CARPE DIEM
QUATRIÈMEANNÉE
TOME II
VII
Le chantage
En descendant les marches nerveusement, appréhendant maladivement ce que l'école pensera d'elle, Hermione découvrit bon nombre de personne la regarder, stupéfait. C'était exactement la réaction que la jeune fille avait voulu éviter, d'où la raison de son retard. D'habitude, Hermione se fichait des autres, du qu'en-dira-t-on. Étrangement, ce soir, Hermione n'était pas elle-même, allant jusqu'à la troubler. Pourquoi cette montée d'angoisse et d'appréhension, une fois vêtue de sa robe et délestée de son pendentif ? Pourquoi cette moiteur dans les mains et ses tremblements dans les jambes ?
La sorcière avait dû souffler plusieurs fois avant d'oser sortir de la salle commune des Serpentard. Maintenant qu'elle descendait les marches, elle ne pouvait plus se permettre de remonter dans sa chambre. Impossible, effectivement, puisque ses amis l'avaient déjà repéré malgré elle.
Harry Potter se trouvait pile dans son champ de vision, tout en élégance dans son costume noir et blanc. Il lui sourit gentiment en désignant sa robe puis partit dans la salle, une Gryffondor à son bras.
Ses deux meilleurs amis se trouvaient à l'écart, près de l'escalier, tous deux les mains dans les poches, la nonchalance incarnée. Blaise tripotait son col en grimaçant tandis que Draco époussetait distraitement une manche de son costume en fusillant quelques élèves passant près de lui. Quand Hermione arriva à mi-distance d'eux, ils relevèrent les yeux rapidement, bouches bées. Blaise leva les pouces en l'air, ravis et lui fit un clin d'œil en montrant Draco du coude. Ce dernier resta figé, insondable. Hermione piqua un fard involontaire au regard que lui jeta Draco.
Ses yeux exprimaient tout un tas d'émotions, en contradiction avec sa posture soudain rigide. Il sculpta sa robe et son visage, presque ébahis, mais Hermione vit aussi et surtout ses yeux se plisser, faisant apparaître quelques ridules, signe qu'il étirait un très faible sourire. Il aimait sa tenue. La sorcière sentit son angoisse disparaître peu à peu grâce au sourire encourageant de son ami.
Alors qu'elle vit enfin Draco se décider à venir à elle, Viktor choisit ce moment pour apparaître, fier dans son costume bulgare noir et rouge, incarnant à la perfection un prince des ténèbres. Elle le soupçonna d'avoir bien observé son rival avant de venir à elle.
Draco changea alors de posture, comme s'il se détournait d'elle. Ça lui fit mal mais préféra ne rien montrer, évitant alors de le regarder plus encore. Avec son costume noir et argent, ses cheveux blonds coiffés en arrière, une mèche caressant sa joue... Hermione se concentra sur Viktor mais eut beaucoup de difficulté. Draco n'avait jamais paru aussi beau... aussi glacial. Elle ignorait qu'il pouvait montrer un certain charme autre que celui des Malfoy. Ce soir, c'était un adolescent de quinze ans, rien de plus.
En prenant la main de Viktor avec réticence, Hermione sourit, préférant penser à l'allure de Draco que le chantage de Viktor pour qu'elle accepte d'être sa cavalière. Cette pensée lui fit revenir l'angoisse.
