Chapitre 2: Un homme dangereux

Mon coeur est en repos, mon âme est en silence ;
Le bruit lointain du monde expire en arrivant,
Comme un son éloigné qu'affaiblit la distance,
A l'oreille incertaine apporté par le vent.


Elle ouvrit les yeux, réveillée par le bruit des voitures. Les draps qui l'enveloppaient étaient doux, chaud. L'esprit encore embrumé, elle roula sur le dos et son corps lui rappela ce qu'elle avait oublié. Ce que lui n'oublierait jamais. Les yeux fixés sur le plafond, elle mit du temps à réaliser qu'elle n'était pas dans sa chambre, qu'elle n'avait plus de chambre à présent. Elle se releva, s'appuyant sur ses coudes. Au fur et à mesure qu'elle réalisait, une douleur sourde grandissait dans son cœur. Silencieusement, elle examina la pièce qui lui avait servit de chambre; c'était une salle dépouillée de toute décoration, hermétique et stérile. Tout autour d'elle était blanc, tellement blanc. Enveloppée dans sa couverture, elle sortit du lit et frissonna lorsque son pied toucha le sol. C'était du parquet blanc, glacé, encore presque neuf sur lequel n'apparaissait aucune rayure. Elle se rendit compte soudainement du vide sonore autour d'elle, seul le bruit des voitures perturbait le silence pesant dans cette habitation. Elle tendit l'oreille, à la recherche d'une quelconque trace de vie. Elle ne s'était pas encore posée la question du pourquoi elle venait de se réveiller à moitié nue dans un lit inconnu, ni même si elle était en territoire ennemi ou allié. A présent elle se la posait. "Après tout, je ne suis pas enchaînée ni emprisonnée" pensa la jeune fille même si à ces yeux cet endroit à plus l'apparence d'un hôpital que d'une résidence.

Elle laissa tomber la couverture au sol, et ce qu'elle vit confirma ses soupçons. Elle ne portait plus sa robe blanche, ou du moins ce qu'il en restait, mais une chemise blanche froissée. Une chemise d'homme. La jeune fille flottait à l'intérieur et ses manches étaient retroussées jusqu'au coudes, une flagrance distinguée s'en dégageait, enveloppant sa propre odeur, avec une touche de menthe. Elle continua d'écouter, mais n'entendit rien d'autre que le son de sa propre respiration et celui des moteurs. Elle sortit prudemment de la chambre et examina ses mains, puis ses jambes. L'étrangeté de leur propreté n'avait pas atteint l'esprit de Sansa auparavant, mais maintenant qu'elle y réfléchissait, elle devrait être couverte de sang. Elle se sentait toujours couverte de sang. Ses cheveux étaient doux et soyeux sous ses doigts, d'une couleur fauve. Une couleur qui lui donnait la nausée. "Quelqu'un m'a lavée. Nettoyée. Changée." rumina la jeune fille, et l'idée qu'une personne avait actuellement soignée ses blessures la rendit encore plus perplexe.

Elle étendit son exploration jusqu'à l'autre bout du couloir, chambres après chambres, ne trouvant rien d'autres que des meubles sous emballages plastiques, ou alors recouvert de draps blancs. Aucune d'entre elles n'avaient l'aspect de la sienne, elles n'étaient pas blanches, et une moquette beige recouvrait le sol. Au travers des fenêtres, elle avait pu déterminer qu'elle était dans une maison située en ville, un petit jardin séparant la façade du trottoir. À l'horizon, des immeubles se dressaient vers le ciel et le soleil se levait. La maison était d'une taille conséquente et Sansa se trouvait à l'étage, l'escalier principal menant la jeune fille dans un hall d'entrée étroit. Au fond de ce hall, elle pouvait apercevoir la cuisine, et d'un côté et de l'autre la salle à manger et le salon. Elle décida de visiter le salon en premier, attirée par ce qu'elle y avait entraperçu. Cartons et meubles démontés s'y mélangeaient, donnant un aspect un peu plus vivant à cette maison que l'étage ne l'avait fait. Visiter cette maison devenait presque amusant pour la jeune fille, lui permettant d'oublier son autre maison. Eloignant son esprit des images sanglantes qui hantaient son esprit et de la tristesse qui transperçait son cœur. Contrairement à l'étage, le salon n'était pas blanc, et même féminin. Deux canapés aux motifs floraux entouraient une table basse en bois. Quelques vases étaient disposés dans la pièce, vides. Les mélanges étaient peu harmonieux, voir même un peu rustres, mais cette vue faisait plaisir à la jeune fille. La rassurait. Il n'y avait ni télévision, ni livres, ni téléphone dans ce salon cependant, les bibliothèques étant à moitié démontées et vidées de leur contenu. Sansa s'interrogea sur l'idée de fouiller dans ces cartons, et résista à l'envie d'ouvrir celui se trouvant juste en face d'elle. "Il n'y a surement rien de bien intéressant dans le salon" tenta de se convaincre la jeune fille.

