CARPE DIEM

TOME I

PREMIÈRE ANNÉE


X

Les Serpents et le Lion


Au troisième étage, alors que l'école entière était rassemblée dans la grande salle autour d'un grand et délicieux festin, cinq sorciers que tout opposait étaient réuni devant la porte interdite, nerveux pour certains, complètement terrifiés pour d'autres. Dans tous les cas, ils étaient là pour une seule raison; sauver l'avenir du monde sorcier.

Bon... dit comme ça, les enfants y croyaient vraiment. Mais Hermione et Harry étaient convaincus que Voldemort était la source des problèmes rencontrés cette année. Et que s'ils ne l'arrêtaient pas, Poudlard n'existerait plus.

Hermione avait une autre idée en tête, que le jeune Potter n'abordait jamais. Il était le Survivant. La jeune sorcière doutait que Voldemort oublie ça. Elle savait donc son ami dans un sérieux pétrin. Malheureusement, avant de sauver le monde, il fallait déjà qu'ils soient tous sur la même longueur d'onde.

-Je refuse de faire ça ! On va juste se faire tuer, c'est tout ! Vous êtes complètement tarés !

-Les Gryffondors sont des mauviettes, de toute façon. Ça ne m'étonne même pas que tu te dégonfles déjà, Weasley.

Draco et Weasley se mesuraient du regard, une sombre atmosphère emplissant l'espace. Hermione n'eut même pas le courage d'arrêter le conflit. Elle était lasse de ce petit jeu. C'était toujours la même routine.

-Tu es toujours avec moi ? chuchota-t-elle à Harry en le regardant avec espoir.

Le jeune garçon la regarda un moment sans répondre, semblant l'analyser, un brin hésitant. Mais il semblait avoir lu en elle le courage et la détermination, car il sourit, hochant de la tête. Hermione siffla son ami, qui jouait toujours les gros bras devant le rouquin. Levant les yeux, il inspira un grand coup, se reculant du Gryffondor.

-On reprendra plus tard, menaça Draco en regardant méchamment Weasley.

La sorcière leva les yeux au ciel tandis que le rouquin rétorquait la même chose, poussant la provocation à son maximum.

-Vous êtes pathétiques, tous les deux, dit-elle avec emphase. Quand vous serez prêts, on pourra y aller.

Weasley recula, soudain incertain dans ses gestes.

-Harry, on peut vraiment pas faire ça ! C'est trop risqué ! Tu vas quand même pas l'écouter !

-Mais on n'a pas le choix ! Je le répète, j'ai vu Rogue dans les couloirs, cria Hermione. Il va voler la pierre ce soir et personne ne peut l'arrêter à part nous. Alors mets tes doutes de côté Weasley, et pour une fois dans ta misérable vie, fait quelque chose digne d'un Gryffondor ! De toute manière, Harry et moi, on y va.

-J'ai mon mot à dire dans l'histoire ou pas ? demanda Blaise, la voix légèrement éteinte.

Hermione se tourna vers Draco, mais ce dernier la regardait fixement. En fait, c'était la première fois que Draco la regardait ainsi. Un mélange de... méfiance et de peur.

-Draco...

Elle usait toujours d'une petite voix douce avec lui, pour l'amadouer et le manipuler. En général, ça marchait bien. Pas ce soir. Il recula d'un pas, le menton relevé.

-Weasley a raison, Hermione. C'est beaucoup trop dangereux. Je... peux pas te suivre. Pas cette fois.

-Mais...

-Et tu devrais pas y aller.

-Draco, dit-elle alors en durcissant sa voix, vexée par son refus. Je vais passer par cette trappe, ce soir, avec ou sans toi. Décides-toi maintenant.

Son meilleur ami plissa les yeux, ses lèvres serrées en une ligne droite et sévère, digne de son père. Hermione soupira. Elle ne pourrait pas le convaincre.

...

-Non mais je rêve ! s'écria Hermione en refermant la porte derrière elle.

