Chapitre 7 – Jeux interdits

Ô lumière! Où vas-tu? Globe épuisé de flamme.
Nuages, aquilons, vagues, où courez vous?
Poussière, écume, nuit; vous, mes yeux; toi, mon âme.
Dites, si vous savez, où donc allons-nous tous?


Il l'amenait à l'ascenseur, et elle continuait de le suivre, observant l'homme. Il portait un costume gris, et ses cheveux étaient impeccablement coiffé. Il avait arrêté de la regarder, et elle aurait pu tout aussi bien ne plus exister. Elle ne comprenait pas le comportement de cet homme, et pourtant elle voulait tellement le comprendre. Lui faire confiance. Elle le voulait absolument, qu'il soit un homme digne de confiance. L'ascenseur s'arrêta, et Petyr en sorti, se dirigeant vers son bureau. Sansa le suivi, hésitante. Il s'arrêta devant la porte, puis se retourna, lui lançant un regard qu'elle ne parvint pas à identifier. Elle ne pouvait empêcher l'appréhension qui grandissait en elle, et lorsqu'il ouvrit la porte, elle prit son courage à deux mains pour pénétrer dans son bureau. Il garda la porte ouverte, et elle le dépassa, lui lançant un regard interrogatif. Il détourna le regard et ferma la porte, sauf qu'il n'était pas entré avec elle dans la pièce. Elle observa quelque seconde la porte fermée, hébétée, choquée par l'étrangeté de cet homme.

Ce bureau était bien différent de celui que Sansa avait vu, dans l'autre maison. Il était moderne, très propre. L'entièreté de la pièce était unie dans des tons de bruns et de beige, que ce soit les fauteuils, les meubles. Le sol était en marbre blanc, et les lumières étaient jaunes pâles. Cependant, les rideaux étaient fermés, ce qui donnait une ambiance bien plus sombre à la pièce. Le bureau de Petyr était sur la droite, faisant face à un canapé trois place et à deux petits fauteuils. Il y avait deux bibliothèques derrière lui, ainsi que d'étranges petites carrés beiges. Sansa s'approcha du bureau, se rappelant de l'avertissement de Lothor. Cependant, elle estima que regarder n'était pas forcément fouiller. Ce qui attirait son attention était l'ordinateur de Petyr, et sur l'écran elle pouvait voir tout un tas de petites fenêtres représentants toutes les salles du bâtiments, ainsi que la scène sur laquelle elle avait dansé. Un écran de surveillance, voilà comment il m'a vue. Bien qu'en y réfléchissant, le bâtiment étant tellement silencieux que quiconque aurait pu entendre la musique.

Après avoir bien plus regardé que touché les affaires de Petyr, Sansa alla s'asseoir sur un des petits fauteuils près de l'entrée, attendant que Petyr revienne. Il revint quelques minutes plus tard, avec Lothor, ainsi qu'une trousse médicale. Le garde entra dans la salle, lançant un petit regard désapprobateur au poignet de Sansa, et elle lui rendit un sourire gêné en retour. Lothor s'approcha d'elle, et la décoiffa.

– Je suis désolé je ne.. tenta d'expliquer Sansa.
– Il avait pour instruction de ne pas répondre à tes questions, mais ça ne veut pas dire que tu dois te laisser mourir quand il ne te réponds pas, ajouta ironiquement Petyr derrière Lothor.

Il les avait observé durant tout ce temps, en silence. Toujours maintenant il les regardait, et Sansa n'arrivait pas à mettre de mots sur ce qu'elle voyait sur son visage. Encore une fois. Elle arrêta de regarder Lothor, et se tourna vers Petyr. Tandis que Lothor se préparait à la soigner, Petyr s'était approché également et avait demandé à Lothor de quitter la salle. Lothor avait hoché la tête, et était sorti sans autres mots, ni regard envers Sansa. Petyr attrapa la trousse de soin, et lui demanda de tendre le poignet. Ce qu'elle fit. Il l'attrapa doucement, et l'examina en le touchant, lui demandant dans quelles zones la souffrance était la plus forte. Elle répondit à ses questions, observant son visage tandis qu'il la soignait. La pommade était froide, et le touché de Petyr était doux. Il avait l'air très concentré, et elle l'était aussi, un peu grisée par la sensation qui l'enveloppait. Elle ressentait la même légèreté que dans ses rêves, ou que ces jours d'hiver où lorsqu'elle était malade, son père la soignait. Sauf que Petyr Baelish n'était certainement pas son père. À travers ses rêveries, elle l'entendit dire qu'elle avait une entorse, mais que rien n'était cassé. Qu'elle ne devrait pas trop forcer. Elle avait fermé les yeux depuis un moment déjà, grisée par les premières marques d'affections qu'elle avait ressenti depuis deux semaines. À présent, elle sentait qu'il enroulait un bandage autour de son poignet, doucement. Il était doué, et semblait habitué à ce genre de choses. Elle se rendit compte qu'il avait arrêté de parler. Et lorsqu'il eut fini de faire le bandage, seul le silence subsistait. Mais un phrase vint briser ce silence. Une phrase qui étrangement sonna faux aux oreilles de Sansa. "Tu ne devrais pas me faire confiance." Elle ouvrit les yeux, se demandant si elle l'avait rêvée et tomba face à face avec les yeux de Petyr, ses yeux verts. Elle arrêta de respirer. Son visage était proche du sien, et il la scrutait, inexpressif.