Ce n'était pas que cette maison n'était pas habitée, mais qu'elle ne l'était plus. La cuisine était vide, le salle à manger vide également, la seule chose restante étant la table située en son centre, ainsi que les chaises. "C'est tout?" réalisa-t-elle, un peu déçue. Elle n'avait pas apprit grand chose, ou rien qui ne lui permette d'en apprendre plus sur le propriétaire de cette maison. Elle était certaine que la chemise qu'elle portait était celle d'un homme, et qu'une femme avait habité dans cette maison, mais d'elle il ne restait aucune trace. Aucun vêtements, aucune fleurs. Même pré-supposément au cœur d'un déménagement, cette maison semblait figée, frigide. Sansa tira une chaise et s'assit, ruminant ces pensées. C'est alors qu'elle la remarqua. Tout d'abord elle cru rêver et inspecta, un peu sceptique, la tapisserie. C'était une tapisserie normale, lignée un peu démodée, mais en harmonie avec le vieux parquet en bois sombre. Une poignée sur le mur. Une fine ligne d'à peu près un mettre séparait le parquet de la tapisserie, et en se concentrant bien on pouvait entrapercevoir l'encadrement d'une porte. Sans même y réfléchir, elle se leva, attrapa la clenche et l'ouvrit. Elle mit du temps à s'accommoder à la luminosité de la pièce, mais ce qu'elle y trouva la rendit perplexe. Cette salle n'avait rien à voir avec le reste de la maison. C'était une petite salle, décorée finement. Un bureau tapissé d'enveloppe et de livres lui faisait face, entourés de bibliothèques. Tout semblait à sa place, rangés, bien que quelques cartons sur le sol témoignait du déménagement en cours. Sansa s'approcha du bureau et inspecta son contenu; des factures, des relevés de comptes, des comptes rendus. Dans le tiroir, cependant, Sansa découvrit deux cartes. La première était une invitation de mariage, imprimée et chiffonnée. La seconde était une invitation plus austère, rédigée à la main, se concluant par un nom raturé.

"Vous êtes officiellement convié à la cérémonie de mariage de Lysa Tully et..."

Sansa cessa brusquement sa lecture, choquée de lire le nom de sa tante sur la carte. Elle n'avait jamais entendu parler de ce mariage auparavant, et encore moins de cet homme. Cela signifiait-t-il qu'elle était dans la maison d'une personne en relation avec sa tante? "Ou peut-être même chez ta tante." murmurait une voix dans sa tête. Elle sentit son cœur de réchauffer à l'idée de voir sa tante. Mais quelque chose n'était pas clair. Non, ça ne pouvait pas fonctionner, comment sa tante aurait-elle pu savoir ? La bouche de la jeune fille s'ouvrit, et un son étranglé en sorti, bien plus choquée encore par ce qu'elle venait de lire sur l'autre carte. Elle avait été rédigée de différentes manières, mais le résultat final était et resterait toujours le même.

" Nous avons le regret de vous annoncer
le décès de Lysa Tully et de son fils Robert Arryn.
La cérémonie se déroulera en présence de..."

Abasourdie, elle n'avait même plus la force ni le courage de continuer la carte. "Je suis la dernière Stark" pensa Sansa. "Non, il reste Arya.. Arya est toujours..." mais Sansa fit taire cette pensée, elle n'était même pas certaine de si sa sœur était toujours en vie ou pas, et la solitude qu'elle ressentait était bien réelle par contre. Elle fut étonnée de ne pas pleurer, peut-être n'en avait-elle plus la force. Elle n'avait jamais vraiment connu sa tante, mais ajouter son nom à la listes des Stark mort ne faisait qu'amplifier la détresse de Sansa. Son cousin aussi venait de mourir. Et tout cela semblait si irréel.

