Et dans mon âme aussi pâlissant à mesure,
Tous les bruits d'ici-bas tombaient avec le jour,
Et quelque chose en moi, comme dans la nature,
Pleurait, priait, souffrait, bénissait tour à tour !
L'ascenseur s'arrêta au premier étage, et Sansa en sorti prudemment. Ainsi qu'elle l'avait constaté en sortant de l'appartement, le second étage était plus petit que les autres à cause de la porte qui donnait sur le toit. Le premier étage était bien plus vaste que celui de l'appartement. Au second étage, juste en face de la porte de l'appartement se trouvait l'ascenseur, à gauche de l'ascenseur une cage d'escalier, et à droite une pièce dont la porte était fermée. Encore et toujours des portes fermées. Sansa n'avait pas essayé d'aller sur le toit, préférant continuer sa visite. Le premier étage lui était différent, c'était un long couloir. À gauche de l'ascenseur, ce n'était qu'une succession de chambre comme dans un hôtel, et à droite se trouvait un peu plus loin l'extrémité du couloir. Avec une porte à son nom, Littlefinger. Son bureau.Sansa résista à l'envie irrésistible de fouiller dans ses affaires, mais elle se doutait bien que la porte devait être fermée de toute manière. Les lumières étaient éteintes, et seule l'unique fenêtre se trouvant à l'autre extrémité illuminait la longue allée. Sansa hésita à allumer la lumière, puis elle appuya sur l'interrupteur et les murs du couloir se retrouvèrent baignés d'une lumière violette. Au plafond, des néons parcourait le parcourait dans sa longueur, et quelques spot blancs illuminait le centre et le sol. Les portes étaient en bois, et le sol était recouvert d'une moquette grise. Chaque chambre avait un numéro, et un nom. Cependant, ils s'agissaient plus de pseudonyme que des prénoms, et Sansa se demanda si les filles travaillent ici avaient chacune un pseudonyme, comme Petyr en avait un.
L'intérieur des chambres n'était pas bien différent du couloir, et Sansa était étonnée de les trouver ouvertes. Elles ne contenaient bien souvent qu'un lit double, parfois d'autres choses qu'elle n'aurait pu nommer, et des rideaux tapissaient les murs. Elles étaient baignées d'une lumières violettes, et de petites lampes de chaque côté du lit ajoutaient une touche de rouge orangé. Il y avait un atmosphère très agréable, et propre. Rien à voir avoir l'appartement poussiéreux dans lequel elle était logé, et encore moins à voir avec sa chambre. C'était comme une plongée dans un autre univers. En sortant, Sansa remarqua une caméra au dessus de la porte, elle n'en avait pas la forme mais Sansa était habituée à ces caméras là, son père en avait installé dans leur maison. C'était un petit boitier blanc, et la caméra se trouvait dans une petite boule noire. De loin, on aurait pu le confondre avec un détecteur de lumière. La prostitution devait être un métier dangereux, elle se rendit compte, et trouva finalement assez normal la présence de ces caméras, bien que les clients ne soient pas forcément d'accord avec elle.
En dirigeant vers l'ascenseur, Sansa regardait encore la porte au bout du couloir. La porte de son bureau. Quelques chose en elle espérait qu'il arrive, si jamais elle osait ouvrir cette porte. Que quelque chose se passe, et qu'il surgisse derrière elle comme la dernière fois, et qu'elle puisse enfin tenter de comprendre sa présence ici. Mais elle résista et rentra dans l'ascenseur. Même si il n'était pas là et ne viendrait pas, elle ne voulait pas l'énerver plus qu'il ne devait déjà l'être. L'ascenseur s'arrêta et il s'ouvrit sur une petite salle d'accueil. Lorsqu'elle sortit de l'ascenseur, la lumière s'alluma automatiquement. Elle pouvait voir le comptoir, illuminé en bleu et au plafond des néons bleus. Le sol était en marbre et il n'y avait pas de fenêtre, mais l'espace était climatisé et frais. Elle se balada un peu, regardant le bureau, remarquant un nom sur la devanture du comptoir, qui devait être celui de l'établissement. Devil's playground.Comme l'avait dit Lothor, il n'y avait pas grand chose à voir, et il n'y avait personne. Mais Sansa était contente de marcher un peu, de voir de nouveaux paysages. Il restait quatre endroits qu'elle n'avait pas encore visité. La salle se trouvant en face d'elle en ce moment-même, le bureau de Petyr, la salle verrouillée du second étage et le toit. Le toit devait être verouillés, comme l'étaient surement le deux autres salles. Mais celle en face d'elle devait être ouverte.