– Je ne devrai pas..
– Tu fais confiance à Lothor, n'est-ce pas? lui demanda Petyr en attrapant une de ses mèches de cheveux. Mais tu ne devrai pas, et tu n'as pas tort de douter de moi, il ajouta lentement, je peux être dangereux.. Surtout envers les mauvais investissements.

Sansa pouvait voir les plus petits détails de ses yeux, et remarqua qu'ils n'étaient pas si froid qu'ils y paraissaient. Ils ressemblaient à l'océan, tumultueux. Et cet homme était comme l'océan. Elle pouvait sentir son odeur, l'odeur de menthe l'envelopper, et soudainement elle se souvint de son rêve. Son esprit lui suggéra des choses qui la troublaient, qu'elle ne n'aurait jamais osé faire. Mais aurait-elle pu le faire ? Elle rougit, se demandant sérieusement quel crédit apporter à un simple rêve. Cette idée, ajoutée à la proximité du visage de Petyr, ne fit qu'aggraver son trouble. "Je ne l'ai quand même pas.. embrassé ?" se demanda la jeune fille. Même dans son rêve, cela n'avait jamais été son objectif. Elle n'avait pas voulu cela, absolument pas. Et elle n'avait aucune idée, si c'était arrivé, de ce qu'en pensait l'homme en face d'elle. Elle douta davantage. Elle croisa à nouveau son regard, mais n'y vit rien de dangereux.
– Je ne vous crois pas, répondit-elle instinctivement.
– Comment ça.. Tu ne me crois pas ? répéta Petyr, un peu menaçant.
– Vous ne me feriez pas de mal, je le sais, ajouta simplement Sansa, scrutant ses yeux.

– Comment peux-tu le savoir ? demanda-t-il, avec un froncement de sourcil.
– Je le sais, c'est tout.
– Tu penses donc me connaître ? ajouta-t-il, levant à présent un sourcil.
– Non.. Mais je crois savoir ce que vous voulez, mentit-elle.

Le regard de Petyr s'intensifia et il rigola, un petit sourire un coin s'affichant sur son visage. Il remonta sa main vers la joue de Sansa, attrapant son menton. Il approcha son visage du sien, lentement. Sansa ne comprit pas ce qu'il attentait de faire premièrement, mais lorsqu'elle réalisa, elle ne put que retenir son souffle. "Non, il ne va pas faire ça, quand même." pensa la jeune fille paralysée "Il n'a aucune raison de la faire, aucune." se rassura-t-elle tandis qu'il se rapprochait encore plus, ne la quittant jamais des yeux. Et une réalisation plus forte que les autres se fit dans l'esprit de Sansa; que si il l'embrassait, ça ne la dérangerait pas. "Bon sang, cet homme à l'âge de mon père" pensa Sansa, tentant de se raisonner. Mais ses lèvres étaient si proche des siennes à présent, qu'elle pouvait respirer l'air qu'il expirait. Que si elle levait à peine le buste, elle pourrait le toucher. Et elle voulait savoir, elle avait besoin de savoir si elle l'avait déjà embrassé. Si la sensation serait la même que celle qu'elle avait expérimenté dans ses rêves. Elle sentit ses lèvres descendre dans son cou, et elle frissonna. Il remonta vers son visage, et elle ferma les yeux, s'attendant à ce qu'il l'embrasse. Elle attendit. Mais rien ne se passa. Elle ouvrit les yeux, étonnée et un peu choquée. Petyr avait reculé, et regardait son visage.

– C'était presque crédible, cette fois-ci, avoua Petyr, un petit sourire en coin.
– Vous... vous..
– Je te l'ai dit, Sansa, je suis un homme dangereux. Les hommes sont dangereux. J'aurai pu te prendre sur ce fauteuil, là, maintenant, si j'en avais eue la fantaisie, comme Joffrey. Et toi... Tu te serai contentée de subir, esclave de ta propre peur, il ajouta en rigolant et en haussant les sourcils.

