Salut tout le monde !
Voici le treizième chapitre (mais je ne vous apprends rien puisque vous savez lire ;)). Personnellement, j'ai vraiment adoré l'écrire, peut-être plus que les autres. Donc j'espère que vous l'apprécierez autant que j'ai aimé l'écrire ^^
Stariella : chose promise, chose due : la suite en ce magnifique jeudi de juin :D bon, je te l'avoue, j'ai bien cru ne pas pouvoir ; faisant mes corrections sur Doc Manager (j'ai tellement peur qu'Open Office efface que dès qu'un chapitre est terminé, je le peaufine sur Fanfiction) j'ai quitté (deux fois. Vraiment.) sans faire exprès, alors que j'avais pratiquement fini : résultats = plusieurs heures de travail perdues et tout à refaire. J'ai cru mourir T.T mais voilà, tu l'as ^^ Puis tu vas être contente puisqu'il est un peu plus long que les autres (même si les derniers chapitres s'étaient déjà allongés par rapport aux premiers x))
Bonne lecture ! :D
Les deux Docteurs restèrent quelques instants à s'observer, se juger silencieusement. Les événements qui avaient poussé leurs retrouvailles semblaient suspendus au-dessus de leurs têtes. Et face à face, comme face à un miroir, les deux hommes se jaugeaient placidement.
– Pourquoi ce visage ?
– Je me suis posé la même question la première fois que je l'ai vu. Si sévère, si... Colérique. Même quand je souris, il semble empli de hargne. Comment est-ce possible ?
– Je ne parlais pas de ça. C'est celui de Caecilius.
– Ah oui ? C'est bien ce que je pensais.
Ils étaient si semblables et si différents. L'un avait enfin connu le bonheur, quelques années auprès de Rose étant déjà une très belle chose, l'autre n'avait cessé de fuir, sans aucune halte, aucune promesse de salut à l'horizon. Le regard de l'humain était vieux mais paraissait être celui d'un enfant face aux yeux du Seigneur. Le même passé mais deux chances bien distinctes. Tout ça parce que leurs hivers avaient vu pousser une fleur impossible, en plein milieu de la tempête et que l'un d'eux avait dû avancer, oublier son parfum bien trop éphémère.
– Qu'est-ce que tu me veux ? Demanda l'humain.
– Moi ? Pas grand-chose. Tu vas juste m'aider à réparer tes erreurs. Tout seul, je n'y arriverai pas. C'est de ta faute si elle est morte, après tout. Qu'est-ce que tu faisais ? Aveugle, idiot, ta partie humaine ne t'as pas vraiment arrangé. Mais nous avons tous les deux étaient des imbéciles, je l'admets. Après tout, c'est moi qui te l'ai confiée. Cependant, Rose était sous ta protection. TA protection. Et...
Hana le frappa sur l'épaule, l'obligeant à se taire.
– Et puis quoi ? Qu'est-ce que tu vas faire, me punir ? Alors vas-y.
– Eh ! S'interposa Hana. Ça suffit les règlements de comptes. Calmez-vous.
Ils se toisèrent du regard et auraient pu rester ainsi jusqu'à la fin des temps si la brune n'avait pas, une nouvelle fois, fait barrage entre eux.
John passa une main dans ses cheveux et observa l'horizon. Gallifrey. Il était certain de l'avoir détruite. De l'avoir brûlée. Les cris lui revenaient dès qu'il fermait les yeux, il voyait dans les ténèbres de ses nuits, les cadavres le pointer du doigt, accusateurs. Chaque détail étaient encrés en lui, indélébiles.
Et finalement, elle était encore là. Toujours aussi belle, toujours aussi dangereuse. Il écoutait les brèves explications de sa treizième régénération, blâmant la culpabilité qui avait presque failli le tuer. Depuis tout ce temps, elle était là, cachée dans un autre univers. Protégée. Un lourd poids s'enlevait de ses épaules. Il fit place au vide.
– Nous allons détruire le Méchant Loup, termina le Docteur.
Son double écarquilla les yeux.