Deux lourdes portes, comme celle que l'on trouve dans les boites de nuit donnaient.. sur un bar aux allures de boites de nuit, justement. Eclairée uniquement par des lumières bleues et blanche, des sièges en cuirs bleu et des tables se situaient dans la partie gauche de la salle. Des barres en fers sortaient du plancher en bois blanc pour aller s'accrocher au plafond. Il y avait des miroirs sur les murs en imitation pierre grise, parfois, ainsi que des formes géométriques bleues ressemblant à des pierres précieuses brutes. Un bar se situait dans la partie droite de la salle, Il était blanc mais les lumières lui donnaient un aspect violet. Des sièges blancs se situaient tous les longs devant, éclairés par des spots bleus. Au fond de la salle, du côté du bar, se trouvait une autre zone où on pouvait trouver des petits cubes verts. et Sansa s'y dirigea. C'était une partie très jolie, les murs étaient décorés de ronds verts lumineux, et les sièges donnaient sur une scènes. Sansa resta figée quelques instants, admirative. Il y avait une cage en son centre rectangulaire et non fermée, entourées d'escaliers. Les barreaux faisaient office de décoration, et à l'intérieur se trouvait une autre barre, chrome. Tout avait un aspect féérique, bizarrement, que ce soit les lumières, les décorations. Des écrans derrières transportaient la scène dans ce qui semblait être un autre dimension, changeant parfois de lumière, projetant tantôt des éclairs lumineux, et tantôt une douce lumière chaleureuse. Elle monta sur la scène, caressant la cage, et rigolant sincèrement. Elle trouvait cela étrange, cette cage en pleins milieux d'une scène, mais elle se rappelait dans quel genre d'établissement elle se trouvait. En marchant sur le plancher de l'estrade, ses pieds se souvinrent de la sensation particulière de la scène lorsque l'on danse, bien que cela faisait des années qu'elle avait arrêté. Elle s'était blessée, et son père lui avait conseillé d'arrêter. Elle avait alors arrêté, car on ne discutait pas avec Ned Stark. Elle n'avait plus eu envie de danser par la suite, durant des années. Elle s'était toujours entraînée avec sa mère, et elle sentait toujours la tristesse et la rage brûler dans son cœur. Elle avait besoin d'être en paix avec elle-même, et elle n'y était jamais arrivée que par la danse. Elle se souvint des paroles de son professeur, tandis qu'elle se dirigea vers la sono à l'arrière de la scène.
"La danse est un monde d'émotions, Sansa, et d'expressions.
Une chemin vers toute chose, une vie. C'est une ouverte sur soi."
Elle pouvait toujours sentir les paroles de son professeur, tandis que la musique démarrait. Elle se dirigea vers le centre de la scène, lentement, se souvenant des pas qu'elle avait apprit, les arrangeants, laissant parler son corps. Laissant parler sa rage, sa tristesse. Se laissant bercer dans son instincts, arrêtant soudainement de réfléchir. Il y avait la musique, et seulement la musique.
Come, if you're curious to see,
Pull the tricks out of my sleeve.
All you find is yours to keep,
Brave, are you brave enough to meet,
The desires that you seek.
Elle pouvait toujours sentir la main de sa mère, elle pouvait entendre le rythme du tango dans sa tête. Mais cette musique n'était pas le tango, cette musique semblait l'attirer vers les profondeurs. L'attirer vers les ténèbres de son cœur. Danser libérait toutes ses émotions, et Sansa se mit à pleurer, relâchant la pression. Dans cette cage, elle aurait dû se sentir emprisonnée, mais bizarrement elle semblait goûter à la liberté, et frôlant la barre, comme pour la marquer de son passage, Sansa reprenait son propre corps en main.
"La danse, Sansa, est une ouverture vers les autres.
C'est la connexion entre les corps, et les âmes."
Elle dansa autour de la barre, son corps traçant une circonférence dans la cage, sans jamais pourtant l'attraper. Elle ferma les yeux. Elle pouvait imaginer sa mère à la place de la barre, elle pouvait s'imaginer danser avec elle. Elle pouvait se sentir portée, projetée vers l'extérieur, et le goût de ses larmes ne fut plus si amer qu'auparavant. Elle rigolait maintenant, ses cheveux légèrement humide à cause de la transpiration. Ses joues humides à cause des larmes.
"La danse Sansa, c'est un dialogue, mais sans les mots.
Tu dois parler avec ton corps."
