Coucou tout le monde !
Oui, je suis de retour avec un nouveau chapitre :D comme prévu, fin juillet, début août ("tu es clairvoyante Jade !" "oui, je le sais, merci :3") ! Bon, il y a juste un problème et j'espère que vous ne m'en voudrez pas : je n'ai pas eu le choix que de couper ce chapitre -ce long flash-back- en deux ; il était beaucoup, beaucoup, beaucoup trop long (douze pages) et encore, je n'avais pas fini de l'écrire (il me manquait et me manque toujours une bonne partie à rédiger). Alors j'ai décidé de ne pas vous faire attendre plus longtemps ! Par contre, pour le coup, excusez-moi, il n'y aura pas beaucoup d'explication (enfin si mais partiellement) et surtout d'actions, dans ce chapitre (elle viendra, pour le coup, dans la suite ^^') mais j'espère malgré tout qu'il vous plaira :/ pour ma part, vu que j'ai passé beaucoup de temps dessus, je n'en suis pas satisfaite (plus je me focalise sur mes écrits, moins je les aime, je sais, je suis bizarre x)), mais je compte sur vous pour me dire ce que vous en pensez, si ce n'est pas trop rapide, ni rien (en sachant que, pour le coup, le chapitre n'est pas finie !). La suite viendra malheureusement dans le courant de la semaine prochaine, très certainement et sera beaucoup plus intéressant. Par avance, je suis désolée pour la coupure de la fin mais il fallait que je la fasse et ce moment-là me semblait plus opportun qu'un autre. Je me dépêche, ne vous en faites pas ! ^^
Avant de répondre aux reviews, comme à mon habitude, je voudrais remercier tous les followers, ainsi que les personnes qui ont mis ma fic dans leurs favoris. ça fait vraiment plaisir de voir qu'elle attire de plus en plus de monde, surtout que je n'étais pas sûre qu'elle plairait, vu qu'elle n'est pas si romantique que le début le promettait (mouahahaha xD). Merci du fond du coeur ^^ n'hésitez pas, les plus anciens, comme les petits nouveaux, à me donner vos avis :D
Stariella : j'espère avant tout que tu passes de bonne vacances et que lorsque tu rentreras, ma fin soit mise en ligne :') ce n'est pas gagné mais l'espoir fait vivre comme dirait l'autre ! Tentoo ne pouvait pas, selon moi, éclater l'illusion ou du moins, pas du premier coup. Sa douleur est plus grande que celle du Docteur -je m'avance peut-être mais c'est mon état d'esprit-, il souffre énormément. D'ailleurs, je sais pas si tu l'avais compris mais cette famille est la famille qu'il aurait dû avoir -dans mon histoire, du moins, dans la série, j'en sais rien xD- mais qu'il n'a pas pu obtenir à cause des Gallifreyiens. Je voulais quand même laisser une trace de cette vie pour contraster avec sa douleur et bien faire comprendre qu'il avait perdu Rose mais aussi son bonheur, sa chance d'oublier son sombre passé. Et pour revenir au chapitre précédent, il va vraiment falloir que je le corrige, je pensais avoir dit les choses explicitement. Après, essaie de faire comprendre que tu parles du Docteur deux et pas du Docteur un xD Et oui, je t'ai eu :D haha :D Mais si Rose est de retour, c'est bien parce qu'elle est la seule à pouvoir contrôler la rage de Tentoo x) D'ailleurs, dans le chapitre JohnSmith, je ne pensais pas qu'Hana allait être Rose (c'est au moment où je t'ai dit que j'avais une brillante idée : ben c'était ça en fait xD), la proposition "et pourquoi pas ?" m'est venue par la suite xD Mais ne t'en fais pas Hana est réellement Rose ^^ même si c'est beaucoup plus complexe, en véité xD Et le prénom Elena est aussi un clin d'oeil à mon roman, en effet, mais il pouvait m'être utile, pour le coup ^^ et toi qui, précédemment, m'a dit que t'aurais préféré des retrouvailles plus longue entre Rose et Twelve, tu vas être servie xD bisous, à bientôt :D
Bad Wolf Bay 666 : bon, comme tu le sais, je t'ai répondu en privé, épargnant les autres d'un roman interminable, mais je tiens, une énième fois, à te remercier ^^ merci, merci et encore merci :D j'espère que ce chapitre ne te décevra pas trop (pour ma part, je le trouve moins bien, moins... Convainquant que les autres, mais je compte sur toi pour me rappeler à l'ordre si ça ne va pas xD)
Toutes les questions que vous avez trouveront réponse dans ce chapitre (le 15 "la prophétie" et le 16 "les anneaux de Démiros"). Et si jamais ce n'est pas le cas, laissez-moi une review (dès maintenant si vous voulez) j'y répondrai au chapitre suivant. Mais j'espère quand même avoir été clair dans le récit, je m'embrouille beaucoup avec les mots :') TREVE DE BLABLA JADE ! Bonne lecture, à bientôt, bisous ^^
« Entre la Neuvième et la Dixième heure, il naquit,
Lien invincible entre les Deux.