– Comment ça « détruire le Méchant Loup » ?
Il l'aurait fait depuis longtemps, si une telle chose était possible.
– Le Haut Conseil veut s'en servir pour remettre Gallifrey à sa place. Tu n'ignores pas les conséquences, j'imagine ?
– Boum.
– Exactement. Le parti Gorus, quant à lui, veut détruire Gallifrey.
– Il y a des choses qui ne changeront jamais, apparemment.
Pour la première fois, ils étaient d'accord.
– Et... Comment allons-nous nous y prendre ?
– Attendez deux secondes, intervint Hana.
Elle empoigna le Seigneur du Temps par la manche et baissa la voix. Mais si elle chuchotait, la conversation n'échappa pas aux oreilles affinées de l'ancien propriétaire du TARDIS.
– Tu m'as interdit de dire quoique ce soit, j'ai bien cru qu'il allait me tuer à cause de ça et toi, tu déballes tout comme un « bonjour, comment vas-tu depuis le temps ? », pesta-t-elle.
–Il ne serait pas venu en connaissant toute l'histoire. Enfin, je pense.
– Tu penses ? Tu voulais juste crâner, plutôt.
– Hana, ayez l'air un peu moins humaine, vous voulez bien ?
– La ferme, grommela-t-elle.
Délicatement, elle lissa la veste et adressa un chaleureux sourire à John.
– Vous voyagez ensemble ?
– Non !
– Oui, la contredit-il. Depuis... Plusieurs années, maintenant, n'est-ce pas ?
Elle le foudroya du regard.
– Déjà ? Il n'est pas très commode, néanmoins. J'ignore ce qu'il m'a pris de le suivre.
– Vous êtes humaine ?
– Elle a l'air d'être humaine ? Une telle arrogance n'existe que chez les Seigneurs du Temps ! Quoique... Peut-être pas, oublie ce que je viens de dire... Bref ! Elle devait être l'hôte du Méchant Loup et pensait le tuer, contrecarrant ainsi les plans du Haut Conseil. Mais elle a échoué et il a causé sa régénération. De toutes les personnes de la Création, à part Rose, nous sommes les trois seuls êtres à avoir eu, d'une manière ou d'une autre, le Méchant Loup en nous. Toi parce que t'es moi, moi parce que je l'ai extrait de Rose et Hana parce qu'elle l'a accueilli en elle. À votre avis, pourquoi sommes-nous ici ?
John assimilait son résumé complexe et regardait autour de lui.
– Je déteste quand tu fais des devinettes, maugréa la Dame du Temps, levant les yeux au ciel.
La neige tombait délicatement, si fragile en apparence et pourtant, aussi immortelle que le Temps, dans ces montagnes. Enfant, il s'y était perdu et avait bien failli y passer ; un rite initiatique qui avait très mal tourné. Mauvais souvenirs.
Il n'y avait personnes à des lieux d'ici. Sauf des ermites, peut-être. La seule chose qui pouvait intéresser le Seigneur du Temps était des légendes, des...
– Le Miroir des Âges..., murmura John.
Le Miroir des Âges était un mythe que connaissaient tous Gallifreyiens, un conte étudié à l'Académie, sujet de nombreuses thèses. Pourtant, malgré les nombreuses expéditions, jamais elle ne fut mise à jour. Sa quête poussa les plus fous à sa recherche ; mais ses aventuriers malchanceux disparurent tout bonnement, sans laisser derrière eux le moindre indice. D'après la légende, le gardien de cette salle mystérieuse était une créature impitoyable.
C'était la prison parfaite pour le Grand Méchant Loup. Un labyrinthe, dont les murs éternels étaient fait de glace et de denzite -une pierre gallifreyienne- ; ils pouvaient absorber la plus puissante des énergies et l'annihiler sans aucune difficulté. Sans laisser aucune trace. C'était brillant. Une idée brillante.
Néanmoins, il fallait toujours la retrouver.
– Exactement ! Il suffira de l'attirer en entier et de l'enfermer dans la denzite. Ce n'est pas sans risque mais nous avons une petite chance de réussir. De toute façon, nous n'avons pas le choix.