Petyr eu un petit sourire satisfait, et lui tourna le dos, rigolant toujours. Il se dirigea vers son bureau, ne faisant même plus attention à Sansa. "Il ne fait que jouer avec moi" pensa Sansa, un peu vexée.
– Mais vous ne m'avez pas fait du mal, répliqua Sansa.
– Non, je ne l'ai pas fait mais j'aurai pu, rétorqua cyniquement Petyr.
– Mais vous ne l'avez pas fait, souligna Sansa, et vous ne l'auriez pas fait.
Vraiment ? demanda Petyr, se tournant dans sa direction, ne rigolant plus.

Après quelques instants, il sourit et se remit à rire profondément. Ce rire semblait être le plus sincère qu'elle ait entendu sortir de sa bouche, et le plus douloureux. "Bien sûr qu'il ne l'aurait pas fait, idiote." se reprocha-t-elle. "Et jamais il n'aurait laissé une gamine l'embrasser". Elle réalisa à quel point elle était naïve. Dans tout cela, quelque chose l'énervait, et elle ne trouvait pas quoi exactement. Etait-ce parce qu'il la trouvait idiote et naïve, ou bien car elle était tombée dans son jeu ? Elle était vexée pour autre chose, elle le savait. Vexée car il ne la voyait que comme une vulgaire adolescente. Car elle voulait arriver à gagner sa confiance, qu'il la trouve assez digne d'intérêt pour répondre à ses questions, et qu'il ne voyait en elle qu'une gamine irresponsable et un potentiel mauvais investissement. Il arrêta de rire, et Sansa remarqua de la tension dans ses yeux. Il était redevenu Littlefinger, et il s'éloigna d'elle, allant s'asseoir sur son bureau.
– Assieds-toi là, lui ordonna-t-il en désignant un des sièges en face de son bureau, et elle s'exécuta.

Il s'appuya avec ses coudes sur son bureau, la regardant, mais ne disant rien. Sansa attendit, mais il continua de la regarder, et elle comprit qu'il attendait que ce soit elle qui parle. Elle inspira profondément, un peu agacée.
– Et maintenant quoi, demanda-t-elle un peu nerveuse, je suis une prisonnière?
– Si tu préfères le voir ainsi, soupira Petyr en s'appuyant sur le dossier de son fauteuil, qu'il en soit ainsi, mais je ne pense pas que ce soit ce que tu souhaites.
Ce que je souhaite, répéta Sansa un peu sceptique, et depuis quand me demanda-t-on mon avis? Je ne.. Comment pourriez-vous seulement savoir ce que je souhaite, d'abord ?

Elle avait prononcé cette phrase de la même manière qu'il l'avait fait quelques instants plus tôt, lorsqu'il lui avait fait comprendre qu'elle ne pourrait pas savoir ce qu'il voulait. À présent, il souriait, semblant apprécier ce petit jeu. Il haussa un sourcil, et son petit sourire suggéra à Sansa qu'il savait ce qu'elle voulait.
– C'est mon travail de savoir ce que les gens veulent, Sansa.
– Et si vous aviez tort, lui répondit-elle pour le provoquer, seriez-vous toujours aussi crédible?
– Je ne me trompe jamais, il ajouta fermement, son regard appuyant ses paroles.
– Alors, dites-moi, qu'est-ce que je désire? Quel est mon souhait le plus profond, Petyr?