Quand la jeune fille l'avait croisé à la bibliothèque, Hermione était en train de faire des recherches sur la magie noire. Plus exactement sur son problème, quand elle perdait patience et qu'elle se mettait à menacer quiconque de sa baguette, en commençant par Parkinson. Elle avait plusieurs hypothèses à ce sujet, mais au final, elle n'avait rien trouvé de concluant. Un sortilège, la puberté, un objet... ou simplement était-elle réellement destinée à être à Serpentard. Ce qui était probable puisqu'en deuxième année, Harry avait sorti l'épée de Godric Gryffondor du choixpeau. Seul un authentique Gryffondor pouvait le faire, or, Harry aurait dû aller à Serpentard. Hermione était donc perdue, car beaucoup de sorciers allaient dans des maisons qui, à primes abords, ne leur correspondaient pas. Le parfait exemple avec Peter Pettigrow, de la maison Gryffondor, et pourtant grand traître en faveur de Voldemort. Aussi des sorciers de Serpentard, aussi authentiques soient-ils pouvaient... être bon. Mais pourquoi pas elle, dans ce cas ?! Hermione était devenue furieuse par toutes ces questions et avait balancé plusieurs livres. C'est là qu'elle avait croisé Viktor Krum. Le hic, c'était qu'ils étaient dans la réserve.
Pour ne pas se faire dénoncer, Hermione avait donc accepté le chantage de Krum: devenir sa cavalière. D'où son obligation désormais de marcher au bras du sorcier, fier comme un paon pendant qu'elle souriait comme une idiote. En vérité, la jeune fille angoissait qu'il la touche et repensait sans cesse toute la soirée au regard que lui avait lancé Draco quand il avait compris avec qui elle allait au bal.
...
La soirée se passait merveilleusement bien pour tout le monde. En tout cas, en apparence, Hermione s'amusait comme tout le monde ! Si seulement... !
Krum ne parlait que de Quidditch ou de son école en Bulgare. La sorcière écoutait poliment mais n'avait qu'un souhait; se pendre. Même après plusieurs danses, il restait inépuisable, ce qui désespéra Hermione. Elle tentait de trouver une échappatoire depuis quelques instants et quand elle posa les yeux sur Blaise, en plein milieu de la piste, la jeune fille sauta de sa chaise.
-C'est ma chanson préférée, s'écria Hermione un peu exagérément.
Elle allait vite filer vers Blaise mais Viktor la tira sèchement en arrière, mécontent.
-On a un accord: tu restes avec moi.
Normalement, Hermione aurait répliqué violemment, tirant probablement sa baguette. Là, elle prit peur inexplicablement. Krum la lâcha contre toute attente, probablement dû aux yeux écarquillés de la sorcière. Elle fila sur la piste sans demander son reste.
-Hey, princesse ! Cria Blaise en la voyant arrivée. Tu en as mis du temps pour te bouger les fesses ! J'ai l'air idiot tout seul à gesticuler !
-Tu sais où se cache Draco ? Cria-t-elle en réponse, le son de la musique assourdissant ses sens. Je l'ai pas vue depuis tout à l'heure.
-Il boit dans un coin. Monsieur fait la gueule mais je ne te dirais pas pourquoi.
Hermione avait une petite idée mais avait du mal encore à reconnaître la raison de sa colère.
-Du coup, t'es tout seul.
-Mais non regardes, tu es là maintenant ! Ricana Blaise. Chouette, hein !
-Un Serpentard a fait rentrer de l'alcool dans la salle, soupira Hermione en détaillant son ami avec agacement. Je suppose que Draco est dans le même état.
-À peine, sourit Blaise en levant une main pour jurer.
Les deux amis restèrent sur la piste un petit moment, s'amusant à danser des slows sur de la musique tantôt rock, tantôt classique. Hermione regarda, hilare, son ami tenter quelques pas très... étrange. Même un moldu dansait mieux que ça !
-Par Merlin, pas ça ! Gémit Blaise un peu plus tard en rejetant la tête en arrière. Pas une musique de fille, pitié !
-Va rejoindre Draco et surveille-le, demanda alors la jeune fille en le poussant hors de la piste. Je reste un peu.
Pour le bal de Noël, les professeurs avaient autorisé les chansons moldu. Bien évidemment, tout Serpentard fuyait la piste quand l'une d'elles se faisait entendre, mais ce soir, Hermione ne put faire autrement. Elle dansa sur du Maroon 5, qu'elle écoutait souvent chez elle. Le groupe de fille qui l'entoura se mit à crier et Hermione, emporter par le mouvement, les imita très vite.