– Je serai le portail puisque je suis la dernière à l'avoir hébergé. La morsure est plus profonde en moi qu'en vous deux réuni. Le Docteur l'appâtera dans mon corps, je le diviserai en vous deux et vous n'aurez plus qu'à le placer dans chaque particule de denzite. Un jeu d'enfant !
Un sourire illumina son visage, sourire que ne partageait pas le Docteur humain.
– Mais vous allez mourir !
– Sûrement. Mais je suis responsable de ce qu'il se passe. Tout est de ma faute, je dois...
Elle croisa le regard du Seigneur du Temps et se tut.
– Je dois empêcher le Haut Conseil de perturber l'équilibre universel et le parti Gorus, de détruire cette planète.
John allait protester quand quelque chose dans sa présence le contraint à se taire. Il regardait cette femme, essayant de trouver une trace d'aliénation ; en vain. Les flocons de neige se coinçaient dans ses longs cheveux, délicates étoiles contrastant avec la chevelure si sombre. Ses grands yeux clairs -gris, verts, il n'arrivait pas à se décider- étaient étrangement jeunes. Ils étaient si jeunes et si vieux à la fois, comme si deux personnes totalement opposées se déchiraient à l'intérieur d'elle. Elle lui rappelait un certain Seigneur du Temps. Et également une jeune fleur qui avait brusquement été déterrée. Peut-être parce que dans son sourire, il voyait des éclats de Rose.
Le Docteur frappa des mains, déclarant que les bavardages avaient suffisamment duré et prit leur expédition en main ; ils partirent à l'aventure, bravant courageusement la tempête qui se levait.
L'hiver londonien était rude, John était bien couvert. Mais, par rapport à ce froid qui paralysait chacun de ses muscles, il était caniculaire. Nostalgiquement, il regretta son ancien corps de Seigneur du Temps, bien plus solide que l'organisme humain dont il avait hérité. Le vent glacial le frappait sauvagement, ses membres étaient frigorifiés, la neige le piétinait sans pitié. Pourtant, il avançait, sans faillir ; la même glace prenait, depuis près d'un an, un peu plus de place dans son cœur ; il s'y était accommodé. Puis il lui suffisait de penser à Rose pour que son corps ressente des étincelles de chaleur ; c'est fou, les ravages qu'un seul sourire peut faire. Alors, sans faiblir, il suivait les pas de son double.
De plus, le Docteur semblait savoir où il allait après tout. Bien qu'il ne fût jamais découvert, le Miroir des Âges était une histoire qui l'avait toujours fasciné ; combien d'années avait-il eu pour pouvoir la retrouver ?
– Qu'as-tu fais, depuis ce temps ?
Il était curieux de voir ce qu'il serait devenu si Donna ne lui avait pas donné vie. Si Rose n'avait pas été là.
– Très longue histoire. Très très longue histoire.
Son Autre ne semblait pas disposé à lui apporter des réponses. Pourquoi ? Ce n'est pas comme s'il était son passé et que trop en révéler pouvait modifier l'histoire ?
– Tu l'aimes encore ?
– Qui, Rose ?
– À ton avis.
– Je me suis marié, avoua-t-il.
– Toi ?! Hoqueta John.
Il ne pouvait y avoir plus brillant que Rose dans l'univers. Le Docteur n'aurait pas pu donner sa main, son nom à une autre alors qu'il n'avait rien tenté avec la jeune blonde.
– Pourquoi pas ? River, tu t'en souviens ? C'était la fille d'un couple d'amis, les Pond. Ils sont morts maintenant... Elle aussi, d'ailleurs, je l'ai amené aux tours de Darillium il y a quelque temps.
– Elle t'a forcé ? Enfin... Pourquoi elle et pas...
– Parce qu'elle était là et Rose ne l'était plus ? Pardonne-moi d'être allé de l'avant.