Ronald, Harry et elle était dans la pièce où se trouvait Touffu. Et ils s'étaient attendu à devoir user de sortilèges pour échapper aux énormes griffes du monstre. Mais la jeune Hermione ouvrit la bouche d'indignation en découvrant le chien à trois têtes, allongé sur la trappe, endormit, ronflant bruyamment.

Elle posa ses poings sur ses hanches, outrée.

-Il est sérieux, là ! De la musique douce et hop ! Monsieur s'endort. Si j'avais su !

-Quoi, tu y serais allé seule ? C'est du suicide ! chuchota Harry en s'approchant doucement du chien. On va devoir le bouger.

-Sans le réveiller, tu es malade ! cria faiblement Weasley. On va se faire croquer direct !

-On n'a pas vraiment le choix, alors bouges-toi et aide-nous ! cracha Hermione, se penchant pour attraper une énorme patte.

...

Draco n'avait pas bougé de devant la porte menant à la pièce interdite. Il était appuyé contre le mur et triturait nerveusement sa baguette, le cœur battant à cent à l'heure. Il patienterait ici toute la nuit s'il fallait, mais il attendrait Hermione et quand cette idiote sera revenue, il... il lui jetterait un sort pour qu'elle arrête de le défier !

C'est vrai quoi, on ne parlait pas comme ça a un Malfoy !

Blaise le regardait depuis tout à l'heure sans mot dire, appuyé sur le mur d'en face, mordant son pouce. Lui non plus ne semblait pas tranquille, ce qui stressa Draco encore plus. Si le chien l'avait mangée ? Ou si Rogue était déjà à l'intérieur et qu'il... !

Il n'était pas habitué à s'inquiéter pour autrui, mais là, il s'agissait d'Hermione, et quand il était question d'elle, plus rien n'avait d'importance.

Quel crétin !

Cette idiote était trop prétentieuse, trop vantarde et... ouais, une Serpentard, quoi. Il était exactement pareil mais... mais c'était elle, et c'était suffisant pour s'énerver davantage. Hermione ignorait le danger. Elle réfléchissait mais se fichait bien des difficultés. Draco était différent. Il connaissait parfaitement les risques et préférer rester dans l'ombre, à l'abri. C'était peut-être un peu lâche, mais au moins, il ne s'attirait pas d'ennuis. En fait, il connaissait les ennuis que depuis sa rencontre avec Hermione. Avant, il obéissait, se cachait, détournait les yeux, point. Maintenant, Hermione l'entraînait malgré lui dans ses bêtises et se faisait coller.

Finalement, il n'avait jamais autant usé de magie depuis qu'elle était entrée dans sa vie; le troll, le chien à trois têtes, Voldemort... On ne s'ennuyait pas, à Poudlard, au moins !

-C'est douloureux, hein.

Draco sortit de ses pensées et regarda Blaise sans comprendre. Son ami souriait bêtement. Crétin !

-De quoi tu parles, encore !

-Tu es en train de réfléchir, expliqua Blaise tranquillement, le sourire en coin. Tu n'es pas habitué à ça. Surtout quand il s'agit d'elle.

-Espèce de... !

-Je suis sûr qu'elle va bien.

Draco se détacha du mur et vint brusquement se planter devant son meilleur ami.

-Arrête de faire ça ou je te tue ! menaça-t-il.

-J'y peux rien si tu es facile à lire. De toute manière, tu fais toujours la même tête quand tu penses à elle.

-N'importe quoi ! Je m'en fiche complètement, au contraire. Si elle veut jouer à l'héroïne et se faire attraper, c'est pas mon problème !

Blaise fronça les sourcils.

-Draco... si Hermione a raison, Tu-sais-qui est...

-La ferme, le coupa son ami en s'éloignant de lui. Ce n'est pas possible. Il ne peut pas être revenu. Non, impossible.

-Mais... si c'était le cas... tu crois pas que... enfin, tu sais... Hermione...