D'une Fleur, d'un Docteur, le Méchant Loup prit vit
Tuant les Destructeurs, tuant le Malheureux.
Il est du Temps, il est d'Espace.
Il est matière, il est de Rien.
Capable de Tout, du pire hélas,
Il vit sa fin.
Ce Docteur l'admira.
Ce Docteur l'aima.
Ce Docteur la perdit.
Et le Canidé, capable de Tout, s'endormit.
Puis, l'Hybride fut créé
Mêlant le sang de deux races guerrières.
Et les Enfants du Temps, réunis au complet,
Assistèrent au massacre de cet être de colère.
Mais l'amour eut raison de sa rage,
Le berçant d'une tendresse plus forte au fil des âges.
Et si rien ne semblait pouvoir ternir son soleil,
Le Méchant Loup s'éveilla, tuant l'âme de sa Belle.
Le chagrin guida le Sang-Mêlé sur la terre des Seigneurs,
Détruisant des milliards de vie juste pour soigner son cœur.
Il démêla la toile du Temps, la rendant incomprise,
Mais jamais plus, il ne retrouva sa Promise.
L'hybride se tint debout, sur les ruines Gallifreyiennes
Victimes de sa haine, prisonnier de sa peine.
Et les yeux dans le vide, contemplant son pêché
Il demeurait aussi seul, aussi seul que jamais.
Il sombra dans la folie.
Il sombra dans sa souffrance.
Et comme pour mettre fin à cette vie difficile
Il laissa ces émotions briser son ultime chance. »
– Dix.
Son plan était en marche. À présent, plus rien ne saurait l'arrêter. Ni le Haut Conseil, ni le parti Gorus, ni même sa sœur, Denrah. Plus rien sauf l'échec, bien sûr.
– Neuf.
Amana était seule contre tous. Et ce n'était ni une exagération, ni même une façon de parler ; c'était la réalité. Cette Dame du Temps, folle ou brave, je l'ignore, dansait sur deux pieds : ses convictions était son bouclier, son arme, son unique raison de vivre.
– Huit.
Le parti Gorus infiltrait le Haut Conseil depuis plusieurs siècles déjà. Denrah, pour citer un nom, les fidélisait depuis presque toujours ; Amana se contentait de suivre son aînée, sans pour autant adhérer aux idéaux Gorusiens -aussi extrémistes que ceux du Haut Conseil-. Elle n'était dans aucun des deux camps, un arbitre plus ou moins neutre.
Plus ou moins neutre.
– Sept.
Des sacrifices. Des années dans la sueur et le sang. Une bataille acharnée envers et contre tous. Voilà à quoi elle a dû se soumettre pour obtenir le respect qu'on lui témoignait aujourd'hui, acquérant la confiance de tous. Mais chaque Gallifreyien étaient, d'une certaine manière, un ennemi plus ou moins menaçant.
C'était une couverture fragile, qu'elle endossait à chaque levée des astres jumeaux. Elle se doutait d'être un jour mise à nue, à devoir payer les conséquences de sa trahison. Mais en attendant, elle était toujours debout, sur le point de concrétiser ses desseins salvateurs.
– Six.
Depuis qu'ils avaient découvert l'existence de ce fameux Méchant Loup, la Dame du Temps multipliait les risques : et cette tension permanente lui coûtait chère. Suffisait d'un pas de travers pour la condamner à un dénouement qu'elle ne sera prête à assumer. Pourtant, ses démons n'ont jamais su l'arrêter.
– Cinq.