Alors elle parla avec son corps, et elle fit comme si sa mère était là. Comme si rien n'avait changé, et elle sentit une forme d'union. Elle ne pensait plus. Ils étaient là, et elle était avec eux. Et elle leur parla, avec son corps. Leur murmurant des choses à chacun de ses mouvements. Elle murmurait à sa mère qu'elle l'aimait, qu'elle était désolée. Elle murmurait à ses frères qu'ils lui manquaient, qu'elle aurait voulu être plus proche d'eux. Elle murmurait à sa sœur qu'elle reviendrait la trouver. Et puis elle vit son père. Elle eut envie de le serrer dans ses bras, de lui dire qu'elle ne pourrait plus aimer l'automne. Elle s'accrocha à la barre, cette fois-ci, et se laissa tomber, tournoyant. Elle ouvrit les yeux, pour les chasser de son esprit, les fantômes de sa famille morte. Les lumières tournoyaient, et elle se sentait ivre. Mais cela ne dura pas. Une douleur fulgurante traversa son avant-bras, et elle chuta au sol. Son rêve étrangement brisé, elle attrapa sa main, gémissant. Tout ce qu'elle pouvait voir était le mur, le fond de la scène. Elle avait oublié son poignet, dans son enthousiasme, et maintenant elle en payait le prix. Car la musique continuait, mais le charme était rompu, Sansa était redevenue la poupée brisée qu'elle était. Si son poignet était abîmé, ce qu'elle venait de faire n'avait rien arrangé, elle en était certaine. Elle tenta de se lever, et chancela. Et elle sut qu'elle risquait de tomber de la scène. Qu'elle allait tomber. Cependant, la chute ne vint jamais. Pourquoi ? Car il n'y avait pas de telle chose que le vide. Pourquoi ? Elle sentit un frisson lui parcourir l'échine, tandis que la musique continuait de jouer.
Welcome to the devil's playground,
You can tread where demons play.
Elle s'immobilisa, et senti quelqu'un dans son dos, et une main se poser sur sa taille. Elle n'avait pas pu contenir le cri qui était sorti de sa bouche, ou plutôt le hurlement, et une main était venu la réduire au silence. Et elle était là, son dos reposant sur le torse d'un inconnu, un main non-identifiée sur sa bouche. Ce n'était pas une main violente, ce n'était pas une main qui imposait, et elle se retira doucement, comme si c'était un instinct qui l'avait menée jusqu'à ses lèvres premièrement, mais que son propriétaire se rendait compte du côté intimidant de la situation.
It's your Candyland where dreamers dance,
And I promise that it's safe.
La main qui était sur sa taille remonta lentement jusqu'à ses épaules, rassurante, et la main qui était auparavant sur les lèvres de Sansa la rejoignit. L'inconnu positionna ses deux mains sur les épaules de Sansa, la poussant doucement et lui redonnant son équilibre. Puis, il la fit la tourner vers lui. Non pas qu'elle ait besoin de savoir qui était cette personne, elle l'avait reconnu à son odeur à présent, et à son toucher. En levant les yeux vers lui, elle remarqua que la musique s'était arrêtée.
– Je ne pensais pas provoquer une telle frayeur, admit-il un peu étonné. Ce n'est pas vraiment un endroit pour les adolescentes, tu sais, lui murmura Petyr en l'éloignant un peu plus.
Il était étrangement gentil, mais la gentillesse de sa voix ne collait pas avec son visage. Son regard était toujours aussi froid, et un petit sourire flottait sur ses lèvres. Sansa cacha soudainement son poignet derrière son dos, bien qu'il semblait évident qu'il l'ait déjà remarqué. Elle le vit froncer les sourcils.
– Tu t'es fait mal ? lui demanda-t-il, s'approchant d'elle dans le but de prendre son poignet.
– Non, non, je vous assure que.. tout va bien, répondit la jeune fille en bégayant un peu, reculant au fur et à mesure qu'il avançait.
– Sansa, soupira Petyr en fronçant les sourcils, s'approchant une nouvelle fois, si tu comptes me mentir...
– Je ne vous ment pas... protesta Sansa, mais elle s'arrêta de parler lorsqu'il attrapa son poignet.
– Si tu comptes me mentir, répéta Petyr en examinant son poignet, essaie au moins d'être crédible.