-C'est une sang-pur, rétorqua rageusement Draco en se mettant lui aussi à mordre son pouce. Et le Survivant est avec elle. S'il est avec eux... alors il s'en prendra à Potter, pas à Hermione.

-Et si tu te trompes ? demanda Blaise, le visage pâle comme la mort. Si Rogue remonte mais pas les autres ?

Draco contracta la mâchoire et se passa les deux mains dans les cheveux. Son stress repartit de plus belle à cause de Blaise, et Draco commença à trembler et claquer des dents.

-Elle va bien, dit-il simplement, plaquant son front contre le mur. Elle va bien.

Non, elle n'allait peut-être pas bien, justement... comment savoir...

...

Harry lui avait ordonné de rester auprès de Weasley et appeler à l'aide pour les faire sortir de là. Hermione avait pourtant prévenu le rouquin que son idée était ridicule ! Maintenant ce dernier était évanoui à ses pieds, parce que monsieur avait voulu jouer les héros en faisant le chef.

La version "sorcier" des échecs était assez barbare comme ça pour Hermione, alors faire partie littéralement du jeu... ça avait été autre chose. Résultat, Weasley avait été blessé pour faire "échec et mat". Il n'avait pas pu prendre un autre pion, l'abruti !?

Crétin ! La jeune sorcière était désormais partagée. Weasley n'était pas son ami, Harry, oui. Mais elle ne pouvait quand même pas abandonner le sorcier ici, alors qu'il était blessé ! C'était peut-être ce qu'auraient fait Draco et Blaise, mais Hermione n'était pas une véritable Serpentard. Abandonné cet idiot n'était donc pas une option.

-OK, pas de panique, souffla-t-elle doucement, les mains sur les genoux, assise devant le corps immobile de Ronald. Je suis la meilleure sorcière de ma maison, je vais trouver quelque chose. Pas de panique.

Elle regarda le sorcier et plissa les yeux, la colère commençant à monter.

-Après ça, tu auras intérêt à ne plus me manquer de respect, cracha-t-elle. Je sauve ta vie, même si tu le mérites sans doute pas. Tu vois, dit-elle en souriant, je suis loin d'être celle que tu penses.

Se relevant doucement, elle frotta ses jambes pour enlever la poussière et se passa une main dans les cheveux, remettant un peu d'ordre dans ses cheveux épais et légèrement frisés. Le fer à lisser lui manquait tant, quand elle était à Poudlard ! Weasley ne risquait plus rien, il était donc inutile de se presser, de toute manière. Après ce qui venait de se passer - à cause du rouquin, comme d'habitude - Hermione était un peu fatiguée et légèrement pantelante. Pour atteindre la pierre philosophale, il y avait eu plusieurs étapes à franchir, mais Hermione ne s'était jamais douté qu'un tel échiquier - géant et effrayant - puisse exister. Elle n'allait pas empirer son mal de tête pour cet idiot qui n'avait pas été foutu de sauter avant que la reine batte son pion !

Qui avait eu l'idée de ces épreuves ?! Une plante limite carnivore, des clés volantes, un jeu d'échecs sorcier... qu'en était-il de la suite ? Un lac remplit de sirène ? C'était vraiment n'importe quoi ! Pas étonnant que le professeur Rogue ait mis autant de temps à se décider pour aller chercher la pierre. Ou plutôt, que le mage noir charge un autre d'aller chercher ce qu'il désirait tant.

Hermione regarda une dernière fois les statues détruites jonchant le sol noir et blanc. Un peu de sang brillait encore là où elle s'était trouver quelques minutes plus tôt. Des bouts de pierres poussiéreuses recouvraient tout l'échiquier, seuls quelques pions résistants restaient debout. La reine était toujours au milieu de la pièce, fier. A croire qu'elle souriait à Hermione en lorgnant sur ses blessures. La sorcière serra les dents, commençant à ressentir le froid environnant.