Alors que le Haut Conseil cherchait une solution à leurs problèmes -en l'occurrence, ramener Gallifrey sur son siège d'origine, mais à force de répétition, je pense que vous avez compris-, une prophétie de la matrice avait éveillé leur attention : le Méchant Loup, « capable de Tout ». Ce « Tout » illumina les plus fous : remettre la planète à sa place pour certains, la détruire pour d'autres. Le rôle d'Amana était donc nécessaire : quelqu'un devait les arrêter. Sans quoi la finalité de cette histoire pourrait être désastreuse.
– Quatre.
Décortiquant la ligne temporelle du Docteur, les Grands retrouvèrent la créatrice de cet être improbable : Rose Tyler, une fillette guère exceptionnelle.
Le Méchant Loup avait laissé une trace derrière lui, empreinte indélébile dans le temps et dans le cœur de cette jeune humaine. Alors, patiemment, ils avaient attendu le moment opportun, l'instant idéal pour extraire cette entité de cette pas-si-inutile terrienne. Le parfait timing. C'était sans compter sur l'intervention du Docteur, que personne n'attendait, hormis Amana ; s'il était présent aujourd'hui, c'était bien grâce à elle. Qui de mieux placé que ce fou pour entraver les plans des égocentriques Seigneurs ? Partiellement, elle avait eu raison. Mais elle n'avait gagné qu'un peu de temps. Et un prisonnier sur la conscience.
– Trois.
Elle ne s'attendait pas à l'action de Denrah, à l'utilisation du reptile de Reccirius ; son existence était méconnue, presque oublié. Comment la cadette aurait-elle pu y penser ? Cette omission était son erreur. Une faute, une inattention qu'elle devait réparer, mettant ainsi tout ce qu'elle était en jeu.
– Deux
Voilà pourquoi elle était là, aujourd'hui, à écouter ce décompte insoutenable. Au centre du cercle, à attendre son exécution. Amana allait mourir. Peut-être se régénérer, mais ce n'était pas certain. C'était le prix à payer. Puis quelle importance, si son sacrifice sauvait la vie de milliards d'histoires ?
– Un.
La Dame du Temps allait devenir un pont entre cette Rose, le Méchant Loup et la chambre de stase, qui accueillera ce dernier. Elle profitera des quelques instants de fusion pour le détruire une bonne fois pour toute. Sa mission avait des chances de succès, malgré le faible pourcentage de réussite. Tout reposait sur son dos, sur sa volonté, sur sa force : un bras-de-fer entre une fourmi et un dieu, qui valait le coup d'être tenté.
– Zéro.
Zéro. La fin du compte à rebours.
– Il arrive.
Elle ferma les yeux, attendant la douleur de cette puissance titanesque. Qui vint inéluctablement.
Le flot de l'espace-temps l'assomma violemment ; il n'eut aucune pitié. Pourtant, elle tint bon, malgré la sueur qui perlait sur ses joues illuminées, traduisant sa souffrance. Puisant dans le plus profond de son être, elle combattit, tenta de déchirer cette abomination. Il ne pouvait pas réellement être immortel, il devait pouvoir mourir ! Mais elle ne contrôlait rien.
La Gallifreyienne ne parvint à le détruire.
Et vint le pire.
Quelque chose qu'elle ne comprit pas directement se passait. Et quand, enfin, elle en saisit la teneur, elle tenta de s'en défaire, complètement effrayée : une présence prenait pied sur la sienne, rongeant, effaçant tout ce qu'elle était. Dans un souffle, alors que ses deux cœurs terminaient leur fusion, dans un cri déchirant, elle redoubla d'effort : vaine tentative.
La martyre tomba au sol et se prit la tête entre les mains. De nouveaux souvenirs naissaient en elle, des émotions telles que la peur, l'amour, un immense chagrin, s'implantèrent sous sa chair. Et des millions d'aiguilles, des scalpels découpaient, écorchaient, modifiaient chaque cellule de son corps. Elle brûlait, se métamorphosait. Et ne pouvait rien refouler.
– Non… murmura-t-elle.
Elle se débattait et hurla désespérément. Mais le combat était perdu d'avance.
Peu à peu, tout s'éteignit. Ses cinq sens, sa pensée, sa conscience, même sa douleur. Amana n'était plus que l'ombre d'elle-même. Et encore ! Même son ombre ne lui appartenait plus.
Elle sombra.
oOo
D'accord.
Rose s'attendait à tout, même à rien, mais pas à ça.
Certainement pas à ça.
Difficilement, elle ouvrit les yeux, étudia son nouvel environnement. Etait-ce le paradis ? Non. L'enfer ?