Le ton était monté et Hermione sourit, se laissant emporter par les basses et la batterie. Elle ondula, se balança, marmonna les paroles, sauta sur place, balança la tête, cria au bon moment, leva les bras en l'air, tourna sur elle-même, sautilla dans tous les sens, frappa des mains, tapa du pied... Elle fut vite imitée par les autres filles, toutes maisons confondues, et elles se mirent a transe durant plusieurs chansons, totalement possédées. Pendant ce temps, les garçons regardaient, perplexe. Même les professeurs les regardèrent un brin étonnés. Les chansons moldu défilèrent, et Hermione apprécia Bruno Mars et son célèbre Uptown Funk, Mika et son Boum Boum Boum, M. Pokora et le Monde ainsi de suite...
...
Après plus d'une heure et demie à se défouler avec les autres filles, Hermione s'arrêta, la tête lui tournant. Elle se dirigea vers les boissons, s'éventant d'une main, mais Viktor réapparu. La sorcière arrêta immédiatement de sourire, le fusillant du regard. Elle qui passait enfin une bonne soirée... il venait de tout gâcher.
-Tu danses bien.
Hermione l'ignora, ne sachant quoi répliquer.
-Miss-je-sais-tout cache bien son jeu, c'est tout ! Répliqua-t-elle en haussant les épaules.
Viktor regarda derrière elle avant de répondre. Il semblait attendre quelque chose.
-Je vais chercher à boire, l'informa son cavalier de son fort accent bulgare. Reste ici.
Hermione hocha de la tête, et comme il tourna le dos pour partir, elle souffla bruyamment, relâchant la tension. Passant outre, elle aperçut dans la foule Weasley et Potter. Plus loin, elle vit passer en courant Blaise. La sorcière s'y dirigea, curieuse, mais percuta Diggory entre-temps. Ce dernier allait l'insulter mais se reprit en la voyant. Sympathique.
-Quelque chose se passe, dit-il d'ambler, la prenant au dépourvu.
Hermione ouvrit la bouche mais ne dit rien, perdue.
-Je parle de Krum et Malfoy, dit-il sombrement.
Elle ne comprit pas, alors Cédric lui indiqua le fond de la salle. La sorcière hoqueta et se précipita vers Draco. Elle savait qu'elle aurait mieux fait de le surveiller, celui-là ! Le professeur Rogue et Maugrey étaient déjà là pour calmer les hostilités, mais Draco et Viktor étaient toujours baguette en main. Hermione stoppa quelques mètres avant, arrêtée par Harry.
-Que s'est-il passé ? Demanda-t-elle.
Hermione ne comprenait pas. Krum était parti prendre des boissons il y a quelques minutes. Tout avait été si rapide !
-Malfoy a bousculé Krum, cracha Weasley. Krum a juste cherché à se défendre.
Oui, le rouquin idolâtrait le joueur de Quidditch...
-C'est plus compliqué que ça, rétorqua Harry. Malfoy n'avait pas l'air lui-même.
Le regard qu'il lui lança était clair pour Hermione. Ça la concernait directement. Hermione écarta les Gryffondor de son chemin et rejoignit les autres. Blaise était là, une main sur le bras de Draco.
-Encore une incartade de ce genre, et c'est l'exclusion, est-ce clair ?! Gronda Rogue en fusillant les deux garçons. Une chance que personne n'ai vue votre affrontement. Maintenant, vous deux, éloignez-vous !
La sorcière lança un regard noir à Krum quand ce dernier se rapprocha d'elle. Il comprit le message mais fit bien comprendre à la sorcière qu'il devait lui parler.