Touchant sa blessure, elle grimaça, regardant le jeune sorcier avec colère. Ce crétin de Weasley s'était trompé de pion et une épée l'avait effleuré à la joue, l'entamant. Elle était certaine qu'il l'avait fait exprès ! Elle n'oubliera pas, il pouvait en être sûr.

-Tu répondras de tes actes plus tard, marmonna-t-elle en sortant sa baguette de sa poche pour soulever le jeune garçon et le faire léviter sur tout le trajet de retour.

Une fois arriver - sans que les clés ne les attaquent ! - à l'entrée de la trappe, Hermione reposa un peu brusquement le garçon et leva les yeux vers le plafond. Elle fronça les sourcils, se mordant les lèvres.

-Très drôle. Et je fais comment pour remonter, maintenant ? Même pas d'échelle ?

...

Draco et Blaise avaient dû entrer dans le couloir menant à la porte interdite car Rusard venait de commencer sa ronde. Les deux jeunes garçons avaient d'abord vu l'horrible chat, comprenant alors que le danger était tout proche. La seule solution avait donc été de retourner dans ce couloir froid, espérant que le chat ne les suit pas. Ils en avaient eu assez avec la forêt interdite pour être à nouveau de corvée.

Maintenant à l'abri dans le couloir sombre et vétuste, Draco reprit calmement sa respiration, le cœur faisant un bruit monstre dans ses oreilles. Soudain, alors qu'ils tournaient en rond dans la pénombre, Blaise se plaqua contre la porte interdite, sous le regard mitigé de son ami. Il agissait vraiment bizarrement ces temps-ci.

-Je crois entendre quelque chose, souffla Blaise, l'oreille collée au bois de la porte.

-Pousses-toi, laisse-moi écouter, ragea Draco.

Le jeune sorcier retint sa respiration, plissant les yeux. Effectivement, il y avait quelque chose, mais c'était très difficile à distinguer. Le son était étouffé mais il reconnut la voix d'une fille. Draco posa alors les yeux sur la poignée, hésitant. Il posa sa main dessus, sous les yeux écarquillés de Blaise. Draco l'ignora et ouvrit la porte.

Soudain, la voix devint plus claire.

-Qui que ce soit, je vous préviens, j'ai une baguette ! Je n'hésiterais pas à m'en servir !

Draco rigola en comprenant que les menaces étaient prononcées par sa meilleure amie. Personne d'autre n'osait parler comme elle le faisait; avec courage et défiance. Quelque chose que le jeune Draco adorait chez elle. Adorait... oui, bon, c'était un caractère normal pour un sang-pur !

-C'est Draco, fit-il alors en s'approchant de la trappe, les deux mains légèrement relevées. Pas de panique.

Blaise vérifiait que Touffu dormait vraiment tandis que le jeune Draco s'accroupit devant la trappe, jetant un œil en contrebas, impassible.

Hermione avait la tête levée vers lui, de la poussière recouvrant son visage et sa jupe plissée. Une entaille rouge se trouvait sur sa joue gauche, en haut de la pommette. Draco tiqua à cette vue, ne faisant aucun commentaire.

Le Gryffondor était allongé au sol, immobile, des entailles recouvrant bien plus son visage. Imperceptiblement, Draco sourit.

-Tu as l'air de ressortir d'une grotte, ne put-il s'empêcher de lui dire.

-Je me passerais de tes commentaires, merci. Tu peux m'aider ? On a eu quelques ennuis.

Draco déglutit en voyant le corps inerte de Weasley aux pieds de la sorcière. Son sang ne fit qu'un tour.

-Est-ce qu'il est... ?

-Non, soupira doucement Hermione. Juste inconscient. Une statue à faillis le tuer, par contre. Il a besoin de Madame Pomfresh rapidement.

-Tu saignes ! s'écria alors Blaise en se penchant à son tour devant la trappe. Princesse, ça va ?

-Ça ira quand vous aurez trouvé le moyen de nous faire sortir de là ! cria-t-elle faussement.