Elle fronça les sourcils : que se passait-il ? Où était-elle ? Qui étaient ces inconnus ?
Sa respiration était lourde, son cœur lui faisait mal. Et sa tête… L'explosion qui l'avait tué semblait suspendue dans le temps, entre l'avant dernière et la dernière seconde. La jeune femme ne put se lever. La douleur était bien trop grande. Aucun répit, même dans la mort ! La mort ? Vraiment ?
– Amana, tout va bien. Ta régénération a été brutale mais tu as réussi. Nous avons le Méchant Loup.
Sa sœur s'accroupit devant elle, dégageant la mèche qui lui collait au visage. Sa sœur ? Non. Attendez. C'était Denrah. Rose fronça les sourcils. Sa sœur ? Elle ne recula pas, l'observant attentivement.
N'était-elle pas morte ? Ou du moins, en train de mourir ? Où se trouvait la boue, la pluie, a contrario de son mal harcelant ?
Sans comprendre pourquoi, comment, la jeune humaine put mettre un nom, une fonction, une histoire sur chaque personne autour d'elle. Et tous s'affairaient à l'ignorer, sauf une : Denrah était penchée sur elle, un miroir à la main.
– Le résultat est bien charmant ! Regarde-toi.
La Londonienne tendit une main tremblante, sans saisir le pourquoi de ces mots ; comment ça, « bien charmant » ? Qu'attendait la Gallifreyienne pour la tuer ? Et diable, pourquoi une familiarité intense la reliait à elle ? Dans la glace que Rose s'empara, la curiosité plus grande que l'inquiétude, une inconnue croisa son regard. Elles sursautèrent simultanément.
Sa chevelure était aussi noire que la nuit, ses yeux, aussi clairs que le jour. Une main blanche, la sienne, se posa sur une joue légèrement rosée. Les traits de cette étrangère se défigurèrent sous la peur qui gagnait la voyageuse. Cette dernière tourna la tête à droite, à gauche, ouvrit la bouche, se pinça ; le reflet copiait fidèlement ses moindres gestes. Cette apparence dépassait la trentaine, ne la vieillissant que de très peu d'années mais là n'était pas le problème : Rose n'était plus Rose. Et le fait d'être plus grande, plus mince, plus belle, ne rassura pas notre aventurière. Loin de là. Que s'était-il passé ? Pourquoi ses yeux n'étaient pas les siens, comment avait-elle pu changer d'apparence ? Sa voix se bloqua, l'humaine ne voulait même pas l'entendre. Serait-elle, elle aussi, différente ?
Elle se savait mourir. Elle en était certaine. Où se trouvait Londres, son Docteur ? Un frisson parcourut la jeune femme, à l'évocation de ce dernier. Son Docteur… Il allait se réveiller. Entendre ses mots d'adieu. Croire le pire, se détester, la détester, peut-être même, se détruire. Un coup de poing à l'estomac, voilà l'effet qu'elle ressentit. Une centaine de coups de poings, de pieds. Un poignard. Une torture.
Un cauchemar. C'était un cauchemar. Un rêve insidieux, un poison malsain. Un mirage.
La miraculée pria, jurant de tout lui révéler en échange. Le désespoir guidait ses pensées, préférant maquiller la réalité en rêve plutôt que de devoir en subir sa morsure.
Cependant…
Et vint le reste. Un reste qui ne lui appartenait pas, propre à ce corps qu'elle possédait. Les premières images. Les premiers souvenirs. Une histoire personnelle, tout à fait inédite, envahit son cerveau.
La jeune femme eut un mouvement de recul qu'elle ne put contenir. Un feu de connaissances nouvelles, une vision complètement futuriste embrasa sa personne. Son souffle se coupa ; d'où venait tout ce savoir, cette mémoire ?
Puis elle sut. Elle sut ce qu'il se passait. Et son cœur s'emballa. Se brisa.
Amana. Ce corps appartenait à Amana, qui, faiblement, luisait encore, quelque part dans les méandres de son cerveau -son cerveau ? Vraiment ?-. La nausée lui vint, un réflexe l'empêcha de se vider devant cette dizaine de grands Seigneurs.
Qu'avait fait le Méchant Loup ? Un transfert de conscience. Le corps de sa mère étant mort, il avait permuté son esprit dans le premier qu'il trouvait. Rose n'était qu'une ombre, un parasite au crochet d'un autre être vivant.