Il était sec. Froid. John en comprenait les raisons. Mais son épouse, alors qu'elle n'était encore qu'une amie, semblait avoir bouleversé ses cœurs éternellement. Tout n'était que façade ? Son amour était-il bâti sur des chimères ? Pourtant, il était certain d'avoir aimé la jeune femme plus que quiconque. Il n'avait pas pu y remédier malgré son envie.
– Elle avait, en dépit de son humanité, l'ADN des Seigneurs du Temps. C'était une femme... Extraordinaire.
John se souvenait de leur rencontre, avec Donna, dans la bibliothèque. Il se doutait qu'elle allait avoir un rôle important dans son futur ; pour qu'elle en connaisse son nom, c'était obligé. Mais la passion qu'il avait ressenti pour Rose était plus que réel, plus qu'oppressante. Par quel enchantement avait-il pu tourner la page ? Avancer malgré l'absence ?
– Tu l'as oublié ?
Le Docteur s'arrêta, comme si quelqu'un venait de le frapper.
– C'est toi qui me pose cette question ? Toi ? Tu devrais savoir que je n'oublie personne. Sauf... Sauf Clara, étrangement.
– Qui est Clara ?
– Je viens de te le dire : je ne m'en souviens plus.
Il se refermait comme une huître, enfermé dans ses souvenirs. Alors que le Docteur était le plus grand bavard de tous les temps et que deux Docteurs retrouvés promettaient une discussion longue et animée, le trajet jusqu'à leur destination fut étrangement silencieux. Même Hana était muré dans un certain mutisme.
Ils arrivèrent devant une caverne scintillant de mille feux, en début de matinée. Par chance, ce fut juste avant que le blizzard ne commence à se lever. Dirigés par le frisson de l'aventure, excités par ce qu'ils allaient trouver, une certaine déception traversa nos voyageurs quand, face à eux, apparut trois couloirs creusés dans la glace. Trois simples galeries qui, avec les vifs rayons des soleils levants contre leurs murs, brillaient d'une lumière éclatante, chassant tout soupçon d'obscurité.
– D'accord.
Aucune idée brillante ne traversa le Docteur, qui ne s'attendait pas à ça. Il avait l'impression d'être plongé dans un certain roman de Lewis Carroll et de sentir des cheveux blonds pousser dans son dos, tandis qu'il devenait une petite humaine. D'ailleurs, il faudrait qu'il aille saluer ce bon vieux Charles, prochainement. Promis, il le notait dans la liste des choses à faire !
Il n'y avait aucun indice et son beau tournevis n'indiquait pas un chemin plus qu'un autre. Il jeta une boule de neige dans chacun des passages mais rien de spécial ne se passait.
– Allons tout droit ? Proposa-t-il.
Les deux autres ne posèrent aucune objection. Ils n'auraient qu'à faire demi-tour s'ils se trompaient ?
Le Seigneur du Temps mit un pied devant l'autre et s'enfonça dans le tunnel. Mais il n'eut pas fait cinq pas qu'un pan du mur s'effondra derrière lui, coupant l'accès à ses deux partenaires.
– Docteur ?! S'écria Hana.
Silence. Ils avaient été séparés.
John comprit que ces trois chemins -deux maintenant- étaient une manière d'affaiblir l'ennemi ; c'est plus facile de se battre contre une personne plutôt que trois en même temps. Un grand sourire illumina son visage, curieux de voir ce qu'il se trouvait de l'autre côté.
– Depuis que je vous connais, c'est bien la première fois que je vous vois ne plus faire la tête.
– Il faut croire que ces aventures m'ont manqué plus que je ne l'aurais cru, confessa-t-il.
– Vous allez à droite, je vais à gauche ? Suggéra la brune.
– Comme vous voulez.
– À toute à l'heure, alors.
– Bon courage.
– Vous aussi, Docteur.
Elle le salua et disparut derrière la glace. Le jeune homme -pas si jeune que ça, avec le recul- passa une main dans ses cheveux et s'arma de prudence, tout en avançant dans le dernier tunnel. Le mur s'écroula sur ses pas ; désormais, il ne pouvait plus faire demi-tour.