Se concentrant sur Draco, Hermione et Blaise l'emmenèrent dans un coin tranquille, loin des oreilles indiscrètes. Draco se laissa à moitié faire, crachant qu'il pouvait marcher seul. Ils le plaquèrent contre le mur, agacés.
-On m'explique ce qui vient d'arriver ? Demanda la sorcière en regardant ses amis avec confusion. C'est quoi le problème, là ?
Draco ferma les yeux et plaqua l'arrière de son crâne contre le mur, l'air lasse. Blaise secoua la tête, visiblement furieux.
-Si tu parles pas... commença Blaise d'une voix sombre.
-La ferme, Blaise ! Siffla Draco sans rouvrir les yeux. La ferme !
-Tu as trop bu ! L'accusa son amie.
-Fiche-moi la paix ! Ragea Draco. Va donc rejoindre Krum, il doit t'attendre, non ?! Tu n'es là que pour ça, de toute manière, non !
-Dray...
Blaise voulait apaiser la situation.
-C'est bon, Blaise, répondit Hermione, crispant la mâchoire en regardant Draco. Laisse-nous, s'il te plaît.
Il hésita, chancelant. Hermione le regarda, agacée.
-OK, soupira le garçon. Je repasse plus tard.
Blaise lança un dernier regard à son meilleur ami mais celui-ci ne voulait toujours pas revenir au moment présent. Hermione se plaça donc devant lui, tapant du pied. Après quelques minutes, Draco eut la bonté de baisser la tête et la regarder. Hermione pinça les lèvres, attendant qu'il parle le premier.
-Ça va, tu t'es bien amusé avec l'autre, ragea-t-il enfin, de l'amertume dans la voix. Je te signale qu'il a au moins trois ans de plus que toi. Mais apparemment, c'est ce que tu recherches donc...
Il se détacha du mur. Hermione l'empêcha d'aller plus loin.
-Mais pour une raison que j'ignore, tu daignes enfin m'accorder du temps. Que d'honneur, ricana-t-il, mauvais. J'aurai au moins passé une bonne soirée avec mon verre.
Il la poussa et se dirigea vers la porte sans plus aucun regard pour elle. La jeune fille resta clouée au sol, hébétée. Des larmes commencèrent à lui brouiller la vue et elle les essuya rapidement.
-Il y a que moi qui n'est pas aveugle, ici ? Marmonna Blaise en rejoignant Hermione, prostrée devant la sortie.
-Qu'est-ce que tu baragouines encore ? Renifla Hermione en passant une main sur sa joue.
-Laisse tomber. Vous êtes pareil, tous les deux. C'est déprimant.
Blaise remit en place une mèche rebelle qui collait à la jour d'Hermione dû à ses larmes puis la salua.
-Je te conseille d'aller le voir, sinon vos vacances seront mortelles. Mortellement ennuyeuses.
...
Hermione quitta finalement la soirée après dix minutes de réflexion. Certes, Draco avait été méchant avec elle, mais il était saoul et... Non, ça n'était pas une excuse et elle le savait très bien. La sorcière vivait dans le monde moldu et l'alcool transformait le meilleur homme en un crétin de première. Mais pour que Draco boit, il avait fallu que quelque chose le contrarie. Mais quoi... Il avait évoqué Krum. C'était le problème ? De la jalousie ?
Elle secoua la tête. Si Draco était jaloux, il aurait été la voir, il l'aurait invité au bal ou... tout plein d'autres trucs que les gens font quand... Bref, c'était absurde.
En sortant dans le couloir, elle salua quelques sorciers mais ne vit pas l'ombre s'approcher d'elle. Elle fut entraînée plus loin malgré elle, empoignée avec force. Hermione couina quand elle reconnut son agresseur.
-J'ai ma baguette donc lâche-moi ! Cracha-t-elle à Krum, qui rigola plutôt que de la prendre au sérieux.
Il fallait dire que depuis le début de la soirée, Hermione était épuisée. À croire que sa colère s'était évaporée comme par magie...