-Et Potter ? demanda quand même Draco, même s'il s'en fichait pas mal du Survivant. Il a trouvé la pierre ?

-C'est en cours, même si je m'inquiète qu'il soit désormais seul. Bon, maintenant, ce n'est pas que je m'ennuie, mais je voudrais sortir ! Trouver une solution !

Draco visualisa la hauteur entre la trappe et le sol, et recula légèrement, ayant un peu le vertige soudainement. Une idée lui vint alors. Elle pourrait marcher !

-Blaise, reste ici, je reviens dans cinq minutes.

-Avec ce monstre à côté de moi ? paniqua le jeune garçon en agrippant les bras de son ami. Pas question !

-Tu risques rien bordel ! De toute manière, tu n'as pas le choix !

À ces mots, Draco partit. Il revint comme promis cinq minutes après, s'agenouillant devant la trappe, essoufflé.

-Hermione ! cria-t-il. Désolé mais ton cours de vol est avancé.

-Qu'est-ce que tu racontes encore ? s'agaça son amie.

Draco lui envoya alors son balai magique, qui se fracassa au sol. Il ferma les yeux, imaginant le pire. Mais heureusement, il ne s'était pas brisé.

...

La jeune sorcière observa quelques secondes le balai tant chéri par Draco, comme si c'était un serpent. Elle détestait les balais, les cours de vol, Draco et Blaise qui montaient dessus... bref, elle détestait les balais. Pourtant, la jeune fille regarda son ami en souriant. C'était une excellente idée, et sans Draco, jamais elle n'y aurait pensé. Il lui sauvait la vie.

-Tu crois que tu vas pouvoir le faire ? s'inquiéta Blaise, peu confiant. Les rares fois où tu as tenté de voler... ça s'est mal passé.

Hermione le savait aussi. Mais bon, elle n'avait pas tellement le choix. Le plus compliqué, cette fois, serait de faire monter Weasley avec le balai.

-Déjà, demande au balai de se lever, expliqua professionnellement Draco d'un ton calme et sérieux.

Hermione inspira. Elle n'avait jamais réussi ça.

-Debout ! cria-t-elle. Debout !

Un sentiment étrange de déjà-vu s'empara d'elle, la faisant sourire. Toujours est-il que le balai refusait d'obéir.

-Je le sens mal, soupira Blaise, faisant rager Draco.

-Tu l'encourages vraiment pas ! le houspilla son ami. Bon, écoutes Hermione. Lance-moi le balai. Je crois que je vais descendre, ça sera plus simple.

La sorcière opina du chef, tentant tant bien que mal de lui renvoyer le balai. Ce dernier mit longtemps avant de se décider, mais finalement, il retourna à son propriétaire. Draco l'enfourcha rapidement, et en quelques secondes, il se trouvait devant Hermione, lévitant à quelques centimètres du sol. Hermione fit la moue, pinçant les lèvres.

-Remonte d'abord Weasley, dit-elle sèchement.

Draco sourit, parfaitement conscient que la jeune sorcière était vexée de ne pas réussir dans tous les domaines.

-Il pèse lourd ! se plaignit-elle en basculant le buste du garçon contre Draco.

-Il aura intérêt à ce souvenir de cette nuit, celui-là ! rouspéta Draco.

Hermione attendit son tour patiemment tandis que ses deux amis portèrent Weasley jusque dans le couloir, préférant malgré tout le mettre loin du chien. Elle sourit malgré elle; deux Serpentards au secours d'un Gryffondor. Du jamais vu !

Draco revint à elle aussitôt, mais contre toute attente, Hermione recula, incertaine.

-Je crois...

Elle hésitait, regardant derrière elle. Draco la fixait sans comprendre, un sourcil presque blanc arqué.

-Tu te décides ? se plaignit son ami, impatient.

-Je... je préfère y retourner, avoua-t-elle en se retournant vers Draco. Harry est tout seul et...!