De la vapeur sortait de sa bouche, la température avait encore chuté. Se frottant les mains, il cherchait à se réchauffer. En vain bien sûr. Et l'absence de vent n'améliorait pas la situation ; le froid qui régnait dans la grotte n'était pas le même qu'à l'extérieur. Si pénétrant, si... Insidieux. Il lui semblait qu'un mauvais œil scrutait son âme, le vidant de toute émotion : peine, amour, compassion et colère, il dût se faire justice pour prendre conscience de son environnement et se rappeler que s'il était ici, c'était parce que Rose, la femme qu'il aimait, était morte.
L'ancien Seigneur jetait des coups d'œil tout autour de lui, attentif au moindre changement, à la moindre anomalie. Mais, mise à part un sol dur puisque fait de denzite pur -cette roche avait décidément un goût qui ne plaisait pas aux fines papilles du Docteur-, rien de bien extraordinaire n'était à constater. Les parois, parfaitement lisses, n'indiquait aucun plan, aucune inscription. Ce qui désolait bien le Gallifreyien dont l'action était l'un des moteurs principaux.
Les minutes passaient, rythmées par l'écho de ses pas. Une minute, deux minutes, dix minutes et bientôt, une heure s'était écoulée. Le froid le ralentissait considérablement et s'il était toujours aussi endurant, la fatigue pesait lourdement sur ses épaules. Il n'avait jamais ressenti un tel accablement, se demandait bien d'où il pouvait venir. Comme si une force extérieure extrayait de lui, son énergie vitale. Regardant évasivement la glace, se doutant que quelque chose se préparait, une ombre passa par-dessus son épaule. Pris au dépourvu, il sursauta et se retourna vers sa source. Mais en face de lui, contre le mur, se tenait une fidèle projection de lui. Un miroir. Rien d'autre.
Grimaçant, il se traîna plus profondément dans ce tunnel sans fin ; était-il conçu pour le rendre fou ? Les premiers cadavres apparaîtraient à quel moment, exactement ? Il souriait et chassait la peur d'un battement de cils : depuis quand le Docteur était-il effrayé par quoi que ce soit ? Pourtant, son sourire tomba lorsque le cri d'un enfant effarouché déchira le silence.
– Qui es-tu ? Demanda-t-il.
– Je ne vais pas réussir, entendit-il. J'ai peur.
Un autre cri puis des sanglots. Les sourcils du Docteur se froncèrent.
– Où es-tu ? Réussir quoi ?
Rien. Aucune réponse autre qu'un long gémissement.
– Je ne veux pas te faire du mal. Je suis ton ami. Où es-tu ?
Son reflet s'effaça et le visage d'un petit garçon apparut. Le Gallifreyien n'eut pas besoin de le regarder bien longtemps pour savoir qui il était. Un frisson, dont le coupable n'était pas le froid, parcourut son échine. Un souffle glacial dressa les poils de sa nuque.
– Je ne vais pas réussir à devenir un Seigneur du Temps, pleurnicha-t-il.
Et il disparut. Une peur s'empara de lui, peur qu'il ne put chasser.
Non sans ressentir une certaine anxiété, il continuait de marcher, tentant d'ignorer les voix qui l'appelaient. Son enfance, son adolescence repassait dans sa tête, mettant l'accent sur tous ses mauvais souvenirs. La tristesse succéda à la peur et un immense chagrin remplaça cette peine quand l'illusion d'une blonde, soutenu par ses deux garçons, se dessina sous ses yeux.
– Docteur, murmura-t-elle d'une voix qu'il n'aurait jamais cru réentendre.
Il s'arrêta, submergé par une émotion innommable et posa ses doigts sur l'image.
Mais par un souffle invisible, elle se divisa en millier de bouts de papier et s'évanouit.
– Régénère-toi ! Criait-il.
En vain. Après tout, elle n'existait pas. Elle n'existait plus depuis bien longtemps. Elle et leurs deux fils si merveilleux étaient morts, des dizaines d'années avant qu'il ne fuit, avec Susan, dans le TARDIS. Il parlait à un écho.