-C'était quoi, ce numéro de testostérone avec Draco ? Osa-t-elle lui demander quand ils s'arrêtèrent dans un couloir.
-Rien qui ne te concerne.
-Draco est mon ami, alors oui, ça me concerne, protesta Hermione.
-Un ami... c'est comme ça que ça s'appelle, dans votre pays ? Se moqua-t-il.
-Je crois que j'ai assez donné, ce soir. J'arrête.
-Tu es ma cavalière, menaça-t-il. Et la soirée n'est pas finie.
-Pour moi, oui, cracha Hermione.
Viktor étira un sourire moqueur, hochant de la tête.
La sorcière l'observa, méfiante.
-Très bien, dit-il en s'écartant, écartant les bras. Tu es libre. J'ai obtenu ce que je voulais... Malfoy est furieux.
-Tu m'as utilisé pour satisfaire ton ego ? S'écria la jeune fille, éberluée. C'est fou comme les mecs se ressemblent tous pour ça !
Elle lui tourna le dos et repartit rapidement, toujours aussi méfiante. Krum laissait tomber l'affaire un peu facilement... elle n'aimait pas ça. Il allait falloir qu'elle se méfie. Hermione n'était pas convaincu qu'il était dangereux, mais avec tout ce qu'elle avait vécu depuis son entrée à Poudlard, les apparences se montraient souvent trompeuses. Krum était stupide, certes, mais restait un bon sorcier.
...
Draco n'avait pas le courage de ramasser toutes les affaires qu'il avait balancé un peu partout. Aussi prit-il la fiasque remplit de whisky Pur Feu – un cadeau d'un membre de sa famille - et se posa dans un sofa de la salle commune, vide à cette heure. Il était le premier revenu. Quelle surprise ! La fête avait été un véritable enfer et il ne pesait pas ses mots. Voir l'autre connard toucher sa meilleure amie avait été sa fin. Heureusement, l'alcool l'avait accompagné dans son malheur.
Sa colère contre Krum n'était pas redescendu, mais Draco l'était encore plus contre son amie. Il savait qu'il était le seul fautif dans l'affaire mais il s'en fichait. Hermione ne s'était pas intéressé à lui. Ça suffisait. On n'ignorait pas un Malfoy, par Salazar !
-De toute manière, j'aime pas les filles, marmonna-t-il en avalant une gorgée d'alcool.
C'était la première fois que Draco buvait autant en une soirée, il le jurait. Son père le tuerait s'il le voyait.
-Tu me choques, là !
Blaise explosa de rire sous le regard noir de son ami.
-Désolé, mais t'entendre dire ça, c'était énorme. Surtout quand on sait qui t'intéresse. J'aime pas les filles, mes fesses !
Draco explosa, se levant brusquement. Ou du moins, tenta de le faire, vacillant.
-Par Salazar, arrête avec ça ! Je ne suis pas amoureux de Mione. C'est ma meilleure amie, comme toi.
-Heu... ça me flatte, mais tu n'es pas mon genre.
Draco s'effondra sur son sofa, ayant le tournis après sa dernière lampée. Il passa une main sur sa tempe, groggy.
-Dégage, Blaise.
-Hermione arrive... je vous laisse... tous les deux.
-Tes insinuations, tu sais où tu peux te les...
-Inutile d'être vulgaire, cracha faussement Blaise en lui faisant un clin d'œil. Bonne chance !
Blaise ignorait à quel point il avait raison. Quand Hermione était rentrée, Draco avait fait semblant de l'ignorer, alors qu'en réalité, il admirait sa robe et sa coiffure. Pathétique. Il espérait secrètement que l'alcool le rendrait suffisamment idiot pour qu'elle refuse de lui parler. Espoir vain, évidemment.
-Tu compte faire la tête longtemps ? Commença son amie en restant au départ en retrait, triturant ses mains, l'air mal à l'aise.