-C'est pas vrai ! Tu ne vas pas me refaire le même coup que dans la forêt interdite !

-Je tiens à te rappeler que Voldemort était là-bas aussi ! cria-t-elle.

-Arrête de dire son nom ! cracha-t-il en retour.

-Tu sais quoi, remonte tout seul. Moi, je vais retrouver Harry !

Draco balança son balai contre le mur, furieux.

-Tu veux finir comme Weasley ou quoi ?! hurla-t-il.

-J'ai plus rien à te dire.

Hermione regarda son meilleur ami avec colère avant de tourner rapidement les talons et de s'enfoncer dans le couloir obscure. Elle ne tarda pas à entendre des pas derrière elle, pourtant, elle ne ralentissa pas, courant presque désormais.

-Hermione, attends !

...

Le jeune Harry s'était montré très courageux face à Hermione et Ron, en prenant la décision de continuer l'aventure, seul. Mais en arrivant dans un étroit couloir lugubre où se trouvait un escalier interminable, son courage s'amoindrit, jusqu'à disparaître complètement en atteignant la fin des marches. Un petit amphithéâtre de pierres grises apparut sous ses yeux, où trônait en son centre un immense miroir de plus de deux ou trois mètres. Harry y reconnut le miroir de Risèd à la seconde où il leva les yeux dessus.

Tout en s'approchant, il distingua une silhouette face au miroir. Harry perdit son sang-froid: sa cicatrice venait à nouveau de se réveiller.

...

Hermione ignorait volontairement Draco tandis qu'elle marchait rapidement dans les couloirs obscurs. Elle voulait retrouver Harry le plus vite possible mais avouerait jamais être soulagée que son ami l'accompagne. Seule, elle aurait bien trop longtemps hésité pour continuer.

-Ralenti, Hermione ! s'agaça Draco en courant presque derrière elle. Tu connais les mots "discrétion" et "vigilance", par hasard ? Parce que si nous tombons sur le professeur Rogue...

-Si tu finissais par te taire, on serait déjà moins repérable ! maugréa-t-elle. Et accélère un peu, Harry est tout seul !

Draco râla mais n'ajouta rien, faisant sourire Hermione malgré elle.

Plus loin, ils débouchèrent sur l'échiquier géant, encore dévasté par la défaite de l'adversaire. Hermione souffla bruyamment, soulagée.

-J'avais vraiment peur. L'épreuve aurait pu recommencer et comme nous sommes que deux...

-C'est là que l'autre crétin s'est fait assommer ? demanda le jeune Draco en observant la scène, méfiant.

-Oui, par la reine, au milieu, répondit la sorcière en montrant la statue du doigt. Elle doit être inoffensive, maintenant.

-Ah, parce que t'es pas sûres ? s'inquiéta Draco en sortant rapidement sa baguette. OK, alors passons sur les côtés.

Son ami avança le premier, toujours aussi droit dans sa posture. Sa cape noire et verte glissait derrière lui fièrement. Hermione fit la moue, se compassant à lui avec ses beaux vêtements impeccables. Les siens étaient poussiéreux et débraillés.

-Je suppose qu'il faut continuer par là, lui dit Draco en lui montrant le couloir où aucune lumière filtrait.

-C'est là que Harry est parti, oui.

-Je te préviens, Hermione, que si on trouve la pierre mais pas Potter...

-Oui, je sais, on s'en va en courant, soupira-t-elle en levant les yeux au ciel. Mais on va retrouver Harry. Ce n'est pas un labyrinthe quand même ! Dépêches-toi !

...

-Approchez, Potter ! Venez !

Une voix tonitruante arrêta net les deux jeunes enfants, qui se plaquèrent immédiatement contre le mur, en bas des escaliers étroits. Hermione voulut se pencher pour voir qui venait de parler mais Draco la tira sèchement en arrière, les faisant presque tomber sur le sol de pierre. Elle se tourna vers lui, les yeux accusateurs.

