état empirait constamment et aucun signe de renaissance. La jeune femme l'avait laissé orphelin, sans repère, sans consigne. Et il n'arrivait pas à se battre. Il ne pouvait pas se battre. N'en avait pas envie ; paraître minable était plus simple.
Il méprisait tout le monde, ne faisait plus attention à lui et si ses loyers étaient grassement payés par Pete, son mauvais comportement obligeait ses propriétaires à le mettre dehors. Le Docteur était devenu John Smith et John Smith était devenu un étranger, un fantôme, un moins-que-rien : dénigré par les hommes, par la société, par lui-même, il s'isolait de tout, de tous. Même Rose ne pourrait le reconnaître. Physiquement, sa longue barbe, ses cernes violets, ses vêtements miteux, ses traits beaucoup trop fins, sa peau beaucoup trop pâle le défiguraient violemment. Mentalement, il était tout simplement anéanti. Et les remords, les douloureux souvenirs le harcelaient jour et nuit, en permanence. D'où l'alcool, d'où la fumée, d'où les stupéfiants. Mais rien ne marchait, sur lui : le goût de la boisson n'effaçait pas le goût de ses lèvres, les traces des médicaments ne gommaient pas les traces de son amour.
Parfois, une âme charitable, prise de pitié pour ce pauvre homme, tentait de nouer un dialogue avec lui. Il répondit seulement "je l'ai tellement aimé" avant de tout envoyait balader. Un jour, il rencontra une jeune blonde, plutôt mignonne. Elle s'appelait Emily et était la gentillesse incarnée. Reprenant soin de lui, reprenant le dessus, il s'abandonna à elle. Mais il n'arrivait pas à l'aimer. Son parfum n'était pas le sien, ses goûts, son passé, ses envies, ses phrases, sa présence, ce n'était pas Rose, elle ne valait pas Rose. Alors John Smith quitta Rio et s'installa à Seattle.
Là-bas, il rencontra une rousse et son passé lui revint de nouveau : Donna, la guerre du Temps et encore, et toujours Rose. Sa tête n'avait que son image en mémoire, ces lèvres ne murmuraient que ce nom-là : Rose, Rose, Rose. Elle lui manquait cruellement et rien n'anesthésiait sa peine.
Cette fois, sûr de lui, il s'installa dans un désert indien, loin des gens, loin de la civilisation. Avec du monde, il n'arrivait pas à reprendre pied. Peut-être que seul... Mais non.
Et le temps passait. Le temps passait mais rien ne passait. Au bout d'un an, pour la première fois, il retourna à Londres. Retrouva les Tyler. Contrairement à ce qu'il eut cru, ils ne le rejetèrent pas. Et leur amour était un baume sur son cœur en miette. Petit à petit, il reprenait ses anciennes habitudes, fit son deuil. Peut-être qu'il avait juste eu besoin de sombrer. De n'être qu'une ombre, qu'un chien pour aller mieux. Enfin... "Aller mieux".
Parce que le réveil était toujours aussi dur et le coucher n'était pas mieux. Les repas était creux, souvent, il les sautait. La nuit, des cauchemars le surprenait, l'épuisait. Parfois, il lui arrivait de sentir un corps contre le sien. Un souffle contre sa peau. Un baiser sur sa nuque. De voir son visage dans la foule. Mais ce n'était que des brisures de son esprit, des fantômes.
Il passait son temps dans un miteux café, près de la nationale et parlait avec Rose. Il lui racontait des blagues, racontait sa journée, racontait cet amour qui ne cessait de le hanter, lui parlait du passé, lui mentait. Elle lui répondait, riait, le taquinait. Mais elle n'était pas vraiment là. Il le savait mais l'idée de la penser près de lui le rassurait. Il s'y accrochait désespérément, devenait fou.
« Aies une vie fantastique » avait-elle dit.
– Ouais, j'ai vu une raie de plus de quatre mètres, l'autre jour ! À Turkuazoo, dans un grand aquarium stambouliote. Mais ce n'était donc pas aussi fascinant que sur Eyrin. Eyrin, tu t'en souviens ? La dernière planète où nous sommes allés, avec le TARDIS. Là-bas, tu m'avais promis de rester avec moi pour toujours. C'était lorsque tout allait bien pour nous trois. En tout cas, c'était sympa ! Il y avait des méduses phosphorescentes, aussi.
– Vous parlez seul, Docteur.
Brisant le miroir des souvenirs, les contours du bar se dessina autour de lui et Rose disparut. Une brune prit place en face de lui, là où sa femme se trouvait et lui sourit amicalement.
– Eyrin. Quelle magnifique planète, murmura-t-elle. J'y suis allée, une fois, observer le spectacle migratoire des créatures marines autour de la barrière du lion. C'était magnifique.
– Je sais. Une fois, j'y suis allé avec Rose.
Ses sourcils se froncèrent. Comment connaissait-elle son ancien nom ? Et Eyrin ?
– Qui êtes-vous ?
– Appelez-moi comme vous le voulez. Je représente juste le parti Gorus.
John Smith avala de travers.
– Pardon ?
Le parti Gorus était une légende Gallifreyienne. Alors si imaginer Rose ne posait pas de problème, la présence de cette femme le dérangeait grandement. Elle était une contradiction. Sa planète était tombée, la Guerre, terminée et dans n'importe quel univers, plus aucun Seigneur du Temps ne circulait. Sauf le Docteur. Cette étrangère ne pouvait pas exister, se tenir devant lui et lui parler.
– Comment êtes-vous arrivée jusqu'ici ?
– Nous savons qui a tué votre amie. Et nous voulons vous aider.
Je tenais à vous dire quelques mots de fin : j'ai eu beaucoup de mal à écrire ce chapitre pour plusieurs raisons, la principale étant que Tentoo est le Docteur sans être le Docteur : il pense pareil, aime tout pareil, enfin bref, je vous évite le dessin. Mais si le Docteur n'aurait pas eu le choix que de s'en remettre, je pense que la réaction de Tentoo devrait être différente : il ne lui reste que cinquante ans de vie (si on remettait les choses dans leur contexte, cinquante ans dans une vie de Seigneur du Temps équivaut à... Un an ? Deux ans ? Je suis même pas sûre, sachant qu'ils peuvent vivre énormément longtemps (notre Docteur est un bébé :3)), puis il n'a plus le TARDIS, plus les étoiles, plus ses amis, il est coincé sur Terre, dans un corps d'humain, que lui reste t-il maintenant ? Si certains m'ont trouvée excessive, ou pensent que ma façon de décrire les personnages n'est plus fidèle à la série, je m'en excuse sincèrement et j'aimerais le savoir pour gommer ce défaut.
Néanmoins, je reste persuadée que si Rose devait mourir avant l'heure, avant lui, Tentoo aurait une réaction similaire. D'où le nom du chapitre : il y a enfin une brisure nette et précise entre les façons de penser du Docteur et de Tentoo qui a, rappelons le, une toute petite part de Donna et n'est donc, pas totalement notre Seigneur du Temps (d'ailleurs, je me demande comment celle-ci à pu accepter Rose comme épouse ; vous pensez qu'ils se battent, dans sa tête ? .w.) - ma phrase était très longue, mais je ne savais comment la tourner :(
Voilà voilà, à bientôt et désolée pour ce monologue de fin ! ^^