Draco arrêta de l'observer du coin de l'œil et détourna la tête, boudeur. Peut-être qu'elle perdra patience, comme ça !
-Tant que l'année ne sera pas fini, marmonna-t-il quand même, la voix pâteuse.
-Pourquoi ?
-Après Krum partira dans son trou. Bye-bye. Je fêterais ça comme il se doit.
-Crétin, marmonna-t-elle. Tu es donc jaloux de lui.
-N'importe quoi.
-Et tu agis comme un gosse.
-Hermione, arrête.
Sa meilleure amie laissa tomber à sa plus grande surprise. Draco se redressa, sceptique.
-C'est trop facile.
-Je suis fatigué, répliqua-t-elle. Si tu veux pas parler, alors laisse tomber.
Draco fit la moue, soudain furieux contre lui-même. S'il lui avouait tout maintenant, peut-être...
Hermione bailla et vint s'asseoir près de lui, enlevant d'abord ses escarpins puis ses pinces retenant ses boucles. Elle secoua la tête et ses longues mèches se dispersèrent sur ses épaules. Elle posa ensuite la tête contre l'épaule du sorcier. Draco retint sa respiration, les joues cramoisies. Elle faisait quoi, au juste ?...
-Donne-moi une minute, je repose mes pieds, marmonna-t-elle.
Draco attendit donc. Figé contre elle, il finit par tourner la tête vers Hermione et aperçût à la ceinture de sa robe une fine chaîne en argent. Curieux, il tira dessus avec lenteur et découvrit le fameux pendentif que lui avait offert sa mère une fois.
Draco l'examina de plus près mais ne vit pas les curieuses lueurs vertes qu'il voyait toujours quand Hermione le portait. Non, en vérité, il luisait seulement quand... elle s'emportait. Curieusement, ce soir... elle ne s'était pas énervé contre lui. Était-ce important de savoir ? Draco caressa l'émeraude tout en réfléchissant. Il ne se réveilla que le lendemain, Hermione ayant disparu, le pendentif avec elle.
...
Suite au Bal de Noël, les élèves de Poudlard pouvaient enfin dire au revoir au sinistre château et rejoindre leur famille. C'était une rare occasion pour Hermione et Draco de passer des vacances loin de la magie. Enfin, ça, c'était un détail qu'allait volontairement taire la sorcière. «Dis, Draco, je vais te faire rencontrer mes amis moldu. Pas de panique, ils ne sont pas contagieux. Tu verras, tu t'amuseras avec nous !» Mais oui, bien sûr... elle imaginait sa tête s'il apprenait son secret. Ou plutôt sa baguette braquée sur elle. De toute manière, elle avait d'autres problèmes à régler. Comme le fait que monsieur soit jaloux. Alors ça, elle l'avait pas vu venir. Bien sûr, Draco était resté muet le soir du bal et Hermione n'avait rien pu découvrir. Toujours est-il que le lendemain, Draco était redevenue lui-même. Ils étaient donc bien partis ensemble en vacances.
...
Draco était complètement perdu.
D'habitude, sa mère et parfois son père, l'attendait sur le quai de la gare, les mines impassibles, froides. Aujourd'hui pourtant, personne à l'horizon, ce qui perturba le jeune homme. Ce n'était pas dans ses habitudes de parcourir le quai, bagage en main, essoufflé par le poids.
-Pourquoi ne prends-tu pas une valise à roue ? Demanda innocemment sa meilleure amie. Tu risques des problèmes de dos, à force, tu sais.
Draco la regarda, furibond. Son amie explosa de rire.
-Je sais, maman n'est pas là pour porter ta valise... ne t'inquiètes pas, le taxi n'est pas très loin.
-Un taxi ? Marmonna-t-il, sceptique.
-Oui, les voitures qui emmènent les gens où ils veulent. Aller, en avant !