C'était une phrase assez dure, et elle mit du temps à s'en remettre. Il pouvait passer d'un homme doux à un homme sec en l'espace de quelques secondes. Il lâcha légèrement la prise sur son poignet, voyant qu'elle souffrait. Son regard s'obscurcit au fur et à mesure qu'il l'examinait, et qu'il voyait les marques violettes. Il leva les yeux vers elle, et elle sentit qu'il avait comprit qu'elle ne venait pas de se blesser maintenant. Il lâcha son poignet, mais ne dit rien. Il la regardait, avec un visage que Sansa n'aurait pas su décrire. Il donnait l'impression de ne pas savoir comment agir envers elle. Il recula, et Sansa réalisa qu'ils avaient été très proche l'espace de quelques instants. Maintenant qu'il venait de reculer, sa présence lui manquait un peu.. Il avait parfois une aura protectrice, mais elle n'aura pas su dire si elle l'imaginait ou pas, car le visage de Petyr Baelish ne trahissait aucune affection.
– Comme je disais plus tôt, continua Petyr tandis qu'il descendait de la scène, ce n'est pas un endroit pour les adolescentes, ici.
– Je ne me considère pas spécialement comme une adolescente, vous savez, elle répondit sèchement, un peu vexée par sa condescendance, et il se retourna pour lui sourire.
Elle comprit alors qu'il jouait avec elle, faisait ça pour l'énerver, mais n'était pas sérieux. Cependant, le sourire de Petyr Baelish s'effaça lorsque son regard tomba une nouvelle fois sur le poignet de la jeune fille, et son regard devint accusateur.
– Oui, je sais, répondit Petyr froidement. On cherche à devenir indépendante, c'est ça ? il ajouta, amèrement. Je ne saur...
– Je suis désolée, coupa Sansa, rapidement mais si faiblement qu'elle fut étonnée qu'il l'ait entendue. Je suis vraiment désolée.. À propos de ce que j'ai fait auparavant.. Et pour Joffrey aussi. J'aurai du vous faire confiance, mais je ne le peux pas, je ne le.. peux pas. Je suis une idiote. Je suis une idiote qui ne sait pas mentir, qui ne sait même pas reconnaître les menteurs.. Et je.. Je...
– Ce qu'il s'est passé, est le passé, coupa Petyr, en parler ne fera que le faire revivre.
Sansa n'avait pas levé les yeux tandis qu'elle parlait, trop stressée, trop effrayée qu'il n'accepte pas ses excuses. Il était son dernier allié, la seule personne qui pouvait répondre à ses questions, et elle avait peur qu'elle ait perdu à jamais sa confiance. Elle leva les yeux vers lui, et elle remarqua qu'il ne l'avait pas quittée des yeux. Et qu'il s'était rapproché tandis qu'elle parlait. Si elle voulait le toucher, elle n'avait qu'à tendre le bras.
– Cependant, ce n'est pas une raison pour laisser ton poignet dans cet état, reprocha-t-il. Es-tu totalement inconsciente ? demanda-t-il en posant lourdement une main sur son épaule.
– Je ne voulais pas.. tenta de répondre Sansa, le regardant toujours dans les yeux.
– Tu ne voulais pas quoi ? répéta Petyr, sèchement. Ne voulait pas être soignée ? Passe encore. Mais te mettre à danser, avec ce genre de blessure, ça ne relève même plus de l'inconscience.
– Vous.. vous m'avez vue ? demanda Sansa, rougissante et le repoussant, gênée à l'idée que quelqu'un ait pu l'observer.
– Oui, je t'ai vue, répondit Petyr, et je t'ai surtout vue tomber, ajouta-t-il légèrement cynique.
– Mais.. Comment.. ? Que faites- vous ici ? Elle demanda, la réalisation soudaine de la présence de Petyr Baelish en face d'elle s'opérant.
– Eh bien, c'est mon établissement à ce que je sache, il répondit en rigolant doucement. Et regarde au dessus de ta tête, ajouta-t-il en pointant du doigt une caméra.
– Vous étiez.. vous étiez ici tout ce temps ? demanda Sansa, hébétée, détachant son regard de la caméra.
– Sansa, que fais-tu ici ? demanda-t-il plus sérieusement, ignorant sa question.
Elle le regarda dans les yeux, et une tonne de question lui vinrent à l'esprit. Mais elle se souvint des paroles de Lothor, et su qu'il ne répondrait pas honnêtement à ses questions. Qu'il n'y répondrait pas. Mais qu'elle devait répondre à ses questions, elle. Pourtant, quelque chose en elle lui disait de ne pas y répondre tant que lui ne répondrait pas à sa question. Quelques choses d'aventureux. Il rompit le contact face à son silence, et descendit de la scène, lui faisait signe de le suivre. Elle se retourna et regarda la cage, une dernière fois, puis le suivi.