Sansa relut les cartes, se laissant tomber sur le fauteuil de bureau. Elle était retournée au point zéro. Il ne lui restait plus qu'un seul indice. Elle relut le nom raturé sur l'avis de décès, et le relia à celui de l'invitation de mariage. Il n'y avait même pas quelques jours d'intervalles entre les deux cartes, le mariage et le décès. Pouvait-elle vraiment considérer cet homme comme son oncle? "Sans doute que non, il ne me connait même pas. Pourtant.. Il est bien celui qui a rédigé cette carte." songea la jeune fille. Elle ouvrit la bouche, et prononça son nom. Le simple fait de le dire à haute voix le rendait plus réel.
– Petyr Baelish, murmura la jeune fille en examinant son écriture. Petyr Baelish, répéta-t-elle, légèrement plus fort, fermant les yeux.
– Je n'aime pas spécialement que l'on fouille dans mes affaires, ricana une voix derrière elle.

Sansa sursauta et ouvrit les yeux soudainement, posant brutalement les deux cartes sur le bureau, et se retourna. Dans l'encadrement de la porte, se tenait en homme en costume. Il la regardait, un sourire en coin. Elle croisa son regard, et elle sentit son cœur se pétrifier. Il n'y avait aucune gentillesse, aucune chaleur dans ce regard. Elle le regarda, figée, la bouche ouverte et ses propres yeux grands ouverts. Ses yeux étaient vert, mais d'un vert qu'elle n'avait jamais vu auparavant. "Son regard n'a rien à voir avec celui de Joffrey" pensa la jeune fille. Il était si terne qu'il se rapprochait plus du gris, et la transperçait comme l'aurait fait la foudre. Un éclair vert. L'homme s'éclaircit la voix, et la pointant d'un coup de tête, leva un sourcil.
– Je n'aime pas spécialement non plus me répéter. Si vous pouviez, éventuellement, sortir de mon bureau, j'en serai très heureux.

Elle se leva immédiatement du fauteuil, ne souhaitant pas provoquer la colère de son hôte. Il y avait quelque chose dans sa voix, une forme d'avertissement. Elle pouvait lire dans son regard également que même si il souriait, il était contrarié. Très contrarié. Elle se tint droite, ne sachant pas trop où se mettre. Il se tenait dans l'encadrement de la porte, lui barrant le passage. Sansa se maudit intérieurement d'être aussi frêle et peureuse, de trembler à chaque obstacle, mais elle savait également qu'elle n'était pas forcément en sécurité avec cet homme. Elle le regarda, espérant qu'il comprenne sa demande silencieuse, car elle n'arrivait pas à prononcer un seul mot, transcendée par la peur. Il y avait une ambiance spéciale qui se dégageait de cet homme, et elle se demanda depuis quand il l'observait. Elle ne l'avait pas entendu arriver, l'avait-il regardée fouiller dans son bureau ? À moins qu'il ait été dans la maison depuis le début ? Il lui sourit une nouvelle fois, d'un sourire qui n'atteignait pas ses yeux, il se détourna et quitta la pièce. Tout dans son attitude intimait à Sansa de le suivre, sa gestuelle, son regard. "Cet homme est dangereux" pensa Sansa. Elle sorti de la pièce, jetant un dernier coup d'œil au bureau où se trouvaient les deux cartes.

Lorsqu'elle eut refermé la porte, elle se retourna, le cherchant du regard. Elle mit une main sur sa poitrine, sentant les battements de son cœur ralentir petit à petit. Elle avait besoin de réponse, besoin de les entendre de sa bouche. Elle se sentait inconfortable, un mauvais pressentiment commençant à germer dans son cœur. Il était assis à la table, les jambes croisées, et lui fit signe du regard de venir s'asseoir à côté de lui. "Nous avons à parler" lui disait-il silencieusement. Elle s'assit en face de lui, et il posa ses mains sur la table. Il portait des boutons de manchette. Des geais moqueurs?
– Vous êtes Petyr Baelish, conclu-t-elle, étonnée de la stabilité de sa propre voix.
– Oui, répliqua-t-il simplement, s'appuyant un peu plus sur le dossier de sa chaise.
– Mon oncle ? ajouta-t-elle, sceptique.
– Tu me considères comme tel ? demanda-il, ne quittant jamais ses yeux.
– Non, répondit-elle aussi simplement que lui.