Elle posa une main sur sa poitrine, à l'endroit où deux cœurs auraient dû battre. Mais il n'y avait que le sien, parfaitement humain. Un transfert de conscience provoquant une mutation génétique. Une transformation proche d'une métacrise. Mais ce n'était pas important ; le résultat était là et elle doutait de pouvoir le changer.
Sa prise de conscience fut foudroyante. Si rapide que personne ne vit les différentes émotions qui la traversait. Pourtant, un millénaire aurait eu le même effet, pour Rose. Prenant la main que son aînée lui tendit, sa bouche murmura qu'elle devait se reposer. En réalité, elle devait juste se retrouver seule. Réfléchir. Si on la prenait pour une grande Gallifreyienne, elle pourrait jouer de cette couverture, le temps de trouver une solution à son problème. Leur problème. Elles étaient deux, dans cette histoire. Elle ne devait pas l'oublier.
Pourtant, il y avait autre chose. Autre chose qui l'obligeait à refouler sa peur : la situation était plus qu'urgente.
Elle vit les risques qu'avait encouru Amana et pourquoi. Mais dans son malheur, une pensée, comme surlignée au fluo, fit son interruption : le Docteur était toujours sur Gallifrey. En prison, en vie et sur la grande planète rouge. Rose n'était pas seule. Le Docteur et ses plans brillant allaient les sortir de ce trépied infernal. Comme au bon vieux temps. Comme au bon vieux temps.
Denrah la conduisit jusqu'à ses appartements, lui conseillant de rester allongée. C'était une sage décision que Rose approuva, sans ouvrir la bouche.
Une fois seule, avant de partir retrouver son ami, elle se dirigea vers ce qui semblait être une salle de bain ; elle devait en être sûre. Elle ne pouvait pas avoir changé, c'était une blague, une faute de perception. Pourtant, face au miroir, l'étrangère qu'elle avait perçue plus tôt demeurait. Ses yeux s'agrandirent, sa gorge déglutit. Mais une voix interne, venant du plus profond de son être la gifla intérieure : nous avons des préoccupations plus pressantes que ton apparence physique, Rose. Va chercher le Docteur, vous vous occuperez de ton problème plus tard.
Elle souffla bruyamment, ferma les yeux : le temps était compté, elle ne pouvait s'arrêter. Tant pis, elle s'y accommodera, tout comme elle s'accommodera à la douleur lancinante.
La jeune femme se précipita vers les prisons, songeant que malgré tout, il y avait des avantages à posséder le corps d'une Dame du Temps : son infiltration était parfaite, elle n'eut besoin de personne pour trouver le chemin des cellules de détention. Et aucun garde ne l'arrêta, la puce glissait sous sa peau permettant de l'identifier.
Rapidement, elle parvint à la chambre qui gardait captif son extraterrestre préféré. La nouvelle humaine inspira une grande bouffée d'air, comme si cette dernière allait lui manquer et osa entrer.
Il était là, les mains derrière la tête, allongé sur le lit. Rose était contente de le voir et en colère à la fois ; ne l'avait-il pas renvoyé chez elle, la dernière fois, comme si elle n'était qu'une chose inutile, une malpropre sans grand intérêt ? Elle prit une chaise et s'assit près de lui.
– Bonjour Docteur.
Il ne daigna pas un regard vers elle, laissant le lourd silence se prolonger. Même sa respiration ne se faisait entendre. Mieux valait être prudente. Très prudente. Un « Coucou, je sais, j'ai changé, comme toi tu changes parfois, mais c'est moi, Rose ! Je suis venue te dire que ta planète, si tu ne te dépêches pas, explosera dans un magnifique feu d'artifice ! Ou provoquera des dégâts irréversibles dans l'espace-temps, ça dépend. Qui des deux clans gagnera, à ton avis ? » ne passera pas. Mais pas du tout. Tout en se dépêchant, elle devait le convaincre de son identité. Et trouver un plan.
Son cœur se serra ; elle aimait tant le voir danser autour du tableau de bord de son TARDIS, à déblatérer des phrases sans queue ni tête ; si vivant, si joyeux ! Et là… Il était comme mort, comme… vide.
– Ils ont eu le Méchant Loup, avoua-t-elle sans passer par milles chemins.
Le silence froid fut ravageur.
Le Docteur ferma les yeux, envisageant tout ce que cette affirmation sous-entendait : des catastrophes se préparaient. Et Rose était morte.