En vérité, Sansa n'avait aucune idée de si Petyr Baelish était un homme dangereux ou pas. Elle était certaine qu'il travaillait pour les Lannister il y a peu de temps, puis il avait tué Joffrey. Il l'avait aidée, mais l'avait-il réellement sauvée? Elle n'en savait rien. Elle entrait dans le jeu de cet homme, cet homme dangereux, mais n'avait aucune idée de la tournure des choses. Elle pourrait finir otage, prisonnière, ou morte demain matin. Non, elle n'arrivait pas à lui faire confiance, et ne pourrais plus jamais faire confiance à qui que ce soit. Et cela depuis qu'elle avait comprit que Joffrey ne l'avait jamais aimée, cela depuis que son cœur avait été brisé, une nouvelle fois. Petyr était un patron de bordel, avait vraisemblablement été impliqué dans la mort de sa tante, et n'avait pas hésité à la menacer de l'attacher lorsqu'elle avait refusé de le suivre. À présent il la gardait enfermée dans un de ses établissements, et jouait avec elle. Pourquoi Sansa n'était pas effrayée, elle ne le savait pas. Peut-être à cause du rêve qu'elle faisait chaque nuit, peut-être car elle voulait trouver au fond de lui l'homme chaleureux de ses rêves. Et maintenant, elle se retrouvait à jouer avec lui, à le provoquer, et quelques part ces échanges lui rappelaient ceux qu'elle avait avec sa sœur Arya. Ces conversations où le ton montait à chaque nouvel échange, ou chacune des deux sœurs cherchait à dominer l'autre, ces conversations où elles aimaient se détester. Ces conversations qui finissaient toujours par la victoire d'Arya. Sansa avait toujours été celle qui perdait.
– Tu te détestes, n'est-ce pas ? il lui demanda, mais elle savait que ce n'était pas une question. Pourtant tu danses plutôt bien, tu sais, il la taquina.
– Vous n'avez pas répondu à ma question, lui fit-elle remarquer.
– Oh oui, évalua Petyr en la regardant, tu te détestes. Et tu détestes les cheveux qui sont les tiens.
– Je ne me détest..
– Tu mens, ma douce, coupa Petyr, et la prochaine fois que tu me mentiras, tu le regretteras.

Il était très sérieux. Mortellement sérieux. Sansa sentit la menace, et un instant elle se demanda si il pourrait lui faire du mal. Quelque chose en elle ne voulait pas y croire, avait besoin de penser qu'il lui restait un allié. Mais elle réalisa que tout cela n'était que naïveté une nouvelle fois; tant qu'elle ne saurait pas ses véritables intentions elle devrait toujours le considérer comme quelqu'un de neutre, et surtout ne jamais lui faire confiance. Ces deux dernières semaines, elle s'en était voulue de l'avoir trahi, d'être partie, et avait voulu qu'il la pardonne. À présent, elle se rendait compte que tout cela n'avait pas vraiment d'importance. Aux yeux de Petyr, elle n'était sans doute qu'une forme d'investissement.
– Comme tu n'aimes pas ces cheveux, tu ne verras aucun inconvénient à les teindre, je suppose ?
– Aucun inconvénient.
– Et si je te demandais, comme tu te détestes... commença Petyr, toujours plus provocateur. Comme tu te détestes, trouverai-tu un quelconque inconvénient dans le fait de mourir, ma douce ?

Il était toujours mortellement sérieux, et son regard la transperçait. Son regard lui glaçait le sang. Elle réfléchit à toute allure, se demandant pour quelles raisons il aurait pu lui poser cette question. Etait-il réellement question de mourir? Avait-elle toujours envie de vivre, après tout? "Pour quelles raisons devrai-je rester en vie?" se demanda-t-elle. "Pour ta soeur" lui répondit une voix dans sa tête. "Car tu as des choses encore à faire, avant de mourir. Ce n'est pas le moment."

"Pas maintenant."

Non, pas maintenant. Elle ne pourrait mourir qu'après avoir vu le visage de Tywin Lannister déformé par la souffrance, elle le savait. Elle ne pourrait mourir qu'une fois le feu dans son cœur éteint. Et si pour cela elle devait résister face à l'homme en face d'elle, elle le ferait. Et si Petyr Baelish travaillait pour Tywin Lannister, alors elle l'affronterait, elle le ferait. Peu importes les conséquences.
– Voilà, c'est ça... Voilà, le bon état d'esprit, murmura Petyr, en se levant de son fauteuil.
– Que voulez-vous fair... commença Sansa, se levant de sa chaise instinctivement.

Il s'approcha d'elle, et leva le bras. Sansa recula et se trouva bloquée contre son bureau. Elle n'avait aucune autre option que de l'affronter. Elle était certaine qu'il ne lui ferait pas de mal, mais elle regarda autour d'elle, cherchant une porte de sortie, puis sentit sa main se poser sur son épaule. Elle n'osait pas le regarder, ne voulant pas savoir. Elle avait peur que l'homme de ses rêves disparaisse, qu'il se transforme en son pire cauchemars. Elle s'en voulu d'être aussi faible.
– Regarde-moi, Sansa, lui ordonna Petyr, et elle leva les yeux.

Il emprisonna la courbe de son visage dans sa paume, et la regardait gentiment.
– Tu as le même yeux que ta mère... murmura tristement Petyr, passant son pouce sous l'œil gauche de Sansa, caressant sa joue. Tu vas devoir mourir Sansa, mais pas de la manière dont tu le penses, il ajouta en retirant doucement sa main. Sansa Stark va devoir mourir, la petite fille va devoir mourir, Petyr murmura dans son oreille. L'enfant en toi doit mourir, et tu dois laisser l'adulte renaître.
– Laisser... L'adulte renaître, murmura Sansa, frissonnant sous son toucher, fermant les yeux.
– Tu ne pourras jamais tuer Tywin Lannister telle que tu es maintenant, Sansa, chuchota Petyr en la coinçant doucement contre son bureau. Et je serai celui-ci qui te tueras, Sansa Stark.