Hermione tira Draco par la manche et traversa la gare côté moldu. Le jeune homme se recroquevilla sur lui-même afin d'éviter les badauds le plus possible. Une petite fille aussi blonde que lui, aux yeux marron, le percuta à un moment et fit tomber sa peluche rose informe. Draco fit un bond en arrière, perturbé. Hermione se retourna et fronça les sourcils.
-Elle n'a pas la peste, tu sais, grogna-t-elle faussement, un sourire aux lèvres.
La sorcière ramassa rapidement la peluche et la remit à la fillette. La petite blonde renifla avant de partir en courant, sautant dans les bras de son père.
Draco observa la famille de loin, ayant fait quelques pas avant de s'arrêter une fois encore. Ce qu'il voyait le perturbait. La mère était châtain, le père blond. Ils formaient pourtant un couple harmonieux et la petite semblait heureuse, aimée, chérie. Draco resta là, figé. Il mit du temps avant de se rendre compte qu'Hermione l'avait attiré dehors, maintenant entouré non plus de moldu mais de... voitures. La sorcière s'approcha d'une d'entre elles et fit signe à Draco d'approcher. Un moldu, dans la trentaine, prit alors leurs valises.
-Ne touchez pas ! Commença à crier Draco.
Hermione lui pinça le bras violemment en le regardant.
-Il va juste la mettre dans le coffre, calmes-toi.
-Ah...
Penaud, Draco préféra se taire tout le reste du voyage, trop curieux et inquiet par ce qu'il découvrait tout autour de lui, à travers la vitre du taxi.
-On quitte Londres, informa son amie. On descend jusqu'à la frontière puis on prendra le tunnel pour la France.
-Ce n'est pas instantané ? Demanda sérieusement le sorcier.
-Pas de transplanage, ni de poudre de cheminette, se désola Hermione. Mais on admire le paysage, et ça, les sorciers ont tendance à l'oublier.
-C'est une perte de temps.
-C'est un spectacle, assura la sorcière. C'est très impressionnant.
-Plus impressionnant que la magie ? Renâcla Draco. J'en doute. Ta famille est vraiment dingue.
-Observe, murmura-t-elle. Puis juge.
Le trajet dura des heures avant d'enfin apercevoir le fameux tunnel. Draco soupira bruyamment, heureux d'en avoir enfin fini. Après tout, une fois le tunnel passé, ils seraient chez Hermione, pas vrai ?
-C'est reparti ! S'écria Hermione en se dirigeant vers un train... très étrange.
-Quelle est cette... chose ? Demanda le sorcier.
Un long tube argenté, des fenêtres un peu partout, des câbles, des rails... tout ça lui était inconnu. Il détestait ne pas savoir.
-Notre moyen de locomotion, répondit Hermione, comme si c'était une évidence. Ne t'inquiète pas, ça sera très rapide.
-Tu as déjà dit ça à Londres... gronda Draco.
-Eh bien, je n'ai pas fini, alors !
Elle voulait dire quoi, par là ? Draco commença à paniquer et il avait raison. Arrivé en France – non sans entendre Hermione lui hurler dessus parce qu'il était toujours impatient – ils reprirent un autre train en direction de Lyon. Draco, enfin assis dans son dernier wagon, se frappa la tête contre la tablette devant lui, fatigué, irrité, ayant faim, soif et voulant plus que tout dormir.
-Les moldu sont masochistes, gémit-il en boucle un long moment, sous le regard assassin de sa meilleure amie. Ils ne peuvent pas claquer des doigts comme tout le monde et arrivés chez eux !? Pourquoi tu m'infliges cette torture, Hermione ? Pitié, appelons un de mes elfes... on sera chez toi dans la seconde.
Il reçut un violent coup sur le sommet du crane, ce qui le fit taire pour de bon.