Rose était morte.
Pour lui, elle l'était depuis sa onzième régénération. Il avait cessé d'y songer, cessé d'en parler, se torturait parfois, comme l'absence de tous ses ex-compagnons le torturait, mais elle était un regret qui ne le tourmentait plus comme avant. Pourtant, le fait de l'avoir revu, si belle, si fraîche, si épanouie, si innocente, si Rose, avait ravivé quelque chose en lui. Ses sentiments peut-être -amitié, plus, il n'a jamais rien compris la concernant-, mais autre chose appelé espoir. Et qui de mieux que le Docteur pour savoir que l'espoir est un traître aux mille visages ? Il s'était méfié et maintenant, ce dernier le noyait dans le vague, l'assassinant froidement. C'était dure. Et plus il vieillissait, plus il s'en lassait.
Rose lui laissa le temps de digérer la nouvelle, se retenant de lui dire « ne t'en fais pas, je suis toujours en vie » et s'arma de tout le courage qu'elle avait :
– Vous devez me suivre, ordonna-t-elle d'un ton parfaitement neutre.
Étaient-ils surveillés ? Elle ne pouvait prendre le risque ; si jamais leur conversation était écoutée, que les Seigneurs du Temps apprenaient qu'Amana avait fait place à Rose, ils pouvaient très bien les enfermer dans cette chambre et réduire toutes leurs chances de ripostes à zéro.
Étrangement, il coopéra et n'opposa aucune résistance ; il se leva et se glissa derrière elle, calquant ses pas sur les siens. Le Gallifreyien était aussi surprenant qu'imprévisible, Rose se méfia de cette passivité ; il pouvait très bien lui fausser compagnie en un claquement de doigt, lui, le roi de la fuite. Pourtant, ses doutes s'envolèrent lorsqu'elle le vit aussi interdit. Il semblait loin.
Sourde à cette souffrance beaucoup trop familière, faisant naître en elle de sombres souvenirs -Canary Wharf entre autres-, elle le laissa entrer dans ses appartements, lui indiquant le fauteuil de son bureau. Il s'y assit, sans poser de questions. Ailleurs.
– Souhaitez-vous quelque chose ? Proposa l'hôte à son invité.
– Qu'on me rende Rose, oui, cracha-t-il.
Il semblait se réveiller. Émerger de son état second.
Cette dernière posa un verre d'eau sur la surface brillante du bureau et prit place face à lui.
– Qui ? siffla-t-il.
Sa question devait être traduite par : « qui a tué Rose ? ». Une aura dangereuse planait sur son ami, elle devait calmer le jeu. Tout en étant prudente. Les choses devaient se faire en douceur.
– Denrah. Dirigée par les Gorusiens, elle a placé un serpent de Reccirius sur elle. Je suis désolée. Mais…
La surprise déchira les traits du Docteur, gommant quelque peu sa sévérité. Il planta ses yeux dans les siens, accusateurs.
– Votre sœur ? la coupa-t-il. Vous trahissez vos proches avec une facilité déconcertante. Félicitation, ironisa l'Implacable.
Rose s'empressa de rectifier le tir et expliqua qui elle était -ou plus particulièrement, qui était Amana- ainsi que le plan des deux partis.
– J'ai toujours agi de mon côté, termina-t-elle. Cette planète, l'univers a besoin de vous. J'ai besoin de vous.
Un rire nerveux s'échappa de ses lèvres, tandis qu'il la toisait férocement.
– Clara, puis Rose, vous détruisez ma vie et chaque personne qui m'entoure. Malgré tout, vous osez demander mon aide ?
Il tendit un doigt menaçant vers elle et finit sa phrase dans un chuchotement glacial.
– Débrouillez-vous, articula-t-il.
La jeune femme frissonna : définitivement, il valait mieux avoir le Docteur dans ses amis, plutôt que dans ses ennemis. Son souffle, figé par la peur, se bloqua dans sa poitrine. Mais le temps s'écoulait toujours ; alors, outrepassant le risque, elle continua :
– Non. Vous ne comprenez pas. Cette histoire dépasse votre entendement.
Son rictus foudroya l'humaine.
– Vous le croyez ? Gallifrey sera détruite. Peut-être l'univers. Tant mieux ! Tant pis. Les Seigneurs du Temps deviennent des êtres beaucoup trop dangereux.