-Ce n'est pas Rogue, lui souffla Draco d'une voix paniqué. Je connais cette voix mais...

-Lâches-moi, Draco, chuchota Hermione. Laisse-moi voir.

Il la libéra à regret et la jeune fille se décala légèrement, faisant le moins de bruits possible.

-Dites-moi ce que vous voyez ! continua de crier la voix.

Draco et Hermione savaient pertinemment qu'ils avaient été à deux doigts d'être repéré. Hermione jeta un oeil sur l'amphithéâtre, tentant de distinguer les silhouettes en contrebas.

-Potter est là ? demanda Draco en marmonnant à son oreille pour ne pas être entendu.

-Oui, répondit-elle d'une petite voix. Il est devant un grand miroir, je sais pas pourquoi. Et... par merlin, Draco !...

-Quoi, qu'est-ce qu'il y a ? paniqua-t-il.

-Ce n'est pas le professeur Rogue mais le professeur Quirrell !

-Tu es sûr de toi ?

-Regarde.

Hermione se recula et laissa sa place à Draco, qui s'y précipita. Elle se pencha alors sur son épaule pour voir la scène avec lui.

...

Ce n'était pas Harry dans le miroir, impossible ! Son reflet était différent et en même temps semblable, mais quelque chose clochait. Son double avait la pierre philosophale dans sa main, un sourire espiègle aux coins des lèvres et une lueur arrogante dans le regard. Harry écarquilla les yeux à cette vision et recula brusquement. Son sang ne fit qu'un tour: il sentait la pierre dans la poche de son vêtement. Il cessa de respirer.

...

-Il faut faire quelque chose ! s'affola la jeune sorcière en agrippant l'épaule de son meilleur ami. J'ai un horrible pressentiment, Draco.

-Tu as une idée, peut-être ? railla son ami.

-Mais on ne peut pas rester là sans bouger ! Harry est juste là, il est en danger !

Draco et elle tournèrent la tête au même moment, quand Quirrell se remit à crier.

-Dites-moi la vérité ! hurla-t-il.

Hermione tressaillie contre Draco. Un vent glacial venait de les envelopper. Quelque chose n'allait pas.

-Draco ? chuchota Hermione, pétrifié.

Les deux enfants venaient d'entendre une autre voix, plus lugubre, plus sombre. Elle résonnait partout dans les murs, faisant trembler les deux jeunes sorciers.

-Chut, ne bouge pas, prévint Draco, sa baguette levée devant lui comme bouclier. Il y a quelque chose qui va pas.

La tension montait crescendo. Hermione percevait comme Draco une présence autour d'eux. Quelque chose d'invisible mais de très puissant et de très sombre. Hermione leva aussi sa baguette, les dents serrées.

-Il faut rejoindre Harry, dit Hermione en regardant Draco. Quirrell n'est pas seul.

Draco acquissa tout en continuant à viser de sa baguette les ténèbres qui les entouraient. Le vent glacial avait disparu mais la sombre présence semblait toujours les observer.

Hermione se mordit les lèvres avant de faire un pas de côté, s'exposant, la peur au ventre, en haut des marches menant au miroir. Draco suivit derrière rapidement, mais les deux enfants se figèrent sur place, les yeux écarquillés d'horreur, quand ils virent le professeur Quirrell, le regard fixé sur eux.

Il savait depuis le début.

Alors Hermione cria. Elle venait de voir le reflet du professeur dans le miroir. Elle avait donc eu raison depuis le début. Quelque chose se cachait bien sous le turban.

-Voldemort, dit Harry, reculant rapidement du professeur.

Il tourna la tête vers Hermione et ni une ni deux, courut vers elle. Draco menaçait toujours le vide de sa baguette, mais à la vue du monstre derrière la tête de Quirrell, Hermione et lui le menacèrent ensemble, prêt à user d'un sort.