-Arrête de chialer et regarde dehors ! Strasbourg, c'est juste unique. Tu rates le meilleur, surtout à noël. Le trajet va durer longtemps, alors pour l'amour du ciel, tais-toi ou je te jette un sort. On ira au wagon-bar tout à l'heure, alors patience. C'est dingue, tu es plus vieux que moi, pourtant j'ai l'impression de parler à un gosse de cinq ans !
-Je hais les moldus ! Pleurnicha-t-il encore et toujours. Je hais ta famille complètement dingue. Je hais les trains de ce monde...
Et blablabla...
Hermione ne pouvait décemment pas sortir son portable et ses écouteurs pour s'octroyer un peu de tranquillité sans que Draco trouve ça suspect. Déjà qu'utiliser les transports moldus étaient une épreuve pour Draco, elle imaginait pas le reste ! Le voyage allait être très long et la sorcière regretta presque l'absence d'un elfe de maison.
...
-Bienvenue à Gap, sourit Hermione en pleine forme.
Draco traîna des pieds derrière, les yeux rouges. Il était plus de vingt-trois heures et il faisait moins cinq. Il détestait ce monde.
-C'est officiel: je souhaite l'extinction des moldu, assura-t-il, furieux.
Hermione savait qu'il était fatigué, c'est pourquoi elle ne s'énerva pas contre lui. Elle l'entraîna avec elle en dehors de la gare et s'arrêta sous un sorte d'abri.
-C'est un arrêt de bus, l'informa-t-elle.
-Comme le magicobus des sorciers en perdition ? Grimaça Draco, reculant d'un pas. Mon père hait le magicobus. C'est une invention inspirée des moldus.
Hermione se frotta le visage, l'air désespérée.
-Écoute, si on fait ça, c'est pour pas attirer l'attention et puis tu sais pertinemment qu'on ne peut pas utiliser le transplanage partout. Avec la profession de mes parents, on est obligés de s'enfouir parmi eux. C'est un mal pour un bien ! Fait-moi confiance !
-Mon père comprend jamais pourquoi tes parents s'entêtent avec les fouilles magiques.
-Pour connaître nos origines. Savoir qui était le premier sorcier. C'est important.
-Ouais mais on est obligés de prendre le bus maintenant.
Son amie sourit, l'air de s'excuser.
-Une fois à la maison, tu pourras sortir ta baguette autant de fois que tu le vaudras, promis.
Draco sourit à son tour, motivé à rentrer le plus vite possible.
-Le chemin est encore long ?
Bonjour Ô lecteurs adorés !
Chapitre très difficile à écrire ! Je m'explique: vos avis sont de plus en plus nombreux (et je vous en remercie encore et toujours) et vos suggestions pour la suite de l'histoire aussi. Du coup, je ne veux pas décevoir. Alors quoi écrire ?
J'ai été très moderne dans ce chapitre et c'est voulu. J'espère que vous acceptiez le fait que mon adaptation de la magnifique JKR se passe en 2015 ? Les villes mentionnées où Hermione habite ne sont pas inventée et se trouve pour Gap dans les Alpes du Sud et pour Chauvigny dans le poitou-charente (chapitre d'avant).
Encore et toujours, merci pour vos avis. Je découvre vos commentaires à chaque fois avec surprise, donc merci, ça motive mes journées.
Pour l'anecdote, j'ai passé mes galops du premier semestre en Droit et... je suis une idiote. Bon, la Constitution, n'en parlons pas. Mais l'histoire ! Seigneur, comment confondre Clovis et Charlemagne ! Ah oui, en mélangeant Mérovingien et Carolingien ! Bref, j'en rigole maintenant, mais en sortant de l'amphi, promis, je voulais me tuer. Vous inquiétez pas, mon chargé de TD s'en chargera surement, de toute façon. C'est aussi pour ça que je poste ce chapitre :D On sait jamais !...
La suite... prochainement (oui, je prends pas de risque, hein :p)Bisous bisous !