Rose ne reconnut pas son ami. Rongé par la douleur, la colère, ce dernier faisait place à un alter-ego impitoyable.
– Ce n'est pas mon problème, conclut-il.
Des paroles que le Docteur lui avait dites dans le passé lui revinrent ; sa culpabilité avait fait de lui un être remarquable. Formidable, fantastique, brillant. Mais au prix de quoi ? D'un brouillard immortel, dans ses yeux. De cauchemars sans fins, d'une tristesse étouffante. N'était-ce pas à cause de ses remords, de ses regrets que rien ne s'était fait entre eux, malgré l'amour dans leurs trois cœurs ? Par peur d'être heureux, certainement, mais aussi par punition ? Maintenant que sa terre natale était retrouvée, il n'y accordait plus aucune importance. Non. Elle ne pouvait laisser passer ça. Comme piquée par une mouche, la téméraire le gifla.
Le Seigneur du Temps en fut bouche-bée. Posant une main sur sa joue douloureuse, il la regardait, surpris.
– Je vous interdis de dire une chose pareille. Depuis quand laissez-vous votre douleur vous manipulez d'une façon aussi lâche ? Réveillez-vous ! Vous avez toujours aidé tout le monde, malgré votre peine, votre colère. Et ce, depuis des siècles ! Votre planète et même, l'univers entier, compte sur vous. Soyez l'homme que vous êtes. Soyez un Docteur. Gallifrey a besoin de votre aide et je vous interdis de lui tourner le dos. Rappelez-vous votre douleur passée. La Guerre du Temps vous a ravagé, laisserez-vous une telle chose se reproduire ? Les Seigneurs du Temps sont des monstres corrompus, peut-être bien, mais vous faites partis de ce peuple. Que vous le voulez ou non. Souhaitez-vous, une deuxième fois, devoir subir le fardeau du dernier Seigneur du Temps ? Cette solitude dévastatrice ? Hanté par les cris, les...
Des bruits d'explosions paralysaient son ouïe, des cadavres, si nombreux qu'elle ne pouvait les compter, tombaient tout autour d'elle. Des gens fuyaient pour vivre et mourraient sans une once de pitié, des enfants pleuraient, figés par la peur et s'effondraient, sans vie. Les derniers jours de la Grande Guerre se dépeignait sous ses yeux impuissants, précipitant des larmes salées le long de ses joues.
Elle se doutait de l'horreur de ces batailles. Mais jamais elle n'aurait souhaité les voir. À présent, elle les vivait comme si elle y était.
– Mon dieu…
Rose s'effondra, traumatisée par tant de cruauté. Elle voulait la chasser, ignorer ce film barbare mais maintenant qu'elle en avait vu une prémisse, elle ne pouvait le fuir.
– Je ne suis pas votre ennemie Docteur, avoua-t-elle, après avoir repris conscience de la situation. Et vous n'êtes pas le mien. C'est juste… compliqué.
Elle ne pouvait jouer aux devinettes alors elle se confessa :
– Je suis un transfert de conscience entre Amana et le Méchant Loup, expliqua-t-elle. Techniquement, je suis morte. Mon hôte aussi. Mais le Méchant Loup a transmuté mon esprit, mes souvenirs et tout ce que je suis dans ce corps, d'où le bouleversement génétique ; je suis mi Dame du Temps, mi humaine. Mi Amana… mi Rose.
Les épais sourcils de son ami se froncèrent.
Alors, pour donner de la prestance à son aveu, elle lui narra les évènements majeurs qu'ils avaient vécus dans le TARDIS. Leur rencontre en 2005, la création du Méchant Loup, leurs principales aventures, leur complicité, leur amitié, leur séparation déchirante, leurs retrouvailles inespérées et leur dernier adieu.
La main posée sur celle du Docteur reçut une réponse positive, tandis que le silence se prolongeait. Il la prenait, la serrait, n'osant pas y croire. Puis la lâcha.
Il doutait. Le Haut Conseil pouvait lui tendre un piège, puis l'existence du parti Gorus était toujours à démontrer. Ses sourcils se froncèrent, le vieil homme, fatigué de ses chutes, remit une certaine distance entre eux.
Voyant son hésitation, la Londonienne partagea l'ultime secret de cet homme déchiré : se penchant vers lui, elle murmura son nom. Il était son assurance. Sa garantie. S'il ne la croyait pas avec ça, elle pouvait très bien partir et attendre la fin patiemment.