Elle entendit des bruits de pas, et un homme entra dans la salle. "Est-ce que c'est un garde du corps ?" se demanda Sansa. Habillé en noir, il avait un paquet dans les mains qu'il déposa sur la table. Il ignora sa présence et se tourna vers Petyr Baelish, semblant attendre quelque chose. Petyr lui fit un signe de la main, et après un brève salut, l'homme se déplaça dans le couloir, ne les quittant cependant pas des yeux. Petyr se leva de sa chaise, et s'apprêtant à sortir de la salle également pointa le sac sur la table.
– Mets ces vêtements, lui ordonna-t-il, tu ne peux pas sortir comme ça dans la rue.
– Et où est-ce que vous m'emmenez au juste ? répondit-elle en se levant de sa chaise, s'en voulant terriblement de sa brusquerie lorsqu'il se figea, se retourna et la transperça du regard.
– Ca ne te regarde pas, trancha-t-il, ce qui acheva d'énerver Sansa.
– Et si je refuse ? insista-t-elle, et le regard de l'homme se durcit tandis qu'il la regardait de la tête au pied. Et si je refuse, qu'allez-vous faire ? recommença-t-elle, un peu moins sure d'elle même et perturbée par son regard
– Lothor, appela-t-il, et son homme de main revint dans la pièce. Cette jeune fille refuse de se changer, si elle résiste forcez-la, ordonna-t-il sans quitter Sansa des yeux, menaçant. Et si elle se débat alors... attachez-la et nous ne prendrons pas la peine de la changer.
– Vous travaillez pour eux, hein ? assena la jeune fille, alors que le sbire se rapprochait d'elle et que Petyr s'en allait. Vous travaillez pour eux, répéta-t-elle la voix brisée, et vous allez me livrer à eux.

Elle regarda le paquet sur la table et l'homme qui lui tournait le dos. Il n'avait rien de gentil, il n'avait rien d'aimable. Non, cet homme n'était pas son oncle. Cet homme n'était même pas son ami. Pourtant, lorsqu'il se retourna, quelque chose dans son regard avait changé. Il semblait plus doux, moins électrique.
– Ne fait rien d'inconsidéré, ma douce, lui conseilla-t-il très sérieusement. Non, je ne compte pas te livrer à eux, ajouta-t-il légèrement méprisant, ou du moins pas maintenant. Je n'aurai rien à y gagner. Et si une quelconque idée te traverse l'esprit, peu importe laquelle, assena-t-il la transperçant du regard, souviens-toi que seule tu n'aurais aucune chance de survivre, aucune.

La conversation était clause. Il sorti de la pièce, ordonnant à son sbire de préparer la voiture et la laissant seule dans la salle à manger. Elle regarda le paquet sur la table et l'ouvrit, c'était une robe blanche semblable à celle qu'elle portait la nuit dernière. Des images lui revinrent en tête et elle dut se tenir à la table tandis que sous ses pieds le sol tremblait. Une fois calmée, elle enleva sa chemise, et se souvint du regard que cet homme lui avait donné. Etait-ce sa chemise? Etait-ce lui qui l'avait portée dans les bois? "Non, ça ne pourrait pas être lui." murmura la petite voix dans sa tête. Non, Petyr Baelish était plutôt le genre d'homme à ne pas se salir les mains, ordonnant aux autres de faire les choses à sa place. Petyr Baelish n'aurait pas de la terre sur sa chemise. Jamais un tel homme ne l'aurait soignée, lavée et couchée comme un animal de compagnie. Ce n'était juste pas son genre.

Une fois habillée, elle plia la chemise et la poussa dans le sac, espérant pouvoir retrouver un jour son propriétaire, quel qu'il soit. Elle aurait voulu dire merci, même si elle se rendait compte du ridicule de la chose; la personne qui l'avait soignée n'avait fait que suivre des ordres. Pourtant, c'était le seul acte de gentillesse qu'elle avait reçu depuis deux jours, et elle en était reconnaissante. Mais elle savait bien qu'elle ne le verrait sans doute jamais. Elle demanderait au garde du corps, juste au cas ou si c'était lui qui l'avait soignée, mais elle ne resterait pas assez longtemps pour retrouver son infirmier dans le cas échéant. Elle allait s'échapper, elle devait s'échapper. Elle ne faisait pas confiance à ce Petyr Baelish, et encore moins à son sourire. Il travaillait pour eux, ça crevait les yeux.

"Il va l'avoir, ma considération."