À ces mots elle rouvrit les yeux, cherchant à répondre, mais elle n'eut pas le temps. En un éclair, elle vit deux yeux verts se rapprocher d'elle, et sa bouche captura la sienne. Petyr posa une main derrière sa nuque, gardant son visage proche de sien, l'emprisonnant dans son étreinte. La saveur de la menthe irradia la bouche de Sansa, ses lèvres. Sucrée, fraiche mais brûlante. Perdue, choquée, elle était inondée par une toute nouvelle sensation, et lorsqu'une des mains de Petyr descendit de le bas de son dos, elle ne put s'empêcher de frémir. Il resserra l'étreinte, plaquant son corps contre le sien, et le baiser qui jusque là était resté chaste devint progressivement passionné, brûlant. Sansa y répondit, instinctivement, retrouvant enfin la même plénitude que dans ses rêves. Elle passa sa main dans ses cheveux, et le monde cessa soudainement d'exister. Inondée par sa chaleur, par sa passion, par sa douceur. Mais il rompit le baiser, et la repoussa doucement, détachant les mains de son corps. Sansa le regarda, muette et haletante.
– Je serai celui qui te changeras, murmura Petyr en enlevant les mains de Sansa de ses cheveux.

Il recula, et Sansa le trouva aussi perdu qu'elle, aussi essoufflé. Mais l'homme reprit le contrôle de lui-même, et ce fut comme si toute trace de ce qu'il venait de se passer avait été effacée. Le visage de Petyr redevint aussi illisible qu'auparavant, et un petit sourire en coin apparut sur ses lèvres tandis qu'il l'observait appuyée sur son bureau.
– Je ne me trompe jamais, Sansa, répéta Petyr en souriant. Le voici, ton souhait le plus profond.

Sansa était certaine à présent qu'elle l'avait embrassé. Et il jouait avec elle, encore et toujours. Il ne parlait pas non seulement de sa vengeance, mais de ce qu'elle avait fait cette nut-là. Du baiser. Il se dirigea vers la porte, et Sansa le regardait, toujours sans voix. "Il l'a fait" réalisa-t-elle. "Et pire encore, tu l'as embrassé cette nuit-là" murmura une voix dans sa tête. Il s'arrêta à la porte, et avant que Sansa ne puisse formuler une phrase, il lui fit signe de se taire.
– J'ai demandé à Lothor de t'acheter de quoi de teindre les cheveux, nous parlerons plus tard, lui dit-il, ne cessant jamais de sourire. La prochaine fois que tu me provoqueras, de plus, taches de ne pas me sous-estimer, ma douce.

Elle le regarda sortir de la salle, ayant conscience de sa défaite. Elle avait perdu à ce jeu. Elle se sentit humiliée, bête d'être tombée dans son piège. Depuis le début, il voulait lui prouver qu'il avait raison, qu'elle ne savait rien de lui. Elle l'avait provoqué, lui avait dit qu'il n'oserait jamais l'embrasser, et il l'avait fait. Elle l'avait mit au défi de trouver ses désirs les plus profond, et il les avait déterré. Elle brûlait pour la vengeance, et avait désespérément besoin de chaleur. Son coeur était toujours brisé. Petyr Baelish avait raison, elle se détestait. Et elle devait changer. Elle ne parviendrait jamais à rien, telle qu'elle était. Elle avait aimé profondément Joffrey, elle avait aimé sa famille, et tous, les un après les autres étaient parti. D'elle, il ne restait que des morceaux brisés. Il ne restait que lui, Petyr Baelish, pour ramasser ce qu'il restait des fragments de son âme. Mais il ne serait pas celui qui pourrait lui donner cette affection, il lui avait bien fait comprendre. L'homme de ses rêves n'était qu'un mirage, un produit de son imagination. Et elle était bien loin de le comprendre. Non, il était celui qui la détruirait encore plus, et il venait de la prévenir. Lui ferait-elle du mal ? Elle n'en savait rien. Mais elle s'en moquait. Il serait celui qui pourrait au moins lui apporter une chose, la vengeance. Des mots étaient ancré au fer rouge. dans l'esprit de Sansa, ceux qu'il avait prononcé en fermant la porte.

"Tu n'es pas la seule à vouloir la chute de Tywin Lannister."