Voldemort se mit alors à rire, cruellement. Les trois jeunes sorciers échangèrent un regard, pétrifiés d'horreur. Ils n'avaient plus affaire à un troll. Mais bien au Mal en personne.

...

Harry n'aurait jamais cru que voir Malfoy lui ferait plaisir. Mais en ces circonstances, il en était ravi malgré lui. Par contre, savoir Hermione avec eux le dérangeait. Pourquoi n'avait-elle pas écouté pour une fois et rester en dehors de tout ça ?! Il lui avait déjà dit qu'il continuait seul, qu'il se débrouillerait et qu'elle n'avait pas à le suivre ! Elle était vraiment têtue quand elle voulait.

En tout cas, ce qui le préoccupait pour l'instant, c'était bien cette fichue pierre dans sa poche. Comment avait-elle atterri là ? Si Voldemort mettait la main dessus, il aurait échoué. Il ne pouvait pas ce le permettre !

-Malfoy, emmène Hermione loin d'ici, demanda Harry en vrillant son regard à celui de l'homme qui avait tué ses parents. C'est une histoire entre lui et moi.

Voldemort continua de rire, impressionner par le courage que faisait preuve le jeune sorcier.

Mais c'était sans compter la jeune Hermione, qui avança d'un pas, baguette en main, affrontant sans peur le regard du mage noir. Sa détermination prouvait qu'elle avait été répartit dans la bonne maison. Harry ne pouvait lui reprocher cela.

-Je reste ici, Harry, gronda la sorcière, les dents serrées. Tu n'es pas le seul à vouloir ce monstre mourir.

La froideur de ces mots surpris les deux garçons, en particulier Draco, mais le moment était très mal choisi pour en connaître la raison.

Voldemort cessa de rire et finit par se retourner, face aux enfants. Le tableau semblait ironique; Hermione était en avant, les deux mains agrippant sa baguette rageusement, Harry était légèrement derrière, les bras ballants et Draco était plus en retrait, le visage pâle comme la mort, évitant le regard du grand sorcier, la baguette malgré tout levée vers lui, légèrement tremblante. Trois enfants âgés de douze ans, face au plus grand mage noir de tous les temps.

Hermione s'en fichait. Elle avait trop lu d'histoire à son sujet. C'était un homme monstrueux rivalisant avec les dictateurs de son monde. Voldemort se pensait supérieur aux moldus mais Hermione savait qu'il n'en était rien. Il était exactement comme les autres. Il ne lui faisait pas peur.

Dans sa famille, les Granger étaient des militants, des protestants, des révolutionnaires. Souvent vus comme excentriques, ils n'avaient jamais accepté le monde tel qu'il était dirigé. Mais Hermione était une jeune fille avec un don supplémentaire; c'était dorénavant une sorcière. Une sorcière qui, malgré son jeune âge, était très avancé pour ses douze ans. Elle adorait les règles mais les transgressait quand c'était nécessaire. Elle détestait l'injustice, ce qui avait justifier son choix présent. Elle mentait sur ses origines pour changer les opinions. Pour prouver qu'une sang-de-bourbe valait un sorcier sang-pur.

Alors, avec le mage noir en face d'elle, qui était responsable de tant de souffrance, elle ne put s'empêcher de laisser son côté Serpentard s'exprimer, au risque de se faire tuer.


Hello !

Merci avant tout pour vos avis. Toujours contente de voir ce que vous pensez de mes écrits.

Bon, sans trop m'avancer, je pense qu'il ne reste qu'un chapitre avant la fin de ce premier tome. Et je sais pertinemment que vous attendez avec impatience le moment où ils grandiront !

Je précise que je suis la trame des films, en y apportant des modifications. Le tome II se passera dans la quatrième année. J'en dis pas plus. Là, il faut se concentrer sur le dernier chapitre. Je vais m'éloigner complètement du film pour cette fin. On verra ce que ça donnera.

Des avis ? Finalement, qui d'Hermione, Draco et Harry, arrêtera Voldemort ?