Quelque chose se brisa en lui. Une vague de supplices passait à travers la faille, ouvrant un peu plus son éternel blessure. Néanmoins, il ne s'arrêtait pas. Il ne pouvait pas, ne devait pas. Le Méchant Loup doit être détruit.Le Méchant Loup doit être détruit.
Une larme glissa sur sa joue et il écoutait, impuissant, ses compagnons hurler son nom, l'appeler, le blâmer et vociférer les reproches qui étaient aujourd'hui, la source de tant de regrets. Comme si sa vie n'avait été que pertes et destructions, il voyait chaque instant défiler dans les miroirs. Impuissant.
– Arrêtez ça, exigea-t-il d'une voix rocailleuse.
Ces remords, ces souvenirs, ce vide l'assassinaient, rendant chaque inspiration si douloureuse. Et s'il avait toujours permis à ces pensées de l'étreindre, punition légitime pour chacune de ses erreurs, jamais ses émois n'avaient été aussi brutaux. Comme s'il était en train de tout revivre en même temps. Les mains tremblantes, les yeux flous, il s'appuya deux minutes contre la glace, à bout de souffle. Pourquoi avancer ? Il ne méritait pas de vivre. Il ne méritait pas la moindre attention, pour toutes les ruines qu'il avait laissé dans son sillage. Sa pauvre vie n'était qu'un long tapis de peine. Combien de personnes avaient-ils brisées ? Il ne devait pas se plaindre. Il n'en avait pas le droit. Par respect pour elles.
Alors, il brava chacune de ces attaques, fort Docteur au cœur meurtri et allait de l'avant. Tout comme ses souvenirs.
Vint la Guerre du Temps.
Et vint Rose.
Londres 2005. Ou comment la rencontre avec une fille d'apparence ordinaire avait bouleversé sa vie. Il sourit. Chaque instant avec elle avait été un délice ; ils ne le vaincraient pas avec ça.
Cependant, les choses ne se déroulaient pas comme ils les avaient vécus.
« Docteur, je ne voyagerai plus avec vous. »
Il se tourna vers la gauche et observa Rose embrasser Mickey. Un amour dévolu brillait dans ses yeux, à l'égard de l'Idiot qu'elle avait pourtant dénigré.
Une autre projection et il la vit mourir, tuée par un Dalek. Encore une autre dans laquelle elle l'abandonnait, prenant conscience qu'elle méritait bien plus qu'un fou dans sa boîte bleue.
Les craintes qu'il avait eu, en voyageant avec la jeune fille, se dépeignait sous ses yeux et pendant quelques instants, il ne sut démêler le vrai du faux.
Alors vint la bataille de Canary Wharf.
Ses yeux s'agrandirent et sa respiration se saccada.
Il s'approcha, se colla contre la paroi tandis que la scène se jouait sous ses yeux, comme un film dont il connaissait déjà la fin. Son cœur cessa de battre à l'attente de l'issue fatale.
« Tiens bon ! Rose ! »
Il la regardait, s'accrochant désespéramment au levier qu'elle venait de relever. Et chaque seconde était un supplice, une véritable torture pour eux deux ; quand ce foutu Void* allait-il enfin se refermer ? Le Docteur la fixait, éperdument, espérant la clémence de l'univers. Pour une fois, une seule fois. En échange, il se promit de l'aimer comme elle le méritait ; au diable les règles. Combien de choses avait-il à lui montrer ? Combien de sourire avait-il à lui offrir ?
Pourtant, ses doigts glissèrent et elle s'envola.
Il s'entendit crier son nom. Une longue plainte, un hurlement déchirant. Deux fois. Mais rien n'y fit : elle disparut de sa vision et son monde cessa de tourner.
Le Docteur humain tapa la glace, atteint du mal que son lui passé avait ressenti. La puissance de ce poison était à couper le souffle.
– Elle va bien, murmura-t-il. Elle est dans un monde parallèle, avec sa famille. Elle va bien.