– J'ai peur, avoua-t-elle. Peur pour vous. Pour mon Docteur. Pour cette planète, pour l'espace-temps. Pour moi. Nous n'avons pas de temps. Je n'ai qu'un cœur, des données inexactes et un cerveau en fusion, qui peut se consumer d'un instant à un autre. Alors faites-moi confiance. S'il vous plaît.
Elle avait été franche mais ne pouvait lui mentir. Car oui, elle allait mourir. Une enveloppe charnelle ne peut supporter deux esprits, deux âmes, deux consciences éternellement. Elle ne peut assouvir les manques de chacune et se gérer en même temps. L'énergie leur manquera, à terme. Elles s'useront… puis s'éteindront.
– Je vous en prie…
– Rose. Ma… Rose.
Contre toute attente, le Docteur la prit dans ses bras, l'enserra tendrement.
Son mépris pour les câlins ne différait pas, aucune exception pour personne. Mais ainsi, il pouvait cacher son visage. S'abandonner sans être vu.
Ses yeux brillaient, tristes et heureux à la fois. Parce qu'elle était là, mais finalement, elle allait quand même partir. Et puis rien ne changeait, blonde ou brune, morte ou vive ; son sourire ne lui appartenait plus. Sa Rose était la promise d'un autre. De l'Autre. Elle pouvait être tout près de lui qu'elle n'en demeurera pas moins insaisissable. C'était toujours la même histoire, au final. Et ça faisait vraiment mal.
Les épaules de la brune s'affaissèrent, comme libérées d'un lourd fardeau. Le chagrin de son ami ne lui parvint, cette accolade était comme synonyme de retrouvailles. Mais le son des tambours ne la rassura que quelques instants et le réconfort de cette étreinte fit place à l'amertume : son compagnon. Son mari. Son Docteur. Pourrait-elle le revoir, s'excuser de ses mensonges ? Pourrait-il l'aimer, pourrait-elle l'aimer alors qu'il ne lui reste que peu de temps ? Un monde parallèle les séparait. Encore. C'était toujours la même histoire, au final. Et ça faisait vraiment mal.
Deux millénaires pour l'un, trente ans pour l'autre. Beaucoup de différences mais une peine similaire. Et dire que dans le passé, ces deux êtres étaient destinés à s'aimer…
Soudain, la porte d'entrée explosa, coupant net les pensées des cœurs meurtris. Une dizaine de soldats pénétrèrent les lieux, braquant leurs armes contre eux : ils levèrent les bras en l'air. Denrah apparut, suivie de membres du Haut Conseil.
Non. Non, non. Rectification : Denrah apparut, suivie d'espions Gorusiens ; ça changeait beaucoup de choses. Par exemple, le fait qu'ils avaient le dessus sur la situation, plus que le Haut Conseil ne l'avait.
Un stéthoscope à la main, sans prononcer un mot, elle le posa sur la poitrine de sa sœur. À l'attente de quatre battements qui ne vinrent pas, un sourire s'éclipsa de ses fines lèvres.
– Ma chère Amana. Rose, devrais-je t'appeler, non ? Tu vas devoir m'accompagner.
Relevant la proximité qu'il y avait entre sa cadette et le fou à tête d'écossais, elle ajouta :
– Ton ami peut venir avec nous.
Le Docteur agrippa le coude de la jeune femme, l'invitant à se lever. Discrètement, il tâtait la peau de son avant-bras, noua ses doigts aux siens, changea de côté et réalisa la même opération. Rose se tendit devant ce manège étrange, méfiante, mais le laissa faire ; il sourit alors, fier de sa trouvaille.
– Puis-je ? objecta-t-il.
Alors qu'ils les encerclaient, la Veilleuse lui fit face, les traits de son visage criant victoire ; pourtant, elle se raidit quand elle vit la revanche naître dans les yeux de son adversaire.
– Vous savez, il y a beaucoup de choses que j'ai appris, durant mon long voyage. De nouvelles façons de penser, de voir les choses. De fuir aussi. En l'occurrence, la seule chance de vous fausser compagnie n'est pas la porte, ni la fenêtre, mais le poignet de votre sœur. À plus tard, et le plus tard sera le mieux !
Il tourna le cristal dans sa main et devina le cri de rage de la Veilleuse plus qu'il ne l'entendait. Le décor avait subitement changé, les laissant seuls dans un nouveau lieu.