Puis il se rappela qu'elle était morte. Un désespoir parcourut son âme tout entier, le brûlant de sa flamme dévastatrice. Et ce qu'il était, devenait cendre, devenait cendre parmi la cendre, parmi la cendre, la terre et la poussière. Il s'effondra au sol, totalement détruit.
– Pourquoi ? POURQUOI ?!
Il voyageait avec Martha. Puis, avec Donna. L'absence de Rose était une véritable torture, il flanchait toujours plus. Sa vie relevait à de la survie, ses envies n'étaient nourries que par dépits. Il n'avait plus aucun désir, plus aucune joie ; son âme était une palette de haine et de tristesse. Une dévotion si violente le retenait à Rose, sa Rose, son éternel Méchant Loup.
Puis, il se vit humain, dans le monde parallèle. Là encore, l'histoire s'en retrouvait modifiée : elle refaisait sa vie avec quelqu'un d'autre, lui reprochait de l'avoir abandonné une deuxième fois, le fuyait, le rejetait encore, le rejetait toujours.
« Tu n'es rien, qu'une ombre qui ne vaut pas le vrai Docteur. Regarde ce que tu as fait. Tu nous as séparé. Tout est de sa faute. Je te déteste. »
Et vint le dernier acte. Comme si ce n'était pas assez, vint la dernière page.
Il voyait Rose perdre le bébé, dans sa salle de bain. Il la voyait partir, prendre la voiture et agoniser tandis qu'il dormait paisiblement. Il la voyait mourir dans la boue, sous la pluie. Seule. Si seule.
John s'avachit sur le sol, acculé par les reproches, les coups, la douleur.
Rose était morte. Et plus rien ne la ramènera.
Tout était fini.
Fini.
Fini.
Il posa une main vacillante contre sa poitrine et resta ainsi une éternité. Ses jambes ne voulaient plus le soutenir, puis où irait-il ? Pourquoi aider l'univers quand celui-ci lui avait pris tout ce qu'il avait ? Des chaînes l'enveloppaient, l'enserraient, l'étouffaient. Et il restait assis, immobile, comme s'il n'allait plus jamais bouger.
Il avait mal à un point que ses larmes ne coulaient même plus. Pourtant, il en avait envie. Il avait envie de pleurer, de hurler, de tout extérioriser avant d'imploser. Vaine consolation.
Il se frappait la tête contre la glace. Sa froideur ne calmait par sa fièvre, ses nausées s'amplifiaient. Mais tout n'était qu'une faible douleur comparée aux martyrs qui souillaient son for intérieur. Il pria. Il supplia. Mais le fond se rapprochait dangereuse et promettait désolation, supplices immortels.
Il n'avait plus rien à faire. Plus rien à dire. Car la finalité ne changerait pas. Rose était morte et ne reviendra pas.
Il ne se relèvera plus.
Pourtant, une gravure au sol, à dix mètres, attira son attention. « Méchant Loup » étincelait dans sa nuit, diamant pur parmi les graviers.
– Mon tendre amour, prononça Rose d'une voix si douce.
Il levait les yeux vers elle et son sourire ralluma son soleil. Une larme rongea sa joue à la vue de ce visage salvateur.
– Dansons Docteur. Dansons jusqu'à la fin des Temps.
Elle lui tendit une main qu'il hésitait à saisir. Mais le désir de l'avoir près de lui fut si grand qu'il l'attrapait.
Alors une joie, une extase pure revigora son cœur glacé. Il se vit l'aimer. Il se sentit l'adorer, la vénérer, la remercier d'exister. Chaque petit bonheur passé revenait à lui comme une vague d'allégresse. Ils rigolaient ensemble. Profitaient de tous les instants, encore ensemble. Se construisaient un avenir, toujours ensemble. Ils vivaient, insensible aux autres, faisant l'amour du matin jusqu'au soir. Le monde n'avançait plus, les invasions se multipliaient ; mais ils restaient dans leur bulle, fuyant tout ce qui pourrait les séparer.
Le carrousel tournait et ils dansaient, insouciants du temps qui passait.
– Notre chanson n'est pas terminée, murmura-t-elle.
Elle l'embrassa passionnément et disparut.
Une énergie nouvelle s'empara du Docteur, ravivant la braise. Le feu revigora son corps qui s'éteignait ; il revivait, phénix invulnérable.
Pourtant, il ne se relevait pas. Comment pourrait-il tuer le Méchant Loup, quand celui-ci était son unique ami dans les ténèbres ? La dernière attache qui le liait à Rose ? Il allait devoir trouver une solution, quitte à devoir faire face à son double aux deux cœurs.
Face à lui, une ouverture apparut. Chassant les pensées négatives, se focalisant sur son amour pour Rose, il s'y engouffra.
– Tout va bien ? Demanda son Autre.
Le voyant chanceler, il vint à sa rencontre. John prit le bras qu'il lui tendait et s'assit à ses côtés, hanté par le Méchant Loup et ses visions cauchemardesques. Il se doutait que les tourments du Seigneur du Temps n'étaient guère différents des siens. Plus nombreux, certainement.
– Et toi ?
– Ça va.
– Moi aussi.
– Tant mieux.
Hana n'était pas revenue mais prenant leur mal en patience, les deux hommes l'attendaient : qu'avaient-ils d'autre à faire ?
La salle dans laquelle ils se trouvaient avait une forme circulaire parfaite ; aucun défaut, aucune difformité. Même de près, le travail avait été minutieux. Ses créateurs avait un coup de main incroyable.
Elle ouvrait sur un unique couloir, qui s'enfonçait plus profondément dans la montagne. Le Gallifreyien tentait de discerner d'où il provenait mais une obscurité étrange détournait son œil ; alors que le passage était aussi lumineux que le reste de la pièce, les ténèbres étaient maîtresses de ce corridor. Un filtre de perception ? Son tournevis ne détecta rien de particulier.
Alors il se rassit, tandis que son jumeau faisait les cent pas. Longtemps, il l'avait détesté. N'avait-il pas pris sa place, volant le cœur de Rose, lui donnant un amour que lui, s'était contraint d'étouffer ? Aujourd'hui, il ressentait de la peine à son égard. Sa douleur devait être immense. Inimaginable.
Pour chasser le temps, il lui raconta son histoire : après tout, il avait le droit de savoir. Le maître -Missy entre autre-, Amy et Rory, River, les bribes qui lui restaient de Clara, il s'ouvrit complètement à lui.
Et quand son passionnant récit fut conté, le silence se réinstalla. L'aiguille eut l'occasion de faire deux tours et demi sans que la brune n'eut manifesté le moindre signe de vie. Inquiet, le Docteur s'évertuait à la localiser à l'aide de son sonique ; mais les murs brouillaient les ondes, ne donnant aucun résultat. Elle pouvait être morte que personne ne le saura.
Finalement, elle émergea de la glace, alors que les espoirs s'éteignaient un peu plus. Totalement bouleversée.
Au lieu de se précipiter vers le Docteur, elle se réfugia contre John en tremblant. Ce dernier, surpris, tenta de la rassurer. D'abord maladroitement, il entoura ses bras autour d'elle, compatissant. Chacun avait son lot de souffrances et il n'était bon pour personne.
Puis, quand elle se fut calmer, elle alla vers son ami, chuchotant des paroles que l'humain n'entendait pas. Ils semblaient en désaccord, se disputait presque. Mais un sifflement strident, provenant du couloir face à eux, l'empêchait d'entendre un mot.
Après quelques échanges, elle soupira bruyamment. Et s'avança vers la galerie de glace. Les deux hommes se mirent derrière elle et ensemble, comme un trio d'enfer qui se connaîtrait depuis la nuit des temps, ils franchirent le passage.
Une vive lumière éblouit John, l'aveuglant quelques instants. Et tout tourna autour de lui ; il perdit connaissance.
* Comme vous avez sûrement remarqué, je m'efforce de traduire les expressions en français (Bad Wolf par exemple). Mais pour le Void, je n'ai jamais compris pourquoi une traduction avait été faite et n'étant pas, à mes yeux, obligatoire, j'ai préféré garder la version d'origine. ^^
